lundi 24 août 2026

Université d'été/Jonzac/Conférence de Philippe Josserand : Qui était le dernier grand-maître des Templiers, Jacques de Molay ?

Jeudi dernier, grande affluence au Cloître des carmes où l'Université d'été recevait Philippe Josserand. Le thème de la soirée était consacré au dernier grand-maître des Templiers, Jacques de Molay. Agrégé d'histoire, ancien membre de l'École Normale Supérieure de Fontenay-Saint-Cloud et de la section scientifique de la Casa de Velázquez, Philippe Josserand est professeur en histoire médiévale à l'Université de Nantes. Spécialiste reconnu de la croisade comme des ordres militaires, le public apprécie ses interventions lors des conférences et émissions culturelles à la télévision. 

Les Templiers fascinent, c'est pourquoi il a choisi de détailler, dans la première partie de son exposé, le mythe qui entoure Jacques de Molay brûlé vif sur l'île de la cité à Paris en 1314 sur ordre de Philippe le Bel. Il aurait lancé aux responsables de son supplice cette célèbre malédiction : « Pape Clément !… Chevalier Guillaume !… Roi Philippe !… Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! ». Ils ont effectivement connu un triste fin, mais l'on ignore si cette phrase terrible a bien été prononcée.

Victime, Jacques de Molay est devenu source d'inspiration pour les écrivains (Fernando Pessoa) et les artistes dont Georges Mathieu, l'un des pères de l'abstraction lyrique, qui a peint des toiles en hommage à l’Ordre des Templiers. S'y ajoutent le cinéma dont les fameux Rois Maudits de Maurice Druon, une série "Le roi de fer" de Josée Dayan en 2005, une tragédie de François-Juste-Marie Raynouard jouée à la Comédie-Française, un grand opéra en cinq actes et sept tableaux composé par Henri Litolff, sur un livret de Jules Adenis, Armand Silvestre et Lionel Bonnemère, qui dépeint Jacques de Molay en figure de martyr, des morceaux de musique et même un jeu vidéo Assassin's Creed

Un nombreux public

Philippe Josserand a publié plusieurs ouvrages sur Jacques de Molay : Les 7 vies de Jacques de Molay et Jacques de Molay, dernier grand-maître des templiers (éditions des Belles Lettres). Il a également coordonné avec Nicole Bériou "Prier et combattre. Dictionnaire européen des ordres militaires au Moyen Âge" (Fayard, 2009), édité avec Karl Borchardt, Jochen Döring et Helen Nicholson "The Templars and their Sources" (Routledge, 2017), participé au livre "A la rencontre de l'Autre au Moyen Age" en mémoire à l'historien Jacques Le Goff. Un collectif est en cours de rédaction. Les Templiers ont également inspiré des œuvres romanesques dont "Le templier de l'ombre" de Mireille Calmel (invitée de l'Université d'été dans les années 2010).


Qui était Jacques de Molay ?

Philippe Josserand présente le portrait de cet "inconnu" entré dans la grande histoire : 

« Que sait-on de Jacques de Molay ? » C'est par cette interrogation qu'Alain Remunger. en 2002, ouvrait l'avant-propos de sa biographie du dernier grand-maître de l'ordre du Temple, enchaînant immédiatement en ces termes : « Bien peu de choses, et quasiment rien sur les deux tiers de sa vie ». À cette question, reprise en 2014 par l'historien dans la réédition de son livre, on reste aujourd'hui confronté. Malgré sa célébrité, en dépit des projections de toutes sortes qui s'attachent à lui, Jacques de Molay demeure un personnage méconnu. Bien sûr, il n'est pas un inconnu au sens du sabotier Pinagot dont Alain Corbin a « retrouvé le monde », mais, derrière la légende et le mythe, l'homme toujours échappe. Des incertitudes persistent jusque dans ses dates essentielles - sa naissance, son élection comme grand-maître et sa mort - et des questions, très nombreuses, se posent sur son parcours, son œuvre et, plus encore, sur celui qu'il était. Pourtant, plus que ses prédécesseurs au Temple et plus que tout autre maître d'un ordre religieux-militaire avant lui, il a laissé des traces de son action. Ses lettres - plus d'une trentaine au total -, ses deux mémoires sur la croisade et l'union du Temple et de l'Hôpital et ses dépositions lors du procès lancé à partir de l'automne 1307 par Philippe le Bel contre son institution sont pour l'historien - surtout s'il prend soin de les interroger bien - des sources remarquables. À partir de ces éléments, parfois connus de longue date, mais à lire à nouveaux frais, et d'autres, eux inédits, Jacques de Molay peut aujourd'hui pour la première fois sortir de l'ombre et acquérir enfin cette singulière épaisseur historique que les spécialistes lui ont toujours déniée.

On ignore à quelle date naquit Jacques de Molay. La seule indication, indirecte et relative, est celle de son entrée au Temple, en 1265, probablement vers la fin de l'été. Pour les chevaliers comme lui, la coutume était de professer assez tôt. Le 28 novembre 1309, devant la commission pontificale qui l'interrogeait lors du procès, le grand-maitre a reconnu avoir critiqué Guillaume de Beaujeu, son prédécesseur, pour avoir joué l'apaisement avec les Sarrasins : il l'avait fait, dit-il, avec d'autres frères « jeunes et désireux de faire la guerre ». Jacques de Molay se représentait donc - au moins dans le souvenir - comme jeune vers 1275 et sans doute était-il né à l'extrême fin des années 1240. Originaire du village de Molay, en Haute-Saône, aux confins du comté de Bourgogne, à peu de distance du duché et de la Champagne, il était issu par son père d'un lignage noble de rang modeste qui émerge des sources d'archives à partir de la deuxième moitié du XIIème siècle. Lié par une longue tradition familiale à Citeaux, Jacques de Molay l'était également à la croisade, au service de laquelle, dans son enfance, deux de ses parents, un clerc, Pierre, chanoine de Corinthe, et un chevalier, Aymon, se sont engagés, et ce sont vraisemblablement ces éléments qui l'ont poussé à rejoindre l'ordre du Temple.

