samedi 31 août 2019

Balade en Corse/Les Agriates : Un désert en Europe !

Je dédie cet article (écrit en 2010) à tous les amoureux de la Corse et bien sûr aux habitants de cette île d'or ensoleillée !  

Les Agriates : Cette étonnante région du Nord de la Corse pourrait faire sienne le slogan de la Charente-Maritime « entre terre et mer », à cette nuance près que les conditions climatiques (comme son nom l’indique), et surtout le relief, n’ont rien à voir avec le département des mouettes !


La mer est calme, lisse comme un miroir. Gommant les époques, le regard cherche les voiles blanches de bateaux imaginaires qui mouillaient autrefois dans la baie de Saint-Florent. Alertes, les voiliers des touristes ont remplacé les "destriers" des Barbaresques qui sillonnaient la Méditerranée.

Les rides de cette mer intérieure, qui vit sur son échine passer tant d’esquifs, sont provoquées par la houle, compagne habituelle des navigateurs qui l’invoquent pour mieux échapper à ses creux. La "peau du diable", comme l‘appellent les marins, se contracte quand des vents contraires assombrissent son humeur. Ils chassent alors le mistral qui pousse les équipages hors des bords mystérieux du monde occidental...


Prolongeant la dépression du Nebbio, le golfe de Saint Florent, situé au Nord de la Corse, est un havre. La vieille ville, que garde une citadelle ornée de graffiti, s’étire le long du port. Dès que le soleil brille, elle grouille d’estivants qui arpentent les ruelles. Les uns s’attardent autour de la fontaine centrale, les autres entrent dans les échoppes pleines de souvenirs, à la recherche de l’âme corse. L’entrée de certaines boutiques se dissimule derrière un rideau en lanières multicolores qu’il faut écarter pour se frayer un passage. D’anciens édifices du XVIIIe, aux frontons érodés, évoquent le temps de Pasquale Paoli. Pour trouver son buste, il faut aller à l’Ile Rousse où l’ardent défenseur de l’indépendance trône en bonne place sur l’esplanade, non loin du marché aux allures de temple.

Le désert des Agriates



« Un endroit à ne pas manquer » disent les guides, d’autant que le mot désert éveille la curiosité. De Saint-Florent, on aperçoit les monts immobiles. Leurs flancs s’écoulent doucement vers la mer, avant de se perdre à l’horizon.

Retombée septentrionale de la chaîne du Tenda, cette région n’est pas faite de dunes, comme au Sahara. Le sable, le baigneur le trouve sur les plages - où il est plus agréable que les galets - et le randonneur le rencontre au détour du chemin. Les gerbes de poussière, que soulèvent les 4 X 4 allant à la plage de Saleccio, font penser au Paris-Dakar. Tout enfarinée, la végétation elle-même en porte les traces !

Sur cette piste, le trafic est important...


Partant de Casta, village de la commune de Santo Pietro di Tenda, la piste, devenue quasiment une "autoroute" par la densité du trafic, permet de rejoindre la conche sans prendre la navette maritime. Les malheureux qui s’y hasardent à pied subissent cette circulation et doivent se « garer » sous peine de provoquer l’ire des automobilistes.

Les arrêts fréquents ont un avantage : ils permettent de découvrir un paysage remarquable où culmine une pyramide fière et insoumise, le mont Genova haut de 418 mètres. Pour un meilleur point de vue, l’ascension de sentiers, à travers maquis aride et rochers volcaniques, provoque une émotion particulière.

De vieux clichés reviennent en mémoire. Un homme, le visage buriné, apparaît avec sa musette en bandoulière. Escaladant le "routin", il s’appuie sur un bâton, cette troisième jambe sculptée dans le bois qui l’empêche de trébucher. La pointe s’accroche à la terre, s’y enfonce parfois, écarte les pierres. Au loin, les clochettes d’un troupeau retentissent. Cet environnement rustique a un mot de passe : simplicité…


Désert des Agriates : les monts s'étirent jusqu'à la Méditerranée...

Arbousiers, myrtes, lentisques, chênes verts et oliviers offrent un peu de verdure à cette étendue accablée par la fournaise. Etonnante est la bande azur qui se détache à l’horizon. Le ruban turquoise, couleur Caraïbes, n’est autre que la Méditerranée. Ce n’est pas un mirage ! Cette apparition donne de l’optimiste aux maigres troupeaux qui paissent dans les enclos. L’herbe se fait rare. Face à sa majesté l’inselberg, la vie est âpre et dure. Il ne pleut guère et chaque goutte d’eau est un trésor.

Et pourtant, les Agriates, qui s’étendent sur presque 20.000 hectares, n’ont pas toujours été prisonnières de leur torride réclusion. « Pendant des lustres, elles ont été le grenier à blé de la Corse. L’étymologie d’Agriates signifie terrains labourés » écrivent les historiens.
Il y en avait de l’activité autour des céréales et des oliviers : labours, semailles, récoltes. Le rythme de la vie rurale s’écoulait selon un calendrier établi en fonction des saisons. S’y ajoutaient l’élevage - troupeaux de chèvres et brebis contribuaient à la fabrication des fromages - et la culture d’agrumes.



L’abus du pâturage et surtout les nombreux incendies, enflés par des vents secs, ont mis un terme à cette belle aventure. Les violents sinistres de 1971 (qui détruisit les oliveraies de la Balagne et l'Ostriconi) et 1992 ont porté l’estocade. Le grenier s’est vidé peu à peu pour laisser place à des buissons qui s’incrustent entre les ravins et cavités naturelles, appelées « taffoni ».
De l’autre côté, vers le Cap Corse, les terrains, plus riches, accueillent des vignobles renommés, dont l’appellation Patrimonio. Tous les ans, le jour du 11 novembre, les vignerons font bénir à l’église leurs cuvées respectives avant d’offrir une dégustation aux paroissiens.

• U Salone
La terrasse d'U Salone : vue magnifique sur le désert !

Après avoir randonné dans les Agriates sous un soleil de plomb, rien ne vaut une petite auberge au bord de la route pour se désaltérer. Aubaine, il en existe une à Casta ! Baptisée U Salone, elle est tenue par Dominique Cristofari qui propose des boissons ainsi que des produits du terroir, dont la fameuse charcuterie corse qu’accompagne un "Patrimonio".

Dominique Cristofari vous accueille au "Salone" qui est situé au bord de la route.
Une halte rafraîchissante pour les touristes.
Le regard franc, ne rechignant pas à la tâche, il porte l’empreinte des Agriates : ne jamais courber l’échine, même quand il fait quarante degrés !
Sa famille est originaire du secteur, c’est pourquoi il connaît le coin comme sa poche. Le maquis, les routes, les cols, la faune, la flore. Cette approche particulière des gens du pays avec la nature est belle en authenticité.

