Le courage, le film en deux parties consacré au Général de Gaulle, le cite en exemple. En cette période agitée du monde où les contours de l'avenir sont auréolés d'un flou peu artistique, le message est puissant. La Seconde Guerre mondiale inspire les cinéastes puisque sont sortis entre autres Pressure, Les raisons et les ombres, Nuremberg, les enfants de la résistance, le Salut dont une partie a été tournée en Nouvelle-Aquitaine. Liste non exhaustive. Dans le contexte actuel où les consciences s'interrogent, le passé démontre une évidence : dans les périodes les plus difficiles, se dressent des hommes et des femmes qui font preuve d'audace et de pugnacité. Souvent au péril de leur vie quand d'autres, par confort, intérêt ou couardise, se rangent du côté du plus fort...
Invité par le Rotary-Club Jonzac Haute-Saintonge, l'historien Denis Gandouet a présenté récemment une conférence aux Archives sur "les débuts de la Résistance dans l’arrondissement de Jonzac entre 1940 et 1942". Au départ deux gendarmes, l'adjudant-chef Georges Bernard et le maréchal des logis-chef René Gibeau. Tous deux sont en poste à Jonzac. D'autres résistants les rejoignent...
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| Denis Gandouet est professeur d’histoire-géographie au lycée Audouin-Dubreuil à Saint-Jean-d’Angély. Membre associé du CRHIA (Centre de recherches en histoire internationale et atlantique, universités de Nantes et de La Rochelle), vice-président de la Société rochelaise d’histoire moderne et contemporaine, il collabore à la revue d’histoire régionale Écrits d’Ouest |
Nous sommes en Charente-Inférieure (qui deviendra plus tard la Charente-Maritime) après la débâcle de juin 1940. L'armistice est catastrophique : la France doit verser 400 millions de francs/or par jour et 1.800.000 soldats sont faits prisonniers. Dès lors, le pays est partagé par une ligne de démarcation. Les trois cinquièmes du territoire (Nord et Ouest, ainsi que l'Alsace-Moselle annexée et le Nord-Pas-de-Calais rattaché au commandement de Bruxelles) sont occupés par l'armée allemande. Le Sud forme la "zone libre", sous l'autorité du gouvernement de Vichy. C'est le coup de massue. En Haute-Saintonge, la résistance ne se constitue pas immédiatement sous la forme de maquis organisés. Elle se développe progressivement à travers des solidarités locales, la transmission des informations, des sabotages et l’aide aux personnes. La période 1940-1942 est avant tout celle de la formation des réseaux et des engagements clandestins.
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| Une France coupée en deux |
Parmi les premiers actes, citons André Ransac. Instituteur à Saint-Martial-sur-Né, il découvre à Lonzac, au début de l’été 1940, des armes abandonnées par l’armée belge en retraite. Avec René Gibeau, maréchal des logis à la gendarmerie de Jonzac, il cache une partie de ces munitions. Le principe est d'en laisser sur place afin de ne pas attirer l'attention des Allemands. Cet acte illustre l’une des préoccupations des premiers résistants : disposer de moyens matériels susceptibles de servir ultérieurement.
« Ils ont agi de leur propre initiative » souligne le conférencier. A cette même période, l'occupant perquisitionne chez l'habitant, recherchant fusils de chasse et cartouches le plus souvent, à déposer en mairie.
Dès l’été 1940, alors que l’armistice vient d’être signé, des Saintongeais commencent à réagir. Le caractère rural du secteur, ses relations avec les départements voisins, la présence de personnels des administrations et des services publics favorisent la constitution de petits réseaux de confiance. Des filières de "passages" s'organisent tant vers la Charente que la Gironde. Une aide est apportée notamment à 17 prisonniers évadés. Il s'agit également de fabriquer de faux papiers pour permettre de circuler et de rejoindre un territoire moins dangereux. Au sabotage des télécommunications, s'ajoute la collecte des renseignements sur les troupes allemandes, les déplacements et leurs installations. En novembre 1941, René Gibeau dérobe des documents à Saint-Genis-de-Saintonge. Un prisonnier évadé, René Roullet, est hébergé chez Georges Bernard à Jonzac. Il trouve un emploi au camp de réfugiés espagnols à Montendre (actuelle cité des Chaumes). « Les personnes engagées ne disposent ni d’un commandement unifié, ni de moyens importants. Leur action repose surtout sur des liens personnels, des relations professionnelles et des solidarités de proximité » remarque Denis Gandouet.
