samedi 31 octobre 2026

Mouvements sociaux samedi 31 octobre : En fin de journée, une centaine d’individus a tenté d’accéder à la préfecture de La Rochelle

Bilan départemental de la journée du samedi 31 octobre 2026

Cette nouvelle journée de mobilisation contre la vie chère a rassemblé environ 4150 personnes en Charente-Maritime, dont près de 3500 à La Rochelle, au plus fort de la journée. L’ensemble des rassemblements se sont déroulés globalement dans le calme, excepté au niveau du centre commercial de Beaulieu où des individus ont souhaité à nouveau pénétrer dans les commerces.

LES CHIFFRES CLÉS

Environ 4150 manifestants recensés dans le département. Près de 300 personnels des forces de sécurité intérieure (FSI) mobilisés. 2 interpellations : à La Rochelle. 5 sites de mobilisation recensés dans le département.

DES RASSEMBLEMENTS SUR 5 SITES, DANS LE CALME

• À La Rochelle et son agglomération

Près de 3 500 personnes ont pris part à la mobilisation au plus fort de la journée.

Parti de la gare, le cortège a traversé le centre-ville dans le calme et sans incident. Une partie des manifestants s’est ensuite dirigée vers la rocade de La Rochelle, provoquant une interruption de la circulation dans les deux sens. Plusieurs dizaines de manifestants ont également tenté, sans succès, d’accéder à la zone commerciale de Beaulieu. Ils ont été repoussés par les forces de sécurité intérieure (FSI), qui ont fait usage de gaz lacrymogène. En fin de journée, une centaine d’individus a tenté d’accéder à la préfecture et lancé des projectiles en direction des forces de sécurité prépositionnées pour en protéger les accès. Les FSI ont eu recours à des gaz lacrymogènes pour tenir le groupe à distance et le disperser.


• Les autres rassemblements ont concerné

Rochefort : environ 350 manifestants ; Saintes : environ 220 manifestants ; Montendre : environ 50 manifestants ; Jonzac : 3 manifestants ; Royan : 1 manifestant (l’organisateur).

Ces dernières mobilisations se sont toutes déroulées dans le calme, sans incident.

UNE MOBILISATION SOUTENUE DES FORCES DE SÉCURITÉ

Activé dès 9h15, le centre opérationnel départemental (COD) a assuré la coordination et le suivi des événements sur l’ensemble du territoire. Près de 300 personnels des forces de sécurité intérieure ont été mobilisés tout au long de la journée pour assurer la protection des personnes, prévenir les dégradations et garantir le maintien de l’ordre public. Aucun blessé n'est à déplorer, ni parmi les manifestants ni parmi les forces de l'ordre. Le COD a été levé à 18h35, après la fin des rassemblements et le retour à une situation normale dans l’ensemble du département.

Halles de Montendre : Jean-Claude Charvy expose le Cambodge et la faune sauvage du monde

« La vie est une aventure à tenter » !

Du 3 au 28 novembre, l'association Talents d'Artisans accueille sous les Halles les photographies de Jean-Claude Charvy. Ce bourlingueur a choisi de présenter "la vie du peuple khmer au Cambodge", ainsi que la faune sauvage du monde

Jean-Claude Charvy (©NB)

Ce voyage au Cambodge n'est pas tout à fait comme les autres. Il résulte d'une sorte d'appel à la découverte. « J'étais chez le kiné, allongé sur la table, quand il m'a dit "tu devrais aller au Cambodge, tu vas adorer". Il avait raison ». Le message est passé. De cette évasion, Jean-Claude Charvy rapporte une série de photographies qu'il expose en novembre aux Halles de Montendre, aux côtés des artisans. 

Un monde surprenant

Jean-Claude Charvy est un homme épris de liberté. On le devine à son apparence, celle d’un homme qui a roulé sa bosse, qui en a vu d’autres. Des vertes et des pas mûres. C’est vrai qu’il a pas mal bougé, il aime les vies multiples et variées. D'ailleurs et ici. Ce serait trop simple s’il n'en avait eu qu’une seule ! Il les dévoile s'il sent que vous êtes réceptif. La confiance, ça se mérite. Il parle d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique du Sud. Au cœur de situations parfois risquées, il s’en est toujours sorti. Son karma, assurément ! « Un monde surprenant pour un petit bonhomme ordinaire et plein de rêves » plaisante-t-il.

