Raphaël Gérard, maire de Lonzac, ancien député de la 4ème circonscription, dessine les nouveaux contours de la gouvernance de la Communauté de Communes, telle qu'il la conçoit. Claude Belot a dirigé cette collectivité pendant plus de 30 ans, y créant des habitudes et un fonctionnement dont il connaissait bien les mécanismes pour les avoir rodés au fil du temps. Ses plus proches co-présidents, Jean-Michel Rapiteau et Jacky Quesson entre autres, ne seront pas présents en 2026. L'un s'est incliné aux dernières élections municipales à Orignolles et le maire de Saint-Genis s'est retiré de la scène publique. Le temps a passé et une page se tourne.
Aujourd'hui, les prétendants à la succession Belot ont face à eux les élus et délégués des 129 communes qui composent la CDCHS. Pour l'instant, trois se sont déclarés : Raphaël Gérard, Jean-François Mougard et Christophe Cabri. Ils détaillent leurs arguments, leur façon de concevoir l'avenir, de diriger cette structure de 350 salariés. L'équivalent d'une grosse entreprise.
Premier à être entré en lice, Raphaël Gérard a choisi de ne pas avoir la langue de bois et de présenter un modus vivendi qui permettra à chacune des communes, de la plus petite à la plus grande, d'avoir son droit d'expression. Dans la lettre ouverte qu'il vient d'adresser aux élus, il expose les motivations qui sous-tendent sa candidature :
 |
Archives CDCHS : aux côtés du président Belot, Bernard Lalande, alors vice-président et Carine Wilfart, directrice générale des services (©NB) |
• Préparer la succession de Claude Belot : « l'idée d'une candidature unique »« À l’occasion des élections municipales, nous nous sommes réunis à plusieurs élus de divers secteurs de la CDC pour réfléchir à l’avenir et à la nécessaire réforme de la gouvernance de cette collectivité dont la vitalité est essentielle pour nos 129 communes. De nos échanges, a émergé l’idée de nous rassembler autour d’une candidature unique pour éviter un scénario établi comme acquis auquel il faudrait nous résoudre.
Une page majeure de l’histoire et du développement de notre territoire est sur le point d’être tournée. En se retirant, le Président Claude Belot nous lègue un héritage solide, qu’il nous appartiendra de faire fructifier et rayonner. Mais le temps des parcours solitaires, aussi visionnaires fussent-ils, est révolu. Les hommes de la trempe du Président Belot incarnaient une autre époque, une autre approche de la politique, une autre manière d’exercer le pouvoir. Ces figures, aussi marquantes soient-elles, appartiennent désormais au passé.
Un nouveau chapitre s’ouvre devant nous. Ce chapitre, aussi déterminant soit-il, n’est encore qu’une ébauche. Une ébauche imparfaite, dont je ne saurais me satisfaire. Dans quelques jours, il faudra faire un choix, un choix qui engagera l’avenir de nos 129 communes. Aurons-nous enfin le courage de dire que le mode de décision et la gouvernance actuelle ne nous conviennent plus ? Saurons-nous lutter contre l’inertie qui, par faiblesse ou par intérêt, nous conduirait à rester passifs, à accepter de proroger un système qui ne tenait que par un seul homme et quelques fidèles ? ».
• « Rien ne nous oblige à reconduire un système et un fonctionnement qui n’ont plus lieu d’être »
« Ce que je propose, avec les maires qui m’entourent, c’est de redonner la parole à chacun des anciens cantons de notre Communauté de communes, et non plus seulement aux villes-centres. Cela passe par des instances qui fonctionnent réellement. Nous aurons besoin de vice-présidents solides, engagés et travailleurs, animés par l’intérêt général, cette valeur cardinale de l’action publique qui m’anime depuis toujours. Nous devrons revitaliser les commissions, en faire des lieux de débats, de propositions et de veille active sur leurs domaines de compétence.
Rien ne nous oblige à reconduire un système et un fonctionnement qui n’ont plus lieu d’être. Il ne faut pas se laisser emporter par des promesses de fonctions ou des arrangements entre amis. L’enjeu est trop important pour céder aux vieilles pratiques et aux vieilles passions.
Chacun de nous portera une responsabilité majeure au moment de glisser son bulletin dans l’urne : voulons-nous continuer à faire comme si Claude Belot était encore là, sans son engagement, ni son intelligence ? Ou souhaitons-nous faire entrer notre collectivité dans une ère de gouvernance moderne, agile et partagée ?
Contrairement à une idée reçue, aucun texte ne stipule qu’un EPCI à fiscalité propre doive revenir de droit à la ville centre, ni que les édiles des plus grandes communes doivent systématiquement en être les pilotes. Sur 158 délégués communautaires, une large majorité (environ 75 %) sont issus des petites communes, comme celle de Lonzac. Il n’y a donc aucune fatalité à reproduire les modes de fonctionnement du passé ».