Voici trois ans, il a décidé de transformer un ancien pailler hérité de sa femme (pagliaghju) en étape rafraîchissante. Au fil des mois, l’ancienne cabane en pierres sèches a trouvé une seconde jeunesse. Sur le sol, les grandes dalles en pierre ont été conservées et à l’arrière, la vue sur le désert des Agriates est imprenable. « A l’ouverture, un figuier poussait entre les murs et je demandais aux clients d’aller cueillir les fruits directement sur l’arbre » déclare le propriétaire. Les intéressés étaient un peu surpris, mais la formule avait le mérite de l’originalité. Quand des travaux plus importants ont été réalisés, l’arbre a été abattu. Qu’on se rassure, il reste encore de nombreux figuiers dans les environs !

Avec sa femme Danièle et leur fille Claudia, il veille aux destinées de cet établissement qu’il a failli appeler Fort Alamo. U Salone, le salon ou le saloon, c’est mieux !


En contrebas, une ancienne maison en ruine et un autre pailler attestent du temps où la région était un secteur agricole prospère. « Ici, nous vivions des oliviers, des céréales et dans les fermes, on faisait des saucissons, des fromages qui étaient vendus sur les marchés. Il y avait beaucoup de monde » souligne son frère Toussaint. Nostalgique, il évoque sa jeunesse quand les champs étaient exploités et que l’économie ne reposait pas encore sur le tourisme. « Après la Seconde Guerre Mondiale, la situation a changé. Les incendies ont tout ravagé, celui de 1992 a été terrible. A cette époque, pour les combattre, nous n’avions pas les moyens dont nous disposons aujourd’hui. D’énormes superficies ont été rayées de la carte. Ces dernières années, quelques propriétaires ont replanté des oliviers pour produire de l’huile ».

Des produits du terroir corse
Comme les siens, Dominique Cristofari est attaché à cette terre qui l’a vu naître. Il est intarissable sur les Agriates et raconte volontiers ses premières expériences de chasseur, quand il avait une fronde. Il est incollable sur le sanglier, une bête un peu mythique qui suscite le respect. Dans les épiceries et restaurants, le pâté de sanglier figure d’ailleurs en bonne place.


Il fait bon s’arrêter au "Salon". On n’y fait pas tapisserie et surtout, grâce à la gentillesse de ses hôtes, on découvre les petits secrets du pays Agriates situé entre terre et mer, droit comme le Geneva, énigmatique comme l’étrange cavité qu’il possède en son sommet. Le seul désert situé en Europe…


• Sous le signe du Taureau


N’aimant pas la solitude, le taureau du cousin des Cristofari, remontant de son pré, fait une petite halte sur la terrasse. Aurait-il soif ? Il fait une chaleur de bête après tout.


Il a l’air plutôt pacifique et semblerait tout prêt à communiquer. Sauf que la présence d’un taureau peut perturber les touristes venus prendre en verre. En conséquence, il ne reste plus qu’à l’éloigner avec le tuyau d’arrosage. Une douche "pure Agriates" qui a le mérite de le pousser hors du périmètre protégé…


Ce genre de rencontre n’a rien surprenant. Un peu plus loin, des appels de phare préviennent l’automobiliste d’une présence insolite sur la route. En effet, une vache échappée se trouve sur l’axe de circulation. Et dans les cols, mieux vaut faire attention !

Reportage/photos Nicole Bertin


• Le désert des Agriates est dominé par trois sommets principaux, la Cima d'Ifana, la Cima d'Ortella et le Monte Genova. Ce dernier est visible de toutes parts.

• Autrefois, agriculteurs et éleveurs avaient construit des pagliaghji (paillers). Le pagliaghju est une cabane en pierres sèches qui servait d'habitation, de bergerie ou de grange pour le blé et le foin.


• Dans les années 1980, le Conservatoire du Littoral a acquis dans les Agriates 5 514 ha représentant 35 kilomètres de côtes. Sa priorité est la préservation des paysages et l'évolution naturelle des sites. Depuis 2008, huit gardes départementaux du littoral assurent la gestion des terrains. Leurs missions sont nombreuses dont l'entretien et le nettoyage des plages et des sentiers. En été, ils sont intégrés au dispositif de prévention des incendies. Une maison des gardes existe à Saleccia.


• Casta, village de la commune de Santo Pietro di Tenda, est la seule localité du désert des Agriates. Plusieurs entrées et pistes permettent l'accès aux sites des Agriates : Ostriconi, piste menant aux bergeries de Terriccie ; Bocca di Vezzu d'où part la piste menant à Malfalcu et Alga Putrica ; Casta (piste de plage de Saleccia) et Fornali à Saint-Florent.

vendredi 30 août 2019

Saintes : les 7 et 8 septembre, le week-end des Saintais !

Les 7 et 8 septembre prochains, la Ville de Saintes invite l’ensemble des habitants au désormais traditionnel week-end des Saintais. Accueil des nouveaux Saintais, Forum des Associations et pique-nique sympathik rythmeront ces deux jours.


PROGRAMME

Accueil des Nouveaux Saintais
Samedi 7 septembre
Salle du Conseil municipal – 10 h
Le Maire de Saintes et les membres du Conseil municipal accueillent chaque année en mairie les nouveaux habitants de la Ville. Ce moment convivial est à la fois le temps d’une première rencontre entre les élus de la Ville et leurs nouveaux administrés, et aussi l’occasion de remettre aux nouveaux Saintais de la documentation et des informations sur le nouveau lieu de résidence.

Forum des Associations
Samedi 7 et dimanche 8 septembre
Espace Mendès-France
La rentrée est le moment idéale pour se lancer à la découverte d’une nouvelle activité. Pour ceux qui se sont déjà fait leur idée comme pour les indécis, le Forum leur permet durant 2 jours de rencontrer les bénévoles des associations saintaises et d’affiner leur choix en regardant les démonstrations proposées à la fois à l’intérieur et sur l’esplanade du site.

Pique-Nique Sympathik
Dimanche 8 septembre
Jardin public – 10 h-18h
Toute la journée, les Saintais (et les autres) peuvent venir au jardin public pour déjeuner sur l’herbe en famille et profiter de nombreuses animations : mini golf, sulkis à pédale, jeux en bois géant, démonstrations de fitness, boxe, volley-ball et tai chi chuan, et pour les amateurs de musique une scène ouverte et un karaoké pour profiter en famille et entre amis…
A 12 h, les élus de la Ville serviront l’apéritif au cours du traditionnel Apéro Citoyen.
Foodtruck et espace restauration de l’Orangerie seront également à disposition pour ceux qui auront oublié leur panier-repas !

Université de La Rochelle/Faculté de droit : colloque sur l'humanisme et la tolérance et cycle de conférences

Les historiens du droit de la faculté de La Rochelle vous invitent à deux événements pour la prochaine année universitaire. Tout d'abord, un colloque international de jeunes chercheurs est organisé à l'Université de La Rochelle par les doctorants sur "l'humanisme et la société" les jeudi 12 et vendredi 13 septembre. Un sujet plus que jamais d'actualité !
Ensuite, un cycle de conférences sera consacré à la domination. Organisées à Sainte-Eulalie Cenon (33) en octobre, elles sont publiques et vous êtes tous les bienvenus, étudiants ou retraités, soucieux d'approfondir vos connaissances.
    

