lundi 18 mai 2009

Questions à Hervé Morin, ministre de la Défense


De passage à Saint Aigulin, Hervé Morin a répondu à nos questions

Mourir en Afghanistan : de nombreux Français ne comprennent pas que des soldats puissent perdre la vie au Proche-Orient...

On constate qu’il y a de moins en moins de compréhension de ce qu’est la culture militaire. Pour les militaires, c’est totalement dans le contrat. Leur métier est un engagement, une vocation qu’ils accomplissent avec passion et générosité. Ils savent que ce métier n’est pas comme les autres et qu’il peut les conduire à la mort, au sacrifice suprême. Ce sentiment est totalement intégré dans la communauté militaire. Cela n’empêche pas de tout mettre en œuvre pour assurer leur sécurité en déployant des moyens importants.
Cependant, il est vrai que les Français, ne côtoyant pas la communauté militaire, font part d’une certaine incompréhension face aux événements.

Après le décès des soldats français, en août 2008, le manque de moyens a été souligné. Le ministère de la Défense a-t-il tenu compte de ces observations ?

Nous avons augmenté un certain nombre d’équipements, mais vous pourrez déployer tous les moyens technologiques de la terre, drones, hélicoptères, matériels de surveillance, vous n’empêcherez pas la surprise d’un guet-apens dans la montagne avec des hommes qui attendent cachés...

Il y a huit ans que les forces de l’Otan sont en Afghanistan. Or, loin de se réduire, la présence des Talibans, repoussés vers les zones tribales, se trouve renforcée au Pakistan. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

En Afghanistan, nous assurons la lutte contre le terrorisme en redonnant les conditions de la paix à la population. De plus, se joue en Afghanistan un élément majeur pour notre propre sécurité à travers la stabilité de cette partie du monde. Il ne faut pas oublier qu’à proximité, se trouvent l’Iran et le Pakistan, pays où l’on observe une montée des Talibans. Notre présence dans cette partie du monde se justifie pleinement car les Talibans veulent reprendre l’Afghanistan qu’ils ont perdu en 2001.
En Afghanistan, notre action est également humanitaire. Le nombre d’enfants scolarisés est passé de 900 000 à six millions dont 1,5 million de filles. Il n’y en avait aucune, il y a huit ans...

Où en est le projet de regroupement du Ministère de la Défense sur le site de Balard ?

Les états-majors et des administrations centrales seront effectivement réunis sur un seul site, à Balard dans le XVe arrondissement. Nous ferons un geste architectural majeur. Pour nous, cet aménagement sera le moyen de travailler plus collectivement puisqu’il suffira, par exemple, aux chefs d’état-major de l’Armée de Terre de franchir un couloir pour entrer dans les services de l’Armée de l’Air. Le travail sera collégial et, de plus, ce regroupement permettra des économies de fonctionnement sur les états majors centraux.
Environ 10 000 personnels militaires et civils seront réunis au final sur la totalité du site, y compris l’actuelle Cité de l’Air.


Hervé Morin : « Je suis maire d’un village et je sais ce qu’est appartenir à une communauté. Dans la vie d’un homme, il y a des cicatrices profondes. Parmi elles, se trouvent les dix soldats morts en Afghanistan en août 2008. Je pense aussi à l’accompagnement des familles, leur peine, leur douleur, leur révolte. Nul ne peut être indifférent ».

26 soldats français morts en Afghanistan :


Avec le décès d’un caporal du 27e bataillon de chasseurs alpins (27e BCA) tué par un tir de roquette dans l’Est de l’Afghanistan, le nombre de soldats français morts en Afghanistan est de 26 depuis l’arrivée des premiers contingents, en janvier 2002.
La France compte 2 800 soldats dans cette partie du monde, déployés au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité de l’Otan.

dimanche 17 mai 2009

Hervé Morin, ministre de la Défense, à Saint Aigulin : Damien Buil était un homme valeureux et courageux


Vendredi après-midi, le ministre de la Défense, Hervé Morin, a dévoilé à Saint Aigulin une plaque en l’honneur du sergent Damien Buil, mort en Afghanistan en août dernier.

