mercredi 14 octobre 2026

Académie de Saintonge/Prix La Rochelle Université : Cécile Jollet « une réputation mondiale dans le domaine du neutrino »

La cérémonie de remise des prix de l'Académie de Saintonge s'est déroulée dimanche 4 octobre, salle Jean Gabin à Royan. Le Prix La Rochelle Université a été remis à Cécile Jollet pour le projet JUNO sur les neutrinos. Des recherches passionnantes menées en Chine, à l’Observatoire souterrain de Jiangmen en service depuis un an

• Jean-François Girard présente Cécile Jollet, physicienne et enseignante-chercheuse

Jean-François Girard aux côtés de Cécile Jollet (©NB)

Cécile Jollet, née à Saint-Jean d’Angely, a fait ses études à l’Université de La Rochelle puis de Bordeaux, et soutenu, à 26 ans, sa thèse de doctorat en physique dans la spécialité Noyaux, atomes, agrégats, plasma. Aujourd’hui maître de conférences à l’université de Bordeaux, elle a acquis une réputation internationale dans le domaine du neutrino. Le neutrino est une particule élémentaire (indivisible en fractions plus petites) constitutive de la matière à côté des protons, neutrons et électrons. Son existence suspectée dès 1930, est l’objet de recherches internationales sur ses propriétés et son rôle.

Le neutrino est si petite taille qu’on a cru longtemps que sa masse était nulle. Il est électriquement neutre et ne peut interagir avec les champs électromagnétiques, ce qui le rend très difficile à détecter. Et puis, le neutrino traverse la matière sans être arrêté. Ainsi, des milliards de neutrinos traversent notre corps à chaque seconde sans qu’on les ressente !

Si leur rôle reste encore débattu, les neutrinos trouvent leur "utilité" en astrophysique comme marqueurs d’événements et en physique des particules pour comprendre les lois fondamentales de la nature. On explore aussi leur usage comme source d’énergie ou de communication.

Compte-tenu des difficultés de sa détection, les recherches sur le neutrino imposent des installations coûteuses tel l’Observatoire souterrain de Jiangmen en Chine en service depuis un an. C’est le projet JUNO qui fédère 700 scientifiques pour un budget d’un demi-milliard par an. Sous la coordination de Cécile Jollet, la France y participe avec 20 chercheurs du CNRS et un budget annuel de 300 K€.

A la recherche des neutrinos...

Cécile Jollet au sujet du neutrino, une nature invisible et furtive

« Vous vous attendez à ce que je vous parle des neutrinos ? » a enchaîné Cécile Jollet. Effectivement, ce monde invisible fascine et intrigue. « Nous sommes dans un feu d'artifice de neutrinos. On ne les voit pas, mais il y en a plus d'un milliard qui nous traversent ! Ils sont partout dans l'atmosphère. C'est une particule fondamentale créée par le Soleil, la Terre. Il est intéressant d'étudier leurs propriétés parce qu'ils pourraient être la clé pour comprendre la symétrie matière - anti-matière. En clair, si on veut comprendre pourquoi la matière a gagné, pourquoi nous sommes ici, le neutrino peut l'expliquer. Pour aller chercher la particule, un énorme détecteur est nécessaire. Nous nous sommes donc regroupés en coopération internationale et travaillons ensemble sur des projets certes coûteux, mais qui répondront à de nombreuses questions fondamentales dans un avenir proche». 

Nous sommes impatients de connaître la suite ! 

Académie de Saintonge : Le prix Xavier de Roux remis à Isabelle Crèvecœur, paléoanthropologue ; Le prix Jean-Claude Dubois à Corinne Pelluchon, philosophe

La cérémonie de remise des prix de l'Académie de Saintonge s'est déroulée dimanche 4 octobre, salle Jean Gabin à Royan. Le Prix Xavier de Roux a été attribué à Isabelle Crèvecoeur, paléoanthropologue, pour ses découvertes sur les Néandertaliens à Saint-Césaire ; Le Prix Jean-Claude Dubois a été remis à Corinne Pelluchon, philosophe, pour L’être et la mer (Presses Universitaires de France)

• Alain Michaud présente la paléoanthropologue Isabelle Crèvecœur pour ses découvertes sur le site de Saint-Césaire

Isabelle Crèvecœur, Alain Michaud (©NB)

Jusqu’en 1979, rien ne prédisposait la vallée du Coran à devenir un haut-lieu de la préhistoire nationale et même internationale.

