samedi 22 octobre 2011

Sophie Denis : 

De Jarnac-Champagne

à Port Louis !


Pour la seconde fois, Sophie Denis, demeurant à Jarnac-Champagne en Charente-Maritime, participe au Raid Latécoère dont le départ a été donné de Lézignan samedi 8  octobre. Une aventure haute en couleurs que compte vivre à fond cette Saintongeaise passionnée d’aviation !

L’an passé, en 2010, la ville de Jonzac a organisé plusieurs manifestations en l’honneur de Saint-Exupéry, pilote et écrivain renommé. Lors du vernissage de l’exposition, en présence de personnalités, Sophie Denis, pilote de ligne demeurant à Jarnac-Champagne, annonça son proche départ pour le rallye Latécoère, une aventure soutenue par la Communauté de Communes de Haute Saintonge et des entreprises du secteur.

Claude Belot, sénateur maire de Jonzac, présente Sophie Denis (2010)

Ce raid est un hommage aux pionniers de l’Aéropostale. « En avril 1930, Mermoz battit le record mondial en circuit fermé et parcourut 4 308 km en trente heures et vingt-cinq minutes avec un Latécoère Laté-28, ce qui lui laissait 1 200 km de marge pour la traversée de l’Atlantique. La première traversée Sénégal/Brésil fut tentée le 12 mai 1930 avec un prototype baptisé Comte de La Vaulx. Le voyage fut délicat, particulièrement dans la zone du Pot-au-noir, un secteur de vents variables autour de l’équateur. Mermoz eut l’obligation de voler entre 30 et 200 m d’altitude sans relâchement, pendant toute la durée du parcours Dakar-Natal. Il parcourut 3 200 km en 21 heures et 30 minutes. Cette réussite eut un retentissement mondial » rapportent les historiens.

Avec un second pilote, Antoine Rateau et un médecin, Bruno Huguena, la jeune femme s’envole donc de Lézignan, dans l’Aude, pour rallier l’Afrique. Motivée, elle espère conduire à bien cette mission… et même plus ! Malheureusement, dans les Pyrénées, l’un des équipages trouve une issue funeste, l’accident provoquant la mort de ses trois occupants. Bouleversés, les responsables annulent purement et simplement l’épreuve.
« Après une météo proche du déluge, le drame qui a suivi a sapé le moral des participants » avoue-t-elle.

Sophie revient en Saintonge où la vie reprend un cours normal. Elle cherche du travail et regarde du côté d’Air France où elle guette des ouvertures de postes. Or, depuis sa sortie de l’ENAC (École Nationale de l’Aviation Civile) il y a deux ans, la célèbre compagnie n’a opéré aucun recrutement. « Quand ils terminent leurs études, la plupart des diplômés espèrent travailler pour elle ». En l’attente d’une meilleure conjoncture, la jeune femme fait de l’aviation d‘affaires sur Limoges, sa région d’origine. Elle assume aussi des fonctions d’instructeur.

Le rallye, seconde édition

Samedi 8  octobre, Sophie Denis a changé d’horizon. Et pour cause, elle participe pour la seconde fois au rallye Latécoère qu’organise l’association du même nom. Son regard en pétille ! Elle se trouve aux côtés d’Antoine Rateau et d‘un passager qui a financé sa place. Dans le sillage des pionniers, ce raid a une vocation humanitaire, des fournitures scolaires (manuels, matériels divers, etc) étant remises à des écoles du Sénégal, Maroc et Gambie. Pour des raisons de sécurité, une seule escale est prévue en Mauritanie.
Le trajet reste le même : départ de Lézignan à destination de Port Louis, via l’Espagne, Gibraltar, le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal. Le soutien des entrepreneurs de la région est à souligner : « Je les remercie de m’avoir subventionnée » dit-elle.

Sophie Denis et ses sponsors de Haute-Saintonge

Ce vol mythique sur les traces des grands de l’aviation, Mermoz, Saint-Exupéry, lui donne carrément des ailes ! « Il ne faut pas oublier qu’ils risquaient leur vie. Ils m’ont fait rêver. Par ailleurs, j’ai envie de découvrir l’Afrique que je ne connais pas. Refaire une ligne historique est enthousiasmant ». Sophie Denis va effectuer une sorte de pèlerinage !