Le premier acte de son administration date du 20 avril 1292

En raison des besoins des Latins, alors confrontés à la pression des Mamelouks, le jeune frère est passé en Terre sainte très tôt après sa profession à Beaune. À l'arrivée de Guillaume de Beaujeu, en 1275, il y était déjà depuis quelque temps et de l'Orient, à lire notamment ses deux mémoires, écrits en 1306 et 1307, il possédait une connaissance géographique et historique fine, embrassant jusqu'à ses adversaires, Sarrasins et Mongols, dont il avait retenu différents usages, juridiques ou militaires. Aucune source, en l'état, ne prête à Jacques de Molay de responsabilités avant son élection à la tête du Temple. Il n'en était pas pour autant un frère insignifiant. S'il n'est attesté qu'à une seule occasion, à l'hiver 1284-1285, celle-ci n'est nullement anodine. À Acre, en effet, Jacques de Molay a alors assisté à la réception d'un chevalier de Provence en présence des plus hauts dignitaires de l'ordre, dont Guillaume de Beaujeu. Ce dernier, néanmoins, ne l'a jamais promu : lui tenant sans doute grief de ses critiques de jeunesse, il ne l'a pas associé à son gouvernement et c'est seulement après la chute d'Acre, en mai 1291, où le grand-maître est mort héroiquement les armes à la main, que le frère bourguignon, à plus de quarante ans, a commencé à jouer au Temple un rôle institutionnel majeur.

À Chypre, à l'occasion du chapitre général réuni à l'automne 1291, Jacques de Molay a pris publiquement la parole pour signaler son intention de réformer l'ordre désormais dirigé par Thibaut Gaudin, dessinant peut-être un projet et manifestant en tout cas une autorité qui, peu de temps après, lui valut d'être élu grand-maître. On a souvent une idée imprécise du moment où il a été porté à la tête du Temple. Le premier acte de son administration date du 20 avril 1292. Son élection s'est jouée peu avant, préparée, le cas échéant, par la renonciation de son prédécesseur, mort le 16 avril. Elle ne s'est pas opérée par brigue, malgré le témoignage du chevalier limousin Hugues de Faure, suivi par trop d'historiens, et il est peu pensable qu'elle l'ait opposé à Hugues de Pairaud, guère connu alors au Temple, dont l'essentiel de la carrière s'est fait ensuite. Jacques de Molay était d'une tout autre trempe et il semble avoir été investi par ses frères d'un charisme particulier, lié peut-être à ce désir de faire la guerre qui, s'il l'avait poussé à l'indiscipline dans sa jeunesse et conduit à être tenu à l'écart sous Guillaume de Beaujeu, lui a valu au printemps 1292 d'être promu grand-maître, dans une période de difficultés considérables où reconquérir la Terre sainte s'imposait à l'ordre comme aux Latins.

Élu grand-maître, Jacques de Molay a pris en mains le Temple sans tarder. Le 20 avril 1292, il avait déjà organisé son gouvernement : la continuité avec celui de ses prédécesseurs est manifeste, mais d'emblée il a imposé sa marque, soucieux en particulier du profit et de l'image de l'ordre, cruciaux pour gagner en efficacité. Les Templiers se sont associés à la réaction latine, notamment navale, à la perte d'Acre et, depuis Chypre, en lien avec Manuele Zaccaria, chargé de la diriger, ils ont attaqué Alanya et Alexandrie. Par-delà l'ile des Lusignan, Jacques de Molay a cherché un soutien plus large, dans l'Italie du Sud, en premier lieu, gouvernée par les Angevins.

C'est là qu'il s'est embarqué, à l'hiver 1292-1293, pour un premier voyage en Occident jusqu'ici inconnu des historiens. Manuele Zaccaria a en effet relevé que, sur l'une des dix galères armées qu'il avait laissées à Chypre, « le maître du Temple est venu jusqu'à Brindisi ». Le choix de la destination n'est pas anodin : le port était alors essentiel aux échanges maritimes du Temple et, plus largement, au trafic méditerranéen. Le voyage, achevé en mars 1293, a été rapide, mais il a permis au dignitaire de prendre des renseignements et de nouer un contact direct avec l'Occident avant son grand périple entrepris à partir du printemps.

Pendant trois ans et demi, Jacques de Molay a continûment résidé en Occident. Malgré les précédents d'Hugues de Payns, le fondateur de l'ordre, ou de Guillaume de Beaujeu, voyager de la sorte pour un grand-maître n'était pas courant et jamais cela n'avait duré aussi longtemps.

