mardi 29 octobre 2019

La ville de Jonzac s'achète une île ! Bientôt le renouveau de l'île de chez Robin où ont chanté Maurice Chevalier et Gilbert Bécaud

Lundi soir, le conseil municipal a voté l'acquisition de l'île de chez Robin
Lundi soir a été un grand moment pour le conseil municipal de Jonzac. Outre le chantier de restauration du châtelet (avec l'ambition de faire du château un lieu de visite incluant des parties non ouvertes au public dont le chemin de ronde, etc), les élus ont voté à l'unanimité l'achat de la parcelle AK 0001 qui correspond à l’île sur la Seugne située en contrebas de la place du marché. Le coût prévisionnel de cette acquisition s’élève à 30.000 € auxquels s’ajouteront les honoraires de négociation et de notaire. Après Ré, Oléron, Aix et Madame, Jonzac possèdera donc une île dont elle n'a pas encore choisi le nom de baptême. Elle fera partie de la promenade élaborée en bordure de Seugne qui part du pont de pierre, franchit le pont de la traîne et se déroule entre prairie et cours d'eau.
Deux ponts seront construits afin de rendre accessible ce havre de fraîcheur aujourd'hui à l'abandon. Y poussent de beaux arbres dont l'un (un platane) semble avoir un âge respectable. Ce lieu parle aux Jonzacais : ainsi Pierre Jean Ravet se rappelle qu'enfant, c'était l'un de ses terrains de jeux avec les copains du quartier dont Bernard Lévêque, l'ancien patron de La Haute-Saintonge. Nul doute que les habitants de la place du Champ de Foire, dont le maire actuel Claude Belot, gardent en leurs mémoires de joyeux souvenirs de ce temps d'avant.

Une île née du reprofilage de la Seugne 

L'île est au milieu de la Seugne, en contrebas de la place du Marché (superficie 26 ares)
Aujourd'hui abandonnée, l'île sera de nouveau accessible grâce à deux passerelles
 

L'ile de chez Robin (non loin de l'aire de jeux) résulte du reprofilage de la Seugne au XIXe siècle. En effet, dans la nuit du 15 au 16 janvier 1843, un événement s'est produit qui sera à l’origine d’une profonde modification de l’urbanisme jonzacais. Une nouvelle crue dévastatrice de la Seugne prive la population des trois ponts de bois qui franchissent les deux bras de la rivière et le canal de fuite du moulin (le pont de Réaux connaît pareil sort).
La ville haute est coupée de la ville basse, c'est-à-dire du quartier des Carmes. Devant l'étendue des dégâts et les problèmes qu'ils posent à la population, la municipalité opte pour la construction d’un nouveau pont qui réglera le problème des crues et celui du franchissement de la Seugne. Elle réclame la construction d’un pont plus large, passant de cinq à huit mètres, ce qui implique de reculer d’environ un mètre cinquante les façades de toutes les maisons situées entre la porte de ville et le palais de justice.

Sur le plan Bourrilhon de la fin du XVIIIe siècle, on aperçoit l'ancien tracé de la Seugne en centre ville et les trois ponts qui seront détruits par la crue de 1843
Les élus envisagent également de surélever le pont d’un étage et rectifier le lit de la rivière en arasant l’îlot bâti qui sépare ses deux bras et par le creusement d’un canal recoupant le méandre du marché. Ces travaux ont pour but d’accélérer l’écoulement des eaux dans le goulot d’étranglement de Jonzac et d’éviter ainsi des inondations aussi importantes que destructrices.
Ils sont à l'origine de l'île dite de "chez Robin", du nom de son dernier propriétaire (qui possédait une épicerie et un service de taxis). « Cette bande de terre est une partie de la prairie qui bordait la Seugne » souligne James Pitaud.

Souvenirs, souvenirs !
 
C'était en juin 1953 sur l'île de chez Robin (archives James Pitaud)
Dans les années 50, le comité d'organisation de la fête de la Saint-Gervais. On reconnaît MM. Soulignac, Busch, Massiot, Jousseaume, Morniche, Lhoumeau, Latorse, Mlle Goguet (archives James Pitaud).
Acquise par la ville de Jonzac, l'île devrait retrouver une certaine animation. Ainsi, y ont chanté Maurice Chevalier et Gilbert Bécaud en juin 1953. La fête de la Saint-Gervais et la Saint-Protais (protecteurs de Jonzac) était l'occasion de réjouissances qu'évoque l'historien James Pitaud dans le livre "Mémoires et images Jonzac et son canton". Dans les années 1950, M. Jousseaume était alors responsable du comité d'organisation et avec son équipe, à laquelle appartenait M. Massiot, les fêtes du quartier étaient l'occasion de rencontres inoubliables dont des galas de boxe, des bals, la venue d'artistes et des spectacles organisés sous le marché couvert. En 1952, La Voix Jonzacaise relate la venue de Jean Nohain devant une salle archi-comble...

Article de la Voix Jonzacaise (Jonzac à la une)
• Une petite balade ?

Sur la place du marché, l'immeuble de l'épicerie Robin est en vente. L'île de la Seugne, propriété des héritiers, vient d'être acquise par la ville
Pour apercevoir l'île, pas compliqué, il suffit de descendre vers la Seugne...
Et vous le verrez au milieu de la rivière ! On peut également emprunter la promenade qui part du Pont de Pierre

Histoire/Jonzac : la construction du pont de pierre entre procès, attaques et rebondissements !

Lorsqu'on emprunte le pont de pierre qui franchit la Seugne à Jonzac, on est loin d'imaginer que sa construction, au XIXe siècle, a connu moult rebondissements. Il faillit d'ailleurs être en fonte...
Retour sur cette époque qui n'avait rien d'un long fleuve tranquille ! Dans la nuit du 15 au 16 janvier 1843, un événement est à l’origine d’une profonde modification de l’urbanisme jonzacais. En effet, une nouvelle crue dévastatrice de la Seugne prive la population des trois ponts de bois franchissant les deux bras de la rivière et le canal de fuite du moulin. La ville haute est coupée de la ville basse (le quartier des Carmes) et la construction d’un nouveau pont est à l'ordre du jour.

 Au lendemain du sinistre, le conseil municipal se réunit. Il faut évaluer les dégâts, régler le problème des crues et celui du franchissement de la Seugne. La ville réclame alors la construction d’un pont plus large, passant de cinq à huit mètres, ce qui implique de reculer d'environ un mètre cinquante les façades de toutes les maisons situées entre la porte de ville et le palais de justice.
Le conseil municipal souhaite également surélever le pont d’un étage et rectifier le lit de la rivière en arasant l’îlot bâti qui sépare ses deux bras et par le creusement d’un canal recoupant le méandre du marché. Ces travaux ont pour but d’accélérer l’écoulement des eaux dans le goulot d’étranglement de Jonzac et d’éviter ainsi des inondations aussi importantes et destructrices que celles de 1792, 1813 et 1830.
En attendant l’aboutissement du projet, la ville désire qu’un pont provisoire soit installé (à l’emplacement de l’actuel pont de la Traîne). Dès la semaine suivante, M. Duchâtel, ministre du Commerce et de l’Agriculture et ancien président du Conseil Général, décide le versement d’une indemnité aux sinistrés. Apparemment, le maire, M. Blanc-Fontenille, est passé outre la voie administrative normale (le préfet) pour formuler ses doléances.

La ville de Jonzac entend faire financer les travaux par le Département, auquel elle formule cette demande en vain depuis quarante ans. Pour cela, elle s’appuie sur le fait que ce pont appartient à la route départementale N°2 reliant Barbezieux à Port Maubert.
La prise en charge de la transformation du paysage urbain, estimée à environ mille fois le budget de la commune, est ressentie comme une demande bien luxueuse par le Conseil Général ! Lui a déjà financé quelques années auparavant l’actuelle avenue Joffre...
Les Jonzacais adressent directement à M. Dûchatel, devenu entre temps Ministre de l’intérieur, une pétition qui a pour effet de mobiliser le préfet. Ainsi, M. Blanc-Fontenille évite la poursuite des contentieux avec le Conseil Général. Au bout d’un mois et demi, le projet est lancé.
Le dossier du pont est confié à M. Forrestier, ingénieur des Ponts et Chaussées, qui envisage de réaliser un pont suspendu dont le coût est fort onéreux. Nous sommes en novembre et les Jonzacais, pour entrer en ville, sont toujours obligés de faire le détour par le pont de St-Germain.

Entre projet et réalisation, que d'étapes !
En 1844, la ville renouvelle sa demande d’un pont plus large et plus élevé. Plusieurs années s'écoulent. Un nouveau projet pour Jonzac voit le jour : les frères Cotton proposent un pont en fonte pour un montant inférieur à 13 millions de francs. Finalement, Paris octroie le marché du pont en fonte à l’entreprise Philippon d’Archiac. L’Etat prend à sa charge les travaux.