• « Aujourd’hui, notre Département ressemble à l’Italie : très riche au Nord, très pauvre au Sud »
« Je ne remets pas en cause les choix assumés et posés en règle par le Président Belot. Oui, il nous faut une ville centre forte, pour assurer un équilibre à l’échelon départemental et faire contrepoids au suréquipement du nord de la Charente-Maritime. Oui, il faut soutenir et développer des bassins d’activité économique autour des villes centres. Mais ces efforts doivent profiter et rayonner sur l’ensemble du territoire, et non se limiter aux seules villes centres.
Aujourd’hui, notre département ressemble à l’Italie : très riche au nord, très pauvre au sud. Notre Département ainsi que notre Communauté de communes reproduisent ce même déséquilibre. Un rééquilibrage n’est pas seulement indispensable, il est urgent. Les territoires de confins, situés aux limites de notre Communauté, méritent toute notre attention. L’un des rôles régaliens des EPCI est précisément la mise en commun de pratiques, de conseils, de soutien et d’accompagnement des communes, souvent démunies faute de moyens propres.
Nous savons tous combien il est difficile de fonctionner avec un secrétariat de mairie à temps partiel, submergé par les formalités et les missions. La notion de « Communauté » prend alors tout son sens : travailler ensemble à l’intérêt général. Il n’y a donc pas de place pour les ambitions personnelles ou l’accumulation des mandats ou des fonctions. Nous devons nous concentrer sur nos communes et sur leur capacité à œuvrer ensemble pour le bien commun. C’est l’essence même des CDC et des CDA ».
• « Voulons-nous continuer à nous laisser mener par un attelage de barons locaux ou préférons-nous prendre notre destin en main ? »
« Sans prétendre faire une révolution, une question cruciale se pose à nous : voulons-nous continuer à nous laisser mener par un attelage de barons locaux, ou préférons-nous prendre notre destin en main ? Face à l’alliance des « trois grands », je me présente, avec les maires qui me font confiance, comme le candidat du « tiers état », celui de toutes nos communes isolées, de tous les élus désabusés par l’absence de considération pour leurs idées et leur envie de servir l’intérêt général ».
« Le pire qui puisse arriver à notre belle Communauté serait de devenir le supplétif ou le vassal du Département »
« Par ailleurs, à l’instar de Claude Belot, je tiens à maintenir une certaine distance avec le Conseil départemental. Peut-on sérieusement être Vice-Président du Département et Président de la Haute-Saintonge ? Il n’existe aucun lien fonctionnel entre une CDC et un département, mais il existe des pratiques dont nous devons nous départir. Qui a eu la force de s’indigner de la mise en place de cette « Taxe Fort Boyard », justifiée par d’improbables retombées économiques ? Qui peut sérieusement croire que des communes comme La Barde, La Clotte, Celles ou Saint-Thomas en bénéficieront ? Un refus collectif, porté par la CDCHS, aurait dû s’imposer. Mais la présence écrasante de ces mêmes conseillers au sein de notre exécutif nous a condamnés au silence. Le système est bien tenu, mais ceux qui l’ont mis en place ne sont plus aux commandes. Le pire qui puisse arriver à notre belle Communauté serait de devenir le supplétif ou le vassal du Département.
Je reste convaincu que l’échelon départemental est de moins en moins pertinent. L’avenir appartient à des Régions fortes et puissantes à l’échelle européenne, et à des EPCI bien structurés et structurants à l’échelle locale ».
« Transition concertée et équilibrée ou dilettantisme ? »
« La solution est entre nos mains. Choisissons notre destin, car le choix que nous ferons nous engagera bien au-delà de cette mandature. L’avenir de notre collectivité dépendra de cette alternative : intelligence collective ou ambition personnelle ? Transition concertée et équilibrée ou dilettantisme ?
Pour être totalement transparent avec chacune et chacun d’entre vous, je sais que certains, à commencer par le Président Belot, s’interrogent sur ma supposée inexpérience à la tête d’une collectivité. Certes, je n’ai pas exercé cette fonction. Mais pendant sept ans, en tant que député, j’ai accompagné et facilité de nombreux projets municipaux dans l’ensemble de la 4e circonscription, dans tous les domaines. J’ai également été fonctionnaire territorial et je connais la culture et les arcanes des collectivités. J’ai ensuite dirigé des établissements ou services au sein de grandes entreprises internationales. Le management des forces vives, la coordination d’équipes importantes et multiculturelles, la gestion de projets complexes et de budgets conséquents, dans une recherche permanente de qualité et d’efficacité, sont autant d’atouts indéniables pour piloter une institution comme la nôtre. Notre Communauté doit rester un territoire de projets et d’ambition collective ».
• La candidature de Raphaël Gérard est accompagnée par Emmanuel Festal, maire de Chevanceaux, Christian Dugué, maire de Pérignac, Jean-Marc Thomas, maire de St-Simon de Bordes et soutenue par des élus sur toute la CDC.