 



Benoît Biteau, député écologiste européen, réagit à l'installation d'une centrale à goudron à Sablonceaux

Ayant appris l'ouverture d'une enquête publique visant à la mise en place d'une centrale à goudron à Sablonceaux, un collectif d'opposition se réunira pour la première fois samedi 31 août à 15 h dans la cour de la ferme de Benoît Biteau 28 route de Berthegille à Sablonceaux. Les personnes intéressées sont cordialement invitées.

Communiqué de Benoît Biteau, député écologiste européen :

« Des logiques territoriales de développement à contre-temps des attentes sociétales et citoyennes !
Les communes de Sablonceaux et de Saujon, le bassin ostréicole de l’huitre de Marennes-Oléron, vont-ils être sacrifiés sur l’autel d’un développement économique à contre-temps, éculé, archaïque et au service de l’artificialisation des terres agricoles nourricières ?
La commune de Sablonceaux a-t-elle été définitivement désignée pour concentrer les développements et les produits toxiques d’un large périmètre local, au service du bitumage des terres arables et de la pollution de l’air et de l’eau ?
Déjà concernée par :
- Une usine classée SEVESO. L’arrivée de cette centrale à bitume accentue les risques de potentielles pollutions de l’eau et l’air et d’évidentes nuisances olfactives dans ce même périmètre.
- L’usine de traitement des gravats, qui n’attend plus que les prochaines chutes de neige et l’installation de remontées mécaniques pour y développer une station de ski, tant la hauteur de ces tas de gravats aux origines douteuses atteignent une hauteur au-delà du raisonnable sans aucune logique ou réflexion d’intégration paysagère.
- L’irrigation du très polluant maïs, car c’est aussi l’une des communes du département les plus forées pour assurer l’arrosage de cette culture mettant systématiquement à sec plusieurs mois, parfois plusieurs années, la pourtant très stratégique rivière de la course de Sablonceaux qui alimentait et dissolvait la salinité de la Seudre dans sa partie salée. C’est cette dissolution de salinité dans cette partie soumise au régime des marées qui permet l’installation des naissains ostréicoles, socle de toute l’économie de l’huitre de Marennes-Oléron et aujourd’hui menacée par ces incohérences de gestion quantitative et qualitative de l’eau.
- L’un des secteurs de développement de l’agriculture intensive, industrielle et chimique dans ce département, les surfaces cultivées sont également mobilisées pour épandre les boues des stations d’épuration des cités balnéaires royannaises. Ces terres reçoivent donc substances médicamenteuses, métaux lourds, substances de synthèse et perturbateurs endocriniens dans toutes leurs variétés aux portes de ce même bassin ostréicole et sur des sols censés produire notre nourriture.
Enfin, alors que la commune est également connue pour la qualité architecturale et la beauté de son abbaye, où est la cohérence à s’acharner vouloir développer l’implantation d’activités polluant l’eau, l’air, les sols, les paysages et à l’origine de nuisances écologiques et olfactives, menaçant ses habitants ainsi que les nombreux locaux et touristes, au bon gout évident, venant faire pèlerinage dans cet édifice merveilleux ?

Et que dire des dégâts collatéraux sur les plus proches territoires ?
- Comment peut-on concevoir, alors que Saujon est un haut lieu national du thermalisme, qu’une activité émettant des particules et des nuisances olfactives aussi dévastatrices puisse s’installer à quelques encablures de l’établissement thermal ? Un paradoxe pour les curistes venant chercher la guérison à des pathologies parfois sévères que d’apprendre qu’ils sont également exposés à des émissions dans l’atmosphère de substances classées cancérogène « possible » (catégorie 2B) et «probable» (catégorie 2A) par le Centre International de Recherche sur la Cancer (CIRC), branche cancer de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ?
- Saujon est également le lieu éminemment stratégique de la rencontre des eaux douces avec les eaux salées de la Seudre avant de rejoindre l’estuaire où l’huitre de Marennes-Oléron nait, se développe, et meurt de plus en plus en raison de débits trop faibles et surtout de pollutions diverses constituant un cocktail souvent fatal pour les coquillages. Nos élus ajouteront-ils à ce cocktail déjà mortifère les substances émises par cette usine à bitume ?
La commune de Sablonceaux et ses environs, ses activités et son attractivité, l’huitre de Marennes-Oléron, ses résidents et ses visiteurs, vont-ils donc être sacrifiés sur l’autel d’un développement économique d’un autre temps, aux antipodes des attentes sociétales, piétinant toute approche globale et vision à long terme ?
Sans réaction rapide des élus qui aiment encore ce territoire et ses atouts avant qu’il ne soit totalement dévasté et défiguré, il se peut que l’image bien peu attractive renvoyée de cette centrale fasse la une des médias prochainement sous l’impulsion de citoyens rassemblés dans le collectif « Sablonceaux Saujon - NO GOUDRON » pour en vanter les odeurs de bitume, le charme fou des couleurs de l'asphalte, et l'extrême jouissance des particules cancérigènes qu'il fait bon respirer. La proche "banlieue" touristique de la côte aimerait aussi être chouchoutée et ne pas devoir se satisfaire de ne subir que le pire ! »

Benoît Biteau
Député écologiste au Parlement Européen
Conseiller Régional Nouvelle-Aquitaine
Président du Conservatoire des Espaces Naturels de Poitou-Charentes Président du CRéGéne
Conservateur du Patrimoine Technique, Scientifique & Naturel 

Concert gospel à l'église Royan

Le club Soroptimist de Royan organise un concert de gospel de la compagnie Allegria dimanche 8 septembre à 15 h à l'église du Parc de Royan. Les bénéfices de cette manifestation seront reversés à l'association Orchestre d'Harmonie qui favorise l'apprentissage de la musique pour les collégiens.
Entrée : 12 euros (6 euros pour les moins de 12 ans)
Réservation et renseignements au 06.68.44.22.74
Billetterie sur place.
 
