Professeur de sociologie et de l'histoire du sport à l'université de Poitiers et à Angoulême, Pierre Dietz, qui s'est lancé en politique en 2008, est candidat aux Municipales de mars prochain sur la liste de Bruno Drapron, maire sortant de Saintes. Les anciens rivaux sont devenus proches ! Faut-il y voir une évolution logique de chaque personnalité ou une union raisonnée où, selon Blaise Pascal « le cœur a ses raisons que la raison ignore » ? Par "cœur", entendez adhésion à une politique de la Ville que partage Pierre Dietz. En conséquence, ce n'est pas sans raison qu'il explique sa position dans l'interview qui suit. Ne dit-on pas que changer d'avis, c'est changer de vie ? Son souhait s'il est élu ? Avoir des responsabilités à la Communauté d'Agglomération et être chargé - entre autres - du numérique, l’E-administration et l’IA.
• Pierre Dietz, quel est votre parcours politique ? Votre premier mandat était celui de maire adjoint aux côtés du maire socialiste Jean Rouger élu en 2008 ?
En effet. De 2008 à 2014, je faisais partie de l'équipe conduite par Jean Rouger, adjoint chargé du tourisme, du commerce, des foires et marchés. J'étais par ailleurs très impliqué dans la commission des affaires économiques de la CDC qui comptait 18 communes à l'époque contre 36 actuellement.
Avec ma famille, nous nous sommes installés à Saintes en 1998. Depuis longtemps, je voulais m'impliquer dans la vie publique, mais l'opportunité ne s'était pas présentée. J'ai suivi le mandat de Bernadette Schmitt qui a succédé à Michel Baron en 2001, à la grande surprise des observateurs. En fait, lors des Municipales, la personnalité du candidat compte plus que les grandes orientations politiques ! En 2014, la division du PS a favorisé l'élection de Jean-Philippe Machon. Il a rencontré de nombreux problèmes durant son mandat dont son éviction de la présidence de la Communauté d'Agglomération et la démission de conseillers municipaux de sa majorité, Bruno Drapron par exemple. J'avais été contacté par Isabelle Pichard, mais je ne ne me voyais pas trahir la main que m'avait tendue Jean Rouger en 2008, lequel s'est retiré au second tour. Par la suite, j'ai été spectateur de la vie locale de 2014 à 2020.
• En 2020, vous avez constitué votre propre liste...
Je voulais voler de mes propres ailes en présentant la liste "Saintes en confiance". Or, c'était la période du covid et nous avons été cloîtrés chez nous. Premier tour le 15 mars, second le 28 juin... la Charente avait coulé sous les ponts. Ma liste a fusionné avec celles de Renée Benchimol Lauribe et Pierre Maudoux au second tour devenant "Unis pour Saintes". Je pensais que "l’union ferait la force", mais ce calcul, vrai mathématiquement en additionnant le nombre de voix obtenues au premier tour, s’est avéré faux le 28 juin avec un nombre de votants inférieur aux prévisions. Cet accord, pourtant novateur, n'a pas été bien perçu par les Saintais. Par ailleurs, la seconde partie de la campagne a été plus offensive de la part de Bruno Drapron. Nous avons perdu de 232 voix derrière la liste Drapron, sortie victorieuse des urnes. Un cas de figure inattendu s'est alors produit : la composition du nouveau conseil municipal n'avait jamais existé à Saintes auparavant, réunissant cinq oppositions au maire. Bien sûr, elles pensaient différemment de lui !
Nous nous sommes abstenus lors du vote du premier budget. Jean-Philippe Machon, Rémy Catrou et leurs colistiers ont voté contre. Au fil des mois, je me suis posé la question : « L'équipe Drapron débute. A sa place, qu'aurions-nous fait si nous avions tenu les rênes de la ville de Saintes ? ». Pour moi, une opposition ne peut être que constructive. Sur chaque dossier, la réflexion était la suivante : plutôt que de dire non systématiquement à Bruno Drapron, il s'agissait d'étudier chaque dossier. Étaient-ils porteurs pour la cité ? Cette attitude m'a été reprochée. Pour certains, les oppositions doivent être politiques et critiquer le maire. Pour d'autres, l'approche est différente : si le projet est profitable au plus grand nombre, pourquoi lui faire barrage ? A une époque, je n'étais pas très à l'aise, je dois l'avouer, car en France, nous sommes dans un schéma où les accords entre sensibilités sont parfois douloureux à obtenir. Il suffit de voir le contexte actuel...
La seconde année, toute l'opposition a voté contre le budget, sauf moi. Ensuite la majorité s'est effritée avec Dominique Deren et François Elhinger. La cinquième année, j'ai voté pour le budget, j'avais prévenu mes collègues préalablement. Si nous voulons que le site Saint-Louis avance enfin, on ne peut pas passer son temps à détricoter ce qu'a fait le maire précédent.
• Justement, parlons du site Saint-Louis, objet de toutes les ambitions qui ne parviennent pas à se concrétiser...