Des riverains en colère

Le chantier commence enfin et M. Forrestier est chargé des expropriations. Afin de boucler le budget, l’idée d’un péage voit le jour… puis disparaît. On pense aussi à réaliser des économies sur le coût des matériaux ou sur les indemnités d’expropriations, mais celles-ci ont déjà été négociées. Le Préfet pense alors ajouter une clause visant à éviter de payer un surcoût en cas de retard. Le conducteur des travaux oublie seulement de l’ajouter...
En mai 1846, face à l’augmentation des coûts de transport due au passage par Saint-Germain de Lusignan, la ville demande au Département la construction d’un pont provisoire sur l’actuelle avenue Gambetta (futur pont de la traîne).

En juin, les riverains proches de la Seugne en centre ville demandent une indemnité supplémentaire pour faire face aux frais entraînés par l’enfouissement du rez-de-chaussée de leurs maisons (des remblais ont été nécessaires). Ils menacent d’empêcher la poursuite du chantier. La commune refuse la proposition du Préfet de participer aux indemnités. Finalement, on décide de ne pas reculer les cinq maisons les plus proches du Palais de Justice et de verser leurs indemnités aux expropriés.

Le pont sera finalement en pierre !
Un pont en pierre et non en fonte

Nouveau coup de théâtre en 1847, les Jonzacais, sans doute avertis du projet réel, font une pétition en faveur d’un pont en maçonnerie, moins rigide que la fonte.
Du côté du Conseil Général, les critiques se font alors sévères et on accuse Jonzac de sacrifier aux intérêts du Département, ce qui vaut à la Ville d’être sanctionnée par un blâme.
Avec la Révolution de 1848, on abandonne l’idée d’utiliser de la fonte. Le Pont de Pierre sera composé de trois arches de sept mètres et de deux piles de 1,70 mètre d’épaisseur. Outre l’aspect esthétique, ce projet présente l’avantage de permettre une économie de 200.000 francs.
En juillet 1849, encore des problèmes : les travaux de remblaiement des rampes d’accès au pont, qui permettront d’atteindre les quais grâce à l’enfouissement des niveaux inférieurs des habitations, sont interrompus. En effet, les héritiers de Jean Dessendier, qui devaient reculer deux des quatre immeubles qu’ils possèdent dans la rue, refusent de s’exécuter. Ils envoient une sommation d’huissier demandant l’arrêt immédiat des travaux et une remise en l’état dans les 24 heures.
Les Dessendier portent plainte contre le Préfet pour non respect des indemnités et ce dernier, en retour, pour non respect des engagements signés par leur père.
Le tablier du pont est terminé mais les finitions, qui nécessitent de reculer les façades Dessendier, sont bloquées par des procédures qui durent cinq ans.
Le Préfet obtient gain de cause en appel en février 1853… Or, le jugement n’est communiqué à la famille qu’en février 1854. Celle-ci discute à nouveau le montant de l’expropriation.
Le mois de mars 1855 marque la « reddition » des Dessendier qui se contentent de la somme initiale. Plus tard, ils vendent les immeubles 81 et 83 de la rue Sadi Carnot à M. Réaux. Après les avoir démolis, il les reconstruit en retrait.
Après douze ans de rebondissements, le pont de Pierre est enfin terminé.


Les conflits ne sont pas apaisés pour autant. En effet, la commune réclame le rétablissement du lavoir et de l’abreuvoir qui existaient précédemment aux abords du vieux pont. Après une polémique de quinze ans opposant Républicains et Bonapartistes, le lavoir public est reconstruit rive droite en 1865.

Ainsi s’achèvent les riches heures du Pont de Pierre et les travaux pharaoniques qui ont marqué l’urbanisme de la ville.


En partant du pont de Pierre, une jolie balade est à faire en bordure de Seugne. Ici, les canards attendent le pain des visiteurs !

lundi 28 octobre 2019

Histoire : « La Maladrerie de Jonzac est un témoignage précieux sur la lèpre, maladie omniprésente durant des siècles » estime le professeur Robert Favreau

La chapelle de la Maladrerie. Gravure publiée dans le livre d'études historiques écrit par l'Abbé Pierre-Damien Rainguet
La façade aujourd'hui, en cours de restauration
Ancienne propriété de la famille Dagnaud, la chapelle de la Maladrerie, située à la sortie de Jonzac sur la route de Montendre, a été acquise par la municipalité. Cet édifice en cours de restauration, qui accueillait autrefois les lépreux bannis de la cité, appartient au patrimoine local. Malheureusement enserré entre un garage et une maison de construction récente (deux bâtiments sans intérêt), il serait à valoriser par un jardin du souvenir, par exemple.
Selon le professeur Robert Favreau, éminent spécialiste de l’époque médiévale : « cette maladrerie de taille modeste et dont la façade est aujourd’hui défigurée, est un vestige qui s’inscrit pleinement dans l’histoire de Jonzac ». L’inscription en particulier retient l’attention : « on en connaît fort peu sur les lépreux, une demi-douzaine d’épitaphes de la fin du XVe venant de la Maladière, maladrerie près de Dijon et aucune, à ma connaissance, sur les maladreries en dehors de celle de Jonzac. Tous les centres médiévaux avaient leur léproserie, La Rochelle, Saint-Jean d’Angély, Pons. La Maladrerie de Jonzac est un témoignage précieux sur une maladie qui a été omniprésente durant des siècles. C’est sous cet aspect un rare témoin de notre patrimoine ». 



• La chapelle retrouverait son aspect originel si elle était "débarrassée" des structures annexes, garage et habitation. Les travaux actuels sont destinés à la sauvegarder. Malgré sa modestie, cet édifice entre de plain pied dans l'histoire locale. Un panneau racontant son passé devrait y être apposé à destination des visiteurs.

L'intérieur de la chapelle
 Que savons-nous de la Maladrerie de Jonzac ?
par l'historien Marc Seguin

Depuis quelques années, notre connaissance du passé jonzacais a progressé : préhistoire, villa gallo-romaine, cimetière mérovingien. Grâce aux efforts de la municipalité, la chapelle de l’ancienne Maladrerie s'est ajoutée au patrimoine collectif. Il s’agit d’un témoin peu spectaculaire, mais d’un témoin exceptionnel puisqu’on chercherait vainement l’équivalent ailleurs. Sa modestie fait que des milliers d’automobilistes passent régulièrement devant lui sans même le remarquer. Et pourtant !

Des archives parties en fumée

Que savons-nous de la maladrerie jonzacaise ? Rien ou presque. En 1789, le château de Jonzac, comme tous les autres, conservait une énorme masse d’archives entreposées dans une salle qu’on appelait “le trésor”. En novembre 1793, au moment de la Terreur, l’ordre est venu de détruire tous ces vestiges de la “féodalité”. En Charente Inférieure, et particulièrement à Jonzac, on a aussitôt obéi ; parchemins et papiers ont été brûlés lors d’une fête publique. Notre passé local est parti en fumée, ce qui simplifie grandement le travail des historiens…

Trois brèves mentions subsistent dans un inventaire du “trésor”, heureusement établi par le notaire saintais Senné en 1750 : “le titre de la fondation de la chapelle de la maladrerie par Messire Renault de Sainte-Maure en l’an 1497”, avec « une baillette en parchemin etictée baillette par laquelle les ladres doivent 36 sols de ranthes au chasteau à cause de 6 journeaux de terres qu’on leur a baillé, dattée du 8 janvier 1490 » (c’est-à-dire 1491, selon notre calendrier) et une transaction passée entre le seigneur de Jonzac et les ladres par laquelle « ceux-ci quitte audit seigneur de Jonzac le cheval qu’ils devoient à la mort de chaque ladre, pour 6 livres d’entrée, dattée du 10 septembre 1522 ». C’est tout.

Resterait à savoir si Me Senné, médiocre spécialiste de l’orthographe, était bon paléographe et disposé à déchiffrer correctement des actes et des dates qui n’avaient plus d’intérêt pratique en 1750. On comprend que Renaud de Sainte-Maure, le seigneur de Jonzac, est intervenu pour une “fondation” en 1497 (si la date est exacte), que la maladrerie disposait d’un minuscule domaine de 6 journaux (2 hectares) au moins, que la communauté des malades devait payer la valeur d’un cheval au seigneur chaque fois qu’un de ses membres mourait. Si le notaire a bien lu, il a repéré une contrainte, qui est peut-être le témoignage d’une malédiction plus ancienne et que les malheureux ladres n’étaient pas en mesure d’assumer. Un cheval pour des gens si pauvres !
À cela, s’ajoute l’inscription qu’on sera sans doute en mesure de déchiffrer quand la façade aura été nettoyée et que Rainguet a publiée en 1864 : “Par Bertrand Vilot, Jehanne Bellonne, Jehan Jasmain fut faicte icelle malet (maison pour les lépreux), l’an de grace mil IIIIc quatre vings ung”. Il s’agirait donc d’une création privée de 1481 (en admettant que la date ait été lue correctement). 1481 et 1497 : il n’y a aucune contradiction comme nous allons le voir.


Quelle place attribuer à la Maladrerie jonzacaise ?

Le contexte d’abord. Nous sommes en 1481 et 1497. Fin du Moyen Âge ou début des Temps modernes ? Si les mentalités de la fin du XVe  siècle sont, bien entendu, tout à fait médiévales, je préfère de beaucoup la seconde expression : le début des Temps modernes. En effet, pendant l’interminable conflit franco-anglais, la zone qui s’étend entre le pays bordelais et le fleuve Charente a été absolument dévastée et dépeuplée.
En 1453, date de la dernière bataille, le château de Jonzac n’est qu’un amas de pierres et le bourg est à peu près vide, comme les campagnes environnantes envahies par les bois et les broussailles. Commence alors chez nous une étonnante “reconstruction” qui bat son plein à partir de 1460 avec des “immigrés” qui affluent d’Anjou et du Poitou. Période de dynamisme exceptionnel ! L’espace est vide et l’homme rare, donc précieux. Chacun, semble-t-il, mange à peu près à sa faim.

Et la maladrerie dans ce contexte plutôt favorable ? En premier lieu, précisons que l’Église n’a rien à y voir, même si, comme chacun sait, elle est alors présente partout et conditionne mentalités et comportements.
Une maladrerie est un établissement “administratif” (si ce concept n’est pas trop anachronique), pas un établissement religieux. On assure volontiers que, sous l’Ancien Régime, la cellule de base était la paroisse à laquelle la commune a généralement succédé. C’est vrai à partir de Richelieu quand la fiscalité devient la première préoccupation. Ce n’est pas tout à fait exact à l’époque que nous considérons. Au temps de Louis XI (en 1481) ou de Louis XII (en 1497), la circonscription élémentaire est plutôt la châtellenie. Il s’agit du territoire qui dépend d’un château-fort, du seigneur qui en est le propriétaire et des populations qui l’entretiennent et s’y réfugient. La taille en est variable, mais englobe plusieurs paroisses. Elle correspond à peu près, dans notre Saintonge méridionale, aux cantons actuels : Archiac, Barbezieux, Jonzac, Mirambeau, Montendre, Plassac, etc...

C’est dans ce cadre qu’on trouve “les équipements collectifs”. Toutes les enquêtes de la fin du XVe  siècle l’affirment. Une châtellenie comporte toujours les mêmes éléments : le château-fort, la haute justice (avec ses fourches patibulaires, c’est-à-dire le gibet où l’on exécute les délinquants), des foires et marchés (avec une halle), le droit de percevoir les péages (donc, en principe, le devoir d’entretenir les ponts), l’hôpital (pour recueillir les indigents, non pour les soigner) et l’inévitable maladrerie.
En 1551, l’écuyer Jean de Cruc, seigneur de Morzac à Rouffignac, voit à Montendre une “maison pour les lépreux. On bourg duquel lieu de Montandre, y a, sur une mothe, une grosse tour gardée par un capitaine”, à proximité d’un château ruiné. Un autre écuyer, Pierre Langlois, seigneur des Taillants (à Saint-Martin-d’Ary) y note lui aussi “une grande et grosse tour sur une mothe, lad. mothe envyronnée de grandz fossez pour defence d’icelle”, avec, bien sûr, une “malladrye pour rethirer les lepreux”.

Ces établissements ont disparu, mais la toponymie en garde le souvenir : Montendre, Pons (Chansac), Baignes, Chalais, Tonnay-Charente, Tonnay-Boutonne, etc. Il s’agissait d’une petite exploitation agricole avec sa chapelle et son cimetière, à l’écart du bourg, pour éviter toute contamination, et au bord de la principale route, là où les passants déposaient leur offrande. Celle de Jonzac n’échappe pas à la règle. Elle était isolée, mais à proximité du chemin qui conduisait vers la “ville capitale”, c’est-à-dire Bordeaux. Construite - ou plutôt reconstruite - à la fin du XVe siècle, elle remplaçait peut-être une structure plus ancienne et ruinée, mais dont la trace était encore visible.

Pourquoi parle-t-on de “fondation” ? Nous retrouvons-là le poids de la religion. A la fin du XVe siècle, la croyance au purgatoire est l’axe de la foi populaire. La plupart des trépassés n’ont été ni tout à fait bons, ni tout à fait mauvais. Leur âme rejoint un lieu provisoire qu’on appelle le purgatoire où elle souffre pendant des temps très longs jusqu’à purification complète. Les vivants prient pour les morts et raccourcissent ainsi ce séjour si désagréable ; les messes sont d’un grand secours. Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, il est bon de prévoir, de son vivant, les messes qu’on souhaite plus tard.

Prenons un individu qui rédige son testament vers 1490 et veut qu’on célèbre, chaque semaine, une messe pour le repos de son âme. Une messe est payée 2 sols (le salaire quotidien d’un ouvrier correctement payé) ; cela représentera environ 100 sols par an, soit 5 livres. On prête généralement à 5 % (un sol pour une livre) ; il suffit donc de léguer une terre ou une maison de 100 livres pour assurer un revenu de 5 livres et une messe hebdomadaire. C’est une “fondation” (au grand désespoir des héritiers). L’Église enseigne que les prières des pauvres sont bien plus efficaces que celles des nantis ; c’est pourquoi des mendiants (habillés de neuf pour la circonstance) portent parfois le cercueil des puissants. Les lépreux sont peut-être les plus malheureux des déshérités, d’où la valeur de leurs prières. Il est probable que Bertrand Vilot et les autres ont érigé la chapelle moyennant un certain nombre de services religieux. En 1497, Renaud de Sainte-Maure a dû léguer quelques terres dans le même but, mais nous sommes dans l’impossibilité de préciser.

À cet égard, la maladrerie de Jonzac n’avait rien de particulier. Elle a dû fonctionner “normalement” jusqu’au milieu du XVIe siècle. Cela veut dire que quelques familles de “ladres” - sans doute très peu - vivaient là, cultivaient leurs champs avec leurs enfants qui étaient peut-être en bonne santé, mais n’avaient pas le droit de s’éloigner. Un prêtre (avec beaucoup de répugnance, probablement) venait dans la chapelle célébrer les messes prévues par les fondations. Les passants déposaient leur aumône ou un peu de nourriture, sans s’approcher des malades qui étaient tenus de porter une crécelle dont le bruit éloignait les visiteurs.

Un autre regard sur les lépreux

À partir de 1562, tout a changé. D’une part, la maladie a sans doute eu tendance à régresser ; d’autre part, ces réprouvés qu’étaient encore les lépreux ont dû mourir en grand nombre à cause des conflits religieux. La montée du calvinisme fait aussi que la charité médiévale disparaît. Le pauvre, qui était une figure très positive dans l’idéologie catholique, tend à devenir le paresseux responsable de son sort. La justice - le Parlement de Bordeaux en l’occurrence - ne s’intéressait pas à ces établissements. Elle les regarde maintenant d’un œil de plus en plus soupçonneux, comme s’il s’agissait de repaires de délinquants. Vers 1600, pour s’y réfugier, il faut prouver qu’on est bien lépreux et passer une véritable visite médicale.

Les maladreries ont ensuite été progressivement abandonnées. Pendant la Révolution, celle de Jonzac, vide, et isolée à la limite d’un bois qui avait poussé, était un lieu près duquel les voyageurs ne s’aventuraient pas sans appréhension. On était bien loin du point de départ !
Tel est donc ce modeste monument. Il ne faut pas espérer le voir figurer parmi les œuvres d’art qu’on vient visiter de loin. Mais il a un immense mérite : il existe encore et il sera préservé. Seule dans le Sud-Ouest - sauf erreur de ma part - Jonzac est la ville, la seule, qui a conservé la chapelle de sa maladrerie.

Marc Seguin, historien


La lèpre hier et aujourd'hui
par le Dr Bousseau-Couprie

La première mention écrite de la lèpre remonte à 600 avant Jésus-Christ. Tout au long de l’histoire, les lépreux ont souvent été rejetés par leur communauté et leur famille. La lèpre est une maladie infectieuse transmissible, due au bacille de Hansen ou Mycobacterium leprae touchant la peau, les muqueuses, le système nerveux périphérique et les yeux, réalisant en fonction du statut immunitaire du sujet infecté différentes formes cliniques : la lèpre indéterminée ou forme de début de la maladie purement cutanée, la lèpre tuberculoïde touchant la peau et les nerfs, paucibacillaire et peu contagieuse, et la lèpre lépromateuse touchant la peau, les muqueuses, les nerfs et les viscères, multibacillaire et très contagieuse avec de 20 à 100 nodules appelés lépromes sur la peau.
En l’absence de traitement précoce, l’atteinte des nerfs fait toute la gravité de la maladie : nerfs épaissis, troubles sensitifs entraînant des brûlures accidentelles et des plaies chroniques, troubles moteurs, type de paralysies responsables de déformations des pieds et des mains.
- l’incubation de la maladie est très longue (de 2 ans à 20 ans).
- Elle est transmise par les gouttelettes d’origine nasale ou buccale lors de contacts avec un sujet infecté et non traité.
- Malgré les efforts importants de ces dernières années, la lèpre sévit encore de façon endémique dans de nombreux pays du monde. Elle reste un problème majeur dans 14 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine. Six pays regroupent 83% de la prévalence mondiale et 88% des nouveaux cas annuels mondiaux : Inde, Brésil, Indonésie, Népal, République Démocratique du Congo, Mozambique. Selon l'Institut Pasteur, la lèpre reste endémique en Angola, Madagascar, République Centrafricaine et Tanzanie.