Cette année-là, au lieu-dit la Roche-à-Pierrot, près du village de Saint-Césaire, le préhistorien François Lévêque mettait au jour dans un abri sous roche, les vestiges d’un crâne d’homme ou de femme néandertalien, dans une couche archéologique datée de 35000 ans environ, époque où l’on pensait ce type humain remplacé par celui dit de Cro-Magnon. Cette découverte d’importance a motivé la création du Paléosite à Saint-Césaire.

Cette situation, au carrefour de deux cultures, a déclenché la poursuite des investigations et le réexamen des découvertes anciennes, un travail coordonné par une jeune chercheuse, volontaire et méthodique, Isabelle Crevecoeur, paléoanthropologue à l’université de Bordeaux, directeur de recherches au CNRS.

Les résultats ont été à la hauteur. Le 24 juin 2024, l’équipe d’Isabelle a fait une découverte rarissime : une dent de lait, une incisive d’un enfant de 6-8 ans, datant de 55000 ans. Or, il y a moins de dix dents d’enfants néandertaliens retrouvés à l’échelle de l’Europe ! Depuis, en 2025, une seconde dent d’enfant a été découverte. L’usure de leur couronne dentaire montre que les jeunes enfants utilisaient leurs dents comme un outil ; comme une troisième main pour tanner des peaux ? Décharner la viande ?...

L’Académie félicite Isabelle Crèvecoeur d’avoir permis, dans le sillage de François Lévêque de plonger dans les racines de plus en plus profondes de notre histoire saintongeaise.

• Isabelle Crèvecœur : « La Saintonge possède un patrimoine préhistorique exceptionnel »

« Cette distinction honore le travail d'une équipe. une vingtaine de chercheurs et de spécialistes. Parler de ces dents, c'est entrer dans un contexte particulier. Elles ont été retrouvées dans un ensemble de déchets résultant d'activités préhistoriques, boucherie et séchage de viande. Ces dents, que des enfants ont perdues, établissent une connexion directe avec la vie d'un collectif. Ils participaient aux côtés des adultes. D'ailleurs, les individus avaient le sens de la famille puisque le groupe réunissait à la fois jeunes et personnes âgées. Il y avait un tissu social, un vivre ensemble. La Saintonge possède un patrimoine préhistorique exceptionnel avec la vallée du Coran, Saint-Césaire, le site de chez Pinaud à Jonzac. Les recherches effectuées apportent des contributions majeures à la vie des Néandertaliens à l'échelle de la France et de l'Europe ».

• Olivier Dubois présente Corinne Pelluchon, philosophe

Corinne Pelluchon, Olivier Dubois (©NB)

Corine Pelluchon est philosophe et originaire de Barbezieux où elle revient souvent passer quelques temps en famille. Elle est spécialiste de philosophie politique et d’éthique appliquée (médicale, environnementale et animale).

Elle a enseigné comme professeure agrégée en lycée avant d’être nommée maîtresse de conférences à l’université de Poitiers en 2008, puis professeure à l’université de Franche-Comté en 2013. Depuis 2016, elle est professeure à l’université Gustave Eiffel.

Elle a enseigné l’éthique médicale à l’université de Boston et effectué des recherches à Hambourg et à l’institut Max Planck de Berlin. Elle est l’auteure d’une vingtaine d’ouvrages qui font référence. Dans L’Être et la mer. Pour un existentialisme écologique (Presses Universitaires de France), Corine Pelluchon pense l’humain à partir de la mer, qui est associée à la vie, à la mort ainsi qu’à la maternité. Cette approche décentre notre regard et invite à remettre en question notre imaginaire territorial. Elle décrit l’existence comme immersion, flottaison et submersion, éclairant le lien entre conscience et inconscient. Montrant les contradictions du droit international de la mer qui est partagé entre un idéal de protection de l’océan et une logique d’appropriation, elle propose une philosophie de la vie marine qui renouvelle notre manière de penser l’écologie et la politique.

Un livre à méditer sur nos terres maritimes et océanes et pour lequel l’Académie lui décerne le prix Jean-Claude Dubois.

