Ce parcours musical, organisé dans l'ancien cimetière de Jonzac, était une première pour la talentueuse guitariste Béatrice Morisco. Habituée des scènes où elle se produit régulièrement, elle ne pensait pas qu'un jour, elle dédierait des musiques célèbres à ceux et celles qui nous ont quittés. A l'office de tourisme, l'idée est venue de Delphine Lévêque : dans le cadre du printemps des cimetières, pourquoi ne pas compléter la visite classique, fort bien guidée par Christophe Gadrat dimanche matin, par une animation douce et émouvante ? C'est ainsi qu'un programme a été élaboré sous forme d'étapes - dix en tout - au cœur de l'espace d'éternité.
 |
Delphine Lévêque présente la talentueuse guitariste, Béatrice Morisco
|
Lundi en fin de journée et fort heureusement sans pluie, l'artiste a accompagné à la guitare les commentaires historiques de Delphine. Parmi les airs choisis : Le temps des cerises (J.B Clément), La prière (G. Brassens), L'Hymne à l'amour (E. Piaf), l'Ave Maria (Schubert), La Madelon (L. Bousquet), Les roses blanches (B. Sylva), Souvenirs (Espagne), La liste de Schindler (J. Williams), Jeux interdits, Le prélude de Bach.
Sur ce chemin poétique, les nombreux participants ont croisé les ombres des déportés et internés de la Seconde Guerre Mondiale qui ne sont jamais rentrés, de Claude Gatineau, Pierre Ruibet, résistants morts aux carrières d'Heurtebise après avoir fait exploser un important dépôt de munitions allemand ; Marthe Robert, grand-mère de Monique Husson, gardienne du Tribunal qui hébergea Pierre Ruibet durant six mois ; Mathilde Robert, sa fille, qui transmettait des messages aux résistants bordelais. Arrêtée et emprisonnée au fort du Hâ, elle eut la vie sauve grâce à la libération de Bordeaux. Il y a aussi les pilotes britanniques Mc Rae et Fletcher, morts près de la gare où leur avion s'est écrasé ; les courageux poilus de 14-18 et puis des personnes qui ont marqué la ville, Emile Gaboriau, le père du roman policier, Jean Glénisson, éminent chartiste et président de l'Université d'été, les sœurs de la Sagesse, les tombes des Julien Laferrière et des Julien Labruyère, Les Larquier Gauron (la famille a donné l'immeuble de la maison de retraite en face du presbytère, financé la cloche de l'église, des vitraux, offert la grande armoire du bureau du maire). Et comment ne pas citer le carré des indigents, ces anonymes qui tendent la main à travers les méandres du temps ?
 |
| Le carré des Poilus de la guerre 14-18 |
 |
| La tombe de Claude Gatineau |
 |
| A droite de la photo, Monique Husson, descendante de Marthe Robert |
 |
| Le monument érigé en mémoire de Pierre Ruibet (sa tombe se trouve à Voiron) |
 |
| Un clin d'œil à notre cher Jean Glénisson |
Les morceaux, joués délicatement par Béatrice Morisco et emplis de tendresse, ont ému le public. Douceur des notes de la guitare, évocation des époques, mémoire des défunts, ce printemps des cimetières a ouvert la porte des souvenirs : ainsi cette stèle, abritant une couronne de mariée, érigée pour une jeune femme morte bien trop tôt ou cette harpe dédiée à une musicienne...
« Il a bien parlé, celui qui a dit que les tombes sont les empreintes des anges » a écrit Henry Wadsworth Longfellow.
 |
Dimanche, la visite était guidée Christophe Gadrat. Ici, la tombe d'une jeune femme disparue bien trop tôt (y est conservée sa couronne de mariée) |
 |
| Certaines petites chapelles familiales comportent de belles ornementations |
• Premier prix de conservatoire, élève d'Alexandre Lagoya, Béatrice Morisco, guitariste classique, a fréquenté le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Nous la retrouverons à Jonzac lors de Mercredis musicaux au théâtre du château, aux côtés d'une soprano espagnole en particulier.
• La Madelon est une chanson populaire créée en mars 1914 dans un café-concert de Paris. Les paroles sont de Louis Bousquet et la musique de Camille Robert. Elle évoque des soldats loin de leurs foyers qui voient en la jeune serveuse Madelon qu'ils courtisent, l'aimée et les familles qu'ils ont laissées. Le public était invité à chanter le refrain. La guitariste s'est ainsi retrouvée avec un accompagnement improvisé.
« C'est la première fois que je chante dans un cimetière » soulignaient deux choristes !
• Le cimetière de Jonzac a été créé au XIXe siècle (autrefois, il se trouvait autour de l'église Saint-Gervais). Il possède un dépositoire orné des armoiries de la ville dessinées par l'architecte Olivier. La devise est "Post Bella, otia pacis" (après la guerre, les loisirs de la paix).
 |
| Les rosiers sauvages, en gerbes abondantes, fleurissent les mémoires |