 

mercredi 28 août 2019

Disparition de Philippe Madrelle : « je lui dois tout » déclare Alain Rousset, président du Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine

Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, exprime sa vive émotion à l'annonce du décès de Philippe Madrelle :


« Je veux tout d'abord faire part de mon émotion à l'annonce du décès de Philippe Madrelle.
Philippe Madrelle incarnait profondément et intimement la Gironde. Un département dont il était l'émanation dans ses valeurs de tolérance, de solidarité, de modération, de tempérance, d'humilité. Un département qu'il avait mis au service de tous les territoires, du Médoc à l'entre deux mers, du Blayais au sud Gironde. Un territoire dont il connaissait les contours de chaque ville et village.
Maire, député, sénateur, président de Région et de Département, il a occupé quasiment tous les mandats locaux avec la même ferveur et la même intensité. Ce laboureur infatigable du plus grand département de France laissera l'image d'un homme toujours proche, attentif et soucieux de chacun. Il savait réunir, apaiser comme se montrer d'une rare combativité lorsqu'il fallait défendre les intérêts du territoire ou mener un combat électoral. Il avait placé la solidarité au cœur de l'action départementale entre les territoires mais bien plus encore entre les femmes et les hommes qui les habitent. Souvent, bien au-delà de ce que les compétences du Département lui imposaient.
A cet égard, il a toujours attaché une importance particulière à la solidarité, à la cohésion entre les territoires ruraux et urbains... il avait quelque part pressenti les fractures territoriales mises en relief, avec fracas, ces derniers mois.
Sur un plan plus personnel, j'ai eu le privilège d'évoluer à ses côtés, à la Région Aquitaine où j'ai participé à ses côtés à la signature du premier Contrat de Projet Etat-Région et singulièrement au Conseil général, où j'ai eu l'immense honneur d'être son premier vice-président. Nous lui devons, pour beaucoup, notre engagement en politique.
La Gironde gardera l'empreinte de son action pour de longues années comme le souvenir de cet homme d'exception qui de Saint-Seurin de Cursac au Palais du Luxembourg ne s'est jamais départi de l'humanisme profond qui l'habitait.
La marque la plus indélébile que laissera Philippe Madrelle sur la Gironde, c'est l'empathie constante et sincère qui trouvait sa source dans l'amour qu'il portait aux gens, quelle que soit leur condition ou leur sensibilité. Des qualités humaines que l'exercice du pouvoir n'a jamais altérées ».

Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine

mardi 27 août 2019

Avenir de l'humanité : Incendies de la forêt amazonienne, déforestation en Papouasie Nouvelle-Guinée. Quand tout brûle, que deviennent les frères des arbres ?

Alors que la forêt amazonienne, en proie à des incendies, suscite de vives inquiétudes, le chef indien Raoni a demandé l’aide de la communauté internationale lors du G7 organisé à Biarritz. Cet appel à l'aide des peuples qui vivent au sein de ces espaces millénaires, véritables poumons de la planète, ne sont pas nouveau. Ainsi, lors du dernier salon du livre de Thénac, en mars dernier, Françoise Souan avait accueilli Mundiya Kepanga, chef de la tribu des Hulis en Papouasie Nouvelle-Guinée. Un moment particulièrement intéressant. Retour sur cet évènement.

Thénac : Quand un Chef papou rencontre Françoise, la cheffe du salon du livre… 


Sauver les forêts primaires de la déforestation

Vendredi à Thénac. Salle municipale pleine à craquer pour le salon du livre organisé par Françoise Souan et son équipe. Ce soir, elle accueille Mundiya Kepanga, chef de la tribu des Hulis en Papouasie Nouvelle-Guinée. Il est venu porter la parole des arbres de sa terre natale, victimes de la déforestation. 


Quel est le point commun entre un chef de tribu de Papouasie Nouvelle-Guinée et des Européens ? L’un pourrait vivre tranquillement dans son environnement et les autres faire des marches pour le climat en s’inquiétant des bouleversements. Il est pourtant un sujet qui les réunit, celui de l’avenir de l’humanité que Mundiya Kepanga résume par une phrase lourde de sens : « la disparition des forêts primaires entraînera celle de hommes ». En effet, les forêts d’Amazonie, du Congo et de la Papouasie Nouvelle-Guinée contribuent grandement à l’oxygène que nous respirons…
Accueilli par François Souan, « la cheffe du salon du livre de Thénac », Mundiya Kepanga s’installe sur l’estrade aux côtés de son ami et traducteur, Marc Dozier. Devant lui, une salle archicomble intriguée par cet homme qu’ils ne croiseront pas tous les jours. « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis » a écrit Antoine de Saint-Exupéry.


Pour une fois, « les Blancs ne sont pas pressés » : ils sont venus partager son histoire et écouter son témoignage. Coiffé d’une parure traditionnelle réalisée à partir de plumes d’oiseaux, peau de kangourou et végétaux, il est le représentant d’une culture bien éloignée de la nôtre. Celle où les hommes vivent en symbiose avec la nature. Ils la respectent et considèrent les vieux arbres, qui peuplent cet univers d’une éternelle beauté, comme des entités vivantes, grandissant avec eux, éléments de la Terre-Mère.
Alors que nous taillons les arbres parfois jusqu’aux moignons, ils les laissent s’élever vers le ciel. La nature offre à ces peuples la nourriture et les matériaux nécessaires à la construction des huttes. La forêt primaire n’est pas seulement leur berceau, elle est une cathédrale où vivent des espèces qu’on ne trouve nulle part ailleurs.  Signe qui ne trompe pas, c’est là qu’évoluent les fameux oiseaux de paradis !
 

Pour des raisons mercantiles, ces sanctuaires sont l’objet de cupidités. Des vagues de déforestation ont lieu que Mundika Kepanga dénonce haut et fort. Les troncs sont débités et deviennent meubles et lames de parquet. Quittant son village, il a pris son bâton de pèlerin pour alerter les Occidentaux de ce pillage…

« On ne donne pas d’ordre au climat, ni à la nature »

C’est à l’occasion de la COP21 qu’il est venu à Paris pour la première fois. Il faisait partie de la délégation des chefs de Papouasie Nouvelle-Guinée invités à s’exprimer. Lutter contre le réchauffement climatique était bien sûr l’objectif ! Mundiya Kepanga, qui vit dans la région de Tari, ne pense pas comme pas les Occidentaux. Il est réaliste sur la situation et sait bien que le nuage de Tchernobyl ne s’est pas arrêté à la frontière française.
Certes, les hommes peuvent changer certaines habitudes, mais ils n’ont aucune influence sur le déroulement des événements : « On ne donne pas d’ordre au climat, ni à la nature. Dans mon village, on sait qu’on ne peut pas arrêter le cours du soleil ! Nous ne savons ni lire, ni écrire et la tradition se transmet oralement. Depuis le tout début, nous prenons soin des arbres qui sont les frères des hommes. Le jour où les arbres ne seront plus là, l’humanité disparaîtra avec eux ». Une belle sagesse loin de nos actualités !


Le film réalisé sur cette déforestation en Papouasie Nouvelle-Guinée est révélateur et surtout il montre à quel point les autochtones se font manipuler. Les sociétés créent des emplois et s’engagent à doter les régions déboisées de routes en bon état et d’hôpitaux. Or, on trouve le plus souvent des pistes rudimentaires et des dispensaires peu fournis. Pendant ce temps-là, le massacre végétal se poursuit, ce commerce enrichissant les investisseurs asiatiques en particulier. Pour en retrouver de cette taille, il faudra moult générations.
« Dans ma tribu, on ne sait pas faire de films » avoue Mundiya, c’est pourquoi l’aide de Marc Dozier a été précieuse : « Je n’avais pas l’intention de participer à la COP 22. Nous avons alors choisi de montrer ce qui se passait sur le terrain ». Pour en faire la promotion, il n’hésite pas se déplacer ! Le message du film étant la préservation de l’environnement, il s’est rendu en Europe à plusieurs occasions (conférences, écoles). Ambassadeur d’un peuple qui tire la sonnette d’alarme, il a rencontré plusieurs personnalités dont des responsables de l’Unesco et Gérard Larcher, président du Sénat. Conscient de la transmission, il a confié sa plus belle coiffe papou au musée du quai Branrly à Paris en 2016. Par ailleurs, il a participé à plusieurs livres et documentaires.