Relancer la croisade

Dans deux lettres du 21 janvier 1296, le dignitaire déclara être venu « pour l'utilité commune de la chrétienté et la commodité de notre maison ». Ses raisons sont claires, mais leur conjonction est advenue durant le périple, après la rencontre avec Boniface VIII, au tournant de 1294 et 1295, car quand Jacques de Molay avait abordé en Provence, au printemps 1293, il n'était question que de « remédier à l'excessive pauvreté de notre maison ». Le soin des affaires du Temple a conduit le grand-maître jusqu'en Angleterre, en Aragon ou en Italie ; là, grâce au roi de Sicile Charles II et à Boniface VIII, son voyage prit une dimension nouvelle. Désormais, jusqu'à l'automne 1296, en plus d'œuvrer pour l'ordre, Jacques de Molay s'est multiplié pour relancer la croisade. Avec les princes, y compris Philippe le Bel, qui, d'après Boccace, l'aurait fait parrain de son fils puîné, il a beaucoup échangé et, lorsqu'il retourna à Chypre, il était parvenu à renforcer le Temple, en mobilisant réseaux et ressources en faveur de l'Orient latin.

S'ancrer à Chypre fut ardu pour le Temple. Jacques de Molay a relevé le défi en installant à Limassol, sur la côte méridionale, le couvent central de l'ordre et il a travaillé à reprendre pied sur le continent, s'engageant en Arménie en 1298-1299, puis en Syrie dans les années suivantes.

L'alliance avec les Mongols de Perse, à laquelle il s'est consacré, éveilla de grands espoirs, mais la difficulté pour coaliser les ennemis des Mamelouks était immense, et cette stratégie prit fin à Rouad, à l'automne 1302, sur un échec. Les Templiers, comme autrefois à Acre, payèrent le prix fort, mais Jacques de Molay ne s'est pas démobilisé pour autant : il a continué à œuvrer en vue de revenir en Terre sainte, privilégiant, dans l'optique d'une future croisade, l'action navale et le blocus commercial. L'Orient mobilisait toujours dans l'opinion latine et le grand-maître, après plus de quatre décennies au Temple, pour l'essentiel à l'est de la Méditerranée, en était un expert reconnu. Aussi est-ce avec joie qu'il reçut au printemps 1306 la convocation de Clément V pour venir délibérer en curie. Le voyage était annoncé comme bref, et, aux yeux du dignitaire, qui ne pouvait imaginer qu'il l'éloignerait à jamais de l'Orient, il apparaissait clairement défini et utile à mettre sur pied cette croisade qu'il appelait de ses vœux.

Sitôt après avoir débarqué en Occident, à la fin de 1306, Jacques de Molay fut saisi par l'affaire du Temple...

Ce n'en était bien sûr que les prémices, mais des problèmes sans lien avec ceux dont il pensait traiter se sont imposés à lui. Des rumeurs imputaient à ses coreligionnaires des crimes contre la foi : fabriquées et, au départ, inconsistantes, elles n'en ont pas moins amené au procès de l'ordre. Arrivé en France au printemps 1307, après un probable séjour en Italie du Sud, Jacques de Molay chercha immédiatement à y réagir. Il se rendit à la curie, établie à Poitiers, puis à Paris, où il rencontra Philippe le Bel, avant de retourner auprès de Clément V, qu'il pria d'ouvrir une enquête pour couper court aux accusations. Au sortir de l'été 1307, le grand-maître avait saisi la terrible menace que le pouvoir capétien faisait peser sur le Temple. Sa mobilisation, à Poitiers et à Paris, révèle que - malgré ce que l'on répète souvent - le danger ne lui avait pas échappé, mais la forme que celui-ci allait revêtir l'a surpris. Jacques de Molay n'a pas anticipé l'arrestation générale des frères du royaume de France au matin du 13 octobre 1307. La veille, revenu à Paris, il avait assisté aux funérailles de la belle-sœur du roi, et c'est au Temple, où ce dernier avait souvent séjourné, qu'il fut appréhendé avec les siens.

À la différence de ses prédécesseurs, Guillaume de Beaujeu et Thibaut Gaudin, Jacques de Molay n'avait jamais vécu l'expérience de la captivité. Dorénavant, durant six ans et demi, il ne devait plus en connaître d'autre. Aux mains des inquisiteurs, isolé et torturé, il a reconnu le 24 octobre 1307 avoir renié le Christ lors de son entrée dans l'ordre et, dès le lendemain, il a dû répéter cet aveu au Temple devant un large parterre de clercs. Philippe le Bel voulait convaincre de l'hérésie des frères, mais Clément V ne l'entendit pas ainsi et dépêcha deux cardinaux à Paris, avant même que la bulle Posteralis Exceminenice, le 22 novembre, ne lui permit juridiquement de prendre l'affaire en mains. Devant eux, peu après Noël 1307, Jacques de Molay s'est rétracté, mais le pouvoir capétien s'est chargé de le ramener à ses aveux et de l'éloigner, en l'enfermant à Corbeil. De là, après qu'une guerre diplomatique entre le pape et le roi a occupé tout le printemps 1308, il fut transféré à Chinon, mais Clément V, cédant à Philippe le Bel, renonça à le faire venir à Poitiers, et c'est au château royal qu'il a été interrogé par trois cardinaux : le 20 août, derechef, il avoua avoir renié le Christ, ce qu'avait exposé, dès le 12, Faciens misericerdian, révélant que le pape, pour préserver son autorité, avait sacrifié le Temple.

L'orde des Templiers supprimé en avril 1312

Jacques de Molay, comme les autres dignitaires, a été laissé aux mains de Philippe le Bel et, toujours captif, il a été ramené en Ile-de-France. À l'automne 1309, la commission pontificale, chargée d'instruire le procès de l'ordre, l'a fait venir à Paris. Par trois fois, les 26 et 28 novembre 1309 et le 2 mars 1310, le grand-maître a été interrogé, mais, conscient que la procédure était un piège en train de se refermer sur lui et sur son ordre, il choisit de s'en remettre au seul Clément V, à qui il se faisait fort de révéler sur l'affaire « ce qui était à l'honneur du Christ et de l'Église ».

