Robert, un Français installé en Haïti raconte l’extrême insécurité qui règne dans son pays d’adoption
Ça devait finir par arriver. Dans un récent message publié sur Facebook, l'ambassade de France à Port au Prince a annoncé qu’elle fermait ses portes au public « en raison de l’aggravation de la crise sécuritaire du pays où des gangs armés continuent de terroriser la population haïtienne ». Une décision « temporaire » en l’attente d’un apaisement. Mais quel apaisement et surtout est-il possible ?
Port au Prince (©PMS) |
Récemment, nous avons rencontré Robert installé dans la capitale haïtienne depuis des décennies. « A l’époque, Haïti, c’était le paradis, l’un des plus beaux endroits des Caraïbes ». Ayant épousé une fille du pays, il y a monté une entreprise. « Au fil des ans, la situation politique ne cesse de se dégrader et relève d’une grande instabilité ». Un Conseil présidentiel de transition, composé de neuf membres et dirigé par Leslie Voltaire, a été nommé. L’ex Premier ministre Gary Conille a été remercié après cinq mois d’exercice. Alix Didier Fils-Aimé le remplace depuis le 11 novembre 2024. « Malgré leurs interventions teintées de bonne volonté - Alix Didier Fils-Aimé s'est engagé en particulier à travailler sans relâche à la cohésion et au rétablissement de la sécurité en Haïti - les gouvernants actuels sont critiqués » explique Robert.
Depuis quelques années, les actes de violence sont en escalade. « Outre les rackets et les kidnappings, les bandes, profitant de la faiblesse des pouvoirs en place, font régner une terreur gratuite dans certaines régions, d’autant qu’elles viennent de se regrouper ». Parmi les échos que la presse internationale a relatés, des rançons astronomiques en dollars demandées aux familles de directeurs de banque, des tueries, et l'actualité la plus abominable qui soit, un bébé jeté dans le feu sous les yeux de sa mère qui en est morte (voir article de France Antilles Martinique). Robert admet que les habitants sont sous le joug des gangs qui font la pluie et le beau temps : « Pour l’instant, ils occupent des provinces du centre et ne sont pas encore établis dans le Nord de l'Île. Si rien n’est fait, ils s'étendront forcément. Le centre de Port au Prince est dévasté. La ville de Petion-Ville, située à 10 km, est épargnée jusqu'à présent, mais elle sera la nouvelle cible. On peut encore y faire ses courses, aller dans les rares restaurants qui sont ouverts. Jusqu'à quand ? ».
Les habitants sont sous le joug des gangs qui font régner la terreur |
(©PMS) |
Et Robert d’ajouter : « Nous attendons les élections présidentielles du 25 novembre 2025. Auront-elles lieu ? On n’en sait rien. Les gangs brûlent, assassinent, violent. Une mission de sécurité financée par les USA a fait venir sur place des soldats kényans. Ils devaient être 2000 au départ, ils sont 600 et font ce qu'ils peuvent sur le terrain. Ils sont moins bien armés que les gangs ».
D’où viennent les armes des gangs ? « Je ne connais pas leur filière, mais ils sont organisés. Selon le secrétaire d’Etat américain Marc Rubio, la crise va durer. Cela veut dire que le pays sera exsangue et que l'insécurité va s’intensifier. Nous sommes de plus en plus pessimistes parce qu’on pensait que la force étrangère mettrait de l'ordre. Les USA n’interviendront pas directement. Beaucoup d’habitants fuient, 700.000 ont été déplacés. La République Dominicaine est en train de construire un mur. Elle a expulsé 300.000 Haïtiens en un an. Quand les gangs arrivent dans un quartier, ils mettent le feu, les gens s’enfuient. Nous faisons très attention. Avec leur armes de guerre, ils arrivent à atteindre leurs cibles malgré des voitures blindées ».
Les observateurs remarquent que « dans les fiefs des gangs, de nombreuses familles sont impliquées. En face et compte-tenu du climat qui règne, la population civile essaie de résister ». La Mission multinationale d'appui à la sécurité (MMAS), pilotée par le Kenya et soutenue par Washington, sera-t-elle remplacée par une véritable opération de maintien de la paix ? En l’attente, Haïti est un état qui souffre. Pour l’instant, les USA se tournent vers le Sud de la Républicaine Dominicaine où se trouvent d’importants gisements de terres rares…
L'info en plus
• Un bébé brûlé vif : Extrait de l’article de France Antilles Martinique
« La société haïtienne est choquée après avoir appris que des membres d'un gang ont brûlé un bébé devant sa mère, qui, devant tant de tristesse, s'est effondrée et est décédée. L'incident s'est produit lors du siège de la commune de Kenscoff, lorsque les bandits ont attaqué Eliana Thélémaque et lui ont ordonné de jeter sa petite progéniture à la peau claire dans un feu de joie qu'ils avaient préalablement allumé. Cette tragédie, désormais révélée au grand jour, rappelle la violence perpétrée par les gangs haïtiens contre leur propre population qui vit en deuil et pleure dans ses maisons ».
• Message de l'Ambassade de France à ses ressortissants :
« Au regard de la situation sécuritaire actuelle, l’ambassade de France vous recommande de faire preuve de la plus grande vigilance, de vous tenir informé(e) de la situation avant tout déplacement, d’éviter tout rassemblement et de suivre les recommandations mentionnées sur le site de l’ambassade de France et sur la fiche Conseils aux voyageurs du MEAE ».
• Extrait d'un article de RFI : « À Port-au-Prince, les habitants de certains quartiers fuient face à la violence des gangs armés, qui continuent à tuer et à imposer leur loi sous les yeux des autorités. Mardi 25 février, ils ont obligé ceux des quartiers de Delmas 30 et ses environs à abandonner leurs maisons. Entre-temps dans la commune de Tabarre, selon des témoignages, un nouveau massacre a causé de nombreuses victimes ».
• Extrait du site Vant Bèf Info (VBI) : « Port-au-Prince, le 26 février 2025. La recrudescence de l’insécurité oblige les citoyens à questionner le véritable rôle des autorités dans la gestion du pays qui se trouve dans une situation critique. Les gangs imposent leur loi, ils font comme bon leur semble en toute impunité et ils défient les forces de l’ordre. Face à cette situation, les habitants de certains quartiers de la zone métropolitaine de Port-au-Prince notamment Delmas, Carrefour-feuilles et Tabarre lancent un vibrant appel à l’aide et demandent aux autorités d’agir plutôt que de diriger à coups de "notes" et de "communiqués" condamnant les actes des criminels ».
• Depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021, les organisations criminelles, qui contrôlent 85% de la capitale, ont tué 12000 personnes et forcé 700000 autres à fuir leur pays.
• Des soldats Kényans en Haïti :
Les États-Unis, soutenus par la France, ont pesé dans la création de la MMAS créée en 2023. Si le président du Kenya William Ruto voit en cette force l'expression de la « solidarité envers le peuple haïtien », d’autres pensent au contraire qu’il s’agit « d’une action militaire sous-traitée par les USA ».
• En 2010, Haïti a été victime d'une tremblement de terre
D'une magnitude de 7,3 sur l'échelle de Richter, ce séisme est survenu le 12 janvier 2010 en milieu d'après-midi. Son épicentre était situé à une vingtaine de kilomètres de Port-au-Prince. Il a fait plus de 280.000 morts, 300.000 blessés et 1,3 million de sans-abris.
(©PMS) |
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