vendredi 23 octobre 2026

Mouvements sociaux en Charente-Maritime : « Après les blocages, dégradations et incidents survenus lors de la mobilisation du 17 octobre, l’État mobilise pleinement les forces de sécurité »

À la veille de nouveaux mouvements sociaux annoncés en Charente-Maritime, le préfet, Michel Prosic, renforce le dispositif de sécurité afin de prévenir tout trouble à l’ordre public. Après les blocages, dégradations et incidents survenus lors de la mobilisation du 17 octobre, l’État mobilise pleinement les forces de sécurité et rappelle les règles applicables aux rassemblements. L'État fera preuve de la plus grande fermeté et sera intraitable face aux casseurs, aux auteurs de dégradations et à toute personne qui se livrerait à des violences ou à des exactions

• MANIFESTATIONS NON DÉCLARÉES : LES INTERDICTIONS RAPPELÉES

À ce jour, une seule manifestation a fait l’objet d’une déclaration préalable en Charente-Maritime, à Jonzac. Par ailleurs, de nombreux appels à se rassembler samedi 24 octobre circulent sur les réseaux sociaux. Le préfet rappelle que toute manifestation non déclarée est par nature illégale. De ce fait, les rassemblements annoncés mais non déclarés auprès des services de l’État, dans les conditions prévues par la loi, sont interdits. Le préfet appelle chacun à prendre ses responsabilités, à respecter strictement ces interdictions et à renoncer à toute participation à un rassemblement interdit. En revanche, les manifestations qui ont fait l’objet d'une déclaration sont bien évidemment autorisées.

• UN DISPOSITIF DE SÉCURITÉ RENFORCÉ

Les forces de sécurité seront pleinement mobilisées pour prévenir les troubles à l'ordre public, protéger les personnes et les biens et faire respecter les mesures en vigueur. Le Centre Opérationnel Départemental (COD) sera activé samedi 24 octobre afin de coordonner l’action des services de l’État et de garantir une réponse rapide à l’évolution de la situation.

Des mesures complémentaires applicables samedi 24 octobre

Interdiction des manifestations, attroupements et rassemblements revendicatifs non déclarés à : Saintes, Rochefort, Royan, Bourcefranc le Chapus, La Rochelle, Puilboreau et Montendre.

Objets dangereux : le préfet a pris, dans les communes où les manifestations non déclarées sont interdites, un arrêté interdisant temporairement : la détention, le transport et l’usage, sans motif légitime, d’armes et d’objets pouvant constituer une arme par destination ; la détention, le transport et l’utilisation de fusées et d’artifices de toute nature ; le port, sans motif légitime, d’équipements de protection individuelle sur la voie publique.

Captation d’images par drone à La Rochelle : les opérations de captation, d’enregistrement et de transmission d’images au bénéfice de la direction interdépartementale de la police nationale sont autorisées.

• INFRACTIONS : UNE RÉPONSE FERME SUR LE TERRAIN ET DEVANT LA JUSTICE

Les parquets sont d'ores et déjà mobilisés afin que les infractions constatées soient traitées avec diligence. Les organisateurs de manifestations non déclarées et les personnes qui enfreindraient les interdictions s’exposent aux sanctions prévues par la loi, selon les faits commis. Violences, dégradations, pillages ou autres infractions : les auteurs devront répondre de leurs actes devant la justice. Le préfet rappelle que les forces de sécurité interviendront pour faire respecter les mesures en vigueur et prévenir tout débordement.

Le préfet appelle à la responsabilité de chacun

Le préfet de la Charente-Maritime appelle chacun à respecter les interdictions et les consignes de sécurité. La liberté de manifester ne saurait servir de prétexte aux violences et aux dégradations. L’État prendra les mesures nécessaires pour garantir l’ordre public et faire respecter la loi.

mardi 20 octobre 2026

Jonzac/Expo Cloître des Carmes : Philem ou l'imaginaire de la réalité

Jusqu'au 25 octobre, Philipe Dernet, alias Philem, présente ses toiles au cloître des Carmes. Un monde coloré tel que le perçoit l'artiste, un univers libéré de ses contraintes où s'exprime la paix, sans retouches...

