mardi 3 juillet 2018

Les obsèques de Paul Josse, ancien maire de Saintes, auront lieu vendredi 6 juillet à l'Abbaye aux Dames

Paul Josse s'est éteint le 30 juin dernier à l'âge de 94 ans. Maire de Saintes de 1971 et 1977, il aura marqué son époque et on lui doit l'autoroute en particulier. Ses obsèques seront célébrées vendredi 6 juillet à 10 heures à l’Abbaye-aux-Dames. Il y a quelques années, alors que Bernadette Schmitt (centre droit) venait d'être élue maire de Saintes, il avait répondu à nos questions...


Les trois maires qui se sont succédé à Saintes, André Maudet, Paul Josse et Michel Baron. Viennent ensuite Bernadette Schmitt, Jean Rouger et Jean-Philippe Machon
 Les souvenirs de Paul Josse, maire de Saintes de 1971 à 1977
• Mon beau-père m‘avait dit : « vous n’avez aucune chance face à André Maudet et Michel Baron ! »...

Saintes lui doit l’autoroute, la restauration des quartiers anciens et les premiers travaux à l’abbaye aux dames. En 1971, Paul Josse provoqua la surprise en battant André Maudet, le maire socialiste en poste depuis des lustres. Il devança aussi Michel Baron, alors PSU allié aux Communistes. Cet ancien ingénieur en chef des Ponts et Chaussées a véritablement apporté sa pierre à l’édifice de la cité santone dont la famille de son épouse est originaire. L’évocation de ses souvenirs et du contexte politique de l’époque mérite le détour. Des élus connus y entrent en scène : Lipkowski, Joanne, Maudet, Baron, Bougeret, Belot, Marchand... 

Aujourd’hui, son "héritière" est en quelque sorte Bernadette Schmitt qui a battu, en 2001, le poulain de Michel Baron, Jean Moulineau, et Alain Bougeret soutenu par Claude Belot et Jean-Pierre Raffarin. Soucieux de vérité, Paul Josse nous livre ici ses réflexions, avec la spontanéité qui le caractérise. Éminemment sympathique, cultivé, il incarne cette génération d’hommes qui conjuguent les valeurs républicaines et intellectuelles. Membre de la Cagouille qu’animent avec succès Franck Pilloton et Hervé de Béchade et du Lion’s club de Saintes, il se partage entre Paris et Royan. Nombreux apprécient ses conférences, précises et argumentées. Nous l‘avons rencontré chez son amie, Monique Guilbot, propriétaire du château de Meux, une étape agréable où il fait bon prendre le temps de discuter !


Paul Josse avec des amis au château de Meux chez Monique Guilbot. 
Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Paul Josse, ancien polytechnicien a passé sa jeunesse à Paris où son père était président d’une section du Conseil d’Etat. Son grand-père, quant à lui, était officier. Il s’est rapproché de Saintes par son mariage avec Mlle Bouffandeau dont le père avait été conseiller général de Burie et le grand-père, Octave Lauraine , un homme politique très renommé dont beaucoup se souvenaient encore en 1971. Retraité, il était resté attaché à la Charente Maritime où il venait régulièrement. 
• Paul Josse, vous êtes l’un des témoins de la vie saintaise puisque vous avez succédé à André Maudet à la mairie en 1971. Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à vous présenter face à une personnalité de gauche qu’on prétendait intouchable ? Il fallait une certaine audace...

Effectivement, il fallait du courage car Saintes était politiquement une ville de gauche. Pour être franc, ce fut un peu un défi, mais je connaissais bien Saintes où j’avais travaillé en tant qu’ingénieur en chef de Ponts et Chaussées de 1960 à 1964. A cette occasion, je m’étais fait un cercle d’amis. Par ailleurs, j’y avais une attache familiale forte par mon épouse, originaire de la région.
En 1971, André Maudet, maire depuis 24 ans, briguait ce poste pour la cinquième fois. Comme il était sans doute un peu usé, pl cusieurs personnes m’ont dit « c’est le moment de vous présenter ». Parmi eux, se trouvaient le docteur Pourcelet, maire de Chaniers qui m’avait fait entrer au Lion’s club de Saintes et Lucien Pasquet, alors président du Tribunal de  commerce. J’ai beaucoup hésité car je n’avais pas cette ambition.
Trois ans avant, après les événements de 1968, ils m’avaient déjà contacté : il y avait un siège de député à prendre et Louis Joanne, alors maire de Chevanceaux, aurait été d’accord pour que je sois sur la ligne de départ. A cette époque, cette idée ne m’intéressait pas et j’ai préféré laisser Louis Joanne être candidat. Je me souviens des commentaires de mon beau-père, alors retraité, à ce sujet : « Tu ne dois pas avoir peur de Daviaud » qui était l’homme de gauche du Sud Saintonge. Sur sa profession de foi, on lisait « Daviaud, notaire, propriétaire viticulteur ». Louis Joanne a ét é élu, signe du mouvement vers la droite qui s’annonçait. En ce qui le concerne les Municipales, j’ai donc accepté car il s’agissait de la mairie et non de siéger au Parlement. Je reconnais que mon fils, François, m’avait stimulé : pour lui, c’était une sorte de challenge que son père devait relever ! Autour de moi, il y avait une bonne équipe dont faisaient partie le dr Sorillet, le dr Chevallier qui était l’un des grands accoucheurs de Saintes, François Wiehn, etc. La moyenne d’âge était jeune. J’avais quarante six ans et j’étais l’un des plus âgés !