Les réseaux de Résistance se structurent : SR Kléber, Jade Amicol, CND Castille et OCM
Le groupe Bernard, par exemple, coupe 185 mètres du câble téléphonique reliant Royan à Bordeaux, entraînant une interruption de 18 heures ! A Châtenet, la maison d'Abel Sauvêtre, située en hauteur, permet d'observer les allées et venues des Allemands qui occupent l'habitation d'en face. Il cache des prisonniers dans son grenier et ne sera jamais pris. Des tracts contre Vichy sont imprimés et distribués. Les contacts entre militants, fonctionnaires, cheminots, gendarmes et autres citoyens permettent de mettre en place des activités régulières. Georges Bernard évite la mort de 6 otages en 1942 : « il a catégoriquement refusé de désigner six personnes aux Allemands qui finiront par abandonner leur funeste projet ». Les Juifs, peu nombreux dans la région, sont également protégés. Les gendarmes ont cet avantage d'être avertis parmi les premiers des personnes recherchées : ils peuvent donc les prévenir. Parallèlement, les lettres de dénonciation arrivent en grand nombre.
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| Membres du groupe Gibeau |
En 1941, un groupe est créé par le Parti communiste français clandestin. Jusqu'à présent, le PC ne faisait pas parler de lui en raison de l'accord entre Hitler et Staline, lequel a volé en éclat quand l'Allemagne nazie a lancé l'opération Barbarossa, c'est-à-dire l'invasion militaire surprise de l'Union soviétique.
Le jonzacais Guy Châtaignié, âgé de 16 ans, le rejoint en novembre. Il participe à des activités de renseignement, de collecte d’armes et de diffusion de tracts. Ce groupe s’inscrit dans la dynamique du Front National de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France, mouvement de résistance associé aux communistes.
L’année 1942 constitue un tournant. Les groupes locaux se sont renforcés, mais leur clandestinité les rend vulnérable : les communications, les déplacements et les réunions exposent leurs membres à la surveillance et à la délation. René Peltant est nommé chef du réseau PC de Jonzac et rencontre sa "supérieure", Madeleine Normand, tous les quinze jours au calvaire de Saint-Léger. Les dirigeants sont arrêtés et Peltant se retrouve seul. Pas pour longtemps avec la relève d'Alice Varrailhon et Maxime Bacquet, dit "Rolland". Le dynamisme revient avec la création de six sections dans le sud Saintonge. Guy Châtaigné appartient à ce mouvement. Arrêté par la Gestapo le 23 septembre 1942, il sera emprisonné à Lafond, à La Rochelle, puis transféré au camp de Compiègne et déporté à Sachsenhausen. Il ne sera libéré que le 2 mai 1945, après avoir survécu notamment à une marche forcée de 220 kilomètres en dix jours.

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Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France, mouvement de résistance associé aux communistes |
En juillet 1942, des imprimés sont tirés en grand nombre près de la Garenne et certains sont distribués à la sortie de la messe de Jonzac ! Le feu est mis à la LVF, située rue Laporte (Légion des volontaires français contre le bolchevisme, organisation armée collaborationniste française créée en juillet 1941 pour combattre l'Union soviétique aux côtés de l'Allemagne nazie. Elle a été dissoute en 1944 et ses membres intégrés dans la division SS Charlemagne).
