Jeudi dernier, l’Université d’été recevait Philippe Foubert, aéronaute. Le thème de sa conférence : La fabuleuse histoire des montgolfières de 1783 à nos jours. Actuellement, quatre montgolfières volent dans le ciel saintongeais aux couleurs du Conseil Départemental, des Antilles de Jonzac et de la Haute-Saintonge. Chacune de leur apparition provoque la curiosité du public, teintée d’une part de rêve. Quitter le monde d’en bas pour s’élever ? Une quête que les inventeurs ont poursuivie au fil des siècles avec des difficultés et de belles réussites à leur aboutissement. De vrais pionniers prêts à relever les défis et rompre avec les idées reçues. Le conférencier a détaillé les différentes étapes de cette longue histoire où figurent en bonne place les frères Montgolfier à l'époque de Louis XVI.
Pour en savoir plus sur les montgolfières, Philippe Foubert est l’auteur de trois ouvrages : Le guide pratique du pilote de montgolfière ; le guide du passager en montgolfière, l’essentiel pour bien préparer son baptême ; la méthode pédagogique du pilote de montgolfière, manuel théorique et pratique, parus aux éditions Cépaduès.
| Claude Belot, passionné d'aviation, présente Philippe Foubert |
Si j'avais les ailes d'un ange...
• Le rêve d’Icare : Dans la mythologie grecque, Icare veut s’échapper du labyrinthe. Il est alors doté d’ailes en cire et en plumes créées par son père Dédale. « Icare jouissait de sa puissance aérienne et, prenant de plus en plus d'altitude, se pensait l'égal des oiseaux. Mais, ne résistant pas à l'intense chaleur de l'astre, la cire de ses ailes se mit à fondre, et le jeune garçon fut précipité dans le vide avant de plonger dans la mer qui porte aujourd'hui son nom ».
• Les lanternes chinoises : On attribue l’invention de la lanterne volante à un personnage célèbre en Chine, Zhuge Liang. Dans le roman Les Trois Royaumes écrit au XIVe siècle qui fait partie des plus célèbres ouvrages de la littérature chinoise, Zhuge Liang est décrit comme « un génie, dont les stratagèmes sont si admirablement calculés qu’aucun être humain ne peut l’égaler ». Il aurait inventé le premier aéronef de l’histoire, la lanterne céleste, et l’aurait utilisée pour transmettre des signaux aux armées. D’après une autre version, il aurait fait voler des centaines de lanternes pour illuminer un ciel sombre et faire croire à ses ennemis, trop nombreux, qu’il s’agissait de guerriers venus du ciel. Il aurait alors profité de leur surprise pour les attaquer et capturer leur chef. Aujourd’hui, on parle de « ballon espion »…
• Une chemise auprès d’une cheminée…
Eurêka. Rue Saint-Etienne à Avignon, Joseph Montgolfier accroche sa chemise mouillée devant l’âtre et voilà qu’elle se gonfle sous l’effet de l’air chaud. Il renouvelle l’expérience avec succès. En novembre 1782, Joseph vient de découvrir le principe de l’aérostation. Il écrit à son frère Etienne : « Prépare promptement des provisions de taffetas, de cordages et tu verras l'une des choses les plus étonnantes du monde ». Une nouvelle voie s’ouvre.
• La montgolfière a été inventée par les frères Joseph-Michel Montgolfier (1740-1810) et Jacques-Étienne Montgolfier (1745-1799). Ils sont issus d’une famille de papetiers (inventeurs du papier vélin) établie à Annonay en Ardèche. Leur première démonstration publique se déroule le 4 juin 1783 sur la place des Cordeliers à Annonay, lors des Etats du Vivarais. Un ballon de 900 m3 s'élève à 1000 mètres pendant 10 minutes devant une nombreuse assistance. Le ballon brûle à l'atterrissage, mais les témoins attestent du vol. L'Académie des Sciences est avertie.
Ici a eu lieu le premier envol d’un ballon le 14 décembre 1782. « Les deux frères s'étaient assurés par une expérience très simple qu'une chaleur de 70 degrés suffisait à raréfier l'air de moitié dans un vaisseau fermé ; ils conçurent bientôt l'espérance de parvenir par ce moyen à remplir leurs vues ».