Le retour est prévu le 25  octobre. Inutile de vous dire que l’émotion sera au rendez-vous. Et par la suite ? Elle pourrait être appelée à faire de la photo aérienne pour une société. Un projet dont nous reparlerons.

• La charte éthique du raid Latécoère

À l’origine de la création du Raid Latécoère, une idée-force, résumée par Pierre-Georges Latécoère, fondateur des lignes Latécoère : « Utiliser l’avion pour relier les hommes ».
Quelques années plus tard, les hommes de l’Aéropostale traduiront cette phrase dans une devise inlassablement répétée, au milieu des pires difficultés, des prises d’otages du désert de Mauritanie aux invraisemblables dangers de la Cordillère des Andes : « Le courrier doit passer ! ».
Quelle en est la signification ? Surtout pas le simple aspect utilitaire ; ce n’est pas pour le contenu de courriers de marchands ou d’échanges de banalités domestiques que les hommes de la Ligne risquaient chaque jour leur vie…
Bien au-delà, dans ce symbole de l’avion qui transporte le courrier, c’est bien une part d’humanité qui s’incarne, idéal d’une main tendue entre les hommes au-dessus des continents, quête sans fin d’une fraternité collective, victoire sans cesse renouvelée sur l’espace et le temps qui séparent les hommes.
Les actions humanitaires du Raid Latécoère, dans leur modeste mesure, ont pour objectif de traduire la philosophie de ces pionniers dans le contexte du XXIe siècle.

La ligne aérienne que tracent chaque année les équipages du Raid est ainsi, également, une ligne de solidarité : reprendre l’itinéraire de la première ligne aéropostale et apporter sur le parcours du soutien à des écoles.

Samuel Vincent : 
« j’ai toujours
des rêves plein la tête ! »


Festival Free Music de Montendre

Responsable de la programmation 
du Free Music, festival qui se déroule à Montendre chaque année au début de l’été, Samuel Vincent répond à nos questions :


Samuel Vincent, comment s’est déroulé le festival Free Music de Montendre 2011 ? À l’heure des bilans, le directeur que vous êtes et son équipe sont-ils satisfaits ?

D’un point de vue général, le festival a connu une édition exceptionnelle avec une fréquentation de 18 000 festivaliers en 2 jours. Les billets se sont tous vendus en réservation et le festival était complet quelques jours avant son ouverture. Les retours médiatiques et surtout ceux du public ont également été très flatteurs. Ils nous confortent dans notre démarche et sur le projet culturel du Free Music. Évidemment, cette nouvelle dimension implique des problématiques à résoudre pour l’avenir.

Quels en ont été les points forts ?

Je crois que nos points forts restent les mêmes que les années précédentes. Nous avons une programmation artistique “alternative“ qui propose des artistes et des esthétiques très différents. Sur la programmation internationale, j’essaie toujours d’avoir 2 ou 3 exclusivités qu’on ne retrouve pas dans les autres festivals de la région. Ensuite, le site du lac est très porteur et participe à la renommée de l’événement. Il y a un air de vacance au bord de l’eau et au milieu des pins.

Et les faibles ? Des choses à améliorer ?

Notre gros chantier, pour 2012 et les années à venir, est la gestion des flux de véhicules et du public à l’extérieur du site payant. La fréquentation augmentant, nous devons mettre en place des dispositifs d’accueil et de parking adéquat. Cette demande est relayée par nos partenaires que sont la sous-préfecture et le SDIS 17. Ce qu’on peut annoncer, c’est le renforcement du système de navette dans le centre-ville qui connaît un grand succès et qui est sous-dimensionné aujourd’hui par rapport à la demande.

Samedi soir, la foule !

Votre partenariat avec les entreprises a-t-il bien fonctionné ? En ce qui concerne le budget, avez-vous bouclé ?