• Quelles étaient les autres listes ?

Pour mémoire, il y avait trois listes, celle d’André Maudet, maire sortant, celle de Michel Baron, PSU, allié aux Communistes, et la mienne. J’avais l’étiquette « républicain », en bref je n’étais pas socialiste. Notre slogan était « Saintes Expansion » et dans mon programme, figurait l’arrivée de l’autoroute à Saintes.

• Comme nt a été perçue votre candidature ?

Plutôt bien. De nombreuses personnes se sont dit « pourquoi pas lui ? ». J’avais l’avantage de ne pas être parachuté. Mon beau-père habitait Saintes et s’était fait élire conseiller général de Burie et, pendant trente six ans, son père Octave Lauraine avait été député, puis sénateur. Bien que mort en 1934, les vieux Radicaux se souvenaient encore de lui en 1971 et ils ont manifesté une certaine sympathie en apprenant ma candidature. Ils sont restés neutres à mon égard, y com pris ceux qui se trouvaient sur la liste Maudet. Mon beau-père, quant à lui, n’était pas persuadé de ma réussite. Il m’avait dit « vous n’avez aucune chance contre Maudet et Baron ». Les jeunes de ma liste, par contre, étaient très motivés. Ils ont fait beaucoup de porte à porte pour se faire connaître.

• Comment se portait la droite à l’époque ?

Elle n’était pas du tout structurée. Il y avait le RPF auquel appartenait le dr Chevallier et Guiller-Schmit. L‘homme fort de la droite était Jean Noël de Lipkowski à Royan. Pour être franc, la droite s’est peu mobilisée pour moi. Elle considérait que Saintes resterait à gauche. Pour eux, les villes importante étaient la Rochelle, Rochefort et Royan, le reste n’avait pas d’importance !

• Vu le nombre de listes, les joutes oratoires ont dû être nombreuses !

La politique n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui. La campagne ne fut pas trop agitée et nous avons eu la chance d’avoir la neutralité bienveillante du journal Sud-Ouest. En dehors des affiches, la campagne s‘est faite par des échanges d’articles publiés dans le quotidien. Notre terrain, c’était la presse et ça marchait pour tous les candidats ! L’un s’exprimait, l’autre répondait...
Au début, André Maudet m’a traité par le mépris. Il était étonné et se disait sans doute « mais que vient-il faire ? ». Pour lui, j’aurais dû faire de la figuration dans sa liste, à la limite... Comme tous les élus en fonction depuis longtemps, il considérait que la ville de Saintes était à lui et je crois que son entourage familial aussi. Il y a eu quelques scènes qui méritent d’être contées et dénotent bien le climat qui régnait.
Le soir du premier tour, par exemple, je fais le tour des urnes et je m’arrête au pr emier bureau où se trouvait Maudet. Je me dirige vers lui en lui tendant la main et il l’a tout simplement refusée en ajoutant « je ne vous connais plus ». J’ai répondu « ah bon »... De nombreuses personnes ont assisté à cet épisode ! La cause de son irritation était un article que François Wiehn, je crois, avait rédigé. Il concernait la façon dont la fille de M. Maudet avait été nommée directrice du Foyer de l’Enfance. La famille avait très mal réagi.
Au dépouillement du premier tour, à la surprise générale, ma liste a recueilli 40% des voix, André Maudet avait 30% et Michel Baron dans les 10 à 15%. Maudet fut obligé de faire alliance avec le PSU et les communistes. Lors du deuxième tour, nous avons fait campagne sur ce pacte. Le dimanche suivant, malgré le panachage, toute ma liste a été élue. A la salle Centrale, « la sacristie » comme nous l’appelions, où sont réunis tous les résultats, nous étions heureux. Pour l’anecdote, mon beau-père était surpris, mais il était placé devant le fait accompli !