Ce fut une cérémonie émouvante. En effet, vendredi 8 mai, anniversaire qui marque la fin de la seconde Guerre Mondiale, la commune de Saint Aigulin et son maire, Alain Chiron, avaient choisi d’honorer l’enfant du pays, Damien Buil, qu’un sort cruel a arraché aux siens l’été dernier. Militaire au 8e RPIMa de Castres, il est mort en Afghanistan, victime d’un guet apens qui a tué dix soldats. Personne n’a compris et les questions ont fusé : Que fait la France au Proche Orient ? Quels enjeux poursuit-elle ? Les explications, voilées par le “secret défense“, manquent souvent, mais la souffrance des proches, elle, est bien réelle.


Lors des funérailles nationales, Hervé Morin, ministre de la Défense, avait proposé à la famille Buil de venir en son “pays“, le sud de la Charente-Maritime, rendre hommage à Damien.
Il a tenu promesse et vendredi dernier, il a rejoint les responsables civils et militaires devant le monument aux morts de Saint Aigulin.


C’est là que fut dévoilée la plaque gravée en l’honneur de Damien.

Afin que le souvenir ne s’éteigne jamais. Deux de ses camarades, Laurent Dubois et Stéphane Bezack, lui rendirent un vibrant hommage et les yeux s’embuèrent tant leurs paroles émouvantes touchèrent les cœurs. Puis ce fut le ministre lui-même qui rappela les conditions dans lesquelles il a succombé : « il était 15 h 45 quand le feu est parti des crêtes. Durant le combat, le comportement du sergent Buil a été exemplaire ». Ayant participé à des missions en Macédoine, Gabon, Sénégal, Nouvelle Calédonie, Côte d’Ivoire, « il incarne la bravoure, l’honneur, la compétence ».


« Cela fait presque deux ans que je suis ministre de la Défense. On a beau être un homme politique, on est un homme comme les autres. On a un frère, on a des parents, on a une femme et je partage profondément la peine des familles endeuillées. Je veux dire à Jean-François et Chantal que la France a perdu un fils elle aussi ; à Marc, que son frère est tombé entouré de ses frères d’armes ; à Aurore qui élève seule ses enfants qu’elle a une responsabilité, celle de leur dire que leur père était un homme valeureux, courageux, fier de son métier » dit-il.
Et de conclure par cette situation de Malraux : « le tombeau des héros est le cœur des vivants »...






Photo 1 : Le 8e RPMIa de Castres

Photo 2 : Jean Claude Beaulieu, député, et le Colonel Rames

Photo 3 : Hervé Morin et Aurore Buil, l’épouse de Damien.

Photo 4 : Les personnalités devant le Monument aux morts : Alain Chiron, maire de Saint Aigulin, le colonel Christian Rames, Hervé Morin, Dominique Bussereau, M. et Mme Buil, Henri Masse, préfet, Aurore Buil et Marc Buil, le frère de Damien.

Photo 5 : L'hommage des camarades de Damien

Photos 6 et 7 : dépôt de gerbes et plaque commémorative

Photo 8 : Le discours d'Hervé Morin

Photos 9, 10, 11 : Un public recueilli

Photo 12 : Aurore Buil et Hervé Morin dévoilent la plaque en hommage à Damien

Photo 13 : Pendant le vin d'honneur

Photo 14 : départ du ministre de l'aéroport de Saint Aigulin (le stade !).

Proche-Orient : Le royaume de l’insolence ?


Le poids des maux, le choc du pavot : le conflit qui agite le Proche-Orient depuis des années ne présage rien de bon. En effet, par-delà les intérêts particuliers (approvisionnement et acheminement du pétrole et du gaz), des cultures s’affrontent au nom de dieux qui n’ont rien demandé. Bien qu’étant issues du même livre, les religions musulmane, chrétienne et juive, entendent toutes les trois montrer la voie. Et la venue bienveillante du pape Benoît XVI à Bethléem ne changera rien aux rivalités...

Mais que diable les Français font-ils dans cette galère ? Les Scapin modernes se posent la question.
Dans les années 1980, la fournaise est née de l’invasion communiste en Afghanistan qui fut contrée, à l’initiative des Américains, par un front islamique allant du commandant Massoud aux Talibans.
On aurait pu croire l’incendie éteint. C’était oublier la guerre civile qui allait opposer les Tadjiks de Massoud aux terribles Pachtounes. L’Occident crut alors que la victoire des modérés lui permettrait de contrôler ce pays sur lequel il comptait pour assurer ses débouchés pétroliers. En vain. Il fallut donc aller plus loin.
L’Irak envahi, les Américains croyaient-ils, comme les Croisés dans le passé, qu’il suffisait d’apparaître pour impressionner l’adversaire ?
Au XIIe siècle, il s’agissait de délivrer le tombeau du Christ. Si le but était officiellement pieu, les intérêts étaient à peine voilés. C’est à cette époque que furent créés les quatre états latins d’Orient (ou principautés chrétiennes), pris à l’ennemi arabe : le comté d’Edesse, la principauté d’Antioche, le comté de Tripoli et le royaume de Jérusalem qui s’étendait des montagnes du Liban au désert du Sinaï. Evidemment, les réjouissances ne durèrent qu’un temps et les conquérants durent lever le camp.

En observant les événements actuels, le passé apparaît en filigrane. La greffe israélienne, en plein pays musulman, est de plus en plus douloureuse. Et pour les Palestiniens, et pour les Israéliens car personne ne peut être satisfait d’une telle situation.
Que les enfants de l’Oncle Sam aient voulu renforcer leur position dans cette région et surtout maîtriser les gisements énergétiques au Proche-Orient est évident. Bush a alors recherché de fausses armes de destruction massive chez Saddam Hussein pour prétexter l’invasion. Il a liquidé le parti baasiste laïc pour mettre en place une autorité chiite. Un éléphant dans un magasin de porcelaine !
Situé à proximité, l’Iran a résisté, malgré l’embargo. L’ancienne terre de Darius possède trop de richesses en son sous-sol pour plier l’échine. En rétablissant le dialogue, Barack Obama montre qu’il connaît la géopolitique...

Ces territoires n’en restent pas moins instables et l’avancée des Talibans au Pakistan prouve que ce mouvement n’a rien perdu de sa vigueur. Chassés d’Afghanistan (où de jeunes soldats, comme Damien Buil, trouvent la mort à des milliers de kilomètres de leur pays), ces extrémistes religieux - comparables aux inquisiteurs catholiques - mènent la rébellion. Ils en ont les moyens.
L’Afghanistan, pays parmi les plus pauvres, est le premier exportateur de drogues au monde, dont la valeur de revente est estimée à 60 milliards de dollars américains. Les revenus réels pour l’Afghanistan ne représentent qu’une fraction de ce montant, mais elle est suffisante pour acheter des armes. Selon une enquête récente, 15 % de la population participent à la culture du pavot à opium, sans compter plus de 500 000 travailleurs et un nombre indéterminé de trafiquants, chefs de guerre et fonctionnaires.

A ce rythme, la guérilla peut continuer au nom de dieux suprêmes et salvateurs que les hommes entraînent insidieusement dans leur crépuscule.
Si les pays occidentaux, dont la France, font des efforts louables pour moderniser l’Afghanistan, une réalité saute aux yeux. Nos actions y sont certes généreuses, mais elles se heurtent à une autre conception de l’existence. On ne chasse pas d’un revers de la main des siècles de traditions. Les Anglais le savent bien. Au début du XIXème siècle, le Chah de Kaboul déclarait qu’il était plus facile de s’emparer de l’Afghanistan que de le garder. Les Anglais baptisèrent alors ce pays « le royaume de l’insolence ».

Dans le contexte actuel, les textes sacrés, gardiens de nos civilisations, s’inclinent devant les forces armées. Les bombes se substituent aux versets et les kalachnikovs aux chapelets. « Guerre : Le merveilleux de cette entreprise infernale, c’est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d’aller exterminer son prochain » écrivait Voltaire dans son “Dictionnaire philosophique“. A méditer...

Photo 1 : Les forces françaises en Afghanistan.
La France apporte son soutien à l’Afghanistan : Protection des habitants, création de l’Institut médical français pour l’enfant à Kaboul, relance de la filière cotonnière, éducation dont l’enseignement du français à l’université, réhabilitation des infrastructures, développement de l’économie, du patrimoine culturel.

Photo 2 : Damien Buil, soldat français mort en Afghanistan en août 2008

Xavier de Roux : « Afghanistan : on gagne rarement contre une guérilla bien organisée »…


Président du groupe France Iran à l’Assemblée Nationale pendant près de dix ans, Xavier de Roux, maire de Chaniers et avocat international, connaît bien la situation générale au Proche-Orient. En France, il fait partie de ceux qui croient que l’Iran offre des perspectives intéressantes aux investisseurs européens.
Seul problème (et de taille), les déclarations sur Israël du président ultraconservateur, Mahmoud Ahmadinejad, ont jeté un froid sérieux sur les relations entre les deux pays.