Académie de Saintonge : Le Prix Jacques et Marie-Jeanne Badois attribué à Aymeric de Montault ; Le Prix de la Corderie Royale à Laurent Bonnet

La cérémonie de remise des prix de l'Académie de Saintonge s'est déroulée dimanche 4 octobre, salle Jean Gabin à Royan. Le Prix Jacques et Marie-Jeanne Badois (patrimoine) a été attribué à Aymeric de Montault pour son activité à La Demeure historique ; Prix de la Corderie Royale a été remis à Laurent Bonnet pour son ouvrage Rochefort d’hier à aujourd’hui paru chez Geste Editions

• Philippe Ravon présente Aymeric de Montault

Aymeric de Montault et Philippe Ravon (©NB)

Le prix du patrimoine que nous remettons aujourd’hui est le prix Jacques et Marie-Jeanne Badois dont nul n’ignore la passion qui les a animés pour faire vivre et revivre le Château de La Roche-Courbon. Le lauréat, Aymeric de Montault, est un acteur éminent de la protection du patrimoine et c’est son travail au sein de l’association La Demeure Historique qui est aujourd’hui récompensé. Fort d’une expérience familiale l’ayant amené à gérer ce type de bien, il a choisi de partager son expérience pour que ces lieux chargés d’histoire soient préservés dans les meilleures conditions.

Les charges financières exigent que les propriétaires deviennent de véritables chefs d’entreprise, formés à la gestion du personnel, à la recherche de mécénat et à la création de projets économiques viables. L’association La Demeure Historique a été créée en 1924 pour aider les propriétaires de bâtiments protégés ou inscrits, en offrant à ses adhérents des formations sur la restauration du bâti et des jardins, sur l’assurance de ces biens sensibles et sur leur protection ; l’entraide et l’échange d’expériences sont les maîtres mots. Aymeric de Montault est aujourd’hui récompensé pour son engagement sans faille au sein de La Demeure Historique qui l’a conduit à accepter la responsabilité de délégué départemental pour la Charente-Maritime et de délégué régional pour le Poitou-Charentes. Qu’il en soit félicité et sincèrement remercié.

• Laurent Bonnet présenté par Emmanuel de Fontainieu

En 2001, j’avais préfacé le premier livre de Laurent Bonnet consacré aux Jardins de Rochefort. C’était il y a vingt-cinq ans et l’auteur expérimentait-là, en quelque sorte, son procédé avec des photos et des peintures personnelles. Depuis cette plaquette sont nés des livres épais ayant trait à La Rochelle, aux îles et stations balnéaires charentaises, au département lui-même, mais Laurent Bonnet revient toujours à sa ville natale. En digne héritier de son père, le journaliste Claude-Bernard Bonnet dont je garde le souvenir chaleureux, il ne cesse de vouloir saluer sa ville et le fait par l’écrit, le pinceau, les cartes postales anciennes, la lecture assidue des chroniques parues jadis dans la presse locale et les témoignages recueillis.

Après un généreux pavé de 420 pages paru en 2023 sur Le Souvenir de Rochefort et son canton, voici aujourd’hui un beau livre grand format, non moins copieux : Rochefort d’hier à aujourd’hui… 

Si ce nouveau volume abandonne les aquarelles au profit des seules photos personnelles, il s’enrichit d’une riche iconographie venue des collections des musées. C’est une invitation au voyage à la fois dans le passé et dans l’espace d’une ville d’eau et de lumière, une invitation en équilibre entre permanence et fugacité des choses où l’on découvre des moments autant que des monuments, des objets parfois et même un banc cher à l’auteur du Grand Meaulnes ! Inlassable piéton de Rochefort, Laurent Bonnet nous offre un livre de mémoire et d’affection.

Laurent Bonnet, Emmanuel de Fontainieu (©NB)

Académie de Saintonge : Le Prix de la Ville de Royan remis à Philippe Tranchet ; Le Prix de Surgères à la dessinatrice Pascaline Mitaranga

La cérémonie de remise des prix de l'Académie de Saintonge s'est déroulée dimanche 4 octobre, salle Jean Gabin à Royan. Le Prix de la Ville de Royan a été remis à Philippe Tranchet pour le célèbre festival Un Violon sur le Sable. Le Prix de Surgères a été attribué à la dessinatrice Pascaline Mitaranga pour ses ouvrages.