Sur ce dossier, Jean Rouger a fait un travail exemplaire. Le seul point commun entre Jean Rouger, Jean Philippe Machon et Bruno Drapron est la création de logements dans le quartier de l’Ilot Bernard (ancienne maternité). En fait, Michel Baron a développé la rive droite avec le quartier situé près de l’arc de Germanicus et Jean Rouger a travaillé sur la rive gauche avec le site Saint-Louis. Or, depuis bientôt 20 ans, nous n'avons guère avancé ! Pour mémoire, l’équipe de Jean Rouger avait retenu les jeunes architectes Matthieu Wotling et Anne-Lise Bideaud en 2011, faisant suite au concours Europan. Lors d’une réunion publique, ils avaient défini les grands axes de ce futur quartier, exceptionnel de par sa situation. On devait y trouver des logements, des maisons, une crèche, des magasins, un restaurant, un centre culturel, un pôle médical et divers organismes dont un équipement public dans l’ancien logis. Jean-Philippe Machon, quant à lui, a choisi de revoir la copie initiale en confiant une nouvelle étude au cabinet d'architecture de Christophe Bidaud. Il envisageait, entre autres, un hôtel de luxe et un ascenseur reliant la ville basse à la ville haute. Son successeur, Bruno Drapron, a une autre vision de l'aménagement. Toute la partie en dehors des logements restera dans le domaine public. Il en sera question dans les années à venir.
Retour à l'époque de Jean Rouger. Durant son mandat, des fouilles ont été faites, le promontoire a été consolidé avec embellissement de la partie donnant sur Bellevue, des vignes ont été plantées. A une époque, le marché se trouvait à l'intérieur du site Saint-Louis, offrant un beau panorama sur la ville. J'ai mis deux ans à installer le marché à cet emplacement en l'équipant en eau et en électricité. Elu, Jean-Philippe Machon l'a déplacé en bas, sur le parking au motif que c'était plus accessible. Le site Saint-Louis est un lieu magnifique. Toutefois, depuis des décennies, il est victime de l'instabilité politique quand les maires changent à chaque mandat. Espérons le voir un jour valorisé dans son intégralité. L'équipe Drapron y travaille en tout cas.
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Archives 2013 : Inauguration de la permanence de Jean Rouger, rue Monconseil en perspective des Municipales de 2014 (Pierre Dietz est à ses côtés) |
• Revenons aux élections. En juin 2020, vous avez conduit la liste municipale « Unis pour Saintes ». Aujourd'hui, vous rejoignez la liste de Bruno Drapron, maire sortant. Certains sont surpris...
Après la défaite d'Unis pour Saintes, j'ai été maladroit et virulent au sein de l'opposition.
Ce qui m'intéresse, c'est la ville. J'ai beaucoup discuté avant Bruno Drapron avant de prendre ma décision. Au départ, le climat n'était pas tendre entre nous, puis il a évolué pour aboutir à une compréhension mutuelle. Constituer sa propre liste n'est pas facile et il faut être cohérent. Saintes a besoin de stabilité, comme je le disais plus haut. Je ne serai pas tête de liste, mais j'ai une pierre à apporter à l'édifice. Je comprends la réaction de mes anciens colistiers, mais nous n'étions plus sur la même longueur d'ondes. Bruno Drapron repart avec une grande partie de son équipe.
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Lors du précédent mandat commencé en 2020, l'opposition dont fait partie Pierre Dietz se mobilise. On reconnaît à ses côtés Renée Benchimol Lauribe, Pierre Maudoux, Sabrina Chaborel, Didier Martin |
• Lors de la récente présentation de la liste Drapron aux prochaines Municipales, vous avez fait votre mea culpa. Qu’en pensent les membres de la liste Drapron... et vos anciens colistiers ?
En ce qui concerne la liste de Bruno Drapron, l’entente est cordiale entre nous. Pendant les six ans de ce mandat, les attitudes des uns et des autres ont changé. Je suis plus mûr ! Nous organisons une grande réunion publique le jeudi 29 janvier dans le hall Mendès France. Les Saintais sont invités à découvrir notre programme pour les six ans à venir.
Quant à mes anciens colistiers, je comprends que certains et certaines puissent être surpris par ma décision mais quoi qu’il en soit, je ne dirai jamais un mot négatif à leur encontre durant la campagne. Je les respecte et n’oublie pas ce qu’ensemble, nous avons vécu pendant toutes ces années.
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| Décembre 2025 : Pierre Dietz rejoint la liste du maire sortant, Bruno Drapron |
• Si votre liste est élue et si Bruno Drapron vous propose un poste d‘adjoint, avez-vous une préférence ?
Une vice-présidence à la CDA m'intéresserait, mais un problème va se poser : la parité est désormais obligatoire dans l'exécutif. Or, les maires hommes sont plus nombreux que les femmes...
• Parlons maintenant du futur. Seriez-vous tenté par les élections législatives ?
Je ne dis pas que j'y pense tous les matins en me rasant, mais ce mandat national est intéressant. Actuellement, le député est Fabrice Barusseau qui a été soutenu par Alain Rousset, Jacky Emon, Mickaël Vallet en 2022, puis par la France Insoumise suite à la dissolution. Il est vrai que j’ai été déçu par le score que j’ai obtenu à ce scrutin en 2022, mais satisfait d’avoir battu Fabrice Barusseau sur la ville de Saintes malgré ses soutiens ainsi que les Républicains.
Personnellement, j'appartiens toujours aux Radicaux et j'ai l'intention de faire revivre le groupe à Saintes après le décès de Jean-Pierre Brecq. Les Législatives sont annoncées en 2029. Auparavant, il y aura les Présidentielles en 2027. On verra bien !
• Sur Saintes, quelles sont les listes en lice pour l'instant ?
Celles de Bruno Drapron, maire sortant, de Jean-Philippe Machon, de Laurent Davier, un ancien colistier de Bruno Drapron qui s’est désolidarisé de son équipe en décembre dernier avec Evelyne Parisi et Martine Buffet. S’y ajoute la liste de Ludovic Norigeon qui réunit des sensibilités de gauche. J’ignore ce que fera le Rassemblement national. A suivre !
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