En France, la lèpre a disparu, mais elle est encore présente dans les départements d’outre-mer.
Aujourd’hui, la lèpre est une maladie guérissable et un traitement précoce permet d’éviter les infirmités. lI repose depuis 1981 sur une trithérapie : Dapsone, rifampicine et clofazimine durant six à douze mois selon la forme. Depuis 1995, il est mis gratuitement à la disposition des lépreux par l’OMS. Les patients ne sont plus contagieux dès la première dose de traitement.

Depuis 1954, Raoul Follereau a créé la journée mondiale des lépreux, célébrée chaque année le dernier week-end de janvier, c’est aussi la journée de la pauvreté et de l’exclusion.

Dr Josée Bousseau-Couprie

La lèpre est une vieille affaire et les civilisations antiques étaient déjà victimes de ses ravages. En effet, elle a la particularité de ronger les extrémités des membres, voire le nez. En France, comme dans toute l’Europe et l’Orient, les lépreux étaient logés à la même enseigne. Comme il n’existait pas de médicament - on disait “des médecines“ à l’époque - pour soulager les malheureux, ils étaient bannis, rejetés par leurs familles et ne devaient leur survie qu’à la charité d’honnêtes gens, émus par leur sort dramatique.
La lutte contre la lèpre ne s’est vraiment organisée que dans les années 1930. Auparavant, rien n’avait changé par rapport au Moyen Âge. En 1909 par exemple, la Société de Pathologie Exotique de Paris recommandait « l’exclusion systématique des lépreux » et le code de l’indigénat « la ségrégation coercitive ».
La découverte d’un traitement adapté (sulfones) a permis à plus de 12 millions d’individus de guérir de la lèpre.

Saintes : de Saint-Vivien à la ville, la question des espaces publics dans l’architecture

Les sites patrimoniaux remarquables ont été créés par la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (loi LCap). Ce dispositif a pour objectif de protéger et mettre en valeur le patrimoine architectural, urbain et paysager de nos territoires. Afin de valoriser ces sites auprès des administrés et des visiteurs, le service Ville d’Art et d’Histoire de Saintes propose plusieurs rendez-vous pour en approfondir la connaissance dans le cadre de visites urbaines.

Les thermes de Saint-Saloine
Le dernier aura lieu :

 - Lundi 4 novembre : de Saint-Vivien à la ville, la question des espaces publics dans l’architecture. Rendez-vous aux Thermes de Saint-Saloine. Par le cabinet Lavigne

Payant – Gratuit moins de 18 ans - Pass Culture - Rens : 05 46 92 34 26

Ouverture contrôlée de la pêche de la civelle en Nouvelle-Aquitaine

L’ouverture de la pêche de la civelle (alevins de l’anguille européenne) ou pibale dans les fleuves de la région Nouvelle-Aquitaine est prévue le 1er novembre dans les Pyrénées-Atlantiques et les Landes, puis le 15 novembre en Gironde et en Charente-Maritime. 


Cette pêche est réglementée et encadrée par des quotas stricts en raison du classement de l’espèce « en danger critique d’extinction » par l’union internationale de conservation de la nature (UICN) depuis 2008.
Elle est ainsi réservée aux seuls pêcheurs professionnels et la commercialisation de la civelle n’est autorisée que dans l’espace Européen. Des actions de police seront organisées et les services compétents seront mobilisés tant en France qu’à l’étranger afin de lutter contre le braconnage en bandes organisées qui alimente des circuits commerciaux illégaux de dimension internationale et d’intercepter les transports illicites dans l’objectif de démanteler les filières (le prix du kilo pouvant atteindre 4 000€ sur le marché asiatique).

Ainsi en Nouvelle-Aquitaine, région dont la façade maritime est particulièrement étendue, une coopération inter-services renforcée est mise en place sous l’autorité de la préfète de région, afin d’agir concomitamment sur les zones de pêche et les filières de commercialisation.

Dès le 1er novembre, des opérations régulières de contrôle de l’activité de pêche seront organisées sous le double pilotage de la Direction interrégionale de la mer Sud-Atlantique (DIRM SA) et de la Direction régionale Nouvelle-Aquitaine de l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB), auxquelles participeront respectivement pour la partie maritime les services mer et littoraux et unités littorales des affaires maritimes des directions départementales des territoires et de la mer (DDTM), et pour la zone fluviale, les services territoriaux de l’AFB, les brigades de la Gendarmerie maritime et de la Gendarmerie Nationale.
La direction interrégionale des douanes sera également mobilisée pour effectuer des contrôles à la circulation.
En cas de besoin, le Service d’Enquêtes Judiciaires des Finances pourra également intervenir pour diligenter les enquêtes sous le contrôle de l’autorité judiciaire.

• A titre d’exemple les services douaniers de la Direction Interrégionale de Nouvelle-Aquitaine ont saisi depuis le début de l’année 1314 kg de civelles (613 kg en 2018) pour une valeur estimée à plus de 500.000 euros sur le marché légal et les civelles saisies, évaluées à 3 900 000 individus, ont été remises à l’eau, sur instruction du parquet, dans les cours d’eau de la région. Les sanctions pénales encourues sont lourdes puisque le code de l’environnement prévoit des peines allant de 2 ans d’emprisonnement et une amende de 150.000 euros à 7 ans d’emprisonnement et une amende de 750.000 euros si l’infraction est commise en bande organisée.
  Vu l’ampleur du trafic et l’envol du prix de la civelle sur le marché noir, des peines d’emprisonnement ferme ont d’ailleurs été prononcées en 2019 par le Tribunal correctionnel de Bordeaux à l’encontre de personnes impliquées dans des faits de trafic international de civelles.

Conseil municipal/Jonzac : bientôt, la restauration du châtelet du château

Le conseil municipal se réunira en séance publique lundi 28 octobre à 21 h salle de la mairie. Parmi les questions à l'ordre du jour, le chantier de restauration du châtelet de Jonzac encadré par Philippe Villeneuve, architecte des Monuments Historiques (en charge à Paris de la cathédrale Notre-Dame).
Dernière étape de la restauration du château : le châtelet
• Travaux 
1 – Convention constitutive d’un groupement de commande avec la communauté de communes pour la réhabilitation des immeubles AA 0001 et 0002 de la résidence Philippe
2 – Réhabilitation de l’immeuble cadastré AA 0002 à la résidence Philippe - recrutement de maîtrise d’œuvre
3 – Mise en place d’un accord-cadre pour les missions de diagnostics avant travaux, de contrôle technique, de coordination Sécurité et Protection de la Santé, de désamiantage des bâtiments et de contrôle visuel du désamiantage des bâtiments
4 – Réhabilitation des locaux du 10 avenue des Poilus en bureaux
5 – Travaux de voirie et réseaux à la résidence Daniel – Convention de co-maîtrise d’ouvrage avec Habitat 17
6 – Enfouissement des réseaux d’éclairage public et de téléphonie rues du Docteur Laporte, Taillefer et Félix Faure

• Patrimoine 
1 – Valorisation des eaux pluviales – étude de faisabilité
2 – Acquisition de la parcelle AK 0001
3 – Convention de servitude avec ENEDIS au Parc des expositions
4 – Cession de la parcelle D 956 située Chez Philippeau à Mme et M. Martin-Millon

• Finances 
1 – Offre complémentaire sur l’aire d’accueil de camping-cars
2 – Restauration du châtelet - mission de maîtrise d’œuvre
3 – Chantier de restauration du châtelet – analyses dendrochronologiques
4 – Chantier de restauration du châtelet - demandes de subventions
5 – Aménagement intérieur du châtelet - recrutement d’un programmiste
6 – Extensions du réseau de chauffage urbain

• Culture 
1 – Prélude au printemps 2020 – Tarifs
2 – Affiliation au Pass’ Culture 17 mis en place par le département de la Charente-Maritime

• Questions diverses 
1 – Chauffage urbain : rapport annuel du délégataire pour l’exercice 2018
2 – Avis sur le schéma de cohérence territorial (SCOT) porté par la Communauté de communes de la Haute-Saintonge

En 2013, dépose pour restauration du clocheton de l'une des tours. Après les restaurations du cloître des Carmes (déjà ancienne), du parvis de l'église dont la façade illuminée la nuit est à souligner, le temps était venu de "rajeunir" l'aspect extérieur du château datant du XVe siècle. La Tour nord, les toitures, l'enceinte intérieure comportant sculptures et signes du zodiaque ont fait l'objet d'une rénovation. La dernière étape est le châtelet (entrée). Le projet global, de l'ordre de 1500.000 euros, bénéficie de subventions. Ainsi le Triangle d'or de Jonzac (Carmes, église, château) sera bientôt réalisé !

jeudi 24 octobre 2019

Jonzac : Humour et Vigne prépare sa 14e biennale

Afin de préparer au mieux la 14e biennale internationale du dessin d'humour à Jonzac en 2020, l'association Humour et Vigne organise sa prochaine assemblée générale samedi 23 novembre à 10 h salle n°3 de la mairie de Jonzac. Venez nombreux.
Bonne nouvelle pour l'association, elle percevra une subvention du Conseil régional qu'elle remercie pour sa confiance et son soutien. Nol a d'ailleurs rencontré Alain Rousset, Président de la Région Nouvelle-Aquitaine, au Salon de St-Just-le-Martel où il lui a remis le catalogue de la 13e biennale.