Le pape, qui s'était réservé son cas et celui des principaux dignitaires, ne prit néanmoins pas le risque de le faire venir à lui pour ne pas heurter Philippe le Bel. Le Temple, des lors, était voué à disparaître. Au concile de Vienne, par la bulle Vox in excelse, exposée publiquement le 3 avril 1312, Clément V supprima l'ordre, bien qu'exonéré d'hérésie. En cellule, le grand-maître restait pendant de son sort. Le 11 mars 1314, trois cardinaux lui ont signifié sa peine d'emprisonnement perpétuel. Jacques de Molay fit front et, avec Geoffroy de Charnay, il a proclamé l'innocence du Temple. Tenus avec son compagnon pour relaps, il savait que le roi les livrerait immédiatement au bûcher, mais, poussant la stratégie mémorielle adoptée en novembre 1309 jusqu'à sacrifier sa vie et appelant au jugement de Dieu - sans qu'existât dans son esprit d'idée de malédiction -, il a voulu que sa mort, en son temps et par-delà, fût un exemple.

Représentation imaginaire de Jacques de Molay sur le bûcher datant du XIXème siècle.
Il n'existe aucun portrait de lui réalisé de son vivant.

Ce faisant, dans un ultime sursaut qui n'avait rien d'un héroïsme vain, Jacques de Molay continuait bel et bien de s'avérer à la hauteur de sa charge, réunissant toute l'énergie, la droiture et la résolution qui étaient siennes afin d'illustrer, malgré le supplice, l'idéal auquel il avait voué son existence. Le Temple, aboli, allait désormais vivre à travers son dernier grand-maître et, l'un et l'autre mythifiés à mesure que les siècles sont passés, ils se sont amplement nourris du bûcher allumé sur un ilot de Seine, sous le palais royal, à la pointe aval de la Cité.

Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sur le bûcher, miniature du Maître de Virgile provenant des Grandes Chroniques de France, vers 1380 (British Library)

Première course de pédalos à la base de loisirs de Jonzac : un succès !

Dans la soirée du jeudi 20 août, s'est tenue la première édition de la course de pédalos organisée à la base de loisirs de Jonzac, sous l'impulsion de Rémi Marquiseau, responsable du service des sports de la ville


Le succès a été au-rendez vous puisque 28 équipes composées de 3 membres ont participé à cette épreuve (soit plus de 80 personnes au total, hommes et femmes, toutes générations confondues !).

Entre les phases de poule et les phases finales, pas moins d'une dizaine de courses ont eu lieu mettant en concurrence 4 équipes à chaque fois.

Il ne fallait pas sous-estimer la technicité du parcours : en plus de pédaler ou de ramer, le départ en course à pied vers le pédalo, puis le désamarrage ont donné des sueurs froides à plus d'un concurrent !

Finalement, l'honneur est sauf pour les animateurs de la base de loisirs étant donné qu'une de leurs trois équipes en lice, « Les Merguez Roussies » a remporté cette première édition devant les « Métaleaux » et les « Pédalossiraptors ».

A noter que durant cette finale, étaient présents des trentenaires, preuve que la course n'était pas réservée qu'aux plus jeunes !

En bref, il s'agissait d'un moment convivial avec une météo clémente pour ce type d'activité ludique.

Pour la prochaine saison, des idées émergent déjà : nouveau parcours de départ, un plus grand nombre de pédalos, voire l'organisation d'une session en juillet et en août pour les vacanciers.

Allez les filles ! (site Facebook S. Joubert)
Une rencontre sympa
Rémi et Rudel, équipe des  « Métaleaux », remportent la seconde place

European Photography Awards 2026/Wolfgang Autexier/11 distinctions, dont 8 prix : « Lorsque ces œuvres sont reconnues dans des concours internationaux, elles portent l’image de la photographie française, de Saintes et de son patrimoine au-delà de leurs frontières »

Avec ses photographies  "Wind Dance", "Inondation Triomphante" et "Mer de nuages", le saintais Wolfgang Autexier a obtenu 11 distinctions, dont 8 prix aux European Photography Awards 2026 : « je suis heureux de partager cette nouvelle réussite. Ce résultat constitue mon meilleur bilan personnel dans une même édition de concours. Je porte ainsi mon palmarès à 213 distinctions internationales, dont 53 prix, et représente une étape importante dans mon ambition de faire progresser la photographie française au plus haut niveau des compétitions internationales. Au-delà des chiffres, ces récompenses distinguent trois œuvres, trois écritures visuelles et trois manières d’interroger le mouvement, l’eau, le patrimoine et le paysage. Elles confirment aussi la cohérence d’une démarche artistique que je souhaite exigeante, singulière et capable de toucher autant les jurys spécialisés que le grand public. Les European Photography Awards distinguent des photographes internationaux dans de très nombreuses catégories et niveaux de récompense, notamment Platinium, Or et Argent » explique-t-il.

Saint-Pierre dans une mer de nuages
• Mer de nuages : 
une première présentation prometteuse

Présentée pour la première fois en compétition, "Mer de nuages" reçoit d’emblée trois prix : un Premier Prix Or et deux Deuxièmes Prix Argent.

Catégorie Architecture Photography – Cityscapes : Premier Prix Or : https://europeanphotoawards.com/winner-info.php?id=6204

Catégorie Architecture Photography – Drone : Second Prix Argent : https://europeanphotoawards.com/winner-info.php?id=6205

Catégorie Europe Photography – France Photography : Second Prix Argent : https://europeanphotoawards.com/winner-info.php?id=6203

« Cette photographie aérienne, réalisée au-dessus de Saintes dans la brume matinale, montre une ville semblant émerger d’une mer de nuages. Elle ouvre un nouveau chapitre dans mon travail de photographie aérienne et de drone. Cette réussite rejoint le parcours de plusieurs de mes réalisations aériennes déjà portées au plus haut niveau, notamment "Naval Line". Le résultat obtenu dès cette première présentation est particulièrement encourageant : Mer de nuages apparaît comme une œuvre à fort potentiel, dont la trajectoire internationale ne fait sans doute que commencer ».

• "Naval Line" : https://refocus-awards.com/entry/naval-line

Wind Dance" : une œuvre qui franchit un cap

Avec quatre nouvelles récompenses "Wind Dance", réalisée avec Fleur, connaît aux European Photography Awards 2026 sa consécration la plus belle à ce jour.

Catégorie Fine Art Photography – Nudes : Prix Spécial Paltinium : https://europeanphotoawards.com/winner-info.php?id=6200

Catégorie People Photography – Nudes : Prix Spécial Paltinium : https://europeanphotoawards.com/winner-info.php?id=6201

Catégorie Europe Photography – France Photography : Premier Prix Or : https://europeanphotoawards.com/winner-info.php?id=6199

Catégorie Black & White Photography – Nudes : Premier Prix Or : https://europeanphotoawards.com/winner-info.php?id=6202

« Avant cette édition, cette photographie avait déjà réuni 13 distinctions dans les concours internationaux. Elle a souvent été remarquée et très bien classée, arrivant à plusieurs reprises en Mention Honorable, au seuil du podium. Les résultats de l’EPA 2026 marquent donc un passage décisif : Wind Dance ne se contente plus d’être reconnue, elle atteint le sommet ».

« Avec "Immersion sensorielle", elle fait désormais partie des œuvres récentes qui m’apportent le plus de réussite dans les compétitions internationales. J’y vois la confirmation qu’une image peut associer force visuelle, présence humaine, mouvement et sensibilité tout en conservant la puissance nécessaire pour s’imposer face à des jurys exigeants ».

"Immersion sensorielle" : https://monovisionsawards.com/winners-gallery/monovisions-awards-2026/show/13324

Inondation Triomphale : Saintes, le patrimoine et la force de l’eau

"Inondation Triomphale" a été réalisée à Saintes, lors des inondations, autour de l’Arc de Triomphe. Cette photographie s’inscrit dans une série consacrée à la ville transformée par la montée des eaux : un travail où l’événement naturel devient matière esthétique, narrative et patrimoniale.

Lors de sa première présentation, à Londres, l’œuvre avait connu un départ spectaculaire avec trois Premiers Prix. Aux European Photography Awards 2026, elle reçoit deux Mentions Honorables et un Deuxième Prix Argent.

EPA, Second Prix Argent, catégorie Black & White Photography – Architecture : à découvrir ici : https://europeanphotoawards.com/winner-info.php?id=6376

Londre, Premier Prix Or : Architecture – Historic : https://londonphotographyawards.com/winner-info.php?id=9863

Londre, Premier Prix Or : Fine Art – Architecture : https://londonphotographyawards.com/winner-info.php?id=9864

Londre, Premier Prix Or  : Black & White – Architecture : https://londonphotographyawards.com/winner-info.php?id=9865

Ces nouveaux résultats confirment le potentiel d’une photographie qui entre tout juste dans son parcours international. "Inondation Triomphale" démarre très fort et semble promise à un bel avenir en compétition.

Elle rejoint une série déjà largement reconnue. Aqua Arena Milky Way, autre photographie issue de ce travail autour des inondations de Saintes, totalise déjà 19 distinctions. « À travers ces images, je souhaite révéler une autre lecture de Saintes : une ville de patrimoine, d’histoire et de lumière, mais aussi un territoire vivant, traversé par la présence puissante et imprévisible de l’eau ».

Une stratégie artistique et compétitive assumée

« Ces résultats viennent conforter une stratégie que j’ai engagée récemment : concevoir certaines images avec une ambition spécifique pour les concours internationaux, sans jamais dissocier cette démarche de l’exigence artistique. Je cherche à réaliser des œuvres capables de construire un parcours long et solide : atteindre, pour les images les plus performantes, entre 15 et 20 distinctions, dont idéalement 5 à 10 prix. Chaque concours, chaque sélection et chaque résultat devient alors un indicateur : il permet d’évaluer la capacité d’une photographie à trouver sa place dans des univers esthétiques variés et face à des jurys internationaux. Je vois cette ambition comme une forme de compétition sportive appliquée à la création : elle implique de la vision, du travail, de la régularité, une remise en question permanente et une détermination constante ».

Faire rayonner une photographie et un territoire

Wolfgang Autexier souhaite que ce parcours soit inspirant, pour le grand public comme pour les photographes et les spécialistes de l’image. Les récompenses ne sont pas une finalité en elles-mêmes : elles donnent aux œuvres une visibilité, encouragent la création et montrent que l’exigence, la persévérance et le dépassement de soi peuvent ouvrir des perspectives réelles. Son travail est également profondément lié à Saintes et à la Charente-Maritime. Qu’il s’agisse des inondations, de la brume, de l’architecture, de l’eau ou des paysages, ce territoire nourrit une part essentielle de mon imaginaire photographique. Lorsque ces œuvres sont reconnues dans des concours internationaux, elles portent aussi l’image de la photographie française, de Saintes et de son patrimoine au-delà de leurs frontières. J’espère contribuer, à ma mesure, à faire connaître ce territoire sous un angle inattendu, poétique et contemporain.

Fiacre a donné son nom à une foire de Mortagne : « Les jardiniers, fleuristes, bouquetières, maraîchers l'ont encore pour saint patron »

Publié dans un bulletin de la Société Historique de la Saintonge et de l’Aunis en 1888 (page 458), ce texte, écrit par Jules Pellisson (1839-1915), a été recueilli et transcrit par Noëlle Gérôme, ethnologue, chargée de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). 

Parmi les foires les plus célèbres du département de la Charente Inférieure, on compte encore la Saint-Fiacre, la foire-frairie de Mortagne sur Gironde, renommée bien loin à la ronde, qui attire pendant deux jours toute la population des communes voisines et un grand nombre de visiteurs étrangers. Pendant toute la semaine qui précède le 30 Août, tous les maçons et couvreurs du pays, obligés d’interrompre leurs chantiers commencés, sont requis pour blanchir au lait de chaux les façades des maisons du bourg et du port, et faire par le même procédé la toilette intérieure des habitations, car chaque famille se prépare à recevoir la visite de parents dispersés ou d’amis éloignés. 

Saint-Fiacre 2026 : Promenades en trike

Le jour venu, les bestiaux affluent sur le champ de foire, tandis que les rues et les carrefours, envahis par la foule des promeneurs, sont occupés par des marchands de toutes sortes qui étalent en plein air les richesses de leurs inventaires, et par de nombreuses baraques où pour un prix modique, on peut jouir des spectacles les plus variés : cirques, lutteurs, gymnastes, femmes colosses ou à barbe, sans oublier les traditionnels chevaux de bois et les incontournables diseuses de bonne aventure.

Le maire de Mortagne, Stéphane Cotier, a fixé la date de la Saint-Fiacre 2026 au 23 août (donc une semaine avant la date officielle) afin de drainer un large public en cette fin de vacances. Il y avait foule, comme autrefois, mais les stands ont changé depuis le XIXème siècle ! Sur cette photo, le maire et des membres de l'organisation
Il serait intéressant de savoir à quel titre le patron des jardiniers saint Fiacre, de son vivant « messire Féfre » ou « Févre », fils d’Eugène IV, de la maison royale d’Ecosse, qui est venu au commencement du VIIème siècle, fuyant les pompes du monde, se fixer dans la Brie, a été choisi comme protecteur de ces fêtes foraines. Aucune tradition connue de la vie de ce saint ne le rattachant à la Saintonge, il ne faut voir sans doute dans ce choix qu’un changement de fête religieuse en fête profane comme en beaucoup d’endroits. Les jardiniers, fleuristes, bouquetières, maraîchers, avaient et ont encore pour patron Fiacre, l’anachorète, qui cultivait un jardin et ils le célébraient le 30 Août avec une grande solennité. A Mortagne, on n’a conservé de sa fête que les amusements qui l’accompagnaient. La fin d’Août est du reste une époque bien choisie; c’est le terme des travaux de la moisson, et le moment où l’on prépare ceux des vendanges ; les fleurs brillent encore de leur éclat et les fruits sont déjà mûrs. Quoi qu’il en soit, et puisque la popularité de la fête de Saint-Fiacre est établie en Saintonge, je relève cette légende racontée par le Petit Journal (numéro du 5 Septembre) copiant Les Petits Bollandistes à l’occasion du 1218e anniversaire du saint anachorète célébré en grande pompe le 2 du même mois à Meaux et aux environs, et qui mérite d’être conservée pour l’édification de nos arrières-neveux et surtout de nos arrières-nièces.

« Les femmes ont été fort longtemps exclues du culte de Saint-Fiacre. Le saint leur avait, paraît-il, gardé rancune d’une mésaventure dont il avait été victime pendant les premiers temps de son séjour dans la Brie. Fiacre, raconte la légende, avait obtenu de l’évêque de Meaux la concession de tout un terrain, qu’il pourrait dans l’espace d’un jour, entourer d’une fosse. Il se mit à traîner son bâton. Aussitôt, le sol se creusa profondément sur son passage et les arbres eux-mêmes s’abattirent de chaque côté du fossé. Une femme du pays, qui répondait au nom peu gracieux de Becnaude, et qui se connaissait peu en miracles accusa Saint-Fiacre de magie et il fallut l’intervention de l’évêque de Meaux pour empêcher le futur patron des jardiniers d’être tué à coup de pierres ! C’est en souvenir de Becnaude que Saint-Fiacre avait interdit aux femmes l’entrée de ses sanctuaires ».

Ajoutons que Saint-Fiacre est encore invoqué contre les hémorroïdes, appelées mal de Saint-Fiacre, contre les chancres, fistules, cancer et même des maladies honteuses, pour avoir guéri ces maladies. Henri V d’Angleterre, pour se venger des Ecossais qui avaient servi  dans l’armée du roi de France, fit piller le monastère de Saint-Fiacre; mais il fut atteint du mal de Saint-Fiacre dont il mourut. Charles VI s’enrôla dans une confrérie du saint. Louis XI fit couvrir d’argent sa châsse. Louis XIII avait toujours une de ses reliques dans son palais. Anne d’Autriche, guèrie par lui d’un flot de sang, fit en 1641 le voyage à pied de Monceaux (paroisse d’Avon) à Saint-Fiacre, et quand on fut sur le point de faire à Louis XIV, une grave opération, Bossuet alla à Saint-Fiacre commencer une neuvaine. Une oraison d’un livre d’heures de 1527 disait :

« Saint-Fiacre patron de Brie

Seul de ce nom je te supplie

Glorieux saint d’Ecosse né

Certain suis que Dieu t’a donné

Pouvoir sur hommes et sur femmes

Par toi sont guéris langoureux

Plein de fix, chanceux, visqueux  »

On sait que le nom de fiacres, donné aux voitures de place, vient de l’enseigne « A Saint-Fiacre » que portait le logis rue Saint-Antoine, où primitivement se trouvaient exclusivement ces véhicules destinés à faire le pèlerinage de Saint-Fiacre. 


samedi 22 août 2026

La Saint-Fiacre/Mortagne : cette grande foire décrite en patois par Pierre Jônain. Philippe Chevallier et Henri Renou ont assuré la traduction

Mortagne fêtera la Saint-Fiacre, le patron des jardiniers, dimanche 23 août (une semaine avant la date officielle pour des raisons de fréquentation estivale). Selon les historiens, ce rendez-vous traditionnel des habitants de l'Estuaire remonterait au XVème siècle, à l'époque de Louis XI. 

Après des années d'interruption, la foire a été relancée par le Collectif Saint-Fiacre avec le soutien de la municipalité et l'Office de tourisme. Les objectifs sont de renouer avec les coutumes et de créer une animation dans la commune. Les précédentes éditions ont été un succès, avec plus d’une centaine exposants et environ 5000 visiteurs en 2024 par exemple.

• Dimanche 23 août dans tout le bourg de Mortagne : Vide-greniers / Brocante / Artisans créateurs / Commerces divers / Marché gourmand / Promenades à poney / Promenades en trike / Animaux de la ferme / Voitures de collection / Château gonflable / Village des Associations / Bandas /Points de buvette et restauration rapide. Venez nombreux.

La Saint-Fiacre vue par le patoisant Pierre Jônain

Décrite dans un poème de Pierre Jônain, auteur du Dictionnaire de Patois Saintongeais publié en 1869, la Saint-Fiacre apparaît avec ses coutumes et usages. La traduction a été assurée par Philippe Chevallier et Henri Renou, originaires de Mortagne et Boutenac-Touvent : tous deux connaissent le patois pour l'avoir appris et pratiqué aux côtés de leurs aînés dans la campagne saintongeaise. C'était au temps d'avant quand les gens du coin parlaient aussi bien le français que la langue de leurs ancêtres. Restent de beaux souvenirs de ce vocabulaire d'une grande subtilité quant à la variété des mots, haut en couleurs et saveur linguistique. Une chance de retrouver ces accents du terroir ! 

« A l'approche de la Saint-Fiacre, il nous a semblé intéressant de rappeler le rôle de Jônain, linguiste originaire de Gémozac dans un rôle d'écriture du Saintongeais, langue encore bien vivante à la fin XIXème siècle. Nés tous les deux au milieu du siècle dernier, nous avons côtoyé des anciens qui s'exprimaient couramment avec ce parler authentique, loin de certaines caricatures. C'est donc avec ce savoir oral que nous avons essayé de transcrire en français le texte de Jônain pour la compréhension du plus grand nombre de Saintongeais natifs ou venus d'ailleurs. Qu'ils soient les bienvenus pour partager cette langue, certes désormais peu employée sauf quelques expressions, mais bien loin d'une vision folkloriste et passéiste. Évidemment, il eût été plus savoureux de l'entendre parlée ! Le blog de Nicole Bertin n'est pas encore sonorisé ! » expliquent-ils. 

A son Mortagne o yat in jhour de sacre,

L'avant-dernier jhour d'Août, la St-Fiacre,

Le vieux patron des maîtres jhardiniers,

Des billturit et autres voituriers ;

Cheu chi éventit in onguent que jhe n'ouse

Dire de quoi....., Dame ! ol est de la bouze.

O garit bin les poumiers les p'rniers,

Meis point les sot chi créyant trop de chouse.


Cheu jhour, jh'alion chez noû braves mouniers.

La foire est bèle; on z'y prendroit la Rive

P'r Ghemozat, à St Jhean : o y arrive

P'r ève, p'r terre, en batas, en charriot

Pot, pllat, assiette, ail, eignon de Medot

Et chllerce et vîme, et, en terre de tubble,

Des rossignols, des coucous que non subble,

En y mettant de l'ève.....

Chélés drôlat zou aimant meux que chasublle,

Sans demander s'o vint de Chez Valeau.

Yet charlatans, et bounes aventures


Trompes, violons, jhautbois, vezes, turlures,

P'r ghigoter tout le jhour et la neut.

P'r la cheusine, o vat dau meux qu'o peut :

Avant deux pieds dans la même galoche!

P'rtout o fume, o chauffe, o rime, o cheut.

Y at dau fricot, boeu, mouton, oueille, vache,

Poulet, canet, pirot, perot, à sache;

Y at dau poisson tout in sacaghe, aneut;

Y at dau ghibier, caille, p'rdrigheat, lièvre,

F'rmagh' de forme et f'rmaghe de chèvre,

De chez Moirou; dau vin bllanc, dau vin vieux;

Dam! i' flûtant, c'me monsieu's!

 

Jh'y ai c'neussut in bon vieux capitaine

De caboteur, chi embarquoit pas mal ;

Parloit t'rjhou de son fier Chénégal,

Fout' sac'rnon, ol étoit sa rengaine.

A quatre fille in bon père il étoit,

Lucy, Molly, Patty yet la Thoumase.

Aviant des cane et colas yet canet,

Chi dans l'étier pllonghiant jusqu'à la vase,

Ou même comblle, et que p'us ne voyoit

Rin que le chu de ses cane, i' brailloit :

Lucy, Molly, Patty et Thoumase,

Tous voû canet en pagail, en péril,

Fout' sac'rnon! Venez donc, diab' m'acrase !

I' s'en alant nigher p'r l' nambouril !


O vint enfin à la foire St Fiacre

Des masaguins point bin grands, mais point pouacre!

Coliers d'or, chaîne et crochet à cisas,

Bagues, choeur d'or, alliances, joncs, anas,

Et mérités p'r jhènes mariée.

Jhoset Chotard avec sa fiancée,

En compagné' de leû braves parents,

Achetiyant leû jhoyaux, bin contents.

Avec Bourquin, de Pons, fiyant affeire,

P'r vingt échus. Et mon billet, de creire

Qu'au grand jhameis fille n'avait porté

A son bounet in p'us vrai mérité.

• (l'absence d'accord au pluriel des noms, qui serait aujourd'hui une faute d'orthographe, se trouve comme tel dans le texte)

• TRADUCTION :

A Mortagne il y a un jour sacré,

L'avant dernier jour d'août, la Saint Fiacre, 

Le vieux patron des maîtres jardiniers,

Des tilburies et autres carrioles (tilbury : attelage léger à un cheval, d'origine anglaise)

Celui qui inventa un onguent que je n'ose

Dire de quoi ; Dame ! C'est de la bouse 

Pour bien garnir les pommiers et pruniers,

Mais point les sots qui croient trop de choses.


Aujourd'hui nous allons chez nos braves meuniers

La Foire est belle, on s'y rendra par la Rive 

Par Gémozac, à Saint Jean on y arrive

Par l'eau, par la terre, en bateaux, en charrette

Pots, plats, assiettes, ail, oignons du Médoc 

Et «...», et l'osier, et en terre de tuile, 

Des rossignols, des coucous qui sifflent

En y mettant de l'eau

C'est pour les enfants qui aiment mieux ça que la chasuble (« enfant de chœur ? »)

Sans demander si cela vient de chez Valeau.

Et charlatans et bonimenteurs


Trompettes, violons, hautbois, veuzes, flûtes (veuze : hautbois du Poitou avec poche à air, chabrette en Limousin)

Pour danser le jour et la nuit

Pour la cuisine, ça va du mieux qu'on peut

Ils n'ont pas les deux pieds dans le même sabot

Partout ça fume, ça chauffe, ça rime, ça cuit

Il y a du chevreau, bœuf, mouton, brebis, vache

Poulet, canard, oie, dindon à volonté

Il y a du poisson, tout un arrivage du jour

Il y a du gibier, caille, perdrix, lièvre

Fromage moulé et fromage de chèvre

De chez Moirou, du vin blanc, du vin vieux. (Moiroux, village de la commune d'Epargne)

Dame, ils boivent comme les Messieurs !


J'ai connu un bon vieux capitaine

De caboteur qui naviguait pas mal

Parlant toujours de son fier Chénégal (Sénégal) 

Foutu sacrenom, c'était sa rengaine

De quatre filles en bon père, il était

Lucy, Molly, Patty, et encore la Theumasse !

Avaient des canes, des canards et canettes 

Qui dans l'étier plongeaient dans la vase

Ou même au comble, ne voyant plus

Rien que le cul de ses canes, il s'écriait :

Lucy, Molly, Patty et la Theumasse !

Toutes vos canes en pagaille, en péril

Foutu sacrenom, venez donc, le diable m'accable (sacrenom : ancien juron)

Elles vont se noyer par le nombril !


On vint enfin à la foire Saint-Fiacre

Des magasins pas bien grands mais pas sales

Colliers d'or, chaînes, crochets à ciseaux

Bagues, cœurs d'or, alliances, joncs, anneaux

Mérités pour de jeunes mariés

José Chotard avec sa fiancée

Accompagnés par leurs braves parents

Achètaient leurs joyaux, bien contents

Avec Bourquin, de Pons, ont fait affaire

Pour vingt écus et mon billet de croire

Qu'au grand jamais, fille n'avait porté

A son bonnet un plus vraiment mérité.

Les paysans par Barthélemy Gautier, dessinateur humoristique du XIXe siècle

Qui est Pierre Jônain ?

Né en juillet 1799 à Gémozac, il commence ses études à Pons, rejoint le collège de Saintes puis Bordeaux où il est inscrit dans une classe de philosophie. Bachelier à l'âge de seize ans, il poursuit des études de droit à Poitiers. Il enseigne alors au collège de Saint-Yrieix en Charente. Il abandonne l'enseignement pour devenir précepteur des enfants d'une propriétaire résidant à Cozes. Il l'épouse et s'installe à Frétard dans cette commune. Par la suite, il est nommé conseiller municipal et lieutenant de la garde nationale.

Parmi ses ouvrages : Poème héroïque de Roland en 1861, Notice populaire sur Bernard Palissy en 1864, Dictionnaire du patois saintongeais en 1869, Étude historique sur la commune de Gémozac, d'après les mémoires du curé Pouzeaux en 1876. 

• Les Saisons Saintongeaises

Les 7 temps forts de la vie d'autrefois en Saintonge, à travers un classique de la littérature. Pierre Jônain s'est attelé, au cours de son œuvre, à décrire l'existence des paysans qui l'entouraient. Ses poèmes, rassemblés en sept grands chapitres, sont présentés comme un témoignage du monde agricole d'antan. Le poète, passionné par son pays natal, retranscrit l'univers des ruraux du XIXème siècle : travaux des champs, fêtes, etc...