Les questions de la salle

L’échange a été fourni et souvent amusant, les façons de penser étant bien différentes.
- Comment devient-on chef ? « Je suis un petit chef ! Les chefs sont choisis en fonction de ce qu’ils apportent et des conseils qu’ils prodiguent à la communauté. Lorsqu’il y a des conflits par exemple, les chefs se rassemblent pour trouver des solutions ».
- D’où viennent les sociétés qui participent à la déforestation ? « Pour nous, il y a les Blancs et les Noirs. Les Indonésiens et les Chinois sont impliqués. Les arbres de la forêt primaire sont des monuments et c’est pourquoi nous les respectons. On dit que les personnes qui plantent des arbres vivent plus longtemps que les autres ».
- Est-il plus simple de parler à un arbre qu’à un humain ? « Je ne sais pas. Pour nous, les arbres ont précédé l’apparition des hommes, sauf deux espèces dont les branches cassent plus facilement ! Nous vivons sur la même planète et personnellement, je parle à mon arbre de naissance. On peut se dire des choses ». Cette intimité n’empêche pas ce chef papou d’aller à la rencontre du public et de le taquiner, ce qu’il a fait à Thénac.
- Qu’avez-vous éprouvé en arrivant en France ? « En 2003, j’étais impressionné, la tour Eiffel, les voitures, les gens qui marchent à toute vitesse. Maintenant, je me suis habitué et puis j’ai assisté à un spectacle au Moulin Rouge. Je suis même devenu ami avec des danseuses du Lido que j’ai invitées dans mon village. L'objectif était de participer ensemble au plus grand festival tribal du pays, le Hagen Show ».
- L’influence des hommes blancs est-elle positive ou négative ? « Les Blancs apportent un savoir-faire, des infrastructures utiles comme les écoles, les hôpitaux ainsi que des médicaments qui s’ajoutent à notre pharmacopée. Toutefois, comme je le disais, les sociétés ne respectent pas forcément leurs engagements envers les populations. De plus, il y a de la corruption »
- Quels sont les rapports des tribus avec le Gouvernement ? « Officiellement, il nous soutient. Officieusement, je ne sais pas ».
-  Les choses ont-elles changé depuis la diffusion du film ? « Apparemment oui puisque le Gouvernement s’est rendu compte de l’impact de la déforestation et de nombreuses concessions n’ont pas été renouvelées ».

Marc Dozier et Mundiya
Mundiya est un messager envoyé par les dieux pour défendre les grandes et magnifiques forêts de Papouasie Nouvelle-Guinée. D’ailleurs, il a deux petites ailes sur sa coiffe ! Après Thénac où il a remporté un énorme succès, il se rendait à Grenoble. Si vous avez envie de le rencontrer au milieu des siens, sachez que sa tribu propose une chambre d’hôtes…

• Elever des papillons : une façon de vivre autrement avec des fermes à papillons (magnifiques en Papouasie Nouvelle-Guinée). Cette opportunité peut permettre de gagner leur vie aux habitants sans avoir à sacrifier les arbres…

• L’appel de Mundiya aux aînés : « Vous pouvez raconter le monde d’hier et d’aujourd’hui aux jeunes générations, partager le fruit de vos expériences »

• Les femmes dans la tribu des Hulis : Large sujet que celui de la position des femmes dans la société, Mundiya ayant été intrigué par Françoise Souan, la femme cheffe du salon du livre de Thénac ! Evidemment, les femmes papous n’ont pas connu le MLF. Ainsi va la tradition. Certains spectateurs ont été surpris de ne pas apercevoir de femmes dans son film. Mundiya s’est expliqué : « j’ignorais qu’elles étaient aussi importantes chez vous ! » plaisante-t-il. Et d’ajouter : « Dans ma tribu, elles ne vont pas en forêt parce que c’est dangereux et elles n’ont pas accès à la maison des hommes, là où ils se réunissent ». Les papous sont d’ailleurs polygames « et cela ne crée pas de problèmes ». La situation évolue, mais pourquoi vouloir tout uniformiser en s’inspirant des coutumes occidentales ?


• Chef papou originaire de la tribu des Hulis en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Mundiya Kepanga est un enfant de la forêt, né sur le tapis de feuilles d’un ficus séculaire.

• Ardent défenseur de l’environnement, Mundiya Kepanga a été invité au Sénat. On l’a également vu aux côtés de l’acteur et activiste Robert Redford.

• Déforester sur de grandes surfaces peut faire disparaître des espèces propres aux zones concernées. Replanter des arbres ne fera pas revenir ces espèces disparues.

Des arbres très anciens victimes de la déforestation.

lundi 26 août 2019

Violé par son beau-père, Philippe Bellenger raconte son calvaire dans son livre "Derrière les volets"

Il en faut du courage pour raconter ces actes qu'un silence entoure généralement. En 2015, dans son livre "Derrière les volets", Philippe Bellenger - qui vivait dans la région de Jonzac à l'époque - a choisi d'écrire et de décrire des situations qui le hantaient depuis sa prime jeunesse. Les gestes déplacés de son beau-père, viol, violence. Cet homme, aujourd'hui disparu, a brisé de jeunes vies dont celle de Philippe...

• Philippe Bellenger, dans ce premier livre, vous traitez de sujets gravissimes, l'inceste, le viol et la violence dont vous avez été victime et auparavant votre mère. Comment êtes-vous parvenu à écrire ces moments si douloureux ? 

Ce passé était trop lourd à porter. Le fait d'écrire fait prendre conscience que des situations similaires à la mienne ont toujours lieu. Avec le temps, la société s'y est habituée ou plutôt elle préfère fermer les yeux. Je veux être le témoin des enfants qui souffrent.
En pareil cas, l'agresseur peut être n'importe qui, le père, le beau-père, le cousin, le voisin. Dans l'entourage, on ne veut pas le dénoncer pour de nombreuses raisons dont la honte parfois, la peur de représailles. En France et ailleurs, de nombreuses personnes se font violer et n'en disent rien.

•  Ce livre a-t-il été long à écrire ?

J'ai mis cinq ans. Pourquoi ? Parce que le fait de l'écrire déclarait chez moi des crises d'angoisse, j'avais mal en avouant ces terribles moments. La douleur ne se guérit jamais même si j'ai suivi une psychothérapie pendant sept ans. On ne surmonte pas le traumatisme, on vit avec. Toutefois, il faut bien avancer dans la vie et façonner son avenir. C'est à ce moment-là que l'entourage est important et surtout l'amour dont on va nous entourer.

• Dans votre existence, le bourreau n'est autre que votre beau-père. A quel âge ont commencé ses agissements ? 