L'exposition de Philippe Dernet tombe à point. Par ses couleurs, ses harmonies et sa précision, elle écarte la violence qui déferle aujourd'hui sur la France. Elle constitue ce havre que nombreux recherchent : l'équilibre et cette volonté qui guide les artistes à créer des plages de sérénité quand, ailleurs, les esprits s'échauffent pour ne générer que du vide. 

Après nous avoir régalé avec la "Galette réaulaise", Philippe Dernet a rejoint la Barbouille en 2011, association qui lui a fait découvrir un univers qu'il connaissait peu. Celui de la palette, du trait, de l'inspiration ! En 2015, il vole de ses propres ailes et présente sa première exposition. Depuis, il poursuit sur sa lancée, utilisant plusieurs techniques :  « Ce que je présente sont des réalités que je transforme en imaginaire » dit-il. Esprit en mouvement, il aime l'œuvre de Dali, mais pas seulement : « je suis attentif au travail des autres peintres et je m'inspire des scènes qu'offre la vie quotidienne ». A suivre !

Philippe Dernet, alias Philem (©NB)
Lors du vernissage, Nathalie Sablon, adjointe à la culture, présente Philem

• A découvrir jusqu'a u 25 octobre, tous les jours de 14h30 à 18h30

Un aperçu des toiles de Philem

Le château de Jonzac

Les lavandières
L'Eglise de Royan

Hôpital de Saintes : Ouverture d'un centre de vaccination départemental

Une nouvelle offre de vaccination accessible dès 6 ans est déployée progressivement à l’échelle du département

Le centre départemental de vaccination de Charente-Maritime vient d'ouvrir sur le site hospitalier de Saintes. L’Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine a confié au Groupe Hospitalier Saintes – Saint-Jean-d’Angély la mise en œuvre de cette nouvelle mission. Accessible à partir de 6 ans, ce centre propose des consultations de vaccination trois demi-journées par semaine. Il complète l’offre de vaccination existante et développera également des actions « d’aller-vers » auprès des populations les plus éloignées du système de soins. Son déploiement se poursuivra à l’échelle départementale avec l’ouverture d’une antenne sur le secteur rochelais, envisagée début 2027.


Une nouvelle offre de vaccination en Charente-Maritime

Le centre départemental de vaccination a pour mission de renforcer l’offre vaccinale en Charente-Maritime et de faciliter l’accès à la vaccination et à la prévention. Il propose les vaccinations obligatoires et recommandées conformément au calendrier vaccinal en vigueur (DTP, coqueluche, ROR, HPV, Pneumocoque, Méningite, Hépatites, Grippe, COVID).

Lors des consultations, les professionnels réalisent une évaluation du statut vaccinal, apportent une information personnalisée, vérifient les éventuelles contre-indications et réalisent la vaccination lorsqu’elle est indiquée. Le centre de vaccination participe également aux campagnes de vaccination organisées par les pouvoirs publics, notamment les campagnes nationales et régionales, et peut être mobilisé dans le cadre de campagnes vaccinales exceptionnelles.

Une offre complémentaire aux possibilités de vaccination existantes

La création du centre de vaccination départemental ne se substitue pas aux possibilités de vaccination proposées par les professionnels de santé du territoire. Des actions communes de prévention et de vaccination seront organisées avec ces partenaires. Le centre de vaccination travaille d’ailleurs déjà conjointement avec la CPTS de Saintonge Romane sur des actions de prévention autour de la vaccination.

En complément des consultations organisées sur le site hospitalier de Saintes, des actions seront organisées hors les murs afin d’intervenir directement auprès des populations identifiées comme prioritaires. Ces interventions pourront prendre la forme d’actions d’information et de sensibilisation ou de séances de vaccination. Elles pourront notamment être organisées dans des structures de soins, PASS, CeGIDD, établissements médico-sociaux, structures d’hébergement, établissements pénitentiaires, centres de formation ou établissements scolaires. A terme, une demi-journée par semaine sera consacrée aux actions d’information et de vaccination hors les murs.