Né à Parthenay entre « 1900 et 2000 », il passe son enfance en Charente-Maritime et dans les Deux-Sèvres. Un instituteur, André Leculeur, éveille sa curiosité. Un jour, en classe, il est question d'un explorateur, Alain Gheerbrant, qui s'est enfoncé au cœur de l'Amazonie, au Vénézuela, chez les Guaharibos (Yanomami) aux coutumes étranges pour les Européens : « Les os calcinés des défunts sont réduits en poudre et mélangés à une bouillie de banane pour être consommés collectivement par les proches. Pour ce peuple, ce geste est une preuve de respect suprême. Il permet de réintégrer l'énergie vitale et l'esprit du mort au sein de la communauté, évitant que son âme ne reste errer dans la forêt ». Il y a aussi les Piaroas (culture marquée par le chamanisme et l'usage de plantes rituelles comme le yopo) et les Maquiritares (excellents constructeurs de pirogues creusées dans un seul tronc d'arbre). Il s'agit de l'expédition ethnographique Orénoque-Amazone réalisée entre septembre 1948 et juillet 1950. Jean-Claude Charvy se jure intérieurement que lui aussi ira dans ces endroits reculés, mais ô combien fascinants !

Ce n'est que beaucoup plus tard qu'il concrétise ses ambitions. Il entre dans l'Armée avec deux passions, le sport et la photo.

Et en avant l'aventure !

Ses débuts dans la photo commencent avec un Edixa Prismaflex et une caméra S8 aux JO de Grenoble. Juillet 1968, il accomplit un périple au volant d'une Renault 4L (bien préparée) en Italie, Croatie, ex-Yougoslavie sur les pistes du Monténégro, Kosovo, Grèce, soit 6570 km. En juillet 1971, suivent l'Espagne et le Portugal. En octobre 1974, grand départ avec son matériel et son harmonica, « la musique adoucit les mœurs » dit-il, via l'Espagne, les Îles Canaries, le Maroc, le Sénégal, la Gambie, le Mali, Le Burkina-Faso, (Haute-Volta), la Côte d'Ivoire, soit 5200 km. Nouveaux périples les années suivantes en Tunisie, les Caraïbes et rando "hard" en Amazonie au Brésil.

En 2007-2008, il décolle dans un Fiat Ducato aménagé pour l'Espagne, le Portugal, Gibraltar, le Maroc, le Sahara, la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée Conakry. 17980 km avalés et un film réalisé. Par la suite, il va à la découverte de l'Asie (Viêt-Nam, Cambodge, Laos, Thaïlande). Des rencontres magnifiques dont il garde un souvenir ému. 

Comme vous l'avez compris, il n'a pas les deux pieds dans la même galoche, allant jusqu'à immortaliser les loups dans les montagnes du Monténégro et rapporter des images du séisme au Maroc fin 2023 : « je suis parti avec un camion rempli de fournitures pour aider les sinistrés du terrible et impressionnant tremblement de terre jusqu'au Moyen-Atlas. Les scènes étaient surréalistes parfois. Les gens étaient dévastés, fatigués psychologiquement, physiquement. Moi aussi, même si je ne le montrais pas ». 

En 2025, il se lance un nouveau défi : partir seul en Afrique sub-saharienne via l'Espagne « 1680 km, Chaleur étouffante ! Pas besoin de chauffage ! A la frontière mauritanienne, un peu de racket auprès des étrangers. Au retour, les degrés s'envolent au sens propre comme au figuré. Une énorme tempête de sable met hors d'usage mon pare-brise, les optiques sont HS. Dans ces conditions, on se débrouille comme on peut ».

Entre temps, il a établi une ferme des animaux dans les environs de Montendre. Il faut bien se poser de temps en temps ! Il a aussi immortalisé le passage de la flamme olympique des JO à Parthenay en 2024.

Sa devise préférée est de Sénèque, philosophe romain : « Ce n’est pas parce que les choses nous paraissent difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles nous paraissent difficiles »... 

• Ouverture de l'exposition : du mardi au samedi de 10 h 12 h et de 15 h 18 h. Entrée libre.

• Photographes : Jean-Claude Charvy et Frédéric Roy

vendredi 30 octobre 2026

Rassemblements du samedi 31 octobre : Dispositif de sécurité renforcé et rappel des interdictions en vigueur

Le préfet précise que « le contexte festif d'Halloween ne constitue pas un motif légitime pour dissimuler son visage dans l'espace public dans le but de commettre des troubles à l'ordre public »

Les mouvements sociaux se poursuivent en Charente-Maritime, comme dans le reste du pays. Après les blocages, dégradations et incidents survenus lors des mobilisations des 17 et 24 octobre, l’État renforce sa mobilisation pour garantir la sécurité de tous et préserver l’ordre public.