• Didier Colus présente Philippe Tranchet dont le nom est intimement lié au festival renommé Un Violon sur le sable 

Philippe Tranchet, Didier Colus (©NB)
Philippe Tranchet ? Qui à Royan ne connaît pas ce talentueux touche-à- tout ? Les moins jeunes se souviennent peut-être qu’il a joué au football avec Rocheteau, dont il organisa en 1990 le jubilé. Le stade d’honneur royannais n’a pas connu mieux depuis cette apothéose... Rappelez-vous, en 1981, la mythique radio libre Royan-Fréquence, patronnée par son fidèle copain J.-J. Goldman. Et certains, dans cette salle, n’ont-ils pas sur la plage tenté leur chance à un improbable Mondial-billes commenté par un Thierry Roland ? Combien ont vibré au rythme d’un de ces concerts de stars face à la gare ? Philippe faisait déjà claquer partout le nom de Royan, lui qui, à 14 ans et à la barbe de ses parents, avait en 1968 rallié Londres en mobylette pour acquérir le Double blanc des Beatles. Cet électron libre a le neurone fécond et l’esprit bondissant, ce dont, paraît-il, l’école s’est désolée tout au long de sa
scolarité…

Le meilleur était à venir, le plus inattendu aussi. Un violon. Un violon sur la plage ? quelle idée ! Offrir un air de classique à tous, surtout à ceux qui n’y ont jamais accès. Un violon seul, mais de l’Opéra de Paris ! Et d’année en année, quatre musiciens, puis 20, puis dès 1999, un orchestre symphonique : près de cent musiciens cheveux au vent, sous la baguette magistrale de Jérôme Pillement.

Chaque été, Royan accueille ainsi un festival gratuit où se pressent les plus grands artistes internationaux, car ce garçon modeste possède un carnet d’adresses plus lourd que lui... Trois soirées de grands concerts, une dizaine de spectacles semés dans les plus beaux sites de la côte, avec feux d’artifices de notre grand prix 2026. Des milliers de gens viennent s’asseoir sur le sable de juillet, s’émerveillant d’avoir droit à Mozart, à Bizet, à Chopin. Ces heures de généreux partage valent bien le prix de Royan, non ? Merci l’ami !

• Emmanuel de Fontainieu présente la dessinatrice Pascaline Mitaranga 

J.F. Girard, M.D. Montel, Pascaline Mitaranga, Emmanuel de Fontainieu

Née en 1974 à Madagascar, Pascaline a passé son enfance dans les paysages luxuriants de La Réunion, avant d’arriver, à l’âge de 12 ans, dans la campagne surgérienne à Landrais. Après des études aux Beaux-Arts de Poitiers, c’est au cœur de la nature, dans nos marais et tout autre lieu en plein air, entourée de la force des éléments, des oiseaux, et aussi grâce aux concordances des rencontres que Pascaline déploie son talent de peintre et dessinatrice avec enthousiasme et une grande liberté.

En 2003, elle publie son premier ouvrage, Au fil de l’eau, entre la Saintonge et l’Aunis, recueil de croquis à l’aquarelle. Son travail est également remarqué par ses mises en scène poétiques et fantasques d’animaux drôlement vêtus, illustrant des albums jeunesse, dont Dame cigogne, mission Terre d’Afrique qui lui a valu en 2016 le prix Saint-Exupéry.

Par ailleurs, elle réalise des fresques murales animant les murs, plus souvent de centres hospitaliers et aussi à l’école Jules Ferry de Surgères. Rien n’arrête sa créativité débordante : peintures de paysages, cartes postales, étiquettes de vin, papiers peints…

En 2025 pour une commande de la Communauté d’Agglomération Pays Rochefortais, dans le cadre du concours « Pratiques agro-écologiques-prairies » du Ministère de l’Agriculture, elle est choisie pour réaliser une série de pastels peints in situ traduisant l’esprit des lieux.

Le nouveau terrain d’exploration de Pascaline Mitaranga est la création d’un duo avec un plasticien sonore, Les Instantanés : sur scène faire dialoguer geste graphique et geste musical, l’emprunte sensible de la nature, saisir l’éphémère. Le 10 octobre 2026, elle s'est produite à la Microfolie de Surgères pour un concert dessiné.

