La maison est blottie au creux d'un bosquet, presqu'au bout du monde. Son propriétaire est habitué. Il nous attend à l'entrée du chemin de terre ombragé, se doutant bien que le GPS aurait des hésitations quant à la localisation. Mais où sommes-nous ? Après avoir franchi le pont d'Oléron et admiré le fort Louvois, l'île se dévoile. Ses couleurs, ses plages, ses ports, ses bateaux et l'odeur des embruns en prime. Moins prisée que l'Ile de Ré, mais plus authentique !
L'endroit qu'habite Jean-Michel Caillot est un havre de tranquillité : un décor de roman où le temps serait suspendu, un îlot de verdure qui aurait traversé les années sans prendre une ride. Favorisés par l'air marin, y ont poussé librement arbustes, légumes et fleurs de toutes variétés. La basse-cour s'anime à l'arrivée du visiteur ; avec un peu de patience, on peut observer un faisan au plumage sombre, venu se mêler à la volaille pour sa pause déjeuner quotidienne. Rien ne manque au tableau, pas même le chat roux aux yeux bleus qui ronronne sur un fauteuil.
| Jean-Michel Caillot : il filme la région depuis des décennies (©NB) |
Un premier appareil photo offert pour sa communion solennelle
Jean-Michel Caillot est né à Oléron en 1949 dans une famille d'agriculteurs qui pratiquaient la polyculture. « Sur l'île, les fermiers avaient des vaches. Je revois mon grand-père labourer les vignes avec son cheval » se souvient-il. Enfant, il fréquente l'école de Sauzelle. Pour sa communion solennelle, son parrain lui demande où va sa préférence : une paire de jumelles ou un appareil photo ? « J'ai choisi aussitôt l'appareil photo ». Le déclic se produit à ce moment-là : il comprend que la photographie est non seulement pour lui un plaisir, mais aussi pour les autres. Ils ont sur le papier, grâce à "l'opérateur", des instants qu'ils n'auraient conservés que dans leurs mémoires. L'abbé Raoul, curé de Saint-Georges d'Oléron, l'encourage et lui confie ses premiers reportages. La suite ne se fait pas attendre : un tirage, c'est bien, mais le mouvement, c'est mieux ! En 1967, il achète sa première caméra Kodak et capture les grands moments de la vie locale, frairies, spectacles, rencontres sportives, manifestations diverses et variées. « Je réalise un film tous les mois qui est présenté au public. La participation se cantonne aux fournitures ».
Tout au long des années qui suivent, sa caméra ne le quitte pas, y compris lors de son service militaire en Gironde. Le matériel évolue et il s'adapte. Le numérique connaît des avancées fantastiques ! Dans sa région, il est connu et pour cause, il est devenu incontournable. Il s'intéresse à tout, non seulement aux rendez-vous de la vie locale, mais aussi à ses chers amis les patoisants, Jacqueline Fortin, présidente de la SEFCO, Goulebenèze, Paul Monteau, le Beurchut et tant d'autres. D'ailleurs, il parle parfaitement cette langue héritée de nos ancêtres. Heureux de s'échapper de son île, il a accompagné l'Association Napoléonienne Charentaise Le Garde Chauvin lors d'un déplacement en Espagne, à Madrid. Chaque année, pour la remise des prix, il assiste à la cérémonie de l'Académie de Saintonge que dirige Marie-Dominique Montel.
| Prêt à partir en reportage ! (©NB) |
« Je n'ai rien effacé »
« Quand tu as vingt ans et que tu enregistres une personne de 50 ans, tu sais qu'elle représente un témoignage sur le temps d'avant. Que sa parole a de l'importance, qu'il faut la conserver. A ce jour, j'ai réalisé 1567 cassettes vidéo d'une heure 30. En 2010, j'ai acquis une caméra à cartes, j'ai 510 cartes. Je n'ai rien effacé. Le principal est de posséder l'original ». Dans sa collection, se trouvent des mariages, parfois des enterrements. Et d'ajouter : « Comme le remarque Didier Quentin, l'ancien maire de Royan, il y a deux moments importants dans la vie. Quand tu nais et quand on parle encore de toi après ta mort, d'où l'intérêt des archives filmées ».
Récemment, il a suivi l'élection de Miss Oléron 2026, la chorale du collège Saint-Pierre, les débats autour du parc éolien au large d’Oléron. Liste non exhaustive. Parmi les gens qui l'ont marqué, il cite Georges Boisseau, pêcheur de homard, et Rémy Richard dont le nom est associé aux pêcheries. Des hommes de la mer auxquels s'ajoute le peintre Ernest Lessieux, aquarelliste et dessinateur.
| Des films de Jean-Michel Caillot visibles sur le site du FAR |
Le Festival des Trésors de l'île, qui se déroulera en juin 2026 au cinéma Eldorado , comprendra plusieurs animations dont le travail réalisé par le photo club d'Oléron, la présentation d'Eliane Bon et Dominique Richiero, à l'origine de Femmes de Cabanes et « la projection d'un film de 26 minutes fait à partir d'extraits de films réalisés par Jean-Michel Caillot pendant 50 ans sur l'ensemble de l'île que nous avons sélectionnés et proposés au FAR qui en a assuré le montage spécifique. Les films réalisés sous différents formats sont désormais numérisés grâce à l'intervention du Fonds Audiovisuel de Recherche. Nous sommes heureux de contribuer à cette grande première » soulignent les organisateurs.
Jeudi 21 mai à 22 h 50 sur ICI Nouvelle-Aquitaine, le film "Oléron : la vie continue", réalisé par Roxane Florin (coproduction Les valseurs et France) sera consacré à Jean-Michel Caillot : « À travers ce documentaire, la réalisatrice Roxane Florin met en lumière l’île de son enfance, en révélant les souvenirs, les visages et les gestes du quotidien qui ont façonné l'île d'Oléron » explique la programmation. Sa rencontre avec Jean-Michel Caillot a constitué une sorte de révélateur. Le passé s'est animé, il a retrouvé vie grâce au travail du cinéaste amateur. Sans chichis, ni fioritures. Les visages, les détails du quotidien, les sons, un environnement intact. A ne pas manquer !
| La plage des Sables Vignier (©NB) |