Le 15 décembre dernier, dans un courrier adressé à Jean-Pierre Farandou, Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, a demandé au ministre du Travail et des Solidarités de revenir sur la décision de baisser de 50 % les dotations de France Compétences pour le soutien de l’apprentissage, et celle de diminuer de 150 millions d’euros son fonds de concours dans les Pactes régionaux d’investissement dans les compétences (Pric)
Le budget 2026 de France Compétences – adopté le 27 novembre dernier, par un conseil d’administration dont les représentants des Régions ont démissionné pour marquer leur mécontentement – prévoit en effet une réduction de 50 % des dotations aux Régions pour le soutien de l'apprentissage en 2026, soit 134 millions d’euros pour l'ensemble des Régions, contre 268 millions d’euros en 2025.Alain Rousset, président de la Région Nouvelle Aquitaine
Pour Alain Rousset, qui les détaille dans son courrier, les conséquences de cette décision sont nombreuses, diverses et graves.
« Les Régions ne pourront plus soutenir les formations de premier niveau, celles attendues par les TPE, PME et artisans, les formations à faible effectif dans les zones rurales, les formations aux métiers rares ou en tension de recrutement. Elles ne pourront plus soutenir les investissements dans les CFA, lesquels concourent grandement à l'attractivité des formations et des métiers, à rendre meilleures les conditions d'enseignement pour les apprentis. La Région Nouvelle-Aquitaine, qui a toujours soutenu l'apprentissage et qui a toujours investi massivement dans les CFA, va se retrouver dans une impasse financière l'an prochain. En effet, près de 50 opérations de construction, de restructuration ou de réhabilitation sont en cours dans les CFA de NouvelleAquitaine, portées par des centaines d'entreprises du bâtiment. En dehors de tous nouveaux engagements, cela représente 32 millions d’euros de dépenses à couvrir en 2026. Avec une dotation annuelle qui serait ramenée à seulement 16 millions d’euros, et l'impossibilité pour elle de compenser, la Région doit-elle se résoudre à arrêter les chantiers ? ».
En effet, dans ce contexte inédit, quid de la construction de la Tonnellerie du futur à Cognac (6 millions d’euros), du renouvellement des engins de travaux publics du CFA agricole de Venours (2,4 millions d’euros), de la construction de la Maison de l'industrie à Limoges (2 millions d’euros) ou encore des travaux pour l'accueil des apprentis en situation de handicap du lycée d'Ahun (1,2 million d’euros) ?
Autre décision qui inquiète le président de la Région Nouvelle-Aquitaine : la réduction de 150 millions d’euros du fonds de concours de France Compétences pour les Pric, soit – 20 %, qui s’ajouterait à celle déjà prévue cette année pour les Pactes régionaux.
« Par leur ampleur, ces réductions se traduiront par une diminution drastique des capacités de formation » assure Alain Rousset. « En Nouvelle-Aquitaine, la perte de 15 millions d’euros de l'État issue de la trajectoire initiale du Pacte va se solder l'an prochain par la suppression de 5000 places de formation. Une perte supplémentaire de 15 millions d’euros amènerait la Région à retirer de son programme de formation plus de 10 000 places, et à réduire par conséquent la capacité d'accueil de demandeurs d'emploi en formation de plus de 33 % ».
Karine Desroses, vice-présidente du Conseil régional en charge de la Formation professionnelle, de l'Apprentissage et de l'Emploi, estime « qu’une telle décision marquerait un coup d'arrêt très brutal à l'activité de formation en Nouvelle-Aquitaine, et serait très préjudiciable pour la pérennité de nombreuses structures de formation. Elle placerait également en risque la Région, qui ne serait plus en mesure d'honorer les contrats pluriannuels signés avec les prestataires de formation, car les modifications demandées dépasseraient largement les seuils de tolérance communément admis pour de tels contrats. »
Dans un premier courrier au ministre, le 19 novembre, Alain Rousset appelait déjà l’attention du ministre Farandou sur les conséquences graves qu’auraient de telles baisses, diminuant de manière « brutale et drastique » les capacités de formation professionnelle dans le pays.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire