mercredi 2 septembre 2026

Jonzac : libérée le 1er septembre 1944, la ville ne fut totalement sécurisée que quelques jours plus tard…

Mardi 1er septembre, la ville de Jonzac et les associations patriotiques ont célébré la libération de Jonzac. Prise et reprise, la ville fut libérée le 1er septembre 1944, mais ce n’est qu’à partir du 4 septembre que le secteur fut totalement sécurisé. Retour sur ces événements de la Seconde Guerre mondiale

Dès le 3 juin 1944, des messages codés annonçaient l’imminence du débarquement et mettaient en alerte les forces françaises de l’intérieur FFI ou FTP (francs tireurs et partisans) de toutes obédiences politiques et incitaient les groupes armés à se préparer au combat, à entraver au maximum les déplacements ennemis, à couper les voies de communication, les réseaux téléphoniques afin que les Allemands ne puissent acheminer les renforts vers la zone des combats. 

Le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie donna le signal du soulèvement. Trois semaines plus tard à Jonzac, le 30 juin, Pierre Ruibet et Claude Gatineau faisaient sauter les carrières d’Heurtebise. Ailleurs, les Forces Françaises de l’Intérieur, de plus en plus actives depuis trois semaines, menaient des coups de main sur l’ensemble du territoire contre les occupants allemands. Une partie de la garnison allemande avait quitté Jonzac le 25 août 1944. Néanmoins 130 hommes gardaient encore les carrières d’Heurtebise dans lesquelles des munitions non détruites pouvaient alimenter la garnison allemande de Royan qui protégeait l’estuaire de la Gironde. 

Le 30 août, après avoir libéré Barbezieux, les soldats de différents groupes composant la colonne « Soulé » apprennent que Jonzac est toujours défendue par les Allemands. Le 31 août, elle se met en position autour de Jonzac. La prise des carrières devient « l’objectif numéro un », mais devant Heurtebise se trouve un important réseau de barbelés et de mines. Quatre blockhaus armés de mitrailleuses en protègent les entrées.

Parmi les FFI ayant libéré Jonzac, le capitaine Murray dont le groupe appartenait
à la colonne Soulé venant des Hautes Pyrénées

Maquisards (archives)

Le 1er septembre à 16 heures, le colonel Soulé propose une reddition pure et simple aux Allemands. Ils refusent. L’assaut est donné à 18 heures avec le renfort des résistants jonzacais placés sous l’autorité de l’adjudant de gendarmerie Georges Bernard. Un canon positionné par le « Groupe Pierre » sur les hauteurs du Cluzelet, à proximité du château d’eau, neutralise les nids de mitrailleuses qui interdisent l’entrée des carrières. Un groupe de « Corps Francs » du capitaine Murray pénètre dans les carrières par la cheminée d’aération et prend l’ennemi à revers. Ce puits d’aération est toujours visible sur la route d’Ozillac à une centaine de mètres au-dessus de la résidence des Vignes. Les soldats ennemis se rendent. Les résistants font 130 prisonniers dont 5 officiers. Parmi ces prisonniers, se trouvent des « volontaires russes, géorgiens, ukrainiens » qui seront employés dès le lendemain au déminage du site. 

Soldats allemands faits prisonniers par les FFI (archives)


Le 3 septembre, une colonne allemande venue de Royan et forte de deux à trois cents hommes tente de reprendre Jonzac en arrivant par Archiac, Allas-Champagne et Meux. Des combats ont lieu vers la « Font de Pépignon » à proximité de l’ancienne gare de Champagnac. Les Allemands sont repoussés et repartent. Le résistant Henri Guillon est tué. Une stèle, souvenir de ces évènements tragiques, porte son nom. 

La libération de Jonzac (archives)

Le 1er septembre, Jonzac était définitivement libérée, mais au prix de lourds sacrifices. Durant ces combats qui permirent la capture de 227 prisonniers allemands, on dénombrait 16 victimes dans les rangs des FFI dont un jeune résistant espagnol Damaso Gomes venu se battre aux côtés des Français. Témoignage de l’histoire, l’actuelle Avenue du Général de Gaulle s’appelait à l’époque Avenue du Maréchal Pétain. 

Cérémonie au monument aux morts : le maire René Gautret et le conseil municipal
honorent les libérateurs de Jonzac


• A proximité de Jonzac :

A Saint-Simon de Bordes, dans la clairière des Hillairets, un monument a été érigé à l’emplacement où furent exécutés le 27 juillet 1944 les résistants René Suberbielle, Marcel Danger, Noël Boileau, Léon Renaud, Robert Bordier. L’église de St-Simon porte encore les traces d’impacts de combats qui se sont déroulés à proximité. 

• « L’affaire de Marignac » : Le 20 août 44, craignant des représailles sur la population civile, Londres incite les Français à ne pas emprunter les routes principales encore sous contrôle allemand et de s’abstenir de démonstrations au passage des colonnes allemandes en retraite. 

Le 21 août 44 au matin, venant de Pons, 7 hommes du groupe « Danton » se dirigent vers Jonzac à bord d’un camion. Sur le bord de la route, des soldats allemands font signe au chauffeur de s’arrêter. Le conducteur n’obéit pas aux injonctions. Les Allemands tirent, faisant 6 blessés et un seul homme reste valide. Tous sont achevés ou fusillés à la sortie de Marignac. 

Un monument à leur mémoire se trouve au bord de l'axe Jonzac/Pons, sur le chemin qui conduit au château Gibeau. Dans le marbre, sont gravés les noms de Roland Arrouy, Max Barré, Roland Charruaud, Maximin Schleipfer, Noël Couilleau, René Girardeau et Maurice Rabaud, martyrisés et exécutés le 21 août 1944. Hasard malheureux, dénonciation ? Nul ne sait pourquoi des soldats allemands se trouvaient à cet endroit. A l’époque, seuls les véhicules de ravitaillement étaient autorisés à circuler de jour uniquement. L’arrivée d’un véhicule à bord duquel se trouvaient plusieurs passagers a sans doute paru suspecte aux Allemands, rendus très nerveux par les nombreuses actions des résistants qui les harcelaient sur l’ensemble du territoire. 

Début 1944, l’abbé Hémeraud, curé d’Ozillac, a formé le groupe de résistance « Ozillac ». Dépourvu d’armes, il fusionnera en mai avec celui de Manuel Serra constitué à Jonzac, devenant le groupe « Bob ». 

A Montendre, le groupe « la Bruyère » serait le plus important de la région avec 350 membres disposant de mitrailleuses, fusils-mitrailleurs, pistolets-mitrailleurs, fusils, 2 lance-roquettes antichar et un canon de 77 pris aux Allemands. 

A Barbezieux, les 24 et 25 août, des Allemands ont tiré sur des « terroristes ». A la suite de cet incident, la municipalité lance un appel à la prudence : « La population ne doit se trouver, ni de jour ni de nuit, sur le passage des troupes ». Dans ces détachements, se trouvent des soldats fatigués, harcelés par les maquisards et probablement alcoolisés qui tirent sur tout ce qui bouge. Un canon cible les façades d’immeubles et le restaurant « La Boule d’Or ». Plusieurs personnes sont abattues sur le seul motif de leur présence. Barbezieux est libéré le 30 août 1944 au matin. 

• Hommage à ceux qui ont donné leur vie pour la liberté

• Les photos reproduites viennent de différents ouvrages : « La libération des deux Charentes », Soldats en sabots de Christian Genet, photos archives « studio Dubroca » de Jonzac et « Mémoires en images de Jonzac et son canton » de James Pitaud. Recherches historiques de Daniel Salmon.

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