Quatre ans et demi jusqu'à 14 ans. Il avait aussi des attouchements avec ma sœur et mon frère.

• Pourquoi votre mère ne disait-elle rien ? 

Ma mère m'a juré qu'elle n'avait jamais rien vu. Toutefois, dans certains cas de violence physique à mon égard, arrivés à la limite, elle intervenait pour calmer son mari. Lequel agissait envers nous quand elle était absente de la maison…

• Quand avez-vous brisé le silence ?

A quinze ans, j'ai décidé de le dénoncer. Mon professeur de français se doutait de quelque chose et m'avait dit  "si tu veux partir, tu peux venir chez moi". Le déclic, c'est que je voyais mon beau-père faire la même chose avec mon frère qu'avec moi. Je ne supportais pas non plus sa violence : il prenait tous les motifs possibles pour me frapper, y compris devant tout le monde.

• En êtes-vous resté traumatisé ? 

Tout à fait. Mal-être, humiliation, des mots et des situations que je ne supportais pas, manque de confiance, regard terrible sur la société. J'ai fait des cauchemars longtemps ainsi qu'une dépression. Aujourd'hui, je continue à me reconstruire.

• Une fois adulte, avez-vous craint de devenir "bourreau" à votre tour ?…

Je savais que je n'étais pas pédophile, j'ai eu cette chance. Mes enfants peuvent témoigner, ils savent que ce ne sont pas des enfants battus, ni malmenés.
Les traces de mon passé se trouvent plutôt dans mon comportement quotidien. Je pense toujours qu'il faut que se battre pour émettre ses idées et il m'arrive d'être trop agressif dans mes propos.

• Quel message souhaitez-vous délivrer ? 

Si quelqu'un voit ou se doute de quelque chose, qu'il ne baisse pas les yeux. Il y a des gens qui ne veulent pas voir, ne pas faire d'histoires dans les familles. Il faut abattre ce mur d'hypocrisie, ne pas baisser les bras, avoir la force de prévenir les services sociaux, la gendarmerie.

• Le livre commence par les malheurs de votre mère qui, elle aussi, a été violée. Comment avez-vous recueilli ces détails intimes ? 

J'ai voulu savoir la vérité. Un jour, nous avons eu une vraie conversation. Elle a fini par avouer qui était mon véritable père. Est-ce qu'une situation de viol en amène une autre ? C'est la question que je me pose. Une suite sera donnée à ce premier ouvrage, la période de l'adolescence. Je suis en train de l'écrire.

• Votre message est de "l'importance à libérer la parole" ? 

En effet, je défends ceux qui souffrent en silence, qui n'ont pas de main tendue. Se soumettre au silence, s'obstiner à se noyer dans le regard des autres, vouloir désespérément s'oublier, s'acharner à étouffer sa douleur, activent un feu dévastateur qui consume jusqu'à notre mort les quelques rescapés lambeaux de notre intégrité. Être l'acteur soumis ou un témoin silencieux d'une ignominie ne doit pas nous emprisonner indéfiniment dans nos irréfrénables peurs.
En ce qui me concerne, mon beau-père a été jugé à Caen mais à cette époque, il n'était pas facile pour un mineur d'expliquer la situation, d'autant que ma sœur et mon frère qui pourtant avaient été abusés n'ont pas voulu le dire à la barre. Finalement, seules les violences dont j'avais été victime ont été retenues. Par la suite, j'ai été placé à la DDASS et ce n'était vraiment pas évident. Tu es la victime et c’est toi qui paie. Mon beau-père a fait de la prison et ma mère a vraiment réalisé la situation quand mon frère s'est enfin décidé à lui révéler la vérité, que je ne mentais pas, que lui-même avait subi des attouchements sexuels. Si mon frère avait témoigné devant la justice, le dossier aurait été rouvert. Personne n'a eu ce courage. Mon mère a quitté mon beau-père et lui-même a fini sa vie en maison de retraite, bien tranquille, une fois sa peine purgée. Ce qui me rassure, c'est qu'aujourd'hui les choses seraient différentes. De telles situations doivent évoluer pour éviter la souffrance et les séquelles qu'elles engendrent.

• Quels conseils donneriez-vous à des familles se trouvant dans une situation comme celle que vous avez connue ? 

L'enfant est innocent, c'est une victime. Le fait que la justice reconnaissance la culpabilité de son "bourreau", que ce soit un homme ou une femme, va lui permettre de se reconstruire. Mais après, il y aura encore beaucoup de chemin à parcourir parce que les blessures sont tenaces. Je pense que la médiatisation extrême de ces affaires, surtout à la télévision, n'est pas une bonne chose. L'important, c'est que l'enfant sache qu'il est aimé, entouré, c’est la meilleure thérapie. Il ne faut jamais oublier l'humain et je suis bien placé pour en parler...

• Derrière les volets, société des Ecrivains, en vente en copie numérique à la FNAC et Amazon

samedi 24 août 2019

Paroisse de Montendre : Bienvenue à l'abbé Bergson Julien

Le premier office célébré par l'abbé Bergson Julien (diocèse de Jérémie Haïti), appelé à remplacer le Père Albert Yon, sera célébré dimanche 25 août à 10 h 30 en l'église de Montendre. Les paroissiens sont invités nombreux à lui souhaiter la bienvenue. 

  • Nominations - Paroisse Saint Eutrope en Pays Jonzacais :
L’abbé Ferdinand Sambou, du diocèse de Saint Louis (Sénégal), est nommé, avec l’accord de son évêque, administrateur de la paroisse Saint Eutrope en Pays Jonzacais. Il demeure curé des paroisses Saint Martin de Mirambeau et Saint Antoine de La Lande en Saintonge. Il continue de résider au presbytère de Mirambeau.
L’abbé Chedly Zetrenne, de la société missionnaire des Pères de Saint Jacques, est nommé, avec l’accord de son supérieur, vicaire de la paroisse Saint Eutrope en Pays Jonzacais. Il résidera au presbytère de Jonzac.
L’abbé Massimiliano Piazza, du diocèse d’Albi, est nommé, avec l’accord de son évêque, coordinateur de la pastorale des jeunes sur le doyenné de Haute Saintonge. Il résidera au presbytère de Jonzac.
  • Paroisse Saint Martin de Mirambeau :
L’abbé Massimiliano Piazza, du diocèse d’Albi, est nommé, avec l’accord de son évêque, vicaire de la paroisse Saint Martin de Mirambeau.
  • Paroisse Saint Antoine de la Lande en Saintonge (Saint Genis) :
L’abbé Massimiliano Piazza, du diocèse d’Albi, est nommé, avec l’accord de son évêque, vicaire de la paroisse Saint Antoine de la Lande en Saintonge.

vendredi 23 août 2019

Dinosaures de la carrière d'Angeac : Bienvenue au Jurassic Park charentais ! 140 millions d’années vous contemplent

Angeac il y a 140 millions d'années...
Un soleil de plomb tape sur la campagne charentaise. Depuis que les visiteurs peuvent suivre en direct les fouilles réalisées dans la carrière d'Angeac, leur nombre ne cesse de croître. Ils ont appris que vivaient là, il y a 140 millions d’années, des dinosaures dont les ossements sont étonnamment bien conservés dans les argiles. Rencontre avec un passé qui se perd dans la nuit des temps avec une particularité : quand ces immenses bestioles peuplaient la Terre, l'Homo sapiens restait à inventer. 
Après avoir découvert un premier fémur de 2,20 mètres (longueur de l’animal estimée à 40 mètres pour un poids de près de 80 tonnes) et un sacrum de plusieurs tonnes, les chercheurs ont trouvé cette année un autre fémur de sauropode de deux mètres pesant près d’une demi-tonne. L’entreprise Audouin, qui exploite le site, a offert aux paléontologues 4000 mètres carrés supplémentaires à creuser. Du travail pour 2020 et les années à venir !