Nol aux côtés d'Alain Rousset, Président de la Région Nouvelle-Aquitaine, 
au Salon de St-Just-le-Martel le 6 novembre dernier

Lignes de TER en Nouvelle-Aquitaine : le Conseil régional réagit au rapport de la Cour des comptes

Suite à la parution du rapport de la Cour des comptes, le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine tient à apporter les précisions suivantes :


« Le plus surprenant dans ce rapport est qu'il émane d'une structure qui loue dans ce document l'investissement et le « fort engagement » des Régions pour le sauvetage du réseau ferroviaire et TER tout en prônant, « en même temps » la suppression des petites lignes...

 Depuis 2002, rappelons que les trois anciennes Régions, puis la Région Nouvelle-Aquitaine, ont renouvelé la totalité du matériel roulant pour total de 515 millions d'euros, effort qui va être poursuivi avec le verdissement de la flotte. Les gares, haltes et pôles d'échanges multimodaux ont été rénovés à hauteur de 85 millions d'euros. De même, la Région Nouvelle-Aquitaine a investi 1,4 milliard d'euros pour la rénovation des infrastructures en dehors de ses compétences tout en payant chaque année 60 millions d'euros de péages !

Le rapport offre aussi une vision caricaturale du TER, en se focalisant sur le sujet des lignes de dessertes fines du territoire qui coûteraient cher et transporteraient peu de personnes. Il ne comporte pas de réelle vision de ce qui constitue le versant « Aménagement du territoire » dans le rôle que jouent les lignes TER, un rôle d'aménagement qui est minimisé voire éludé.

Les notions de service public et d'aménagement du territoire constituent une priorité pour le Conseil régional. En effet, l'importance des TER est considérable, même si la fréquentation ou la densité de population est faible. C'est un élément qui permet de maintenir de la population dans ces secteurs, de soutenir les actions des collectivités pour l'attractivité des territoires. A l'heure de la prise en considération des engagements de la COP 21, traduits en Nouvelle-Aquitaine par la feuille de route Néo Terra, il ne peut y avoir des citoyens méprisés et condamnés à vivre dans des zones blanches du TER et à regarder passer les trains. La seule alternative ne peut pas être la voiture particulière ou le bus, sachant que le coût écologique se reporterait inévitablement sur l'entretien des routes et génèrerait du trafic supplémentaire, ce qui n'est pas souhaitable.

Le coût par voyageur et par kilomètre est jugé onéreux à 61 centimes d'euros. Au sein de la Nouvelle-Aquitaine, ce coût est bien moins élevé : 32 centimes d'euros (source : comptes de lignes SNCF Nouvelle-Aquitaine 2018). En comparaison, un véhicule particulier coûte entre 48 centimes d'euros et 4,95 euros, selon le type de véhicule. La part payée par les voyageurs est évaluée à 12 % en moyenne. En Nouvelle-Aquitaine, un usager paye en réalité 21 % du coût de fonctionnement du TER.

Par ailleurs, la fréquentation en Nouvelle-Aquitaine n'est pas en baisse, mais en hausse de 20 % par rapport à 2018, résultant des efforts de la Région pour adapter les horaires aux besoins des usagers, améliorer les correspondances, l'intermodalité et la tarification tout en proposant un schéma de distribution approprié notamment par les guichets. Ces efforts vont s'amplifier avec les missions du syndicat mixte intermodal Nouvelle-Aquitaine Mobilités qui vont entrer progressivement en vitesse de croisière.

La qualité du service ferroviaire est aussi évoquée comme dégradée avec des indicateurs de régularité en berne depuis plusieurs années. La Région Nouvelle-Aquitaine a signé une nouvelle convention, en mai 2019, pour les années 2019 à 2024. Cette nouvelle convention est en rupture qualitative et financière avec les précédentes. Elle est le résultat de plus d'une année de négociations avec SNCF. Elle met SNCF en responsabilité accrue sur la qualité - avec des bonus et malus significatifs - sur les recettes et la productivité en trains supplémentaires gratuits pour la Région et sur la transparence des coûts.

Le forfait de charges présenté dans cette convention, qui représente 80 % des coûts, diminue de 10 % en euros constants entre 2019 et 2024, constituant une véritable rupture, à la baisse, de la trajectoire financière par rapport au passé. Elle est conjuguée à une augmentation importante de la qualité du service, concrétisée par des objectifs de régularité passant de 91 % à 95 % de trains ponctuels à 5 minutes, et un taux de suppression de trains diminué de moitié.

 À l'expérience des neuf premiers mois de la nouvelle convention, les résultats en termes de qualité de service sont spectaculaires : ponctualité passant de 90,5 % à 93,7 %, diminution de près de la moitié des trains supprimés.

Enfin, concernant les investissements jugés discutables, rappelons que par délibération du 12 avril dernier, la Région Nouvelle-Aquitaine a voté un Plan Directeur d'Investissements du réseau d'infrastructures ferroviaires, dans lequel elle engage et priorise des travaux hors compétences à hauteur de 532 millions d'euros sur les 1,2 milliard d'euros nécessaires à la régénération du réseau ferroviaire de Nouvelle-Aquitaine.

Ce rapport, même s'il est fourni en termes de chiffres, donne au fond l'impression d'une déconnexion par rapport à la réalité du terrain vécue par nos concitoyens et à l'enclavement des territoires. Alors que des efforts sans précédent sont nécessaires pour lutter contre le changement climatique en passant par le développement du transport ferroviaire, la Région Nouvelle-Aquitaine ne peut aussi que regretter que cette vision comptable écarte malheureusement les notions de service public et d'aménagement du territoire ».

mardi 22 octobre 2019

Appel à projets pour la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT

Sous l’égide de Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, la DILCRAH lance pour 2020 un nouvel appel à projets à destination des structures locales engagées dans la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT. Doté d’une enveloppe de 2,3 millions d’euros, cet appel à projets piloté par les préfets de département vise à soutenir des initiatives liées à l’éducation, la prévention, la formation et l’aide aux victimes, ainsi que des actions de communication et l’organisation d’événements.


La Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti- LGBT (DILCRAH) soutient et encourage les initiatives de la société civile engagées contre les haines et les discriminations.

En 2018, 212 projets de lutte contre la haine et les discriminations anti-LGBT répartis dans 82 départements ainsi que 560 actions de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, répartis dans 90 départements, ont été subventionnés. En 2019, ce sont plus de 870 projets qui ont été financés et qui ont permis de mener des actions dans tous les territoires métropolitains et ultra-marins. Ces initiatives sont venues compléter la mobilisation et l’action des services de l’Etat et des collectivités territoriales contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations anti-LGBT.

Fort du succès rencontré lors des précédentes éditions, la DILCRAH a souhaité renouveler le dispositif. Doté d’une enveloppe de 2.3M d’euros, ce nouvel appel à projets permettra de promouvoir des actions citoyennes liées à l’éducation, la prévention, la formation et l’aide aux victimes, ainsi que des actions de communication et d’organiser des événements en lien avec la lutte contre le racisme et l’antisémitisme et la lutte contre la haine et les discriminations anti-LGBT.

Ensemble, continuons à faire reculer la haine !

Calendrier : Jusqu’au 4 novembre 2019 : dépôt des candidatures ; du 4 novembre au 2 décembre 2019 : instruction et sélection locale des dossiers ; du 2 décembre 2019 au 13 janvier 2020 : instruction des dossiers au plan national par la DILCRAH et arbitrage ; courant janvier 2020 : notification des subventions aux associations et mise en paiement

• Dossiers de candidature à télécharger sur www.charente-maritime.gouv.fr

Procédure d’attribution de 23 emplacements pour l’exploitation ou la réalisation de pontons de pêche au carrelet

Une procédure d’attribution de 23 emplacements en vue de l’exploitation ou la réalisation de pontons de pêche au carrelet, répartis sur les communes de Port-des-Barques, Saint-Laurent-de-la-Prée, Yves, Esnandes, Marsilly, Soubise, Saint-Nazaire-sur-Charente, Fouras, Saint-Palais-sur-Mer et Saint-Laurent de la Prée est ouverte


Les fiches descriptives des emplacements et la procédure relative aux modalités de candidature seront affichées pendant un mois, du vendredi 18 octobre au lundi 18 novembre inclus dans les mairies concernées.

