samedi 6 juillet 2019

Jonzac/Crash de l'avion anglais en août 1944 Le témoignage d'Yvette Puertolas

Le 6 août prochain, Jonzac honorera la mémoire des deux aviateurs anglais, Mac Rea et Fletcher, dont l'avion s'est écrasé non loin de la gare durant la Seconde Guerre mondiale. Il y a quelques années, nous avons rencontré l'un des témoins de cette tragédie, Yvette Puertolas, ancienne patronne du Terminus.. 

Yvette Puertolas à l'âge de 103 ans (photo N. Bertin)
Aujourd'hui âgée de 108 ans (anniversaire qu'elle a fêté en avril dernier au restaurant de Vitrezay), Yvette Puertolas a longtemps tenu les rênes de l’hôtel Le Terminus à Jonzac. Ses confidences sont précieuses. Elle raconte…

Native de Marignac, elle est couturière quand elle rencontre celui qui va devenir son mari, Jacques Puertolas. Ils se marient en 1940. A  29 ans, elle prend les rênes de l’hôtel Le Terminus, situé à 100 mètres de la gare de Jonzac et compte une vingtaine de chambres. Or, le jour même de ses noces, l’établissement est réquisitionné par les Allemands. « A l’époque, la Kommandantur se trouvait à l’Ecu. Tous les hôtels étaient contrôlés et nous ne pouvions plus accueillir de clients. C’était regrettable parce que nous avions effectué des travaux et installé l’eau courante en particulier à partir d’un puits doté d’un moteur ».
Dire que la cohabitation se passe bien serait un grand mot : « Les Allemands n’étaient pas forcément désagréables, mais nous ne nous sentions pas à l’aise, surtout quand ils étaient ivres. Un jour, nous avons retrouvé une balle qui s’était logée dans le lavabo de notre chambre ».

Le climat se tend après l’explosion des carrières d’Heurtebise. Les munitions sont alors entreposées à la gare de Jonzac. « Les avions alliés tournaient autour et des bruits couraient quant à une proche intervention. Nous avons compris qu’il valait mieux quitter l’hôtel quand l’avion britannique a commencé ses bombardements. J’ai sauté la murette et je suis tombée dans le jardin de M. Sorin. J’étais partie à toute vitesse. Cela explique pourquoi j’étais seulement vêtue d’une combinaison noire. J’étais en deuil de ma petite fille, victime d’une pneumonie car nous n’avions pas de quoi nous chauffer ».

Les explosions durent toute la nuit et certains Jonzacais s’en souviennent encore. Le Terminus est abîmé, toiture et cloisons tombées. « Il faudra des années pour tout reconstruire. Nous n’avions ni peinture, ni tapisseries et devions faire preuve d’imagination. Nous nous sommes temporairement réfugiés dans un bureau qui tenait encore debout où nous avons installé un lit ».

Yvette Puertolas n’a jamais perdu espoir même quand elle a vu l’un de ses clients, Raymond Roux, membre de la résistance, fusillé par les Allemands. « Il fallait être discret en raison des nombreuses dénonciations. Nous étions solidaires. Je me souviens de Marthe Robert qui a aidé Pierre Ruibet, de Mme Mouche, d’Yvette Garaud qui était ma voisine avant d’ouvrir le magasin Chantal. La guerre fut une triste période. Nous étions toujours en quête de nourriture. De plus, l’occupant avait instauré une nouvelle monnaie qui s’était substituée au franc ».

La carte de visite du Terminus. Depuis, cet hôtel a fermé ses portes.
L'époque du bonheur, Yvette et son époux Jacques
Après la guerre, Yvette et son mari relancent leurs activités, bar et  restaurant. « Nous travaillions avec les producteurs du coin. Tout le monde se serrait les coudes ».
Par la suite, Yvette a quitté Jonzac pour ouvrir un magasin de meubles en rotin à Pau. Revenue en Haute-Saintonge « par hasard », elle s’est retirée à Meux dans la pension de famille de M. et Mme Piets.
Yvette profite de chaque journée comme d’un bien précieux. « Tout le monde m’interroge sur ma longévité. Le pharmacien, M. Niaussat, m’avait dit que j’avais le sang très pur ! Et puis ma tante est morte à 108 ans. J’ai encore du temps devant moi » !
N.B
Yvette : on ne dirait pas qu’elle a franchi la barre des 100 ans ! 

• Parmi les grands faits qui ont marqué la mémoire d’Yvette, elle se souvient de la fameuse affaire Begon qui fit la une de la presse nationale. Furieux d’être déshérité, un homme avait tué toute sa famille…


• Les billets émis par les Allemands 


Billet français de la Seconde Guerre mondiale

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