Un déploiement progressif à l’échelle départementale

L’implantation du centre de vaccination à Saintes est la première étape du dispositif. Une antenne sur le secteur rochelais est envisagée début 2027. Elle sera rattachée au centre départemental et fonctionnera comme une antenne de proximité, avec une organisation coordonnée avec le site de Saintes. Associées aux actions « aller-vers », ces deux implantations doivent étendre progressivement l’offre de vaccination sur le territoire départemental. Le projet prévoit une montée en charge progressive de l’activité, avec un objectif de 1 000 vaccinations par an.

Une équipe appelée à se renforcer

Le centre de vaccination s’appuie à son ouverture sur une équipe associant des compétences médicales en vaccination, prévention et santé publique, une compétence infirmière formée à la vaccination ainsi qu’un secrétariat administratif mutualisé avec le CeGIDD. Pour les actions hors les murs, une équipe mobile composée d’un médecin et d’un infirmier est prévue. Des recrutements sont en cours afin de renforcer progressivement l’équipe et d’accompagner le développement de l’activité.

Informer et sensibiliser à la vaccination

Au-delà des consultations et des vaccinations, le centre de vaccination a également une mission d’information et de sensibilisation. Il participera à des actions de promotion de la vaccination auprès de la population et des professionnels de santé, en cohérence avec les recommandations nationales et régionales de santé publique. Ce projet prévoit notamment des actions d’information sur les différentes vaccinations, des interventions auprès des professionnels de santé et des actions de prévention organisées avec des partenaires du territoire.

Le centre de vaccination départemental en pratique :

Ouverture : Depuis le mercredi 19 octobre 2026

Lieu : Site hospitalier de Saintes - 11 boulevard Ambroise-Paré, 17100 Saintes - niveau 0 – accès par le hall principal, derrière le comptoir des admissions

Horaires des consultations :

- lundi de 9h à 12h30

- mardi de 13h30 à 17h

- mercredi de 9h à 12h30

Public : dès 6 ans

Permanence téléphonique et prise de rendez-vous au 05 46 95 15 18, du lundi au vendredi, de 9h à 17h ou par mail à prevention-et-sante@gh-saintesangely.fr

lundi 19 octobre 2026

Après les violences du 17 octobre, les maires se rassemblent devant la mairie de Jonzac

Christophe Cabri : « Ne laissons jamais la violence prendre la place du dialogue, ni la colère détruire ce que nous avons construit ensemble. Notre force, c’est notre capacité à vivre ensemble, à nous entraider, à nous respecter et à préparer collectivement l’avenir de notre territoire »

Suite de l'appel de l'Association des maires de France, Christophe Cabri a invité les maires, habitants et acteurs du territoire, à se retrouver lundi à 12 h devant la mairie de Jonzac. Les violences du samedi 17 octobre ont choqué les Français. Grave, l'heure est à l'unité. Nul ne sait quel sera l'avenir puisque de nouvelles mobilisations sont annoncées...

 

Allocution de Christophe Cabri, maire de Jonzac : 

« Si nous sommes réunis aujourd’hui devant notre mairie, c’est pour affirmer avec force et conviction, notre attachement à nos institutions républicaines, à nos valeurs démocratiques et aux libertés publiques.

L’Association des Maires de France a appelé les élus et les citoyens à se rassembler devant les mairies, à la suite des violences, des incendies et des dégradations qui ont visé plusieurs bâtiments publics et commerces dans notre pays. Ces actes sont graves. Ils sont inacceptables. Ils ne peuvent être ni banalisés, ni justifiés. Dans nos communes, la mairie est au cœur de la vie collective. J’ai en cet instant, une pensée particulière pour mon collègue Guillaume Guérin, Maire de Limoges.

Une mairie, c’est un lieu de dialogue, de service public et de démocratie. Elle doit rester un lieu ouvert, accessible à tous, où les désaccords peuvent s’exprimer librement, mais toujours dans le respect des personnes, des biens et des institutions.

Rien ne peut justifier que la violence se substitue au dialogue, que la destruction remplace le débat ou que l’intimidation cherche à faire taire la démocratie. Nous condamnons donc avec la plus grande fermeté les attaques et les violences commises contre les mairies, les bâtiments publics, les commerces et, plus largement, contre celles et ceux qui font vivre notre République.

On peut être en colère. On peut contester une décision gouvernementale. On peut manifester, faire grève, exprimer son désaccord avec force. C’est un droit fondamental dans notre démocratie. Mais rien, absolument rien, ne justifie de brûler une mairie, de saccager un commerce, de menacer un élu ou de s’en prendre à ceux qui assurent les services publics.

La colère ne donne pas tous les droits. La contestation n’autorise pas la violence. Et la République ne doit jamais céder devant ceux qui veulent imposer leur loi par la force.

Je pense notamment à certains responsables politiques A ceux qui incitent à la violence, à ceux qui la justifient et lui donnent de la légitimité, à tous ceux, qui, par leurs déclarations ou leurs comportements, contribuent à entretenir un climat de confrontation.

La responsabilité politique existe. Personne ne devrait pouvoir jouer avec les tensions, attiser les affrontements ou banaliser les violences sans avoir à rendre de comptes sur ses propres paroles et ses propres actes. Les élus ont une responsabilité particulière. Ils ont le devoir de respecter les institutions et de condamner sans ambiguïté les violences. La même exigence de responsabilité doit s’appliquer à tous.

Aujourd’hui, nous exprimons notre solidarité envers les maires, les élus, les agents publics et les habitants des communes touchées. Nous pensons également aux forces de l’ordre et aux services de secours, mobilisés pour protéger les personnes, préserver les biens et rétablir la sécurité. Je veux également rappeler une conviction essentielle : défendre nos institutions ne signifie pas ignorer les difficultés de nos concitoyens. Je pense aux lycéens, aux étudiants, aux soignants, aux services de secours, aux forces de l’ordre, aux actifs, aux retraités, aux viticulteurs qui traversent une crise profonde ; à tous ceux qui portent des revendications légitimes. Leurs difficultés sont réelles et ne doivent pas être ignorées.

Je refuse que notre discours républicain nous éloigne de la réalité vécue par des milliers de personnes. La fermeté face à la violence est pleinement compatible avec l’attention portée aux souffrances humaines. Condamner les dégradations et les atteintes aux institutions ne doit jamais nous conduire à détourner le regard des difficultés sociales qui traversent notre société. Au contraire, c’est parce que nous sommes attachés à la République que nous devons faire vivre ses valeurs au quotidien : la solidarité, la dignité, l’égalité et le respect de chacun.

À Jonzac, nous savons combien le service public local repose sur l’engagement quotidien des élus et des agents. Derrière chaque porte ouverte, chaque démarche accompagnée, chaque service rendu, il y a des femmes et des hommes qui travaillent au service de l’intérêt général. Les prendre pour cible, c’est méconnaître ce qu’ils représentent et ce qu’ils accomplissent au quotidien pour la population. Notre rassemblement n’est dirigé contre personne. Il ne vise ni à opposer les citoyens entre eux, ni à nier les difficultés, les colères ou les désaccords qui peuvent traverser notre société. Dans une démocratie, chacun doit pouvoir exprimer ses convictions, contester une décision et faire entendre ses revendications. Mais cette liberté ne peut s’exercer au détriment de celle des autres. Elle ne peut autoriser les violences, les dégradations ou les atteintes aux institutions démocratiques. Notre responsabilité collective est donc claire : préserver les lieux du dialogue, protéger les services publics et défendre les principes qui nous permettent de vivre ensemble.

Aujourd’hui, devant la mairie de Jonzac, nous rappelons que la République ne se résume pas à des symboles ou à des textes. Elle se construit chaque jour dans nos communes, dans nos écoles, dans nos services publics et dans nos lieux de vie. Elle se construit par le respect, par l’écoute, par la solidarité et par la volonté de régler nos différends autrement que par la violence.

Notre mairie est celle de tous les Jonzacais. Elle est la maison du peuple, pour le peuple et au service du peuple. Elle n’appartient à aucun camp, à aucune sensibilité, à aucun intérêt particulier : elle appartient à la collectivité tout entière. La défendre, c’est défendre notre capacité à faire société. C’est défendre le droit de chacun à être entendu, la liberté de chacun à s’exprimer et la possibilité, pour tous, de participer à la vie démocratique.

En nous rassemblant, nous affirmons notre attachement à notre République Une république riche de ses communes, proche de ses habitants et fidèle à ses valeurs. Nous affirmons que nos mairies doivent demeurer des lieux de paix, de dialogue et de confiance. Et nous affirmons, ensemble, que rien ne doit nous détourner de notre mission : servir l’intérêt général et faire vivre, chaque jour, les valeurs de la République. Aujourd’hui, montrons que notre ville sait se rassembler lorsqu’il s’agit de défendre l’essentiel. Montrons que nous pouvons être différents dans nos opinions, nos parcours et nos convictions, tout en restant unis autour de ce qui nous rassemble : faisons entendre une voix claire, une voix digne, une voix républicaine.

Ne laissons jamais la violence prendre la place du dialogue, ni la colère détruire ce que nous avons construit ensemble. Notre force, c’est notre capacité à vivre ensemble, à nous entraider, à nous respecter et à préparer collectivement l’avenir de notre territoire.

Alors, faisons de ce rassemblement un message d’unité et d’espérance. Un message adressé à nos concitoyens, mais aussi à toutes les communes de France : nos mairies resteront debout, ouvertes et au service de tous. Parce que nous croyons en la démocratie, parce que nous croyons en la République et parce que nous croyons en notre capacité à vivre ensemble malgré nos différences. Voilà le message que nous portons. Nos communes choisiront toujours le respect plutôt que la violence, le dialogue plutôt que la confrontation et la solidarité plutôt que la division ».

Macron, le Prince lointain ?

« Il ne suffit pas de se demander : Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? Il faut se demander : Quels enfants allons-nous laisser à notre planète ? » Pierre Rabhi, écrivain

Les événements du samedi 17 octobre ont bouleversé le pays. Les manifestations contre la crise et le pouvoir d'achat ont été éclipsées par une déferlante d'agressivité, inattendue par son intensité. La violence est passée, le souvenir reste : affrontements, magasins vandalisés, incendies, jusqu'à la mairie de Limoges détruite par les flammes, celle de Marseille assiégée de même que la préfecture de Bordeaux. Que sont devenues les doléances légitimes des lycéens, des familles qui ne parviennent plus à joindre les deux bouts, des agriculteurs ? Liste non exhaustive. La France souffre et avec elle, ceux qui protègent les populations, forces de l'ordre, policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers. 

Le séisme est de forte magnitude. Dans la presse, les commentaires sont multiples selon la couleur politique de l'invité interrogé. Les plateaux succèdent aux plateaux. Inlassablement. Des responsables sont pointés du doigt. Dimanche soir, Emmanuel Macron s'est exprimé à la télévision, sans faire de grandes annonces. Le lendemain, il s'est envolé pour les pays du Golfe en voyage officiel. Parmi les discussions, le prix des carburants à la pompe et le moyen « d'acheminer les hydrocarbures liquides par des voies alternatives et de contournement ». Son second quinquennat s'achève et sans doute publiera-t-il, dans quelque temps, un livre sur ses deux mandats. A six mois des prochaines élections présidentielles, il semble loin des meetings et de l'énergie déployée au printemps 2017 dans la course à l'Elysée...

1789, mai 1968, 17 octobre 2026

L’histoire ne se répète jamais tout à fait, mais elle a parfois de curieuses façons de nous rappeler ses leçons. De 1789 à mai 1968, jusqu’à cette journée du 17 octobre 2026, la France a connu des colères populaires dont les causes, les formes et les conséquences diffèrent, mais qui posent toujours la même question : que devient la parole du peuple lorsqu’il estime ne plus être entendu ? Le prix de la vie, les inquiétudes des lycéens, les difficultés des salariés, la détresse de nombreux agriculteurs et le sentiment de déclassement d’une partie des citoyens ne sont ni des inventions, ni des caprices. Ce sont des réalités qui appellent des réponses politiques. Pourtant, lorsque les revendications sont éclipsées par les vitrines brisées, les commerces pillés, les voitures incendiées et les bâtiments publics attaqués, la colère perd sa lisibilité et les premières victimes sont souvent ceux-là mêmes au nom desquels elle prétend s’exprimer. L’incendie de la mairie de Limoges symbolise tragiquement ce basculement : s’en prendre aux lieux de la démocratie locale, c’est atteindre un patrimoine commun destiné à servir tous les habitants. 

En 1789 comme en mai 1968, les mouvements populaires ont laissé un héritage complexe, fait de conquêtes, de fractures et de désillusions. Mais une évidence demeure : la légitimité d’une revendication ne saurait absoudre la violence, pas plus que la condamnation des violences ne saurait dispenser l'Etat d’écouter les revendications. 

Macron : de Jupiter aux pays du Golfe

Emmanuel Macron avait promis de transformer la vie politique française, de réconcilier efficacité et confiance, de renouer le lien entre les citoyens et leurs institutions. L’image du président jupitérien, maître du temps et gardien de la verticalité du pouvoir, se heurte aujourd’hui à cette interrogation : gouverner, est-ce seulement diriger le pays, ou est-ce encore parvenir à être entendu par lui ? Dans son allocution du 18 octobre, le chef de l’État a condamné les violences, promis que les auteurs seraient poursuivis et demandé que toute la lumière soit faite sur le dispositif de maintien de l’ordre. Il a également distingué les requêtes légitimes des actes de destruction. 

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, et le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, doivent désormais répondre à deux questions : rétablir la sécurité et expliquer comment des violences d’une telle ampleur ont pu se déployer dans plusieurs villes. Les critiques venues de différentes sensibilités politiques montrent que le sujet dépasse les clivages habituels. Dans ce contexte délicat, le président a maintenu son déplacement dans des pays du Golfe, au moment où la France panse ses plaies. 

Quand des commerçants découvrent leurs vitrines détruites, quand des élus constatent les dégâts infligés à leurs communes et quand des familles redoutent de nouvelles violences, l’autorité gouvernementale se mesure autant à sa présence politique qu’à ses déclarations. À l’approche des prochaines manifestations, la fermeté devra s’accompagner d’anticipation. Faute de quoi, chaque nouvelle journée de mobilisation risque de devenir un test de force plutôt qu’une occasion de répondre aux préoccupations actuelles. 

Et maintenant, qu’allons-nous faire ?

Il reste les victimes, celles dont on parle trop peu lorsque les images spectaculaires ont disparu des écrans : les commerçants qui devront reconstruire leur activité, les salariés dont l’emploi est menacé, les contribuables qui auront à supporter le coût des destructions. Il reste aussi les communes meurtries, les préfectures attaquées et les symboles républicains pris pour cible. Face aux casseurs, aux pillards et aux groupes organisés qui cherchent à imposer leur loi, l’État doit être ferme et identifier les responsables. 

Que peuvent faire les citoyens de bonne volonté ? Leurs marges restent les mêmes, quelle que soit la situation : soutenir les victimes, participer aux initiatives de solidarité, demander des enquêtes transparentes, défendre le droit de manifester pacifiquement, refuser toute complaisance envers ceux qui confondent contestation et destruction. Et puis, il leur faut aussi encaisser l'uppercut qu'ils ont reçu samedi. Il laissera des traces dans les mémoires. Pour certains, on parlera de "syndrome de stress post-traumatique". Parfois, la douce France perd son charme pour dresser des barricades et livrer des batailles. Les générations et les modus vivendi se heurtent. « Il ne suffit pas de se demander : Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? Il faut se demander : Quels enfants allons-nous laisser à notre planète ? » déclarait avec justesse Pierre Rabhi, écrivain et pionnier de l'agroécologie.

Les prochaines mobilisations devront être l’occasion de réaffirmer une règle simple : on peut combattre une politique sans saccager une ville, réclamer justice sans attaquer les institutions et dénoncer les injustices sans en créer de nouvelles. Mais les hommes en noir cagoulés, au dress code affirmé, entendront-ils le message ? Rien n'est moins sûr. L'avenir nous le dira...