Cette année, nous avons sollicité les entreprises locales afin de leur faire connaître le cœur du festival notamment par le biais du club Défi Haute Saintonge et de son président Xavier Corbi. Nous avons besoin d’elles pour l’avenir du festival et nous devons les convaincre que le Free Music est une vraie vitrine de réussite, de dynamique locale et un moment de rencontre amical et professionnel. Nous travaillons sur la qualité d’accueil des entreprises grâce notamment au BNIC cette année en développant le concept de club So Free.
D’un point de vue financier, nous avons équilibré notre budget mais sans avoir un résultat très bénéficiaire en raison des coûts d’installation technique autour du lac. Il est important pour nous de trouver d’autres ressources dès 2012 pour financer les aménagements nécessaires à l’amélioration du site.

Yael Naim, l'une des têtes d'affiche du festival 2011 (photo Nicole Bertin)

Avez-vous déjà une idée du plateau 2012 ? Quels sont les groupes que vous aimeriez recevoir à Montendre City ?

Il est trop tôt pour le dire, mais j’y travaille et j’ai toujours des rêves plein la tête. Je prends des contacts et j’ai de nombreuses envies, mais il est difficile aujourd’hui de savoir si tel ou tel artiste sera disponible pour la prochaine édition. Ce qu’on peut dire, c’est que le festival aura lieu les 29 et 30 juin 2012 en raison du calendrier chargé des événements régionaux. Je vais aussi proposer un temps de présentation pour la Rock School afin de mettre en avant le travail journalier de l’association A'Donf sur l’aspect éducatif.

Ambiance au festival 2011 !

Charles de Gaulle en Charente
et en Charente-Maritime


• Le livre de Christian Genet


S’il est un ouvrage qu’il faut se procurer, c’est bien celui-là ! Depuis longtemps, Christian Genet a habitué ses lecteurs à revivre l’histoire à travers cartes postales et photographies. Légendés avec pertinence et précision, ces témoignages apportent un éclairage sur certaines époques rendues plus vivantes par les illustrations.

Son dernier livre sur Charles de Gaulle conduit le lecteur dans une période finalement récente. A Jonzac, nombreux se souviennent encore de la visite officielle qu’effectua le célèbre Général en 1963. « Le pays charentais semble avoir été un lieu d’accueil privilégié pour Charles de Gaulle. Celui-ci est venu huit fois dans les deux Charentes. D’abord durant la Grande Guerre, en 1914 et 1915, comme simple officier d’infanterie, blessé au combat et tenu d’accomplir sa convalescence dans un hôpital militaire de Cognac. Ses lettres à sa mère témoignent de son passage dans cette ville opulente et propre » souligne l’auteur.

De Gaulle semble avoir pris goût à notre région : « Premier résistant de France en juin 1940, puis chef du Gouvernement provisoire de la République Française, le Général de Gaulle, dès son retour en France à la Libération, fait ses premiers déplacements en province. Le 18 septembre 1944, il se rend à Saintes pour s’entretenir avec les chefs des troupes FFI qui combattent encore devant les poches allemandes de Royan et La  Rochelle. Quand la position fortifiée de Royan sera réduite victorieusement, de Gaulle reviendra dans cette région pour féliciter les vainqueurs au cours de la grandiose revue des Mathes du 22 avril 1945.

A Jonzac, on frôle la dévotion !

Puis c’est au tour de La  Rochelle d’être libérée. Le port de La Pallice, de nouveau ouvert au trafic maritime, est visité par l’illustre Général le 13 juillet 1945. Quelques mois plus tard, le chef du Gouvernement démissionne et se retire des affaires de l’État. Durant la “traversée du désert“ qui va durer jusqu’à son retour au pouvoir en 1958, les Charentais accueillent encore De Gaulle deux fois : le 23 juillet 1948 pour des cérémonies d’inauguration qu’il préside à Angoulême et La  Rochelle et le 18 février 1950 lors de réunions privées organisées par le parti gaulliste RPF à Fouras et Gond-Pontouvre. Enfin, devenu Président de la Vème République, il entreprend un voyage de trois jours dans les deux Charentes qu’il parcourt entièrement du 12 au 14  juin 1963, s’arrêtant dans 43 villes et villages pour rencontrer les habitants et leur parler de la France » raconte Christian Genet.