Chacun apporte sa pierre à l'édifice dont André Arrivé, Henri Bossuet, Paul Comte, Léopold Dussaigne, Maurice Chastang, Georges Rideau, Renée Manon, la fratrie Fradon, etc.
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Maxime Bacquet a été fusillé le 13 décembre 1943 à Belle-Beille, Angers. Militant communiste, il était résistant OS-FTPF-Front national dans le Maine-et-Loire, les Deux-Sèvres et la Gironde. |
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| Sous l’Occupation, Alice Varrailhon loge des clandestins. Elle est également agent de liaison des Francs-Tireurs et Partisans (FTP), recueille des fonds et des vivres pour les camarades emprisonnés. Arrêtée, elle trouvera la mort en camp de concentration |
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Deux jeunes résistants jonzacais. Denis Gandouet a consacré un ouvrage aux témoignages de Guy Châtaigné.
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Comme on s'en doute, les Allemands ne restent pas inactifs. Les résistants et la cellule communiste sont traqués. La répression ne touche pas seulement des saboteurs et des groupes armés : elle vise également les militants chargés du renseignement, de la propagande clandestine et de la coordination locale. Les enquêtes s'effectuent avec la participation des services français du régime de Vichy. Les réseaux sont fragiles et les personnes interrogées sont torturées. Ainsi, Roger Peltant est arrêté à Saint-Jean-d’Angély et déporté.
« Il faut éviter de considérer tous les groupes du territoire jonzacais comme une organisation unique. Les militants communistes, les réseaux de renseignement et les groupes qui se rapprochent de l’OCM (Organisation civile et militaire) et de la Résistance départementale ont des origines et des modes d’action différents. Leur rapprochement progressif appartient à une histoire qui se poursuivra en 1943 » mentionne le conférencier.
Les premiers résistants du secteur ont payé un lourd tribut. Sur 50, 26 ont été déportés et 16 sont morts. Deux ont été fusillés. « Un résistant sur deux a été transféré dans un camp durant cette période et un sur trois est décédé ». Ayons une pensée affectueuse et reconnaissante envers ces hommes et ces femmes qui se sont élevés pour combattre l'intolérance.
Un échange avec le public (nombreux) a clôturé cette présentation. Un participant s'est étonné de ne pas entendre les noms de Pierre Ruibet et Claude Gatineau, liés à l'explosion des carrières d'Heurtebise. Cet évènement est plus tardif, en 1944. Un prochain sujet pour Denis Gandouet ?
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| Denis Gandouet et Brigitte Rokvam, du Rotary club Jonzac Haute-Saintonge |
• Raymond Bouchet et Roger Faraud : Ces deux instituteurs, engagés dans la vie politique et sociale locale, ont contribué à mettre en relation des groupes du sud du département avec des organisations de résistance plus structurées. Malgré les mesures administratives qui les éloignaient de Jonzac, ils conservaient des contacts et contribuaient au recrutement. Roger Faraud s’appuyait notamment sur ses relations dans le secteur de Clérac.
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| Séance de dédicaces |
• Le Réseau Kléber (ou SR Kléber) est l'un des services de renseignements militaires clandestins les plus importants de la Résistance française. Issu des services spéciaux de l'armée française d'Armistice (Vichy) après l'armistice de 1940, il a opéré dans la clandestinité la plus totale pour fournir des informations stratégiques cruciales aux Alliés et à la France libre.
• Jade-Amicol est un réseau de la Résistance intérieure française entre 1940 et 1944. Le réseau s'est développé dans le Sud-Ouest de la France et travaillait pour les Anglais de l'Intelligence Service (MI6)
• La Confrérie Notre-Dame (CND), devenue plus tard le réseau CND-Castille, est l'un des plus importants réseaux de renseignement de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale, fondé à l'été 1940 par Gilbert Renault, connu sous le pseudonyme du colonel Rémy.
L'OCM (Organisation Civile et Militaire) est un mouvement de résistance français né en décembre 1940, dirigé notamment par le colonel Maxime Touny.