Xavier de Roux répond à nos questions



Les forces de l’Otan sont engagées depuis plusieurs années en Afghanistan. Quels sont les enjeux de cette intervention qui est mal comprise des Français ?


L’opération militaire conduite en Afghanistan avait pour objet d’appréhender Ben Laden et les auteurs des attentats du 11 septembre.
Le premier effet de l’opération militaire a été de renverser le régime taliban en place à Kaboul et d’y installer l’actuel gouvernement. L’action occidentale devait être non pas simplement militaire, mais également humanitaire et économique. On y a bien construit des hôpitaux, notamment avec l’aide de l’Aga Khan.
Malheureusement, la corruption endémique et le fait que les paysans n’aient pas d’autres débouchés que la culture du pavot ont empêché l’émergence d’un plan cohérent de développement régional. Au milieu de cela, les populations, prises en otage par la guérilla, ont payé un lourd tribut. Une fois de plus, elles sont confrontées à des Occidentaux qui ne sont pas de leur culture, et qui succèdent à d’autres envahisseurs puisque la guerre précédente se déroulait avec les Russes.
Le seul effet a été de repousser les Talibans dans les zones tribales pakistanaises, ce qui se traduit actuellement par un affrontement entre l’armée pakistanaise et les Talibans.
Il est sans doute trop tôt pour dire comment cette affaire se terminera. Si la présence occidentale en Afghanistan ne permet pas, à travers une paix établie, de trouver un développement économique et humanitaire, nous serons à l’évidence face à un nouveau drame.
L’OTAN joue là avec le feu. En effet, son corps expéditionnaire n’est pas suffisamment étoffé pour tenir un pays aussi difficile et dangereux. Or, les opinions publiques ne sont pas prêtes à augmenter les contingents. D’ailleurs, depuis toutes nos expériences de décolonisation, nous savons que l’on gagne rarement contre une guérilla bien organisée et surtout ancrée dans la population. C’est malheureusement la tournure que prennent les événements.
Actuellement, l’opération afghane semble dans une impasse puisque le Pakistan est entraîné dans la guerre et que les troupes de l’Otan n’obtiennent pas les succès escomptés.

Nous assistons actuellement à une déstabilisation du Pakistan, puissance nucléaire, par le mouvement taliban largement instrumentalisé par Ben Laden, alors que de nombreux observateurs attendaient l’Iran. Que se passe-t-il dans cette région du monde où vous venez d’effectuer un déplacement ?