• Le Roi est informé et les expériences se poursuivent. Jacques Charles, professeur de physique à l'Ecole royale des mines, s’intéresse à l’hydrogène (obtenu en versant de l’acide vitriolique sur de la limaille de fer). Il fait fabriquer un petit ballon de 33 m3 (fait d'une étoffe de soie imperméabilisée par un vernis à base de caoutchouc) qui part du Champ de Mars et va jusqu’à Gonesse, soit 15 km. Apeurés, les témoins croient que la lune s’est décrochée et le curé du village maudit le ballon. Face aux découvertes, les croyances ont la vie dure…
• Concurrence : La compétition est lancée entre les frères Montgolfier et Charles. Le 19 septembre 1783 à Versailles, évènement avec un premier vol habité. Passagers, un mouton, un coq et un canard. Ils atterrissent sains et saufs à Vaucresson et sont offerts au jardin de la reine Marie-Antoinette.
• Le 21 novembre 1783, date historique. Jean-François Pilâtre de Rozier et François d'Arlandes, officier et marquis, montent à bord d'une montgolfière de 2 200 m2, haute de 23 mètres et richement décorée, depuis le château de la Muette dans l'ouest de Paris. Pendant 25 minutes, les deux hommes alimentent manuellement le feu de paille au cœur de la nacelle pour maintenir l'altitude. Ils traversent la Seine, survolent la capitale à environ |000 mètres et atterrissent à la Butte-aux-Cailles après 10 kilomètres de vol libre. La foule est admirative.
Extraits de leur conversation : C'est dans ce moment que M. Pilâtre me dit : Vous ne faites rien et nous ne montons guère. Je dis à mon brave compagnon : voilà une rivière qui est difficile à traverser ; Je le crois bien, me répondit-il, vous ne faites rien. C’est que je ne suis pas si fort que vous et que nous sommes bien.
Louis XVI, longtemps prudent par souci de la vie de ses sujets, apprend la nouvelle depuis Versailles. Le lendemain, l'Académie des Sciences lance une souscription pour frapper des médailles en l'honneur des frères Montgolfier et des premiers aéronautes.
• Pendant ce temps-là, Charles et les frères Robert fabriquent un ballon capable de porter deux personnes. Charles conçoit les appareillages qui équipent encore les ballons à gaz d'aujourd'hui : la nacelle en osier, la soupape, le filet et les suspentes, le pilotage au lest. Le 1er décembre 1783, le ballon à gaz gonflé à l'hydrogène s'envole avec Charles et Noël Robert du jardin des Tuileries. Il vole pendant deux heures et se pose à Nesles-la-Vallée après avoir parcouru 35 kilomètres.
• En 1784, Joseph Montgolfier embarque sept passagers lors du premier vol commercial de l'histoire, à Lyon.
• Le 23 juin 1784, le ballon « La Marie-Antoinette » s'élève devant le roi de France et celui de Suède, à Versailles, emmenant Pilâtre de Rozier et Joseph Louis Proust. Ils vont atteindre une altitude estimée de 3000 mètres. Après 45 minutes de vol, ils parcourent 52 km et se posent avant la forêt de Chantilly. Une fois à terre, le foyer brûle une partie du ballon.
• Le 7 janvier 1785, un ballon à gaz (gonflé à l'hydrogène), piloté par Jean-Pierre Blanchard et le duc de Jeffries, traverse la Manche dans le sens Angleterre-France. Le 15 juin 1885, Pilâtre de Rozier et Pierre Romain, profitant de vents favorables, s'envolent quant à eux de Boulogne sur Mer. Le ballon se dégonfle brusquement et ils s'écrasent au sol. Ils trouvent tous deux la mort.
Par la suite : Les montgolfières tombent peu à peu dans l’oubli car les débouchés sont rares. Au XIXème siècle, on en fait un usage militaire. Pendant le siège de Paris en 1870, 66 montgolfières quittent la capitale assiégée, transportant 168 personnes, 400 pigeons voyageurs et deux tonnes de courrier. Le ministre Léon Gambetta lui-même s'échappe par les airs.