Elles sont en outre téléchargeables sur le site internet des services de l'État en Charente-Maritime :
http://www.charente-maritime.gouv.fr/Politiques-publiques/Mer-littoral-et-securite-maritime/Peche-de-loisir/Peche-aux-carrelets/Peche-aux-carrelets-Avis-de-vacance-d-emplacements-de-ponton-de-peche-et-modalites-d-attribution

lundi 21 octobre 2019

Grève des biologistes du 22 au 24 octobre : des laboratoires disponibles pour les analyses urgentes

Communiqué de l'Agence Régionale de Santé Nouvelle-Aquitaine

Un mouvement de grève est prévu les 22, 23 et 24 octobre. Le mouvement devrait être assez largement suivi dans l’ensemble du territoire de la Nouvelle-Aquitaine. L’Agence régionale de santé a prévu des mesures pour permettre une prise en charge adéquate de la population. 

La majorité des laboratoires d’analyses biologiques de la Région ont prévu, malgré ce mouvement de grève, de continuer à assurer les analyses qu’ils réalisent quotidiennement pour les établissements de santé et pour les patients prélevés à domicile, mais de ne pas répondre aux demandes d’analyses des particuliers.
De ce fait, l’ARS Nouvelle-Aquitaine préconise au public de ne pas se rendre pendant ces trois jours dans leur laboratoire d’analyses biologiques habituel et de reporter à compter du vendredi 25 octobre toute analyse biologique ne présentant pas un caractère d’urgence.
A cet effet,  les patients sont invités à se rapprocher de leur médecin traitant ou de leur infirmière qui leur indiquera les modalités de prise en charge adaptées à l’urgence de leur état de santé.
Toutefois, les demandes d’analyses biologiques urgentes pourront être prises en charge, dans chaque département de la région, dans les laboratoires signalés sur le site de l’ARS : www.nouvelle-aquitaine.ars.sante.fr.
Il s’agit d’éviter par ce dispositif d’orienter massivement des patients vers les services des Urgences des établissements de santé.
L’ARS a informé les établissements et les services d’Urgences de ce dispositif, ainsi que les médecins et les infirmiers libéraux.

samedi 19 octobre 2019

Saint-Palais sur Mer : des histoires frissonnantes avec la Compagnie Coyote Minute


Des contes à partager en famille dans un cadre hors du temps, à l’attention des 5 à 12 ans.

La Compagnie Coyote Minute investit le vieux clocher de Saint-Palais-sur-Mer pour vous donner la chair de poule : de fabuleuses histoires frissonnantes à découvrir en famille !

Une heure de conte sur un thème et des histoires différents chaque jour :
- Jeudi 24 : sorciers et sorcières
- Vendredi 25 : Beedle le barde
(contes issus du monde d’Harry Potter)
- Samedi 26 : monstres, géants et univers fantastique
- Lundi 28 : sorciers et sorcières
- Mardi 29 : Beedle le barde

Horaires :
De 15h à 16h pour les 5 - 10 ans
De 16h à 17h pour les 8 - 12 ans

Tarifs :
5€ (un adulte + un enfant), 3€ par personne supplémentaire

Un événement produit par la ville de Saint-Palais-sur-Mer et la Compagnie Coyote Minute.

Saintes : les élus de l'opposition auront leur tribune libre dans le prochain bulletin municipal

Les élections municipales se profilent à l'horizon et elles seront animées à n'en pas douter. Ainsi les premiers "échanges" entre l'opposition et le maire sortant Jean-Philippe Machon...  

Acte 1 : Les conseillers municipaux de l’opposition mécontents de la suspension de leur tribune libre dans le bulletin municipal 

Philippe Callaud, François Ehlinger, Laurence Henry, Renée Lauribe et Serge Maupouet écrivent une lettre ouverte au maire concernant la suspension de leur tribune libre dans le bulletin municipal d'octobre. Ils s'en étonnent, en demandent les raisons et attendent une réaction du premier magistrat.

Les conseillers municipaux de l'opposition
En voici les principaux passages : 

« Monsieur le Maire, nous avons bien reçu le courriel, daté du 3 octobre 2019, que vous nous avez transmis par le canal du service Communication, nous informant de la suspension de la Tribune libre de l’opposition à compter du numéro 50 du magazine municipal. Le motif invoqué serait que cette disposition est édictée par le Code électoral en raison des élections municipales des 15 et 22 mars 2020. Or, nous vous précisons que l’article L.2121-27-1 du Code général des collectivités territoriales (CGCT) s’applique jusqu’au dernier jour du mandat en ce qui concerne l’opposition ; ceci est d’ailleurs confirmé par l’article 30 du Règlement intérieur du Conseil municipal. Il est vrai que dès ce 1er septembre 2019, le Code électoral (notamment les articles L.52-1 et L.52-8) restreint l’utilisation des supports de communication financés par des deniers publics à des communications purement institutionnelles. Mais ces dispositions ne s’appliquent pas à l’expression des élus de l’opposition. En effet, ce droit n’est pas contraint par le Code électoral comme l’a sanctuarisé le Conseil d’État dans sa décision du 7 mai 2012 (commune de Saint-Cloud n°353536). Pour le Conseil d’État, la Tribune de l’opposition est une dépense obligatoire qui n’a aucun lien avec les dépenses électorales. Ainsi, une Tribune de l’opposition ne peut en aucun cas être regardée comme contraire à l’article L.52-1 du Code électoral. En conséquence, nous exigeons que la Tribune de l’opposition, pour laquelle nous avons été sollicités et que nous avons transmise dans les délais, soit publiée et distribuée dans le courant du mois d’octobre ». 

Interrogé sur la question et en réponse, Jean-Philippe Machon fait alors remarquer « qu'ont pareillement été supprimés de ce bulletin municipal son éditorial et la tribune libre de la majorité en raison de la période électorale. Le bulletin ne comporte aucune rubrique politique » explique-t-il.

Acte 2 : « Je m’empresse de demander que l’on double, lors du prochain numéro du magazine mensuel, l’espace réservé habituellement aux tribunes » précise le maire Jean-Philippe Machon

Jean-Philippe Machon, maire de Saintes, vient de communiquer cette lettre ouverte :

« L’absence des tribunes municipales dans le précédent magazine mensuel municipal doit être expliquée et elle sera corrigée. Par souci d’égalité démocratique, j’ai voulu mettre toutes les forces politiques sur la même ligne de départ. Je me suis appliqué, en premier, cette règle en ne publiant pas mon éditorial. Cette attention pour la vie démocratique a conduit à supprimer toutes les expressions politiques dans le magazine.
Aujourd’hui, le contrôle de légalité attire mon attention sur le fait que les tribunes ne répondent pas à cette règle. Tant mieux, je me félicite de ce point qui permet de lier égalité démocratique et expression politique. 
Je m’empresse de demander que l’on double lors du prochain numéro du magazine mensuel l’espace réservé habituellement aux tribunes.
Dans le même souci démocratique qui m’anime, je continuerai, au cours des prochains numéros, à ne pas publier d’éditorial ».

• Infos : Le prochain conseil municipal se déroulera mercredi 6 novembre en salle du conseil de l’Hôtel de Ville à 18 h.

mercredi 16 octobre 2019

Natation/Saintes : Une belle remise à l’eau pour les Avenirs et les Jeunes du CNS

Félicitations ! (© CNS)
Dimanche 13 octobre se déroulait le 1er championnat départemental pour les Avenirs et les Jeunes de Charente-Maritime en Natation. Six clubs participaient à cet évènement : St Jean d’Angély, Rochefort, la Haute Saintonge, la Rochelle, Royan et le club du Cercle des Nageurs Saintais pour un total de 133 participants. 

Ces compétiteurs, des filles et des garçons de 2011 à 2006, ont donné le meilleur d’eux-mêmes dans le bassin de 25 m de St Jean d’Angély. Du CNS, 30 enfants prenaient part à cette journée.
De belles performances et des podiums pour le CNS :
Chez les garçons : Guillaume Forgerit (2006) termine 3e au 100 Br ; Paul Baluteau (2006) se classe 1er au 50 pap, 2e au 100 NL, 3e au 200 NL ; Tom Richard (2007) termine 2e au 400 NL, 2e au 50 dos, 1er au 100 NL et au 200 NL
Chez les filles : Roxane Biesse (2010) :1ère au 100 4 Nages ; Alyssa Touraine (2007) : 3e au 100 Br ; Florine Biesse (2008) : 2e au 50 pap et 3e au 100 NL ; Yaelle Mony Thery : 2e au 50 NL, 200 NL, 400 NL et 50 dos et 1ère au 100 NL ; Hardy Jazzy (2007) : 1ère au 50 NL, 200 NL, 400 NL, 50 dos et 100 Br

Un grand Bravo à tous les compétiteurs. Un grand merci à leur super entraîneur, Jean-Marie Vincent, pour les avoir tous accompagnés, du plus jeune au plus vieux. Une belle rentrée pour Lottie-Mae Tyrell et Preston Brière, nos deux benjamins de la journée. Un énorme merci aux parents officiels (Annabelle, Béatrice, Emilie, Marjorie et Francis) sans lesquels le club n’aurait pu participer à la compétition ; 2 parents de nageuses en formation d’officiel C lors de cette compétition (Anthony et Mickael) qui viendront grossir le nombre d’officiels au club…. et un bravo au président du CNS, Gérard Breidenbach, pour être venu s’assurer que les enfants partageaient un bon moment.