De l'Europe, la grille de lecture des affaires du Moyen-Orient se fait très largement à travers le point de vue ou la propagande israélienne. Il y a effectivement soixante ans que le Proche-Orient est « déstabilisé » par cette dernière tentative de colonisation européenne. Ceci étant, penser qu’il y a un front islamiste qui se heurterait à l’Occident chrétien est un leurre. Le voyage du Pape en est largement la preuve.
L’Afghanistan a effectivement servi de refuge et de base arrière au mouvement de Ben Laden, lui-même inspiré par le wahhabisme saoudien. C’est cette rencontre frontale avec les Etats-Unis qui entraîna le drame du 11 septembre. N’oublions pas que les Etats-Unis avaient cru intelligent de se servir de l’islam wahhabite contre le matérialisme marxiste de l’Union Soviétique. C’est ainsi que les services spéciaux pakistanais ont soutenu la guérilla afghane pachtoune contre les Russes alors que les Iraniens étaient plutôt derrière le commandant Massoud qui était lui-même tadjik.
Les Etats-Unis ont également appuyé des mouvements musulmans en Bosnie et au Kosovo, c’était la mode ! Seulement l’islam n’a pas besoin des Etats-Unis et très vite, la politique américaine au Proche-Orient, largement inspirée par Israël, a conduit à un affrontement majeur, la guerre d’Irak.
C’est un paradoxe puisque Saddam Hussein venait du parti baas, le parti socialiste laïc, qui a également le pouvoir en Syrie. Or, l’Irak était la force militaire la plus importante du monde arabe. C’est pour cette raison que les USA l’avaient lancée contre l’Iran pendant la guerre de huit ans qui s’acheva par une victoire iranienne.
Encore une fois, on attendait l’Iran sur le front nucléaire et l’on trouve le Pakistan qui, lui, possède un armement atomique complet et opérationnel : si ce pays vient à tomber aux mains des Talibans, il peut devenir le leader du monde musulman.
Actuellement, où sont les intérêts de l’Iran puisqu’il ne possède pas encore l’arme atomique ?
L’Iran, comme le Pakistan et la Turquie, sont aujourd’hui les trois grandes puissances du Proche Orient. Aucun de ces trois pays n’est arabe. L’Iran a une particularité, c’est le seul grand état chiite dans le mode musulman. Or, les Chiites semblaient condamnés à être les éternels minoritaires.
La posture prise le gouvernement iranien dans l’affaire libanaise et palestinienne, en aidant le Hezbollah et le Hamas, lui a donné une aura considérable dans le monde musulman. L’Iran a obtenu une sorte de leadership à travers une reconnaissance populaire, des rives du Maghreb aux confins de l’Inde.
Effectivement, l’Iran a prêté main forte au Hezbollah libanais et soutenu le Hamas alors que les états arabes restaient plutôt discrets dans cette affaire. La popularité du régime iranien dans le monde arabe découle directement de cet engagement. C’est un extraordinaire paradoxe puisque l’Iran n’est ni arabe, ni sunnite, si bien que dans la situation actuelle, Israël a besoin d’une prétendue menace iranienne pour continuer sa politique militaire tandis que l’Iran a besoin d’un conflit avec Israël, même virtuel, pour conserver sa position.
Nous en arrivons aux affaires du Pakistan qui peuvent complètement renverser la donne. Le Pakistan, en effet, compte 170 millions d’habitants et c’est une vraie puissance militaire. Des tensions existent avec l’Iran, notamment dans la région du Balochistan et pour l’Iran, l’Afghanistan est un phénomène déstabilisant.
N’oublions pas que les USA ont empêché l’Iran d’intervenir en Afghanistan après le massacre de la mission consulaire iranienne à Hérat et que la drogue afghane inonde notamment les marchés iraniens, situation qui irrite considérablement les autorités.

Aujourd’hui, on observe une amélioration des relations entre les Etats-Unis et l’Iran qui reste sous embargo. Que va faire la France ?

Le gouvernement Obama a parfaitement compris que géopolitiquement, la seule grande puissance locale capable d’apporter une certaine stabilité dans la région est l’Iran. C’est d’abord sa situation géographique et ensuite son histoire. Certes, l’actuel président iranien apparaît comme un véritable repoussoir et ses déclarations, notamment à Genève, ont été très mal perçues, y compris dans l’opinion iranienne.
De nouvelles élections ont lieu le 12 juin prochain. Il est extrêmement difficile de savoir qui l’emportera des utopistes au pouvoir ou des réalistes qui veulent mettre fin à l’embargo économique et rejoindre le concert des nations.
Il se passe en Iran une partie politique compliquée et la nouvelle administration américaine semble en avoir pris toute la mesure. La diplomatie française est plutôt moins réactive que celles de USA et de l’Allemagne, car plus dépendante de la vision israélienne de la région. Mais il est évident que la diplomatie occidentale, Europe et USA, est en train d’avoir un nouveau regard sur les conflits qui menacent la paix du monde depuis si longtemps. Les observateurs pensent qu’un changement global d’attitude est possible.

Quels intérêts économiques présente l’Iran pour la France ?

L’Iran est un pays grand comme trois fois la France et peuplé de 71 millions d’habitants. Il est potentiellement le deuxième producteur mondial de gaz, c’est donc une source alternative à la production russe, et le quatrième producteur mondial de pétrole. Le pays contrôle le détroit d’Ormuz au sud et la Caspienne au nord. Les pipelines passent nécessairement sur son territoire.
Il bénéficie en outre de productions agricoles, minières et industrielles diversifiées. C’est donc un grand partenaire économique et l’un des marchés émergents qui attirent les investisseurs internationaux. Ainsi, les voitures fabriquées en Iran sont principalement de marques Renault, Peugeot et Citroën et le groupe Total est probablement la société étrangère la plus importante dans ce pays.