À l’occasion de cette nouvelle journée d’appels aux rassemblements, Michel Prosic, préfet de la Charente-Maritime, déploie un dispositif de sécurité renforcé et rappelle les interdictions en vigueur.

L'État fera preuve d’une fermeté absolue et sera intraitable face aux casseurs, aux auteurs de dégradations et à toute personne qui se livrerait à des violences ou à des exactions.

• MANIFESTATIONS : SEULS LES RASSEMBLEMENTS SONT AUTORISÉS

À ce jour, deux manifestations ont fait l’objet d’une déclaration préalable en Charente-Maritime : à Rochefort et à Saintes. De nombreux autres appels à rassemblement circulent sur les réseaux sociaux pour le samedi 31 octobre.

Le préfet rappelle que toute manifestation doit faire l’objet d’une déclaration préalable auprès des services de l’État, dans les conditions prévues par la loi. De ce fait, les rassemblements annoncés mais non déclarés sont par nature illégaux. Chacun est appelé à respecter cette obligation et à ne pas participer à un rassemblement non déclaré. En revanche, les manifestations qui ont fait l’objet d'une déclaration sont bien évidemment autorisées.

• UN DISPOSITIF DE SÉCURITÉ FERME : TOLÉRANCE ZÉRO 

Les forces de sécurité seront pleinement mobilisées sur le terrain pour prévenir les troubles à l'ordre public, protéger les personnes et les biens et faire respecter les mesures en vigueur. Aucun débordement ne sera toléré ! Le Centre opérationnel départemental (COD) sera activé samedi 31 octobre afin d'assurer la coordination des services de l'État et de permettre une réponse rapide et adaptée à l'évolution de la situation. Les mesures de police administrative applicables samedi 31 octobre 2026

Plusieurs arrêtés préfectoraux encadrent les rassemblements et la détention de certains objets :

  Interdiction des manifestations, attroupements et rassemblements revendicatifs dans des périmètres définit (détails en annexes) sur les communes de : La Rochelle, Puilboreau, Saintes et Bourcefranc-le-Chapus.

 Objets dangereux : le préfet a pris, dans les communes de La Rochelle, Puilboreau, Rochefort, Royan, Saintes, un arrêté interdisant temporairement : la détention, le transport et l’usage, sans motif légitime, d’armes et d’objets pouvant constituer une arme par destination ; la détention, le transport et l’utilisation de fusées et d’artifices de toute nature ; le port, sans motif légitime, d’équipements de protection individuelle sur la voie publique.

Le préfet précise que le contexte festif d'Halloween ne constitue pas un motif légitime pour dissimuler son visage dans l'espace public dans le but de commettre des troubles à l'ordre public.

 - Captation d’images par drone à La Rochelle : les opérations de captation, d’enregistrement et de transmission d’images au bénéfice de la direction interdépartementale de la police nationale sont autorisées.

Retrouvez l’ensemble des arrêtés sur le site internet de la préfecture => urlr.me/jM7Cf6

• INFRACTIONS : UNE RÉPONSE FERME SUR LE TERRAIN ET DEVANT LA JUSTICE

Les parquets sont d'ores et déjà mobilisés afin que les infractions constatées soient traitées avec diligence. Les organisateurs de manifestations non déclarées et les personnes qui enfreindraient les interdictions s’exposent aux sanctions prévues par la loi, selon les faits commis. Violences, dégradations, pillages ou autres infractions : les auteurs devront répondre de leurs actes devant la justice. Le préfet rappelle que les forces de sécurité interviendront pour faire respecter les mesures en vigueur et prévenir tout débordement.

Le préfet appelle à la responsabilité de chacun

Le préfet de la Charente-Maritime appelle chacun à respecter les interdictions et les consignes de sécurité. La liberté de manifester ne saurait servir de prétexte aux violences et aux dégradations. L’État prendra les mesures nécessaires pour garantir l’ordre public et faire respecter la loi.


jeudi 29 octobre 2026

Montendre : L'histoire d'un jeune homme en colère dont la photographie a fait le tour du monde !