Saintes : Sébastien Cassen, réalisateur du film Le samaritian de Shanghai, distingué par l'Académie de Saintonge

Dimanche 6 octobre à Royan, lors de la cérémonie de l'Académie de Saintonge, le prix de la Ville de Saintes a été attribué à Sébastien Cassen pour son film Le Samaritain de Shanghai (2019) consacré au père Jacquinot de Besanges. Félicitations.

Marie Dominique Montel, Alain Michaud et Sébastien Cassen

Rapport d’Alain Michaud :

« C'est, dans toute l'acception du terme, un film choc que nous avons primé à l'unanimité. Film choc par ses images et par son contenu aussi spectaculaire qu'émouvant, par la personnalité du père Jacquinot, de la même trempe que l'abbé Pierre ou mère Térésa. Et il faut rendre grandement hommage à Sébastien Cassen et à une poignée d'intellectuels, notamment chinois, de l'avoir tiré en grande partie de l'oubli.
Le père Robert Jacquinot de Besanges est né chez nous à Saintes en 1878. L'un des rares noms propres cités dans la Convention de Genève, il fut l'un de ses inspirateurs pour ce qui est de la protection des populations civiles en temps de guerre. Ce jésuite, professeur d'anglais, de littérature, polyglotte, fin diplomate, amputé d'un bras, s'est signalé en Chine par d'importantes œuvres humanitaires.
Pendant la guerre sino-japonaise, il a surtout, au milieu de difficultés sans nombre, réussi le tour de force d'imposer aux dirigeants nationalistes et communistes, dans Shanghaï envahi par les Rouges, bombardé en 1937, éventré, incendié, et au milieu des pires atrocités - le film est d'ailleurs parfois difficile à soutenir - la première zone neutre de réfugiés de l'histoire, dite zone Jacquinot.
Il est mort en 1946 à Berlin aux prises à nouveau avec la question des sans-abris.
Le réalisateur signe ici un film remarquable, une enquête prenante conduite par de jeunes intellectuels chinois pour tenter de retrouver les traces du père Jacquinot en particulier dans les rues du Shanghai d'aujourd'hui où la révolution culturelle et la modernité ont effacé jusqu'à son souvenir.
Ce reportage est un émouvant carnet de route sur les traces oubliées de celui qu'on a surnommé le Samaritain oublié de Shanghai ».

Christine Sébert-Badois entre à l'Académie de Saintonge

L'Académie de Saintonge, dont la directrice est Marie-Dominique Montel, compte un nouveau membre, Christine Sébert-Badois élue au 16e siège. La propriétaire du château de la Roche Courbon a été reçue par Philippe Ravon dimanche 6 octobre à Royan, lors de la cérémonie annuelle de remise des prix. Félicitations.

Christine Sébert-Badois est la fille de Marie-Jeanne et Jacques Badois,
 famille intimement liée au château de la Roche-Courbon
• Allocution de Philippe Ravon : « Christine Sébert donne sans compter son temps et son énergie à La Roche-Courbon et à la région »

« Christine Sébert-Badois rejoint aujourd’hui l’Académie de Saintonge. Sa présence nous a semblé naturelle tant sa vie et son destin sont liés à la Saintonge et tant son histoire familiale est associée par son père Jacques Badois à l’Académie, depuis bien longtemps.

Née en 1956 à Paris, Christine Sébert grandit en Ariège, elle fait ses études secondaires à Pamiers où son père, ingénieur, mène une brillante carrière dans la métallurgie au sein du Groupe Creusot-Loire. Après un Bac scientifique, Christine poursuit des études de langue à Toulouse et en Angleterre, couronnées par des diplômes de secrétariat de direction trilingue. Elle se marie en 1979 avec Philippe Sébert, photographe d’objets d’art. Une lignée de Sébert-Badois voit le jour au fil du temps avec trois filles et six petits-enfants. Parallèlement à une vie professionnelle parisienne et à une passion tenace pour les montagnes d’Ariège, Christine Sébert épaule son père dans la gestion et l’administration du domaine de La Roche Courbon dès 1975 ainsi que dans celle de la Route Historique des Trésors de Saintonge.

Bien que sa vie et sa personnalité soient riches, il faut, pour parler de Christine, évoquer de grands personnages et un site auquel elle est liée depuis sa naissance. Ce lieu, c’est La Roche Courbon où elle passait une grande partie de ses vacances ; sa famille et ce château ont un destin commun depuis 1920. Lorsque Paul Chénereau, son grand-père, répond à l’appel de Pierre Loti qui implore « que l’on sauve de la mort une forêt avec son château féodal campé au milieu », pouvait-il imaginer que la vie de sa famille se trouverait modifiée à ce point ?

Le château avait perdu son jardin à la française et Paul Chénereau s’attelle à ce premier chantier dès 1928 avec l’aide de l’architecte paysagiste bordelais Ferdinand Duprat ; il fait installer une majestueuse cascade en pierres pour structurer les jardins, crée des perspectives, des statues des plus grands artistes du XVIIe s. viennent orner les allées et border les miroirs d’eau reliés au Bruant pour redonner à ce monument historique un cadre à sa mesure. Paul Chénereau engage sa fortune pour lancer d’importants travaux à l’intérieur du château qu’il décore avec un goût sûr et visionnaire, entouré des meilleurs spécialistes, afin de respecter scrupuleusement l’esprit du lieu ; des visites sont organisées dès 1946 puis, sous l’égide des acteurs de la Comédie-Française, sont créées depuis 1960 d’inoubliables soirées ‘‘son et lumière’’.

En 1967, c’est à sa fille Marie-Jeanne et son mari Jacques Badois que revient la responsabilité de poursuivre l’œuvre engagée. Pour continuer à faire vivre ce patrimoine et relever de nouveaux défis, il leur faut trouver quotidiennement, en eux-mêmes et en ce lieu, des forces inspirantes. Il semble que la devise des marquis de Courbon, FIDE-FIDELITATE- FORTITUDINE inscrite sur une cheminée du château, ait été écrite pour eux : foi, fidélité, courage ; ils n’en ont jamais manqué.
L’agriculture n’offrant plus les revenus nécessaires, il faut développer les activités liées au tourisme : les visites se structurent, le château offre de nombreuses activités artistiques. En 1968, des concerts de musique d’avant-garde y sont donnés, organisés par le festival de Royan, avec Olivier Messiaen, Iannis Xenakis et bien d’autres ; les premières années du Festival de Saintes offrent des moments uniques avec la redécouverte de la musique baroque aux côtés d’Alain Pacquier, Jordy Saval, Jean-Claude Malgoire, Jean-Claude Casadesus. Le château s’ouvre à son époque et Christine participe à tous ces événements, se forgeant ainsi une culture faite d’expériences et de rencontres.

Mais la réalité ne permet pas de rêver longtemps, les voûtes s'affaissent et menacent de s'écrouler, les toitures et charpentes doivent impérativement être restaurées ; un incendie détruit un bâtiment de 750 m2. Une partie des magnifiques jardins à la française est inexorablement engloutie par les marais. Jacques Badois imagine pour les sauver une reconstruction sur pilotis, lançant un chantier commencé il y 25 ans. Puis la tempête Martin survient le 27 décembre 1999, dévastant la forêt et rendant impossible l’accès au château. Toutes ces épreuves semblent vécues par Jacques Badois comme autant de défis qu’il avait appris à relever dans ses années de scoutisme ; il est toujours resté fidèle au poème de Kipling « If » dont il aimait rappeler les vers : « si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir... »

La Roche Courbon devient au fil du temps un lieu vivant d’élaboration et de mise en pratique des valeurs d’une famille. Ces aventures sont constitutives de la personnalité de Christine Sébert et lorsqu’elle doit reprendre, au décès de ses parents, l’entière responsabilité du lieu, elle y travaille avec son mari depuis longtemps déjà et cela, malgré leur activité professionnelle à Paris. Elle se trouve dès lors à la tête d’une entreprise qu’elle connaît bien, mais elle doit trouver des subventions, équilibrer les budgets, faire des arbitrages parfois difficiles entre une restauration plutôt qu’une autre, bref la « vie de château » au XXIe siècle.

Christine Sébert veut donner ce qu’elle a reçu et partager ce qu’elle a appris de cette pratique quotidienne d’un monument historique. C’est ainsi qu’elle rejoint plusieurs organismes et associations liés au patrimoine : en 2002, administratrice puis une des vice-présidentes de la Demeure Historique (Association nationale de propriétaires gestionnaires de monuments historiques privés) ; en 2014, présidente de la Route Historique des Trésors de Saintonge (qui regroupe 29 adhérents de monuments publics et privés des Charentes) ; en 2015, élue à Charentes-Tourisme (Comité du Tourisme des départements de Charente et Charente-Maritime). Et depuis 2015, elle siège au Comité Leader de Charente-Maritime (gestion locale des fonds européens avec les collectivités locales - section patrimoine).