L'info en plus :

Wahhabisme : doctrine de l’islam fondamental saoudien
Tadjiks : habitants de la partie Nord de l’Afghanistan
Pachtounes : Peuple du Sud Est de l’Afghanistan
Hezbollah : mouvement chiite libanais
Hamas : mouvement palestinien extrémiste
Balochistan : provinces de l’Est de l’Iran

Photo 1 : Xavier de Roux

Photo 2 : Avocat international, Xavier de Roux a fait une carrière politique en Charente Maritime (ici avec des élus de la région de Saintes dont l'ancien ministre de l'Intérieur de François Mitterrand, Philippe Marchand)

Avec Dominique Bussereau, Secrétaire d’État aux Transports et président du Conseil Général


• Régionales : Le charentais Henri de Richemont face à Ségolène Royal

• Charente Maritime : On cherche une femme...


Il y a un peu plus d’un an, Dominique Bussereau, secrétaire d’État aux Transports, prenait les rênes du département de la Charente-Maritime, succédant au sénateur maire de Jonzac, Claude Belot.
Il répond à nos questions



Le 7 juin prochain, les électeurs seront appelés à désigner les députés qui siégeront au Parlement européen. Or, ce scrutin semble peu les intéresser et la campagne est réduite à sa plus simple expression. Que compte faire l’UMP pour sensibiliser l’électorat ?

Le Parlement européen joue un rôle très important au point qu’aucune décision importante ne peut être prise sans travailler avec lui. Je l’ai constaté à mes différents ministères. Mais, paradoxe, les citoyens semblent assez peu intéressés par les élections européennes puisque d’après les sondages, les prévisions de participation seraient de l’ordre de 45 %. Il faut donc que chacun aille voter selon ses convictions parce qu’un parlementaire européen décide de notre vie quotidienne au même titre qu’un parlementaire français !
Récemment, l’UMP a présenté sa liste. Deux personnes y représentent la Charente-Maritime, le saintais Bruno Drapron, conseiller municipal du Nouveau Centre et Sylvie Marcilly, maire UMP de Fouras. Pour la région Ouest, la tête de liste est Christophe Béchu, jeune président du Département du Maine et Loire, aux côtés d’Elisabeth Morin, députée européenne sortante.
En Saintonge et Haute Saintonge, des réunions vont être organisées. Les candidats présenteront le programme UMP et défendront leurs idées. Le slogan retenu est : Quand l’Europe veut, elle le peut !
Pendant six mois, Nicolas Sarkozy a présidé l’Union Euro-péenne avec fermeté et détermination : on l’a vu sur la crise, la question géorgienne.
Ce qui manque à l’Europe est l’impulsion politique. Changer tous les six mois de pays à la présidence casse la dynamique, c’est pourquoi il faut très vite adopter le Traité de Lisbonne qui fixe une présidence longue.

Après les Européennes, suivront les Régionales en mars 2010. L’UMP a-t-elle choisi sa tête de liste face à Ségolène Royal ?

Il y a quelques semaines, les militants de l’UMP ont voté pour désigner leur chef de file, Henri de Richemont. Ancien sénateur de la Charente, il est avocat, maire d’Etagnac et chef du groupe de l’opposition au Conseil Régional.
Pour le Poitou-Charentes, il conduira les listes de l’UMP qui seront désignées dans chaque département.
Il reste maintenant à déterminer qui sera tête de liste en Charente-Maritime. Henri de Richemont souhaiterait que ce soit une femme intéressée par le mandat régional.
Avec Jean-Pierre Raffarin, nous avons également décidé de présenter des jeunes. Les listes de 2004 étaient composées de personnalités fortes et connues comme Bernadette Schmitt ou Roselyne Coutant.
Notre objectif est de mettre en place des gens de la génération des trente, quarante ans, passionnés par la vie publique. Ils auront un contrat régional, mais pourront briguer d’autres mandats ensuite, municipales, cantonales, législatives dans certains cas.
Nous faisons désormais partie des quinquas et je pense qu’il est nécessaire de préparer l’avenir !

Actuellement, on parle beaucoup du rapport Balladur et de la réforme sur les collectivités territoriales. A-t-on déjà quelques pistes ?