• A la victoire, succède l’installation à la mairie...

Là encore, un événement plutôt désagréable est arrivé. Normalement, c’est le maire sortant qui convoque le conseil municipal. Or, A. Maudet a tout bonnement refusé et nous avons été obligés de solliciter le sous-préfet. Le maire sortant avait la défaite amère et ne comprenait ce qui lui était arrivé.
A mon arrivée à la mairie, j’ai trouvé un personnel abasourdi. La secrétaire générale de l’époque s’appelait Mlle Morin. Le soir du deuxième tour, je la revois me lancer, un peu sèchement : « vous l’emportez, Monsieur l’Ingénieur en chef, vous l’emportez ». J’ai bien vu que les employés ne m’étaient pas tous favorables. Malgré le sérieux de Mlle Morin, j’ai préféré prendre un chef de cabinet et ce n’est plus elle qui ouvrait le courrier. Cela va peut-être vous faire sourire, mais avoir confiance en la personne qui ouvre les lettres est important. Il faut garder la maîtrise du courrier ! La situation ne lui convenant plus, Mlle Morin a demandé sa mutation. Elle l’a obtenue et est partie à la Rochelle.
Par ailleurs, comme je vous le disais tout à l’heure, la droite ne m’a guère soutenu. J’avais demandé un secrétaire général qui s’est fait attendre. J’ai alors gardé celui était sur place, M. Benon.

• Comme Bernadette Schmitt avec les dépassements pharaoniques du Gallia, avez-vous découvert des dossiers « délicats » ?

J’ai découvert qu’il y avait un certain clientélisme et les associations étaient noyautées, mais cette réalité est assez courante. Il faut admettre qu’André Maudet ne gaspillait pas l’argent public. Je n’ai découvert aucun dossier pouvant attirer l’attention, les finances étaient saines. La seule remarque concernait le manque de projets d‘avenir.

• Le vôtre, c’était la réalisation de l’autoroute ?

En effet. François Wiehn m’avait donné quelques bons conseils d’avocat. Avec Gaillard, le maire de Niort, nous avions fait une association pour le passage de l’autoroute. Plusieurs réunions ont eu lieu dont l’une assez décisive en présence de Louis Joanne et de Jean-Noël de Lipkowski. Nous sommes allés voir Olivier Guichard, le Ministre de l’Equipement, pour le convaincre de faire passer cette autoroute par Niort, Saintes et Royan. Or, M. Périllat, directeur de cabinet d’Olivier Guichard, avait des ambitions politiques du côté d’Angoulême. Il s’était même fait nommer président de l’Office des HLM de la capitale charentaise. A l’é poque, le député d’Angoulême était Rethoré, une sacrée figure ! Au moment des Législatives, Rethoré n’a pas voulu s’effacer devant Périllat. Il s’est maintenu, Angoulême pouvant se payer le luxe d’avoir deux candidats de droite ! Finalement, Rethoré a élu au deuxième tour. Voilà qui a bien arrangé nos affaires ! Si Périllat avait été député de Charente, il est évident que l’autoroute serait passée par Angoulême. Le tracé ouest n’aurait pas été retenu malgré un avis favorable du CODER Poitou-Charentes.
La décision d’un échangeur à Saintes a été prise par le Comité de l’Aménagement du Territoire en 1973. Les études ont démarré, les enquêtes ont eu lieu à la fin de mon mandat de maire, dans les années 76, 77. L ’autoroute a été inaugurée en 1981 par M. Maurois, alors Premier Ministre de François Mitterrand. J’ai été invité à cette manifestation en tant que représentant des Ponts et Chaussées.
En ce qui concerne la ville de Saintes, j’ai eu la chance de profiter d’une mesure gouvernementale concernant les villes moyennes. Grâce à cette enveloppe financière, nous avons pu réhabiliter les quartiers anciens, rues piétonnes, façades des immeubles, etc. S’y ajoutent les premiers travaux réalisés à l’Abbaye-aux-Dames. J’ai commencé la première tranche en réparant le toit. Il y a aussi le Couvent des Jacobins, etc. Nous avons également œuvré pour l’installation d‘entreprises sur le territoire dont Alcatel et le développement des activités.  J’ai fini de r emplir la zone dite de l’Ormeau de Pied et j’ai lancé les travaux de la zone des Charriers.

• Comment expliquer votre défaite à la nouvelle élection municipale ?