Christine Sébert donne sans compter son temps et son énergie à La Roche Courbon et à la région en offrant aux visiteurs des moments uniques comme les « sites en scène » qui depuis 25 ans et grâce au département de Charente-Maritime, font vivre le château sous le regard d’un metteur en scène. Le lieu accueille quotidiennement des réunions de sociétés savantes, des mariages, des événements allant de la course nature et des jeux anciens en bois à l’Escape- game, sans oublier le musée de la préhistoire et ses riches collections, créé en 1949 et restructuré en 2016 par Yves Olivet et son équipe de bénévoles.

Jacques Badois, le père de Christine, disait : « les hommes sont semblables aux voyageurs d'un train. Ils passent tandis que le paysage reste, imperturbable. Je passerai, tandis que La Roche Courbon restera. » Avec son épouse, ils étaient tellement liés à La Roche Courbon que la transmission d’une telle aventure personnelle pouvait sembler difficile, les temps ayant changé ; mais ce passage délicat est réussi car, avant tout, ils ont transmis un patrimoine moral et spirituel, ce château n’étant que le vecteur de leurs idéaux. Les valeurs de cette famille qui a élaboré une véritable science de la mémoire et de la transmission sont aussi celles de l’Académie et c’est avec un grand plaisir que nous confions à Christine Sébert ce 16e siège occupé autrefois par Jacques Badois ».

Sur l'écran, Marie-Jeanne et Jacques Badois
• Christine Sébert-Badois : « Etre propriétaire gestionnaire d’un lieu comme La Roche Courbon, c’est accepter de prendre une responsabilité demandant des aptitudes diverses »

« Après la joie de l’annonce de cette nomination au 16e siège de votre docte Académie, je vous remercie de l’honneur qui m’est fait aujourd’hui de succéder à Madame Odile Pradem-Faure, directrice de la célèbre Association de l’Abbaye aux Dames de Saintes qui a demandé l’honorariat, puis à Jacques Badois, mon Père, qui l’a occupé de 1993 à 2008. Ingénieur, ayant fait toute sa carrière en Ariège où j’ai vécu mon enfance, il a su, par ses qualités de travailleur opiniâtre, mener de front la direction d’une usine de transformation de l’acier de 1 500 ouvriers et la sauvegarde et la mise en valeur touristique et artistique du château de La Roche Courbon dès que son beau-père, Paul Chénereau, l’a appelé à l’aide.

Ni de par ma naissance ou mon enfance, vous l’aurez compris, je ne suis Saintongeaise. Je le suis d’adoption et de cœur. La beauté des lumières et des paysages et l’intérêt culturel et patrimonial de cet héritage que j’ai reçu ne peuvent laisser indifférent et vous attachent inexorablement. De plus, les cagouillards sont accueillants! Mon Père était aussi un homme pragmatique : il m’a ainsi appris la gestion patrimoniale par les pieds. Je ne compte plus les allées et venues et les rendez-vous auxquels j’ai participés ou préparés avec lui pour monter un dossier de restauration d’une tour ou d’un mur, d’un plan simple de gestion de la forêt ou du jardin classé. Il exploitait toutes les occasions pour distiller un peu de son apprentissage : elles furent foisonnantes et variées sur un tel lieu. Nous pratiquions la course de relais en famille, c’est une bonne école ! Fille unique, avais-je le choix ?

Etre propriétaire gestionnaire d’un lieu comme La Roche Courbon, c’est accepter de prendre une responsabilité demandant des aptitudes diverses, allant de la maladie de la pierre à la gestion d’une forêt en passant par la direction d’une TPE et donc d’une équipe. Nous n’avons pas été formés pour ces tâches ; il n’existe pas d’école encore en France. Le tourisme et donc le patrimoine bâti ouvert, aussi bien public que privé, apportent pourtant une contribution non négligeable au PIB de notre pays... Il est nécessaire également de construire et alimenter un contact permanent avec les pouvoirs publics, d’élaborer des dossiers de subventions pour les restaurations majeures et l’entretien des bâtiments, puis de coordonner les services de la Direction Régionale des Affaires culturelles, des sports et cultures du département, les architectes du patrimoine et les artisans spécialisés.
C’est d’une part recevoir des artistes ou des spécialistes qui souhaitent partager avec nous leurs savoirs en s’exprimant sur ces lieux qui résonnent à leurs cœurs et à leurs talents et leur donnent envie d’aller plus loin ou de partager un bout de chemin avec nous et, d’autre part, assurer le rayonnement culturel du monument en le partageant avec le plus grand nombre en s’évertuant de faire ressentir à chacun qu’il est le premier à découvrir La Roche Courbon et que sa démarche procède de l’unique et de l’essentiel ! Le beau à la portée du plus grand nombre, à l’image du Cabinet de Curiosités. Celui-ci permettait différents niveaux de lecture en fonction de ce que l’on savait et pouvait comprendre et de ce que l’on voulait transmettre ou partager (celui de notre Salle de Peintures à la Roche Courbon en est un vivant exemple).

Il m’est apparu plus récemment intéressant de prendre des responsabilités sur le plan national, acceptant d’être administrateur puis une des vice-présidentes de la Demeure Historique, cette association qui a pour but de défendre le patrimoine bâti privé dans toutes ses diversités et ramifications. Sur le plan local, j’ai pris la suite de la présidence de la Route Historique des Trésors de Saintonge et d’Aunis qui a cette particularité de regrouper, en 2019, vingt-neuf sites patrimoniaux publics ou privés. C’est une chance d’allier terre et mer avec cette belle colonne vertébrale qu’est la Charente.

Mais je voulais aussi vous confier en quoi je suis personnellement attachée à votre Académie qui m’accueille. Dès que j’ai été en âge de lire et de tenter de comprendre, mes vacances à Saint-Porchaire ont raisonné des noms de certains académiciens, amis de mon grand-père, Paul Chénereau, qui a sauvé La Roche Courbon en 1920 pour rester fidèle à la promesse qu’il avait faite à son ami rochefortais Julien Viaud, dont le fils Samuel a eu la primeur d’occuper ce 16e siège. Je pense à Odette Commandon, notre « Jhavasse » et sa chienne Cassotte avec qui je jouais, enfant, lorsque nous étions reçus avec mes parents, le chanoine Tonnellier et ses livrets sur les églises romanes que je trouvais sur le bureau de mon grand-père, Jacques Texier qui avait restauré le château de Dampierre-sur-Boutonne et qui fut à l’initiative avec mon Père et d’autres de la Route Historique ; Pierre Geay qui a contribué à la recherche et mise en présentation des collections du Musée de Préhistoire de La Roche Courbon et dont le Musée de Saintes avec ses petits personnages façonnés de mie de pain m’ont fait imaginer, comme à tant d’autres, ce que pouvait être la vie des premiers hommes.
Je pourrais aussi évoquer le chanoine Salün qui a concélébré notre mariage à Philippe et moi-même et aussi Jean-Claude Dubois, ami de mes parents, qui m’a enchantée par la lecture de ses poèmes.
Plus récemment, François Julien-Labruyère pour le Croît Vif et le Festival de musique ancienne de Saintes dont certains concerts ont eu lieu dans le Petit Théâtre à La Roche Courbon et Alain Quella-Villéger pour Loti dont il nous a fait découvrir les talents de photographe. Il est notre référent dans ce domaine et nous a permis d’initier, il y a quelques années, avec l’Association des amis du domaine, une intéressante exposition.

C’est tout naturellement que nous est apparu l’évidence à mon mari et à moi-même de proposer un prix Jacques et Marie-Jeanne Badois pour honorer leurs mémoires. Cela nous a permis, depuis maintenant huit ans, d’avoir la chance de rencontrer des initiateurs de sauvetage du patrimoine bâti local tous plus captivants et inventifs les uns que les autres. Peut-être est-ce cela aussi le rayonnement de l’Académie de Saintonge et je me dois de vous en remercier.

J’espère humblement y apporter ma pierre en souhaitant que les années futures voient les nouvelles générations s’intéresser à la vie et surtout au rayonnement de ces lieux dans lesquels chacun peut prendre conscience de son histoire et se demander comment il peut advenir tout en observant pour, éventuellement, imaginer son futur métier.

Je ne terminerais pas sans dire que si le patrimoine est l’école de l’humilité il est aussi constitutif de ceux qui le construisent, le restaurent et l’animent. Je tiens donc à dédier ces quelques mots à mon mari qui m’accompagne avec beaucoup de générosité et d’inventivité sur nos projets, à mes enfants qui apportent le sang neuf et les idées de la nouvelle génération et à l’équipe qui travaille avec nous en aidant et nous soutenant par son enthousiasme et sa fidélité ».

La Roche Courbon, château emblématique de la région