Pascaline Mitaranga, Emmanuel de Fontainieu (©NB)

Académie de Saintonge : Le prix d'Aigrefreuille d'Aunis attribué à Corine Valade ; Le prix Jean de Latour de Geay à Didier Ellie

La cérémonie de remise des prix de l'Académie de Saintonge s'est déroulée dimanche 4 octobre, salle Jean Gabin à Royan. Le prix d'Aigrefreuille d'Aunis a été attribué à Corine Valade pour son livre "Danse, Néomaye, danse !" aux Editions Terres de l’Ouest. Le prix Jean de Latour de Geay a été remis à Didier Ellie pour son ouvrage "Le sauvetage en mer à l’embouchure de la Gironde – 1876-1919" paru chez Geste Editions.

• Eric Dépré présente Corine Valade, romancière et conférencière

Corine Valade aux côtés d'Eric Depré (©NB)

Corine Valade habite Aigrefeuille d’Aunis. C'est une romancière et conférencière engagée dans la vie associative et culturelle et la recherche historique. Ses romans mêlent fiction et réalité avec dextérité. Ils offrent une réflexion sur les moments marquants de notre société. Corine a reçu les médailles d’argent de l’Assemblée Nationale et de la SAAF en 2023. Danse Néomaye, danse ! (2023, réédité en 2025) est déjà auréolé de quatre prix.

6 juin 44 : des centaines d'Afro-américains débarquent sur les plages de Normandie, Willie est l’un d’eux. De Berlin au camp américain d'Aigrefeuille d'Aunis, il découvre des villes où tout est à reconstruire. Pianiste hors pair, la musique est son refuge. Maurice est creusois, maquisard. En 1945, il quitte sa région pour libérer le dernier bastion allemand de La Rochelle. Rochelaise, Néomaye est sage-femme. Prise au piège dans la poche de Royan en 1945, elle est l'une des rares survivantes du bombardement allié. Depuis, elle semble avoir perdu pied et tous l'appellent "la tabayot", la folle. L'arrivée des Américains sur le port de La Pallice va bousculer sa vie et celle des Charentais.

C’est une écriture directe et sans détour que dévoile cet ouvrage triste et violent, chargé d’histoire et d’amour. Il ne laisse pas le lecteur indifférent sur ces périodes de guerre et de l’après : il pense à Néo, telle une poupée de porcelaine errant sur les plages de Royan et La Rochelle, le regard perdu vers un ailleurs inconnu. Quel ailleurs ? Celui où cette femme extraordinaire a passé sa vie à donner la vie, mais pas seulement !

• Christine de Ponchalon présente Didier Ellie, écrivain

C’est un ouvrage passionnant que nous propose Didier Ellie : comment a été organisé, fort tardivement, à la fin du XIXème siècle, le sauvetage en mer à l’embouchure de la Gironde. La navigation a toujours été extrêmement périlleuse, tant pour les bateaux de pêche locaux que les grands navires transportant passagers et marchandises vers Bordeaux ou vers l’autre rive de l’océan Atlantique et l’Europe du nord. Les pertes humaines et commerciales coutaient très cher aux armateurs. Il a donc été décidé d’installer, au début de la IVème République, des embarcations pouvant porter secours aux bateaux en difficulté et aux naufragés. La rive nord de la Gironde n’intéressait guère le puissant et prestigieux port de Bordeaux. Mais c’était à l’embouchure que le sort du transport de marchandises de valeur se jouait.

La mise en place de ces installations ont été coûteuses, sans réelle stabilité ni continuité d’organisation. Les difficultés inhérentes à la géographie côtière, le faible peuplement de la zone, l’inadaptation des installations portuaires conjugués à absence d’infrastructures comme le téléphone, le télégramme, l’électricité ont longtemps amoindri l’efficacité de cet ancêtre de la SNSM.

En 1920, le naufrage du paquebot L’Afrique et ses 602 passagers a dramatiquement attiré l’attention des pouvoirs publics, sans améliorer l’efficacité des interventions. Mais c'est au lendemain de la seconde guerre mondiale que des postes de secours fixes seront installés sur les deux rives de l’estuaire. Impératif pour sécuriser l’augmentation et le renchérissement du trafic fluvial.

Didier Ellie (©NB)