D’une part, je n’étais pas assez présent puisque mes activités professionnelles me retenaient dans la région parisienne. Je venais le plus souvent possible à Saintes où, effectivement, je ne résidais plus. D’autre part, je me suis plus ou moins brouillé avec le dr Sorillet quand je me suis aperçu qu’il avait des ambitions de premier magistrat... De même, J.N. de Lipkowski ne me portait pas dans son cœur car il me considérait comme un rival potentiel. Claude Belot, quant à lui, était jeune en politique. Il s’était d’ailleurs présenté contre L. Joanne à la Législative. Quand j’étais maire, l’actuel Président du Conseil Général n’était pas encore un personnage important. Je pensais que ce professeur avait de l’avenir, je ne m’étais pas trompé ! Il était proche de mon adjoint, Alain Bougeret.
Pour revenir à l’élection, elle a eu lieu dans un contexte politique général assez difficile pour la droite. C’est là que commence la carrière parlementaire de Philippe Marchand. J’avais également fait une erreur en me présentant aux Cantonales sur Saintes Nord où j’avais été battu. Aux municipales, malgré la conjoncture défavorable et la vague rose qui s’amorçait, j’ai obtenu plus de 40% des voix face à la liste de Michel Baron. Il a fallu attendre Bernadette Schmitt pour retrouver des scores supérieurs que n’a jamais obtenu Alain Bougeret.

• C’est vrai qu’il n’a pas eu de chance...

Se présenter contre Michel Baron était difficile et peut-être son style ne plaisait-il pas aux Saintais ? Aux dernières municipales, je pressentais qu’il n’avait pas de chance d’être élu, c’est pourquoi j’ai soutenu l’équipe de Bernadette Schmitt, proche de Xavier de Roux.

• Que pensez-vous d’elle justement ?

Pour être réélue, Bernadette Schmitt doit conduire à bien son plan de rénovation urbaine et surtout, elle doit avoir une bonne communication. L’équipe ne doit pas hésiter à aller de l’avant, à prendre des décisions. Le grand projet de son mandat était la réalisation de la place Bassompierre. Personnellement, je crois que la population ne place pas cet aménagement dans ses priorités.
La ville de Saintes en elle-même est propre, accueillante et l’essor des zones d’activités démontre qu’elle est dynamique. La Semis lui apporte un soutien constructif. En ce qui concerne la voirie, un domaine auquel je m’intéresse, le développement de parkings en centre ville serait opportun.

• A votre avis, la parité en politique était-elle nécessaire ?

Parité ne veut pas dire grand chose, de même que la féminisation des fonctions est grotesque. Dire Mme la Procureure, par exemple, me choque. J’apprécie que Mme Schmitt se fasse appeler Madame le Maire... L’arrivée des femmes en politique n’est pas une nouveauté. Celles qui veulent faire carrière sont parfaitement capables d’arriver, elles n’ont nul besoin d’une loi pour y parvenir.

• Suivrez-vous les prochaines municipales saintaises ?

Je l’espère ! Toutefois, j’arrive à un âge où l’on ne donne plus de conseils. J’en veux pour preuve l’Eglise catholique qui demande aux cardinaux de plus de 80 ans de ne plus participer à l’élection du Pape ! Personnellement, je pense qu’on peut donner un avis quand on vous le demande, mais il convient de ne pas se mêler des événements. Dans ma famille, on a une vieille formule « il vaut mieux descendre de l’estrade que d’en tomber » ! 

• Pour conclure, quel regard portez-vous sur la France actuelle ?

Certains points attirent ma réflexion dont la repentance actuelle, ce mea culpa que j’ai du mal à comprendre. Pendant dix ans, j’ai dirigé un chemin de fer au Sénégal et au Sou dan. Je faisais des tournées sur la ligne et j’y étais le seul blanc. Je ne suis jamais senti en insécurité. Les ouvriers étaient musulmans et pratiquaient un islam modéré. Ils avaient l’habitude de cotiser pour effectuer des pèlerinages à la Mecque et les gagnants étaient tirés au sort. Ayant confiance en moi, ils m’avaient confié ce tirage au sort et je prenais cette tâche très au sérieux. Pour moi, les Français n’ont pas à rougir de la colonisation, au contraire. D’autres points me font réagir comme le principe de précaution qui place le pays dans une sorte de léthargie et la langue de bois qui entoure l’analyse de l’actualité...

Propos recueillis par Nicole Bertin

Saintes a longtemps été une ville de gauche. Ici Roland Beix, Philippe Marchand et Michel Baron (© Nicole Bertin)

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