À chaque déplacement, la foule venait en grand nombre. Christian Genet a eu la chance de retrouver moult documents qui permettent de remonter le temps et de faire partager l’immense popularité de cet homme d’État.

Ce bel ouvrage, publié aux éditions la Caillerie, est en vente dans toutes les librairies. Ne vous en privez pas ! Félicitations à Christian Genet qui poursuit inlassablement ses recherches avec opiniâtreté et talent.

À l’entrée du château de Jonzac, le Chef de l’État est accueilli, entre deux haies de porte-drapeaux des associations patriotiques locales, par le maire et conseiller général Henri Chat Locussol, ceint de son écharpe tricolore, tandis qu’une jeune fille en tenue saintongeaise, Micheline Caduceau, lui remet une gerbe de fleurs aux couleurs nationales.

Plusieurs milliers de personnes sont groupées sur l’esplanade du château de Jonzac sous les tilleuls et jusqu’aux immeubles de la rue James Sclafer. Les enfants des écoles, avec leurs maîtres, apparaissent à gauche du podium dressé devant le donjon. À droite, dans l’enceinte réservée se sont réunis les maires et les conseillers municipaux de l’arrondissement ainsi que d’anciens résistants. Sur le podium, décoré aux angles de drapeaux tricolores, le Président de Gaulle a pris place avec le maire de Jonzac à ses côtés. Son discours est surtout à caractère politique, évoquant les tâches qui s’imposent à la France. Le Général quitte Jonzac à 11 h 50 pour se rendre à Pons, s’arrêtant aux villages de Clam, Marignac et Avy où des fillettes en tenue folklorique lui offrent des bouquets de fleurs des champs.

Saint Thomas de Conac :
Le monde hyperréaliste
de Christian Raignier


Depuis toujours, Christian Raignier aime dessiner. 
Son talent, il le consacre en peinture à l’hyperréalisme. Début septembre, il a présenté à la Nauline une rétrospective de son travail depuis vingt ans. Un voyage dans le temps ponctué de coups de cœur…

La campagne saintongeaise ressemble à une aquarelle. Passé Mirambeau, chaque village a sorti ses plus beaux atours. Inespéré, l’été indien rehausse la terre de Haute Saintonge d’une palette ensoleillée. Le long de l’estuaire, il y a d’abord Saint-Bonnet et le pôle nature de Vitrezay ; Saint-Sorlin dont le clocher prend des airs de Toscane ; la grande maison des cognacs Castelnau dans le virage puis Saint-Thomas qui affiche une quiétude paresseuse, loin des fougues de Jacques Roux, ce “curé rouge“ qui harangua les foules à la Révolution.

La maison qu’habite Christian Raignier fut-elle contemporaine de cette période agitée ? Peut-être après tout ? « Elle existait déjà au XVIIIe » souligne son propriétaire. Loin des événements qui ont ponctué l’histoire locale, Il a transformé l’ancienne ferme en une maison accueillante aux allures méditerranéennes. On s’y rend en empruntant un chemin de terre qui serpente sur le flanc du coteau. Nichée dans la vallée, à l’abri des regards indiscrets, “la Nauline“ convient parfaitement à un amoureux de la nature qui consacre sa vie professionnelle à l’architecture et ses loisirs à l’expression artistique.

Ce tableau de Royan se trouve dans le bureau du député maire, Didier Quentin

De Saint-Thomas à Montmartre

« Ma première exposition remonte aux années 1980. C’était à Saint-Bonnet » se souvient Christian Raignier. Ses tout débuts. Enfin presque puisque l’envie de dessiner remonte à l’enfance. « Je ne sais pas d’où me vient cette attirance. Dans ma famille, personne n’avait de dispositions particulières ».