• Architecte, Eugène Godard a la passion du ballon. Après avoir assisté au décollage d'un ballon libre à gaz, il construit sa première montgolfière qui ne décolle pas. À partir de 1846, il conçoit et lance à Paris avec succès plusieurs montgolfières. En 1847, il réalise sa toute première ascension libre en montgolfière et commence sa carrière professionnelle d'aéronaute-constructeur. De 1845 à 1890, Eugène Godard a construit environ 18 montgolfières et 50 ballons à gaz. Ayant exécuté environ 1500 ascensions dans une dizaine de pays, en Europe et aux USA, il est détenteur de plusieurs records du monde (altitude, distance, durée).
La montgolfière renaît après la Seconde Guerre mondiale grâce à l'enveloppe en nylon, légère et résistante, et le brûleur à propane.
En 1931, Auguste Piccard atteint la stratosphère dans une capsule pressurisée portée par un ballon. C'est finalement l'Américain Paul Ed Yost qui, dans les années 1960, met au point la montgolfière contemporaine telle qu'on la connaît aujourd'hui.
L'info en plus :
• Marc Seguin (1786-1875), inventeur des ponts suspendus à câbles et de la chaudière tubulaire (locomotive rapide), a été un élève assidu de son grand-oncle Joseph de Montgolfier. « C’est en 1800, j'avais alors quinze ans, que mon oncle Montgolfier dévoila devant moi le voile de l'erreur qui s'étendait sur le monde scientifique. Joseph seul a eu une dose de génie telle que, depuis Newton, il n'avait jamais existé d'homme qui put lui être comparé » disait-il de lui.
• Philippe Foubert est aéronaute et pilote instructeur à l’aéroclub de Jonzac Haute Saintonge. Breveté depuis 1987, il totalise plus de 3125 heures de vol sur de nombreux types de montgolfières et a participé à plus de 450 rassemblements de ballons. En 1995, à Paris, sa route croise celle du président du Conseil général, Claude Belot. Il accepte de piloter bénévolement la montgolfière Charente-Maritime jusqu’en 2009 avant de partir vers d’autres cieux, Québec, Europe, Canada. « Je suis devenu instructeur et Claude Belot l’a appris. Il cherchait un pilote pour la coupe d’Europe de 2013. Il m’a demandé de participer et d'encadrer un élève, Christophe Arnaud. C’est ainsi que l’histoire jonzacaise a commencé ». Dès lors, il assure la formation, les sorties et poursuit de nombreuses activités.
Parmi les vols qui l’ont le plus marqué, figure Fort Boyard : « j’ai été le premier à l’avoir tenté en 1996 et j’aimerais bien le refaire. Je suis resté un mois sur place pour deux heures de créneau, c’était très compliqué… La nacelle a touché l’eau, mais je suis parvenu à remonter ! ». Il se souvient également d’un atterrissage dans une réserve indienne aux États-Unis. Epique avec une issue heureuse ! Il y a aussi les Alpes, le décollage près du Mont Blanc, le Brésil à la frontière avec l’Argentine, le Sahara, etc. Une expérience professionnelle riche et variée.
Vous êtes tenté par un vol en montgolfière ? Se faire inscrire auprès de l’Aéro-club de Jonzac (Ph. Foubert 06 08 60 62 35) ou de l’office de tourisme de Jonzac 05 46 48 49 29.
| Et si le Père Noël arrivait en montgolfière ? |
• Caractéristiques : Les montgolfières de Jonzac ont des volumes de 3000, 2500 et 2000 m3. La surface en tissu nylon est de 1500 m2, l’ensemble est recouvert en polyuréthane afin d’assurer l’étanchéité. La nacelle est en osier ou en rotin en raison de leur souplesse. La vie d‘un ballon en vol libre est de 600/700 heures. Cette durée est réduite si l’utilisation est importante. L’enveloppe devient alors poreuse. Une montgolfière coûte environ 50.000 euros. L’autonomie des bouteilles (propane) est de deux heures et demie.
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