Mardi 30 juin, la ville de Jonzac a célébré l’anniversaire de la mort de Pierre Ruibet et Claude Gatineau. Ces deux jeunes gens n'ont pas hésité à donner leur vie durant la Seconde Guerre mondiale en faisant exploser l'important dépôt de munitions allemand entreposé aux Carrières d'Heurtebise. Chaque année, Jonzac se souvient de leur acte héroïque et rend hommage à leur bravoure.
Aux côtés du maire, Christophe Cabri, du conseil municipal, d'Hélène Lemesle, sous-préfète, des membres de l'association Liberty 44, des anciens combattants, des sapeurs-pompiers et porte-drapeaux, une nombreuse assistance - dont des membres des familles Ruibet, Lachamp, Barthélémy et Husson, parents ou descendants de Pierre Ruibet, Claude Gatineau et Marthe Robert - ont participé à ce moment de recueillement.
| Dépôt de gerbes et recueillement en hommage aux deux héros |
| Au côtés de Patrick Carré, Danièle Ruibet et Pierre Ruibet venus spécialement d’Isère pour cette commémoration |
Avant le dépôt de gerbes, le premier magistrat a rappelé les grands moments de cette tragédie qui a marqué Jonzac d'une empreinte indélébile.
« Nous sommes réunis pour honorer les deux héros du 30 juin 1944 : Pierre Ruibet et Claude Gatineau, mais également tous les acteurs qui ont participé de près ou de loin à ce sabotage.
Automne 1943, les Allemands installent un important dépôt de munitions de la Kriegsmarine dans les carrières d'Heurtebise. C'est le deuxième dépôt de munitions en France. Il a pour but d'approvisionner les unités navales et les blockhaus du Mur de l'Atlantique. La carrière renferme des munitions de toutes sortes qui équivalent à plus de 350 wagons de chemin de fer.
Michel Robert, enfant de troupe jonzacais et fils de la gardienne du tribunal de Jonzac, transmet des renseignements sur le dépôt qui interpelle la résistance par son importance.
Pierre Ruibet arrive à Jonzac en janvier 1944. Patriote, il souhaite entrer dans la résistance et accepte de remplir les missions confiées par René Marchadier du groupe de Résistance Alerte : faire l'inventaire du dépôt de munitions et procéder à son sabotage.
Pierre est hébergé chez Marthe Robert, la concierge du tribunal. Elle est dans la confidence et lui indique une trappe dans le parquet de l'estrade de la salle d'audience, sous le siège du juge. Une cachette idéale pour déposer les cordons et détonateurs nécessaires au sabotage.
En février 1944, il finit par être employé au dépôt de munitions. Mathilde, la fille de Marthe, est également dans la confidence.
Le 16 juin, René Marchadier est de nouveau à Jonzac avec le matériel nécessaire pour la mise à feu du dépôt.
Le 18 juin, Pierre part avec sa musette qui contient, cachés dans son repas les détonateurs et il place les explosifs dans ses chaussettes. Il revient à 18 h. C'est un échec, l'un des composants du dispositif est défaillant. Le matériel fourni a été parachuté par les alliés et conservé parfois dans de mauvaises conditions.
Nouvelle tentative le 21 juin et nouvel échec.
Le 22 juin, il demande alors à son amie « Titi », Mathilde Robert, d'envoyer un télégramme au 32 rue de la Devise à Bordeaux pour Mademoiselle Marguerite Crauste du Quartier général du groupe Alerte, afin d'obtenir du nouveau matériel : « cousin bien malade, venir avec médicaments ». C'est le 23 juin que Pierre vient au tribunal avec Claude Gatineau, un enfant du pays patriote, qui a surpris Pierre dans ses essais et lui a proposé son aide.
Le vendredi 30 juin 1944, Pierre part à 7 h 30 pour les carrières. Mathilde et sa mère l'accompagnent au portail. Il va de nouveau tenter le sabotage du site avec l'aide de Claude.
Pendant la pause, Pierre en profite pour placer les détonateurs pendant que Claude surveille. Mais ils sont surpris par un sous-officier allemand. Pierre va déclencher les détonateurs de ses propres mains tandis que Claude fait évacuer les travailleurs civils qui se trouvent dans l'entrée de la carrière.
Pierre meurt dans l'explosion ainsi que les dix-sept Allemands qui étaient à sa recherche. Claude, indemne, va se rendre au centre de secours pour assurer sa fonction de sapeur-pompier volontaire. Reconnu par les Allemands, il est arrêté, torturé, puis traduit devant une cour martiale et condamné à mort par pendaison à la suite d'un jugement expéditif.
Ce 30 juin, c'est la panique en ville. Les explosions sont très violentes, les écoles sont fermées, les enfants sont repartis chez eux.
Les Allemands sont partout et très nerveux. Il est vrai que l'explosion va durer deux jours et sera entendue loin à la ronde.
Les ouvriers des carrières doivent se constituer prisonniers. La gestapo commande 40 cercueils. Les requis passent la nuit du 30 au 1er juillet dans une cour de ferme, sans connaître le sort qui leur sera réservé le lendemain.
Le 1er juillet au matin, quatre requis sont désignés pour dresser la potence où Claude Gatineau sera exécuté, ainsi que 40 otages.
Les Allemands demandent au Maire de désigner des otages. René Gautret mentionne un seul nom sur la liste, le sien.
Les Allemands renoncent à cette exécution et libèrent les requis. Par contre, celle de Claude Gatineau est immédiate. L'archiprêtre Monseigneur Chauvin obtient qu'il soit fusillé comme un soldat.
Il est conduit devant le dépôt et attaché face au peloton d'exécution. Claude Gatineau refuse qu'on lui bande les yeux pour voir la mort en face et trouve la force de crier « Vive la France ». La grille sur laquelle Claude Gatineau a été fusillé était située devant l'entrée de la carrière. Elle a été placée au centre du monument aux morts du jardin public.
Mathilde est arrêtée huit jours après l'explosion par la gestapo qui a trouvé le télégramme. Elle est jugée et condamnée à mort à l'âge de 16 ans. Internée au fort du Hâ à Bordeaux, elle devait être fusillée le 24 août. La libération de la ville le 23 lui sauve la vie.
Dans un devoir de mémoire et pour honorer le sacrifice de ces femmes et ces hommes qui ont participé au débarquement des alliés en Normandie et tous ces actes de résistance pour lutter contre l'occupant, l'Association LIBERTY 44 a souhaité participer à cette cérémonie en tenue de résistant du groupe FFI ALERTE. L'amicale et l'association des anciens sapeurs-pompiers sont là pour rappeler l'engagement de Claude Gatineau comme volontaire dans le corps de la Ville de Jonzac.
Merci à toutes ces associations d'anciens combattants, aux porte-drapeaux, aux représentants de la résistance, des déportés, et à la population pour leur présence qui marque notre devoir de mémoire ».
La montée des couleurs |
| Liberty 44 en tenue de la Seconde Guerre mondiale (groupe FFI Alerte). Etait présentée une moto side-car allemande de leur collection |
| La famille Barthélémy, descendante de Claude Gatineau |
| L'amicale des sapeurs-pompiers et l'association Liberty 44 |
| L'amicale et l'association des anciens sapeurs-pompiers étaient là pour rappeler l'engagement de Claude Gatineau comme volontaire dans le corps de la Ville de Jonzac |
| Christophe Cabri félicite le plus jeune membre de Liberty 44 Hélène Lemesle, sous-préfète, salue les porte-drapeaux. La cérémonie s'est achevée par un verre de l'amitié servi au cloître des Carmes. |