En 2017, Claude Belot, alors maire de Jonzac, a proposé au conseil municipal l’acquisition d’une carrière, propriété de M. Fougère, président du Groupement foncier agricole de Bellevue. C'est là que se trouvent les dessins d'un artiste carrier, Eugène Bouchet, présentés dans le cadre d'une exposition de Jacques Gaillard, archéologue archéomètre, au cloître des Carmes jusqu'en septembre prochain
 |
| Les carrières les plus célèbres de Jonzac sont celles d'Heurtebise qui ont accueilli un important dépôt de munitions allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Un résistant Pierre Ruibet, aidé par le jonzacais Claude Gatineau, l'ont fait exploser (photo). Aujourd'hui, ces lieux chargés d'histoire abritent la Chaîne thermale du Soleil qui va fêter ses 40 ans |
Jonzac comprend sous son territoire de nombreuses carrières, dont celles de Bellevue et d'Heurtebise. Ces dernières sont connues pour avoir abrité un important dépôt de munitions durant la Seconde Guerre mondiale qu'a fait exploser un héros de la résistance, Pierre Ruibet, aidé par un jonzacais Claude Gatineau. Aujourd'hui, une partie de ce labyrinthe chargé d'histoire et site troglodytique est occupé par la station thermale qui va fêter ses 40 ans.
Remontons le temps : Durant l'été 2017, M. Fougère entre en contact avec le maire, Claude Belot, en quête d’une solution qui lui permette de liquider une carrière de 23 hectares en raison de la prochaine dissolution du Groupement foncier agricole de Bellevue. Ce tréfonds sera cédé pour « l’euro symbolique » dit-il. S’étendant sur une vaste superficie, ces carrières représentent la grande époque où Jonzac extrayait de la pierre de taille. Claude Belot est d'abord surpris, puis intéressé : « J’ai pensé que la Ville aimerait savoir ce qui se passe dans son sous-sol. Cette carrière n’est plus exploitée depuis longtemps ». Son entrée se situe près de la Maison de l’énergie. Les galeries courent jusqu’à l’actuelle Caisse d’Epargne, boulevard Denfert Rochereau. Face à ce "gruyère", la municipalité engage des sommes importantes pour injecter des tonnes de sable dans le secteur afin d'en conforter les structures. Sans compter qu’un effondrement s’est produit vers le stade du Sivom en 2008…
Bref, le sous-sol de Jonzac est creux et pourrait présenter des dangers si l’on n’y prend pas garde. Désormais, avec cet achat, la mairie sera mieux à même de parer aux éventuels problèmes.
• A la rencontre d’Eugène l'artiste…
Découverts par Jacques Gaillard lors d’une prospection dans les années 2000, les dessins gravés sur les parois de la carrière de Bellevue par un ancien compagnon, Alphonse Eugène Bouchet, révèlent un vrai talent artistique…
Le lion de Némée
 |
| Le lion de Némée (©NB) |
C’est à Jonzac, au cœur d’une immense carrière, que Jacques Gaillard, alors président de la société archéologique, a eu une agréable surprise. Lors d’une visite "exploratoire", il a découvert, sur les énormes piliers de calcaire, plusieurs croquis qui ont retenu son attention. En effet, à la fin du XIXe siècle, un artiste carrier, totalement inconnu, y avait gravé visages et scènes de son époque ainsi qu’une évocation aux douze travaux d’Hercule. Comment ne pas éprouver de l’émotion face à ces témoignages du passé ? « Les dessins ou inscriptions laissés par les carriers sont nombreux, mais ne sont jamais des œuvres d’art ! Ce travail, accompli à la lueur d‘une modeste lampe, est différent. Cet homme était doué. ll avait une finesse de trait remarquable et aurait sans doute pu être un grand peintre » estime Jacques Gaillard.
Quand il n’extrayait pas de la pierre, le dénommé Alphonse Eugène s’adonnait à son passe-temps favori. Ses personnages (et lui-même n’oublie pas de se représenter en plusieurs occasions) sont un clin d’œil à son métier et à l’ambiance qui l’entoure. La bouteille est présente dans les divertissements souterrains et l’on ignore si « la Madelon venait lui servir à boire » !
Heureusement pour la postérité, il ne s’arrête pas « au déjeuner sur la terre battue » et immortalise de jolies dames, dont certaines semblent sortir des tableaux de Renoir. Il va jusqu’à inventer une “duchesse” à son copain Leduc ! Il y a aussi un Hercule terrassant le redoutable Lion de Némée, d’étranges hiéroglyphes, des militaires, des têtes d’indiens, etc... « Où puisait-il ses idées ? Il possède une certaine culture, c’est évident » constate Jacques Gaillard qui voit en notre Eugène bien plus qu’un simple ouvrier ! Le seul hic est que l’on ne sait pas grand chose sur lui ou, plutôt, qu’on a perdu sa trace.
Natif de Saint-Simon de Bordes
Il est né en août 1873 à Saint-Simon-de-Bordes, au village des Arnaudeaux où son père Alphonse est carrier (le nom de jeune fille de sa mère Marguerite est Charrau). Après avoir effectué son service militaire dans le régiment des Premiers Zouaves en Algérie où il est engagé volontaire, il devient compagnon carrier dans la région de Jonzac de 1896 à 1903. Le 31 octobre 1903, il épouse Marie Rivière. Ils auraient habité rue Sadi Carnot à Jonzac. Ensuite, ils auraient quitté la région pour s’installer à Chateauroux (la ville de sa femme). Que sont-ils devenus ensuite ? Question....
Quoi qu’il en soit, l’œuvre d’Eugène est parvenue quasi intacte jusqu’à nous. Elle figure en bonne place dans les travaux consacrés aux carriers des Charentes, livre réalisé par Jacques Gaillard, et dans l'exposition qu'il propose actuellement au cloître des Carmes de Jonzac.
 |
Ces dessins se trouvent sur des piliers de la carrière de Bellevue, protégée parce qu'elle abrite une espèce rare de chauves-souris |