Le dossier concernant les nouveaux investissements envisagés à Montendre (Terra Aventura scénographié) par la Communauté de Communes de Haute-Saintonge suscite des réactions à une époque de restrictions budgétaires dans le pays. Le maire de Lonzac, Raphaël Gérard, répond à nos questions :
• Mercredi dernier, les membres de la CDCHS ont voté le projet d'un Terra Aventura scénographié à Montendre. Vous vous êtes prononcé contre. Quelles en sont les raisons ?
Si j'ai voté contre le projet de création d'un parcours Terra Aventura de nouvelle génération sur le site de feu le parc Mysterra de Montendre, ce n'est ni par idéologie, ni par refus de tenter ce qui peut encore l'être de ce qui fut un cuisant et fort coûteux échec. Seul contre tous, j'ai voté contre parce que l'insuffisance du dossier est patente. Aucun maître d'ouvrage n'engagerait pareille dépense sans disposer a minima d'une étude économique solide. Mais la CDCHS semble incapable de tirer les enseignements du passé. Est-ce l'expression d'un inconscient collectif qui voudrait faire table rase de l'héritage de Claude Belot ou ne s'agit-il que d'un modus vivendi qui me semble désormais prévaloir dans la gouvernance de notre Communauté de Communes ? Après la gabegie dont on peine à connaître le coût réel de ce qui devait être un parcours « totalement innovant », le gouffre de Mysterra irait de 6 millions d'euros à 12 millions selon les sources et selon que l'on retient ou non les subventions qui, rappelons-le, restent de l'argent public.
Mercredi dernier, le dernier conseil communautaire a décidé de rallonger la facture d'un bon million supplémentaire, options et TVA comprises. Le fondement de cette décision votée dans une relative, mais habituelle passivité, semble solide : certains de nos vice-présidents, des maires « connaissent des gens qui sont des inconditionnels de Terra Aventura ». Voilà qui rassure ! J'ai d'ailleurs bien connu moi-même des aficionados du jeu de quête Pokémon Go ! dont l'enthousiasme débordant a duré au moins six mois...
• Les parcours Terra Aventura remportent un beau succès en France. Vos préoccupations semblent plutôt se situer dans l'investissement financier de la CDCHS ?
En effet, je reconnais sans difficulté qu'il y a un public fidèle pour ces parcours généralement bien ficelés et ludiques pour un public familial nonobstant le cas de Montendre, où nous parlons d'une « nouvelle génération » de parcours avec l'introduction « d'une scénographie » dont personne ne sait dire si elle séduira le public.
Christophe Cabri, le président, affirme qu'il faut savoir prendre des risques, une manière comme une autre d'imposer une décision. Mais est-il raisonnable, dans une période où l'argent public fait si cruellement défaut, de se lancer dans une dépense aussi conséquente qui repose sur la seule promesse d'hypothétiques retombées économiques sur le secteur de Montendre et du sud du département ? Si l'Office Intercommunautaire du Tourisme doit avoir une vision précise des capacités d'hébergement du territoire, ont-elles seulement été confrontées à la réalité des paniers moyens de la communauté des adeptes du jeu sur les parcours classiques ? La réponse semble être non parce que ce parcours est « totalement innovant ». Nous nous en contenterons donc. Connaît-on la sociologie des publics de Terra Aventura ? On peut l'espérer, mais elle ne figure pas au dossier. Seule certitude, la CDCHS se lie pour une durée de 7 ans au Comité Régional du Tourisme, sans aucune garantie de succès de ce nouveau concept. Cette durée interroge à l'heure de l'Intelligence artificielle qui, tous les six mois, apporte son lot de bouleversements technologiques. En moins de 3 ans, le dispositif pourrait-il être obsolète ? Pour parfaire le tableau, le coût annuel, si le parc est un succès, s'élève à plus de 111 000 euros (frais de fonctionnement du site pour 78 000 euros + 33 000 euros de redevance et de maintenance du parcours par le CRT).
• Que pensez-vous de la nouvelle gouvernance de la CDCHS, c'est-à-dire de la succession Belot ?
Nous savons que le Président Belot a laissé des caisses bien garnies au moment de son retrait de la vie publique. Est-ce une raison pour se lancer dans une entreprise nouvelle au motif que « de toutes les façons, ça ne pourra pas être pire que le puits sans fond de Mysterra » ? Mon avis est que non.
Au-delà de cette décision elle-même, une autre question se pose : celle de la continuité de la méthode. Malgré les discours enjôleurs, les propositions toujours en suspens de pacte de gouvernance, des commissions de travail qui ne se sont pas réunies, on peine à percevoir le changement de gouvernance tant promis. La commission tourisme aurait dû être le lieu du débat légitime du sujet Terra Aventura, plutôt que la plénière. Encore eût-il fallu la réunir !
Si la méthode a pu faire ses preuves avec un homme de la trempe de Claude Belot, fin politique, capable de construire une vision et une ambition pour le territoire et de s'y tenir mordicus, aujourd'hui la vision stratégique, si elle existe, me semble difficilement lisible. Le Conseil Communautaire veut-il rester une simple chambre d'enregistrement de décisions pour le moins erratiques ? ».
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