lundi 28 septembre 2026

Jonzac : Pierre-Jean Ravet, l'ami des rivières et des pêcheurs, donne son nom à la Maison de la pêche

En février dernier, c'est avec tristesse qu'une foule immense conduisait Pierre-Jean Ravet à sa dernière demeure. La nouvelle de sa disparition avait provoqué une onde de choc dans les rangs du conseil municipal dont il était adjoint, chez les pêcheurs et dans la population. « C’est un monument de la vie municipale qui nous quitte » remarquait alors le maire Christophe Cabri. 

Samedi dernier, la Ville a honoré sa mémoire en donnant le nom de "Pierre-Jean Ravet" à la Maison de la pêche, rue des Pierrières. Ainsi, il restera parmi nous, près de la Seugne où les pêcheurs tendent leurs lignes, dans cette maison qui est leur "point central", dans le frémissement des feuilles quand souffle le vent, dans les reflets de l'eau, dans les sentiers où randonnent les promeneurs, dans les herbes et fleurs aquatiques. Ainsi, s'écrit le souvenir. La présence invisible... 

Gilles Brichet, président de la Gaule Jonzacaise, et Christophe Cabri, maire de Jonzac

• Portrait d'un homme engagé pour la protection de l'environnement 

A Jonzac, qui ne connaissait pas Pierre-Jean Ravet ? Grand, charpenté, regard franc et franc-parler, il était l’homme des rivières, de la Gaule jonzacaise, de la protection de l’environnement. Ayant grandi en bordure de Seugne, dans l’ancien moulin du Pont de Pierre, le milieu aquatique lui était familier. La faune, la flore, les brochets, les goujons, les libellules, les nénuphars, il tutoyait tout cet écosystème pour l’avoir maintes fois observé. L’été, quand l’eau diminuait dans le lit des rivières et que se pratiquait massivement l’irrigation, il tirait la sonnette d’alarme et arrivait, les joues rouges - signe de mécontentement et d'engagement - au journal La Haute Saintonge où son copain Bernard Lévêque, directeur du titre à l’époque, rapportait ses arguments en faveur d’un juste équilibre entre producteurs de maïs et écologistes. Il était ainsi, Pierre Jean, toujours prêt à transmettre la voix de la nature à ceux qui voulaient l’écouter et la respecter.

Un engagement de plus de 40 ans

Dans ces conditions, rejoindre le conseil municipal de Jonzac coulait de source. Conseiller municipal à partir de 1983, il devient adjoint de Claude Belot en septembre 1992, après le décès de Gilbert Cessac. Cet « enfant de Jonzac » quitte alors la gauche, dont il est issu, pour suivre Claude Belot qui lui confie la commission de l’environnement. 

En 2008, dans une interview, il explique ses nombreuses missions : « Au départ, j’ai travaillé sur la nouvelle station d’épuration en binôme avec Gilbert Cessac. Ensuite, mon éventail d’activités s’est élargi. J’ai participé à différentes commissions et siégé dans les syndicats de rivières, Seugne amont et Seugne moyenne, sans oublier la gestion de l’eau dans la commune, le pluvial en centre ville, la gestion des inondations, les forages, le suivi du travail des fermiers, Régie des eaux, assainissement, nouveaux contrats d’affermage. J’ai fait partie de la commission qui a porté le casino sur ses fonts baptismaux et accompagné Claude Belot dans les démarches. En ce qui concerne les berges de rivières, j’ai contribué à la création de brigades d’entretien. Durant mon premier mandat d’adjoint, j’étais délégué de la ville de Jonzac à la CDCHS, chargé du patrimoine naturel. Avec les chargés de mission, nous avons créé le plan d’eau de Soubran et le coteau aux orchidées de Saint-Maurice de Tavernole avec M. Fouquet et Gilles Guéral. La création du moulin de chez Bret, qui a nécessité l’organisation d’une cinquantaine de réunions, m’a beaucoup intéressé, de même que la réalisation du centre de loisirs et de la halte-garderie. Deux cents mètres de berges ont vu le jour au plan d’eau d’Heurtebise en utilisant une méthode écologique, le génie végétal. Il s’agit de conforter les berges avec des végétaux. La réfection des berges entre le moulin de chez Bret et le centre ville a été faite. Au sein d’une commission, nous avons planché sur le projet d’aménagement allant du moulin de chez Bret au centre ville. Nous avons enfin résolu le problème de pollution à la distillerie du Cluzelet. Tout le monde disait qu’il n’y avait pas de problème, mais cette pollution perdurait. On s’est finalement aperçu que les réseaux pluviaux étaient défectueux. J’ai aussi participé au SPANC (Service pour l’assainissement non collectif). La régie nouvellement créée consiste à conseiller, contrôler et gérer les assainissements non collectifs. Enfin, être adjoint à l’environnement, c’est une diversité de tâches à effectuer : entretien des espaces verts par la brigade verte municipale, piégeage des ragondins sur les berges de la ville avec création d’un emploi à cet effet, ramassage des excréments canins, volonté d’enterrer les bacs à ordures sur la place de la République pour un meilleur environnement, gestion sanitaire des arbres en bordure de rues, renégociation à la baisse des nouveaux tarifs de l’assainissement avec la CGE ». Bref, il n’a pas le temps de s’ennuyer ! 

S’y ajoute la présidence de la Gaule Jonzacaise : « Étant pour la défense des milieux aquatiques, je préside cette association et je suis vice-président de la Fédération départementale de la pêche où nous veillons à la gestion de l’eau et à la protection de l’environnement. En 2007, une pluviométrie correcte nous a permis de passer les caps difficiles, même si nous avons eu vingt kilomètres d’assec sur les cours d’eau ».

Au fil des élections, il conserve son siège au conseil municipal. Ses fonctions restent les mêmes et il s’y emploie avec sérieux et détermination. 

En octobre 2017, avec Christian Balout et Maïté Auboin Hannoyer, Pierre-Jean Ravet reçoit la médaille d’honneur régionale, départementale et communale pour son implication dans la vie locale lors d’une sympathique manifestation organisée dans la salle des mariages par Claude Belot.  En avril 2019, toujours après le conseil municipal, il est une nouvelle fois décoré (avec Gilles Clavel et Maïté Auboin Hannoyer) pour ses bons et loyaux services. A cette occasion, Claude Belot rappelle les liens qui l’unissent à la famille Ravet : « Je connaissais bien tes parents, commerçants rue des Carmes et je partageais avec ton père une même passion pour l'aviation ». Dans son allocution, Pierre-Jean fait sourire ses collègues en expliquant pourquoi il a d'abord appartenu à une liste de gauche : « les casse-croûtes y étant plus abondants que dans les rangs de la droite »…  dont il avait collé les affiches à une époque !

En 2020, Pierre-Jean Ravet rejoint Christophe Cabri, élu maire. Il est nommé... adjoint à l’environnement. En octobre de la même année, des tensions apparaissent avec Claude Belot (premier adjoint) au sujet de l’atlas de la biodiversité. Querelles ordinaires de la vie publique ! 

Malheureusement, peu à peu, l’état de santé de Pierre-Jean Ravet décline et on ne le verra plus guère en public. Sa dernière apparition est l’inauguration du châtelet de Jonzac en 2025. A ceux qui viennent le saluer, il annonce avec clarté et courage « mes jours sont comptés », ajoutant « la ville me manque ».

Il a lutté jusqu’au bout, quittant ce monde en février 2026. Juste avant les Municipales. Que Jonzac lui rende hommage est une belle preuve d'affection et de respect.

Le dévoilement de la plaque (©GM)

L'inauguration samedi matin (©GM)

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