Parmi les animations du cinéma Mons Andronis, était programmée vendredi 9 octobre la projection du documentaire "Le jeune homme en colère" réalisé par Michel Boujut, suivie d'un échange avec François Huchet, photographe. 

François Huchet et Janine Dumoulin de l'association Clap

L'histoire n'est pas banale : en 1951, à Gondeville en Charente, le célèbre Paul Strand réalise une série de photographies des habitants du village dont celle d'un jeune homme, Claude Grijalvas, qui pense à tout sauf à poser devant un objectif. Il accepte, agacé et le regard direct. Pourquoi vient-on le déranger un dimanche, seul moment où il dispose d'un peu de temps pour lui ? A ce moment-là, il ignore que son agacement passager fera le tour du monde ! En effet, ce cliché, vibrant d'intensité, sera par la suite exposé dans les plus grands musées (dont le MoMA à New-York) avec, pour légende, « Yound Boy - Gondeville Charente 1951 ». 

Mais qui est-il ce jeune homme en colère ? Dans les années 1990, Michel Boujut, écrivain, critique et producteur de cinéma, et François Huchet, photographe, se lancent à sa recherche. Ils le retrouvent dans la région parisienne. En suivra un film sur cette aventure et une nouvelle photographie faite dans le même lieu, à Gondeville, par François Huchet. Depuis, cette histoire fait parler d'elle, en mars 2025 à Jarnac-Charente avec l'association Au fil de l'art festival présidée par Claire Laporte Bisquit, plus récemment en Gironde et maintenant à Montendre... 

Le jeune en colère, Claude Grijalvas en 1951, photo de Paul Strand
Claude Grijalvas en 1995 devant le même portail, photo de François Huchet

François Huchet : une histoire qui a marqué sa carrière de photographe (©NB)
Retour dans les années 1950

Certaines histoires ne laissent aucun souvenir. Elles s’effilochent comme la brume matinale tandis que d’autres restent gravées dans les mémoires. Sans trop comprendre par quel mystère elles traversent le temps. Ainsi la photographie de Claude Grijalvas, Le jeune homme en colère de Gondeville en Charente, prise en 1951 par l’américain Paul Strand, en résidence chez l’écrivain Claude Roy. Pourquoi ce visage d’un adolescent volontaire retient-il l’attention ? Par sa force assurément. Il renferme aussi une quête commune entre le photographe et son sujet. L’un veut s'extraire des tâches quotidiennes que lui impose sa famille ; l’autre cherche un village idéal à immortaliser. Une certaine idée de la liberté. Les prises de vue, où figurent de nombreux habitants de Gondeville, sont rassemblées dans "La France de profil", un livre que Paul Strand a publié en 1952. « Véritable portrait naturaliste de la France d’après-guerre », des commentaires de son ami Claude Roy l'accompagnent. 

Dans les années 1990, le journaliste Michel Boujut s'intéresse à la photo de Paul Strand légendée par son auteur "Young boy, Gondeville, Charente, France 1951". Il la baptise "Le jeune homme contrarié" pour son émission Les Nuits Magnétiques (France Culture) pour devenir "Le jeune homme en colère" dans le film et le livre qui suivront. 

Cette photo a une universalité

Le film de Michel Boujut nous plonge dans le temps d’avant. Claude Grijalvas naît en 1932. Fermiers, ses parents affichent la couleur : ils sont communistes. L’enfant grandit dans la France rurale d’avant la mécanisation. Les vignes, les moissons, les champs. Un garçon dans une ferme, ce sont d’abord des bras ! Les tâches ne manquent pas du matin au soir. Il vaque aux occupations et dès qu’il le peut, il s’évade. Le fleuve Charente est un merveilleux terrain de jeu. Il pêche, se baigne, respire. Des moments précieux car rares dans sa vie d'ouvrier agricole. Paul Strand tombe à point. Ce jour-là, Claude Grijalvas va tendre sa ligne et s’il traîne, sa famille l'en privera : « il y avait toujours quelque chose à faire ! ». Alors, il se presse pour échapper aux contraintes. Il accepte toutefois de poser devant l’objectif, mais son regard en dit long sur l’irritation qui l’habite. C’est précisément cette fougue d’une farouche beauté qui fera la popularité de la photographie. Elle possède une universalité et aurait pu être prise n’importe où. Qu'elle soit exposée aux États-Unis est émouvant pour les Charentais en visite outre Atlantique ! D’ailleurs, le poète Daniel Reynaud a appelé la Charente le Mississipi ! Claude Grijalvas, c’est un James Dean ! Thomas Boujut, le fils de Michel disparu en 2011, explique la manière dont son père travaillait : « l’inspecteur Boujut tirait le fil de la pelote de laine. Chez lui, la petite histoire rejoignait la grande. Elle est allée plus loin que Gondeville ! Il a été touché par cette photographie et il a voulu savoir qui se cachait derrière le jeune homme en colère ». Pour le retrouver, il a sillonné l’hexagone, lancé un appel dans les journaux. 