Dès l’âge de trois ou quatre ans, il remarque une scène de tauromachie qu’il dessine sous le regard admiratif de ses parents. Plus tard, à 20 ans, alors qu’une fracture à la cheville le cloue au lit, il occupe son temps libre en reproduisant des peintures de maîtres : « j’avais demandé à ma mère de m’apporter des gouaches. Je me suis lancé ». En 1985, au Salon des Arts de Cognac, il obtient le prix du public. Encourageante, cette reconnaissance l’incite à continuer.
Dessinateur en architecture pour des cabinets privés avant de se mettre à son compte, « à 40 ans à Saint-Thomas », il manie aussi bien le crayon que le pinceau.
Des projets de constructions à la création, l’espace est pétri d’une intime et même conviction. Celle de l’esthétique.

Le château de Saint-Thomas tel qu'il devait être au temps de sa splendeur, d'après les plans de Claude Masse, architecte militaire de Louis XIV. Aujourd'hui, ne subsistent que des vestiges.

Sa passion pour la peinture l’attire toujours plus loin. Ce qu’il aime ? Traduire la réalité, au-delà des apparences, en l’habillant d’un voile de poésie. Il y a belle lurette qu’il a abandonné ses gouaches pour l’huile qui apporte, selon la source inspirée, touches de lumière ou d’obscurité. Chaque tableau est un coin d’intimité, un détail révélé, un moment donné, un baiser à la dérobée.

Tableaux exposés dans le bar restaurant le Saint-Thomas

Sa dernière exposition, début septembre, regroupait vingt ans de travail. De nombreux visiteurs ont répondu à l’invitation, heureux de découvrir l’évolution d’un homme qui dévoile son univers avec pudeur. Paysages, ruelles, scènes de la vie comme la grande avenue de Royan qui orne actuellement le bureau du député maire, Didier Quentin : ce fut un succès.
Grâce à Facebook où ses amis sont nombreux, Christian Raignier a élargi son cercle de connaissances. Sur la toile, il échange ses impressions avec des artistes du monde entier : « ils sont très accessibles. C’est une chance ».

Une toile de Christian Raignier

Son prochain thème pourrait bien être Montmartre : « Je compte réaliser plusieurs tableaux dans ce quartier, à partir de la boulangerie qui monte au Sacré-Cœur ». La présentation pourrait avoir lieu début 2013 dans une galerie parisienne « seul ou en collectif ». Cette année-là, il proposera un autre rendez-vous à Saint-Thomas, « dans sa région, pour les gens qui apprécient son travail et ceux qui ne le connaissent pas encore ».
On ne change pas une commune qui gagne à être connue, surtout quand l’un de ses habitants la met aussi généreusement en valeur !
N.B.


Ambiance artistique à La Nauline...

• Une table à découvrir, Le Saint-Thomas


Chez Philomène et Bill, un couple d’Ecossais installé à Saint-Thomas, plusieurs toiles de Christian Raignier sont exposées dans la salle du restaurant situé dans le bourg. À déguster les bons petits plats de Philomène ! Le restaurant est ouvert tous les jours sauf le dimanche soir et le lundi. Tél. 05 46 86 04 45.

La soprano Gaëlle Arquez
reçoit le grand prix
de l’Académie de Saintonge


Dernièrement, Saintes a accueilli la cérémonie annuelle de remise des prix de l’Académie de Saintonge. Quatorze ont été distribués pour des œuvres diverses et variées. Le grand prix a été remis à une artiste dont la valeur n’a pas attendu le nombre des années. Par son talent et sa grâce, la soprano Gaëlle Arquez, originaire de Saintes, a illuminé la séance !


C’est maintenant une institution. Chaque premier dimanche d’octobre, l’Académie de Saintonge décerne ses prix lors d’une cérémonie qui attire un nombreux public. Le 2 octobre dernier, la salle Saintonge grouillait d’une joyeuse animation, signe évident de la bonne santé et de la vivacité de l’Académie ! Bien sûr, il y avait des absents dont la disparition cause un vide profond : Jean Glénisson qui fut directeur de cette assemblée, Pauline Reverchon, historienne bien connue à Cognac et l’artiste Michel Danglade qui faisait danser ses lecteurs sur les mers du monde. Nous ne les oublions pas.