Dernier jour de fouille de l'été 2019 à Angeac. Le site sera bientôt recouvert d'eau...

Angeac en Charente. En cette journée d’août, les visiteurs qui se pressent veulent voir le fameux fémur de dinosaure trouvé lors de la fouille 2019 en cette carrière exploitée par la société Audouin.
Il y a 140 millions d’années, le site ressemblait aux Everglades et la mer se trouvait à cinq, dix kilomètres.
A cette époque, comme le montrent les cartes placées à l’entrée, l’emplacement des continents était différent de la géographie actuelle et Angeac était une zone humide où régnait une chaude température. Y vivaient de nombreuses créatures aujourd’hui disparues dont des dinosaures. Des ossements attestent de leur présence dont le fémur long de deux mètres récemment "ressuscité".
Depuis 2010, les chercheurs vont de découverte en découverte. Il y a quelques années, ils ont mis au jour une concentration de juvéniles réunis sur un même périmètre. Pourquoi ont-ils connu une fin prématurée ? Poursuivies par un prédateur, ces créatures auraient pu s'embourber et ces terres instables, semblables à des marécages, seraient devenues leur tombeau. Nul ne saura jamais ce qui a bien pu leur arriver.
Particulièrement riche, le site d’Angeac a livré moult os de vertébrés identifiés, des fragments d’os par milliers ainsi que les fossiles d'une dizaine de plantes.
Chaque été, des fouilles sont organisées. Pelle à la main, scientifiques, étudiants et bénévoles ont en commun leur passion pour la paléontologie.  

Pour cette dernière visite, une reproduction de dent de dinosaure est offerte à chaque visiteur

Un climat tropical...

Le rideau s’ouvre au Crétacé, vers 130 millions d’années. La température d’alors est tropicale. Toute une faune (dont les dinosaures) a élu domicile dans cette région qui appartient aujourd'hui au département de la Charente. L'endroit conjugue étroitement l’eau et la terre.
La mer s’est retirée. A Cherves, par exemple, elle a laissé derrière elle une immense lagune d’eau salée, très allongée, qui s’étend d’Angoulême à la Rochelle environ, soit une centaine de kilomètres. Sous l’effet du soleil, l’eau salée s’évapore, d’où la précipitation du gypse (qu'exploite actuellement la société Garandeau). Peu à peu, cette lagune, à mi-chemin entre la mer d’Aral et les chotts d’Afrique du Nord, commence à recevoir l’eau douce continentale en provenance du Massif Vendéen et du Massif Central.

Angeac, zone chaude et humide, est alors proche de la mer !

Ere quaternaire (100.000 ans)

La future carrière d'Angeac correspond à un espace proche de la Charente dont le cours est différent de son tracé actuel (elle mesure plus d'un kilomètre de largeur). Plein de vivacité, le fleuve érode les couches argileuses de son lit qui abrite d'anciens ossements de dinosaures. Lesquels sont recouverts de sable et de graviers. Les courants mêlent les restes des uns et des autres, comme s'ils voulaient faire un pot commun des occupations successives. A cette époque, les gros "lézards" ont disparu pour faire place à des animaux plus acceptables par leur taille tel que l'éléphant antique. Sur les rives, l'homme de Néandertal expérimente ses outils sans se préoccuper du passé. L’importance pour lui est de survivre… 

XXe et XXIe siècles après J.C. 

Une infinité s'est écoulée, une goutte d'eau dans l'immensité du temps. La société Audouin, propriétaire d'une dizaine d'hectares de carrières à Angeac, est intriguée par des présences inhabituelles lors des extractions de graves, dont une défense de mammouth en 2004.
Le responsable alerte alors les scientifiques. Ils demandent à l'entreprise d'arrêter ses activités pour effectuer des recherches approfondies, ce qui pose problème. Les ossements (dinosaures et autres), malgré leur intérêt et leur rareté, ne sont pas protégés par la loi et peuvent donc être détruits par les carriers.
Les années passent. En 2008, une vertèbre de grand sauropode (dont fait partie le diplodocus) s'ajoute aux "pêches miraculeuses" et en janvier 2010, Jean-Pierre Paillot aperçoit un long fémur de 2,20 mètres dans le godet de sa pelle mécanique.
Jean-Marie Audouin et ses fils contactent le musée d'Angoulême. Le conservateur, Jean-François Tournepiche, se montre à la fois intéressé et compréhensif afin de ne pas entraver la bonne marche de la société.
Des fouilles d'une durée de quatre semaines sont programmées. Elles sont mises en place par Didier Néraudeau, professeur à l'université de Rennes. Ce fémur s’avère être l’un des plus grands au monde. La bestiole devait mesurer 40 mètres et peser 80 tonnes !

Reproduction du premier fémur de 2,20 mètres de longueur 
Un sacrum de dinosaure de plusieurs tonnes


Le sacrum extrait de la carrière d'Angeac en 2015
En juillet 2015, s'est ouverte la sixième campagne. Le gisement n'est exploitable qu'un mois de l'année, en été. En effet, dès que les pompes cessent leur activité, l'endroit est aussitôt recouvert par les eaux de la nappe phréatique. Cette protection naturelle évite aux "curieux" de se précipiter sur les lieux pour en ramener quelques trophées !
Dans l'argile grisâtre, épaisse de plus d'un mètre, les os et les bois sont dans un bon état de conservation. Les étudiants ont d'excellentes pistes à explorer, à commencer par la formation du gisement. « Nous cherchons à comprendre la dynamique du site. Dans les couches, on observe des variations ». Et la récolte n'est jamais stérile avec des trouvailles étonnantes, dents, griffes, vertèbres, morceaux d'arbres. « C'est vraiment intéressant ». 
Le sourire aux lèvres, Jonathan se souvient du jour où le fameux sacrum (bas du bassin) a fait un retour triomphial chez l'homme moderne : « en nettoyant des graves, nous avons constaté qu'un gros os effleurait. Nous l'avons dégagé et vu son importance, nous l'avons plâtré pour le protéger afin qu'il puisse être étudié. Il appartient à un spécimen géant ! ». Voir ce paquet minutieusement emballé s'élever dans les airs a quelque chose de surréaliste ! Le public est fasciné tandis que les fouilleurs ressentent une véritable émotion. Dès que l'engin pose la "momie" sur le sol, ils applaudissent : l'opération est réussie ! Ronan Allain, paléontologue au Museum National d'Histoire Naturelle et l'un des rares spécialistes des dinosaures en France, a travaillé à Angeac. « Le lieu est vraiment exceptionnel pour la connaissance ! Nous y avons localisé les éléments d'un dinosaure carnivore ainsi qu'une griffe assez gigantesque ! ». Plusieurs espèces d'iguanodons apparaissent ainsi que des ornithomimosaures, les fameux dinosaures à plumes !