Il y effectivement des points qui ressortent. Les cellules de base que sont les communes ne devraient pas être touchées. Les structures intercommunales seront encouragées. Cela ne concerne pas la Haute Saintonge qui montre l’exemple dans ce domaine. Dans les territoires où n’existe pas de véritable intercommunalité, elle sera vivement conseillée. En Charente-Maritime, il y a encore des villages gaulois ! Il faudra aussi que les périmètres constitués soient suffisamment vastes pour concrétiser des projets.
Le rôle des départements ne devrait pas être remis en cause. Ils occupent une place importante dans l’économie, le social, l’aménagement du territoire. Les compétences entre Département et Région seront clarifiées.
Les Régions pourront fusionner si elles le souhaitent. Elles devront être davantage à l’échelle européenne, sur la base du volontariat. Imaginez une région qui s’étendrait du seuil du Poitou à la frontière espagnole : de par sa taille, elle parlerait à égalité avec la Catalogne ou le Piémont.
Sur cette réforme, Claude Belot conduit au Sénat le groupe de réflexion. Le projet de loi devrait être présenté avant l’été en conseil des ministres. A l’automne, il sera étudié au Sénat - puisque tout texte concernant les collectivités y est d’abord présenté - et à l’Assemblée Nationale.


Les projets du Ministère des Transports souffrent-ils de la période de récession ?

Le plan de relance a pris en compte la possibilité de créer de nouvelles infrastructures afin d’être opérationnel quand la reprise arrivera. Entre Tours et Bordeaux, le grand enjeu est la mise en service du TGV Sud Europe Atlantique avec une base de travaux à Clérac, importante pour l’économie du Sud Saintonge.
Le Conseil Général a désigné un interlocuteur, le général Peter qui est un spécialiste de la logistique. Il sera en contact avec les responsables du secteur, dont Guy Pasquet, maire de Clérac ou la CDCHS. Homme ouvert et compétent, le général Peter, que connaissent bien les Rochelais, sera le « Monsieur TGV en Haute Saintonge ».
Un autre chantier concerne les travaux de l’Etoile de Saintes. En Charente-Maritime, les grands projets gravitent largement autour du ferroviaire, sans compter la mise en œuvre, dans les années qui viennent, de l’aéroport départemental de Rochefort.
Prochainement, un colloque sera organisé au Conseil général sur cette question. Estimer le trafic permettra de bien situer l’ambition économique de cet aéroport.
S’y ajoute le port maritime de la Rochelle qui fait partie des sept grands ports nationaux. Sur la façade atlantique, grâce à ses facilités d’accès, il offre de nombreuses possibilités.

En mars 2008, vous avez été élu président du Conseil Général de Charente-Maritime. Un premier bilan, un an après...

Je suis la voie tracée par Claude Belot, partenaire des communes et initiateur des grands projets. J’y apporte ma touche personnelle qui est d’avoir un Conseil Général ouvert à la communication et faisant mieux connaître ses actions.
Nous avons mis en place des politiques nouvelles quant à la petite enfance ou l’aide aux établissements privés qui n’étaient pas dans les critères d’aides en Charente-Maritime.
Avec Daniel Laurent, nous avons lancé un grand plan routier charentais que nous sommes en train de mettre au point. Il fera l’objet de débats publics dans le département.
En ce qui concerne le tourisme, j’appuie les grands projets lancés par Claude Belot comme la Cité de l’huître, à Marennes, le Paléosite de Saint Césaire ou le circuit de la Génetouze.
Nous avons élaboré un budget entreprenant pour conduire une politique dynamique qui permettra de maintenir le plan d’investissement.
Il comporte malheureusement une petite augmentation d’impôts de 5,5 %. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’une partie importante de nos ressources vient des droits de mutation. Comme l’immobilier a subi une crise, ils sont en diminution.
Avec la crise, il faut savoir que certains départements ont “gelé“ de nombreuses aides. En cette période où il faut créer des emplois, nous avons estimé que nous devions, au contraire, appuyer les communes et développer les projets.
Au Conseil Général, l’ambiance est cordiale. L’opposition fait son travail, de manière courtoise et républicaine.
Je maintiens ce qu’était la politique de François Blaizot et de Claude Belot : le Département aide tous les projets, qu’ils viennent de la Rochelle, Rochefort, Royan ou Montguyon.
Il est normal que le Conseil Général compense les handicaps, mais il n’a pas à faire de préférence.
Il est présent sur tous les grands dossiers de villes et villages de Charente-Maritime.


Photo 1 : Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, est très présent sur le territoire de Haute Saintonge dont il a été député (sur cette photo, lors d'une remise de distinction à d'anciens élus)

Photo 2 : Il y a quelque temps, le Conseil Général recevait ses anciens présidents. On reconnaît Philippe Marchand aux côtés de Dominique Bussereau et de son père, venu pour l'occasion.

Photo 3 : Etre élu, c'est aller à la rencontre des citoyens (et des citoyennes) !