Dans son discours, Marie Dominique Montel leur dédia une histoire, celle des cinéastes de la Nouvelle Vague dont le père spirituel n’était autre qu’un Rochelais, André Bazin, l’un des plus grands critiques du cinéma du XXe siècle. « Une espèce de saint en casquette de velours » glissait François Truffaut à son sujet. Il avait rédigé une proposition de film dont le texte a été publié après son décès. S’intitulant « Les églises romanes de Saintonge », il y est fait mention du chanoine Tonnellier et de François de Chasseloup Laubat. Deux personnalités chères à la Saintonge.
Pourquoi ce thème ? Parce le caractère exceptionnel de ces édifices viendrait d’une grande connivence avec les paysages et avec l’humanité, « cette harmonie ancestrale où la vie rurale paraît poursuivre avec l’église une amitié si vieille. Nulle part mieux qu’ici, l’esprit et l’art n’entretiennent avec la géographie et les hommes de relation aussi nécessaire et naturelle » écrivait-il. Un beau clin d’œil à un homme talentueux dont le député maire de Royan, Didier Quentin, ignorait les origines charentaises maritimes !
Ce film pourrait-il voir le jour ? Après tout, pourquoi pas… « En couleur, tout un champ d’observation serait offert par les harmonies admirables de la pierre saintongeaise » soulignait avec justesse André Bazin…

Suzanne lui a ouvert la voie…

Cette année, le grand prix de l’académie a été décerné à la charmante soprano Gaëlle Arquez, chanteuse lyrique au futur prometteur, qui fit ses premiers pas dans la cité santone. Ému, Alain Michaud dressa les grandes lignes de sa “jeune“ carrière :


« Après des débuts aussi étonnamment rapides que brillants, la jeune Gaëlle Arquez s’affirme d’ores et déjà comme une cantatrice de talent. Ce dont ne peut que s’enorgueillir notre région qui l’a vu naître sur les bords de la Charente. Son parcours est éloquent. Elle étudie très tôt solfège et piano au Conservatoire municipal de la ville de Saintes où elle découvre, adolescente, le chant lyrique. À Poitiers, elle qui désire avant tout chanter, entame par prudence une licence de musicologie, puis réussit le délicat concours d’entrée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris. De 2005 à 2009, elle suit les cours du cycle supérieur en chant du Conservatoire sous la direction de professeurs américains tels que Peggy Bouveret, Malcolm Walter, Peter Weiss.

Alain Michaud et Gaëlle Arquez

Elle y décroche le prix de chant. Lauréate de nombreux concours en 2003, 2007, 2009 - prix de chant Pierre Bernac à l’Académie internationale Maurice Ravel à Saint-Jean-de-Luz, du Wigmore hall Independant Opera voice fellowship de Londres - elle ne cesse de multiplier les succès. Elle interprète entre autres les rôles titres de “L’enfant et les sortilèges“ de Ravel, de “La petite renarde rusée“ à l’opéra de Rouen, de Reims et au théâtre de Liège, la partition de soprano solo dans le “Requiem de Fauré“ à Bologne (sous la direction de Guillaume Connesson), de “la Messe en ut mineur“ de Mozart à l’église Saint-Etienne du Mont de Paris (direction de Raphaël Pichon), du “Stabat mater“ de Pergolèse. Les opéras de Mozart lui offrent de beaux rôles : elle est Zerlina dans Don Giovanni, Dorabella dans Cosi fan tutte. Parallèlement, elle multiplie les Master Class au Danemark, en Crète, à Paris, à Londres. En 2011, elle est nominée aux Victoires de la musique classique en “révélation lyrique“. Son agenda 2011-2013 est riche d’engagements : les opéras de Bordeaux, Versailles, Besançon, Lille, Paris, le Wigmore hall de Londres, témoignent de son haut niveau et déjà de sa renommée. À son répertoire, des auteurs prestigieux, Rameau, Vivaldi, Mozart, Cherubini, Massenet, Verdi. Mais sa palette est large : spécialisée dans le XVIIIe  siècle baroque, elle a interprété également Debussy ou Messiaen. Une bien belle carrière s’ouvre à elle qui n’a que 28 ans : c’est à l’unanimité que l’Académie de Saintonge lui a voté son grand prix ».