Un beau jour, une personne lui apporte enfin des informations. Après un an d’enquête, ses pas le conduisent dans la banlieue parisienne, à Châtillon. Il sonne à une porte. C'est bien là qu'habite Claude Grijalvas ! Il le rencontre et lui présente sa démarche. Raconter l’histoire et les faits à la radio, tourner un film et écrire un livre. Le plus intéressant, c'est que l'intéressé ne savait pas que son portrait avait fait le tour du monde. Célèbre malgré lui ! 

Un nombreux public participait à la soirée organisée au cinéma Mons Andronis

François Huchet : « une reconstitution minutée »

Parallèlement, à Marcillac en Gironde, le photographe François Huchet est sur la même piste. « J’avais commencé à Gondeville où j’ai cherché le lieu où avait été prise la photo ». Il le localise dans le bourg. Par contre, en 1993, personne dans la commune ne sait ce qu'est devenu le modèle de Paul Strand : « On m’a conseillé d’aller voir le maire et de lui poser la question. En vain, ça n’avançait pas ». Un samedi matin, le téléphone sonne. Au bout du fil, le journaliste Michel Boujut. « Vous vous intéressez à une photo de Paul Strand, le jeune homme en colère ? Moi aussi. On peut se voir ? Mardi prochain, je suis chez vous ». Il est accompagné de Christine Robert, réalisatrice. « On discute et il m’associe à sa recherche de Claude Grijalvas ». L'enquête aboutit et l’émission, diffusée sur France Culture, intéresse le public. On ne va pas en rester ! La suite, vous la connaissez. 

1995 : « Nous avons placé des sacs poubelle pour créer un mur noir afin de ne pas trahir la lumière de Paul Strand »

En 1995, quand François Huchet photographie Claude Grijalvas, il est alors âgé de 65 ans (il en avait 19 sur la photo de Strand). Il se souvient : « Au départ, Claude Grijalvas ne voulait pas se déplacer à Gondeville et quand il a accepté, c’était minuté ! Je suis arrivé sur place, la prise était prévue vers 15 h/16 h. Or, la cour avait été séparée par un mur. Il a fallu l’occulter. Nous avons placé des sacs poubelle pour créer un mur noir afin de ne pas trahir la lumière de Paul Strand. En observant les lieux, je me suis aperçu que la barre de fer qui apparaissait derrière le jeune homme ne se situait pas au même niveau. En y regardant de plus près, j’ai réalisé que le sol avait été remonté de plus d’une vingtaine de centimètres. Pour cette nouvelle photo, Claude Grijalvas est donc assis. J‘étais sous pression. Je devais faire une photo rapidement en respectant les règles et le cadrage de Strand ». Ses efforts sont récompensés. 

François Huchet et Claude Grijalvas en 1995 (archives)
Avec Michel Boujut en 1995 (archives)

La soirée organisée par le cinéma Mons Andronis a été l’occasion d'échanges. De nombreux spectateurs étaient émus en retrouvant des scènes de la vie rurale avant les grands bouleversements de la mécanisation. Outre "le jeune homme en colère", comment ne pas penser à Serge Roullet, grand cinéaste et ami de Michel Boujout, qui fit un film superbe sur la récolte des foins dans la prairie de Gondeville... 