Ornithomimosaure, fameux dinosaure à plumes, appelé Mimo

Jean-François Tournepiche, coordinateur des fouilles, soulignait la richesse du gisement : « c'est un chantier extraordinaire, un "aquasystem" fossilisé qui n'a pas d'équivalent en Europe. Il offre une grande potentialité de recherches ». D'autant qu'aux dinos et aux mammouths, s'ajoute un véritable bestiaire, des poissons, des requins d'eau douce, des mammifères, des végétaux dont des conifères. « Ne croyez pas que toutes les espèces étaient gigantesques, c'est loin d'être le cas » précise le spécialiste. Disons simplement que certains spécimens étaient hors normes !

Les ossements mis au jour sont protégés et étudiés. Les pièces les plus représentatives seront exposées en musée après avoir été sélectionnées par une commission d'experts. S'y ajouteront des expositions temporaires, des conférences et les thèses soutenues par des étudiants.

Trouvé en 2019, le fémur (enveloppé d’une gaine de protection) va rejoindre Angoulême pour être examiné. Particulièrement riche, le site d’Angeac-Charente a livré, en près de dix ans, 7500 os de vertébrés identifiés 


2019 : Bienvenue chez les XXXXL !

La grande découverte est un fémur de dinosaure de 2 mètres de long dont le propriétaire était un géant. « Nous fouillons une couche d’alluvions du Crétacé Inférieur déposés par la paléo-Charente. Le site à l’époque était une plaine au bord d’une rivière. L’endroit, humide et chaud, ressemblait à un grand marécage. Y poussaient de grands arbres. On y trouve des dinosaures, des tortues, des crocodiles, des moules d’eau douce, etc. Chaque os découvert est minutieusement lavé et répertorié » explique Rachel qui guide un groupe attentif à cet environnement particulier. 

Le site a révélé des dinosaures herbivores et carnivores. Des panneaux apportent des explications sur ces créatures gigantesques qui ont précédé l’arrivée de l’homme sur Terre. La configuration des continents interpelle et le fameux océan Téthys, maintenant disparu, qui séparait Gondwana et Laurussia (Amérique du Nord, Europe centrale-Nord, Russie) au Paléozoïque (- 541 à - 252,2 millions d'années), nous propulse dans une dimension inconnue. C’était pourtant la même Terre que celle que nous habitons. Enfin pas tout à fait ! 

En attendant d'en savoir plus, on peut imaginer cet univers si éloigné de notre quotidien ! Malgré l'évolution, l’homme se heurte toujours aux questions existentielles : « qui est-il, d’où vient-il et où va-t-il ? ». Dans sa quête, il dispose d‘éléments qui éclairent son (long) chemin...

Rachel montre une carapace de tortue
• Enlisés ? Les chercheurs ont fait un découverte : une quarantaine de jeunes dinosaures de la même espèce, des ornithomimosaures se déplaçant en troupeau, sont morts à quelques jours d'intervalle. Les causes ? Maladie, attaque de crocodiles ou autres prédateurs, incendie, enlisement ? Allez savoir ! Le fleuve d'alors a gardé le secret, ensevelissant leurs corps dans les sédiments. La mission des chercheurs est de faire "parler" ces témoignages.

• De nombreuses espèces de dinosaures ont été retrouvées à Angeac. En 2015, une tête de fémur pesant plus de 100 kilos a été mise au jour ainsi que des tibias d’ornithomimosaures, les fameux dinosaures à plumes, qui faisaient trois mètres de haut et cinq de long ! Les chercheurs ont surnommé cette bestiole "Mimo" ! Sans oublier le sacrum d'un sauropode de 40 mètres.

Angeac, dont les travaux se poursuivront encore quelques années, devrait être à l'origine de nouvelles publications.
Chaque os est minutieusement nettoyé par les "ratons laveurs" !
• Une vertèbre de mammouth peut cacher une vertèbre de dinosaure ! 

Des ossements datant du quaternaire, en particulier des défenses et des vertèbres de mammouth, avaient été découvertes dans la carrière d’Angeac. En 2008, Jean-Pierre Paillot, employé de la société Audouin, a remonté le temps en raclant avec sa pelleteuse le fond d'une partie inondée de la carrière. Il en a extrait une grosse vertèbre qu'il croyait appartenir à un éléphant fossile.
La trouvaille a été montrée au musée d'Angoulême dont le conservateur, Jean-François Tournepiche, a consulté un paléontologue, Didier Néraudeau, du laboratoire de Géosciences de Rennes. Ce dernier a reconnu une vertèbre de dinosaure sauropode, quatre fois plus grosse qu'une vertèbre de mammouth. Depuis, une campagne de fouilles a lieu chaque été à Angeac apportant son lot de surprises. Les prochaines auront lieu en septembre 2020.

• Pourquoi trouve-t-on des ossements de mammouths et de dinosaures que des millénaires séparent ?

La carrière Audouin exploite les graves déposées il y a 100.000 ans par l’ancêtre de la Charente (qui passait à proximité). Au fil du temps, des sédiments se sont accumulés dans son lit, sable, argile comme une pile d’assiettes horizontale (Jurassique, Crétacé, etc). Lorsque les plaques armoricaine et ibérique se sont heurtées en formant les Pyrénées, les sédiments ont été bousculés et les fossiles qui se trouvaient en amont se sont alors retrouvés pêle-mêle en aval.

Que de changements depuis le Crétacé inférieur ! A cette époque, la Nouvelle Aquitaine était sous l'eau !
• Différence entre la paléontologie et d’archéologie ? Toute découverte archéologique doit être déclarée aux autorités régionales. Ce n’est pas le cas pour la paléontologie (dinosaures, etc). Autrement dit, la fameuse vertèbre de dinosaure aurait pu être ignorée. Ce qui n’a pas été le cas, fort heureusement…

• Les dinosaures ont régné sur la Terre tout au long de l’ère Secondaire, c’est-à-dire pendant 160 millions d’années. Herbivores et carnivores, ils occupaient tout l’espace. La place restante pour les mammifères était donc réduite ! Brusquement, il y a 65 millions d’années, ils ont disparu vraisemblablement suite à l’impact d’une météorite géante. Les oiseaux descendent d’un certain groupe de dinosaures carnivores.

• Du bois avec de la pyrite, nommée l’or des fous, a été mis au jour sur le site d'Angeac


© Nicole Bertin