Gäelle sous le regard admiratif de Dominique Montel et Alain Quella-Villeger

En duo avec le pianiste Guillaume Corti, Gaëlle Arquez interpréta le chant de Rosine, extrait du Barbier de Séville. Sa fraîcheur et sa spontanéité furent saluées par une gerbe d’applaudissements. Suivirent quelques confidences. Elle n’oublie pas son premier rôle, Suzanne dans Les noces de Figaro, que lui avait donné son professeur de chant Martine Postel : « En décembre, je vais le reprendre à l’opéra d’Avignon. Ce personnage m’a ouvert la voie » dit-elle, avant de remercier Marie Dominique Montel et les membres de l’Académie de Saintonge.

La suite du palmarès

Mickaël Augeron distingué par Marc Seguin et le Père Samoride

D’autres personnalités furent distinguées : Prix Champlain à Mickaël Augeron pour l’ensemble de ses travaux et la direction de l’ouvrage “Les Huguenots et l’Atlantique“ ; Prix de la ville de Royan à Brigitte Colle-Lindenau et Didier-Michel Colus pour “August Hampel : J’occupais Royan (1943-45)“ aux éditions du Croit Vif.

Prix de la ville de Royan à Brigitte Colle-Lindenau et Didier-Michel Colus remis par Jacques Bouineau

Prix de l’agglomération Royan Atlantique au Festival Plein Sud de Cozes ; Prix de la Mer/Aquarium La Rochelle à Anne Renault, voilière à l’ancienne de Fouras ; Prix Dangibeaud à Nicolas Ménin “La Rochelle au XIXe siècle“ ; Prix Madeleine Labruyère à Jean-Marc Chailloleau pour ses récits-spectacles et le Théâtre d’ardoise d’Oléron ; Prix de la Ville de Saintes : Abbaye de Fontdouce ; Prix de la Ville de Saint-Jean d’Angély à Jacques Barinet pour ses films et particulièrement celui sur la tempête Xynthia ; Prix Jacques et Marie-Jeanne Badois à Gabriel Magne, Moulin de Narrat, écomusée à Saint-Maigrin ; Prix Cognac Chabasse : Georges Charpentier, sculpteur ; Prix de la Ville de Rochefort à Arnaud Dautricourt et Ariane Leandri pour l’exposition La mer à l’encre à la Corderie Royale ; Prix de la Haute-Saintonge à Nicolas Champ « La religion dans l’espace public au XIXe siècle en Charente-inférieure », Fédération historique du Sud-Ouest ; Prix du Patrimoine (Commissaires priseurs de La Rochelle) à Jean-Luc Terradillos, Actualités Poitou-Charentes.

Le député maire de Royan, Didier Quentin, ne rate aucune cérémonie annuelle de l'Académie de Saintonge ! Cette année, on notait la présence du nouveau sous-préfet de Saintes, Thierry Tesson.

La séance se termina par un hommage vibrant rendu par Marc Seguin à Jean Glénisson. À Jonzac, la disparition de cet érudit, fondateur « d’une véritable école de Jonzac » et qui dirigea l’Université d’Été, a été cruellement ressentie  : que la médiathèque de Haute Saintonge porte son nom serait une heureuse initiative. Par ailleurs, son buste, sculpté par Jack Bouyer, pourrait rejoindre la galerie des personnages exposés au cloître des carmes.

Au deuxième rang à gauche, Gabriel Magne, propriétaire du Moulin de Narrat à Saint Maigrin, a reçu le prix Jacques et Marie-Jeanne Badois, château de la Roche-Courbon, nouvellement créé.

Selon la tradition, le verre de l’amitié clôtura ce panorama de la vie culturelle. Il était servi sous les arcades du cloître Saint Pierre grâce à l’aimable complicité du père Samoride.

(Photos Nicole Bertin)