Après la projection, discussions et échanges

Des habitants de Gondeville (Paul Strand)

• A la recherche du village idéal : Paul Strand est né à New-York en octobre 1890 dans une famille originaire de Bohême (installée en Amérique au milieu du XIXe siècle). Quincailler, son père Jacob Stransky a changé son nom en Strand peu de temps avant la naissance de son fils unique. Devenu photographe, Paul Strand a un rêve : faire le portrait d’un village idéal dont les habitants raconteraient leur histoire. Encore faut-il le trouver ! Il part pour la France en 1950 et avec sa femme, Hazel Kingsbury. Arrêt sur images à Gondeville en Charente. Paul Strand immortalise les gens du coin dont Claude Grijalvas. Ils font l’objet d’un livre publié en 1952, « La France de profil », accompagné des textes de Claude Roy.

mercredi 28 octobre 2026

Lancement de la campagne Sauvons la lecture

Charline Claveau, vice-présidente du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine en charge de la culture, s’associe au lancement de la campagne "Sauvons la lecture", débutée lundi 27 octobre. « Dans le cadre des économies qui lui ont été demandées, le Ministère de la Culture a fait le choix de les faire peser de manière disproportionnée sur sa politique de lecture publique, sans réelle explication quant à cette asymétrie. C'est d'autant plus étonnant et regrettable que la lecture est une clef de voûte des politiques culturelles en France »

Près de 60 organisations réunies au sein du collectif Plaidoyer pour le livre et la lecture se mobilisent pour exiger une politique publique ambitieuse en faveur du livre et de la lecture. La lecture n’est pas une dépense accessoire : c’est un bien commun, un levier d’émancipation et un enjeu majeur d’éducation, de santé publique et de démocratie.

La situation est préoccupante : un Français sur six n’a lu aucun livre en 2025, soit 5 millions de lecteurs de moins en six ans. Pourtant, le soutien de lʼÉtat aux métiers du livre et de la lecture a diminué de 25% entre 2025 et 2026. Et le projet de loi de finances pour 2027 entérine cette baisse historique. Peut-on vouloir faire de la lecture une Grande Cause nationale tout en réduisant les moyens de celles et ceux qui la font vivre ?

Face à cette situation, le collectif Plaidoyer pour le livre et la lecture, qui rassemble plus de 60 organisations représentatives de la filière, lance une mobilisation nationale pour obtenir un changement de cap budgétaire. Son objectif : obtenir un véritable engagement de lʼÉtat en faveur du livre et de la lecture, à la hauteur de leur rôle essentiel dans notre société.

Une économie « minime pour lʼÉtat, un impact considérable pour la société »

Les aides directes de lʼÉtat aux librairies, maisons d’édition, bibliothèques, festivals et structures de développement de la lecture représentent environ 17 millions d’euros, soit 0,21 % du budget du ministère de la Culture. Elles ont chuté de 25 % entre 2025 et 2026. Les moyens du Centre national du livre (CNL) ont, eux, diminué de 22 % en deux ans, tandis que les crédits consacrés à la démocratisation culturelle ont reculé de 30 % entre 2024 et 2026.

Derrière ces chiffres, ce sont des emplois fragilisés, des projets abandonnés, des acquisitions de livres réduites et un accès à la lecture toujours plus inégal selon les territoires.

Mais l’enjeu dépasse largement la filière du livre. L’urgence est à la fois éducative, sociale et démocratique.

Alors que les difficultés de lecture progressent et que la place des écrans suscite des inquiétudes croissantes, les livres et la lecture sont essentiels pour développer le langage, renforcer la concentration, exercer l’esprit critique et nourrir l’imaginaire. Ils permettent de comprendre le monde, de confronter les idées et de construire sa liberté de pensée.

Dans les écoles, les librairies, les bibliothèques, les hôpitaux, les prisons, les quartiers prioritaires de la politique de la ville et les territoires ruraux comme urbains, les professionnels et les bénévoles du livre et de la lecture œuvrent pour que chacun puisse accéder aux histoires, aux savoirs et aux idées. Réduire leurs moyens, c’est fragiliser l’égalité des chances, l’inclusion, la vitalité démocratique et notre capacité collective à faire société.

Pour le budget 2027, le collectif Plaidoyer pour le livre et la lecture demande une politique nationale volontariste et interministérielle en faveur du livre et de la lecture ; des budgets à la hauteur des enjeux, pour lʼÉtat comme pour les collectivités territoriales, afin d’enrayer le déclin de la lecture au vu de son impact sociétal ; un soutien réaffirmé à l’ensemble des acteurs et métiers du livre, notamment par le renforcement des moyens alloués au Centre national du livre et aux dispositifs de démocratisation culturelle.

Plus de 50 organisations, des milliers d’auteurs, de maisons d’édition, de librairies, de bibliothèques, d’associations et de festivals se mobilisent pour défendre une conviction commune : investir dans la lecture, c’est investir dans l’émancipation, l’égalité et l’avenir démocratique de notre société.