lundi 6 juillet 2026

Université d'été/Jonzac/Vauban : Aucune de ses citadelles n’a jamais été prise !

Jeudi, se tenait la première conférence de l’Université d’été. Devant un nombreux public (quelque 120 personnes), Alain d’Aulnay, descendant du Marquis de Vauban à qui il a consacré un ouvrage, a présenté la personnalité souvent méconnue de son aïeul. Un homme en avance sur son temps aux préoccupations sociales dans un monde qui s’en souciait assez peu… « Il était moderne par sa pensée, ses méthodes, sa vision de haut, de près et de loin, et son souci du détail. Il avait la passion du service de la France »

Vauban est connu pour ses œuvres de pierre qui ont protégé le « pré carré » de la France pendant au moins un siècle. Ses écrits et mémoires professionnels révèlent la même force intellectuelle et montrent un homme moderne, méthodique et courageux. Quelles qualités sous-tendent une telle personnalité, une telle énergie ? Comment les cerner ? Les témoignages de ses contemporains permettent de percer la citadelle Vauban sous certains angles, mais ses lettres, surtout, portent chacune des "signaux faibles" de réactions, de comportements, de sentiments qui mettent en lumière sa personnalité. En effet, ce que nous disons, faisons, écrivons, traduit notre nature et notre être. Vauban a rédigé plus de 15.000 lettres ! 

Pendant cinq ans, Alain d’Aulnay a détecté, assemblé et ordonné ces "signaux faibles" pour entrevoir l’homme secret et découvrir les ressorts de son âme. L’exposé présenté jeudi dans le cadre de l’Université d’été a permis de mieux comprendre son caractère, ses relations et sa motivation dominante : être utile.

Alain d'Aulnay, descendant de Vauban

Architecte militaire, ingénieur, Vauban est surtout connu pour ses citadelles et ses forts dont certains sont des fleurons de la Charente-Maritime (fort Lupin ou fort Louvois par exemple). Méthodique, il imagine une construction qui s’insère dans la géographie des lieux : « il ne fait rien sans regarder, observer ». Aucune de ses forteresses n’a jamais été prise et lui-même a fait preuve de courage, ayant été blessé sept fois au combat, dont un éclat au visage du à un tir de mousquet lors du siège de Douai. Dans son travail, il est perfectionniste : « Il s’occupe du détail et argumente toujours ses choix ». Curieux d’actualité et de connaissances, il fait venir des livres de l’étranger. 

On sait qu’il écrivait beaucoup et c’est précisément à travers ses échanges épistolaires qu’il est un témoin de son temps. Ils le dévoilent dans son intimité. Il sait prendre position et supporte difficilement la contradiction. Militairement, ce n'est pas une brute. Durant les sièges, il estime « qu'on ne bombarde pas une ville quand s'y trouvent des habitants » et « qu'on ne détruit pas une ville prise » (les plans sont précieux). 

Il préconise d’instaurer une dîme royale, impôt pour tous proportionnel à la richesse. Une attitude courageuse, voire provocatrice envers la noblesse, alors que la Révolution n’a pas eu lieu ! « Cette dîme peut être vue comme le résultat d'une contradiction entre l'amour du Roi et l'amour de la France ».

Dans le domaine religieux, il explique au Roi que « le départ des Protestants est une perte de compétences et de vitalité commerciale pour le pays ». En vain. Socialement, il est favorable au repos des travailleurs le dimanche « pour qu’ils puissent voir leurs familles » et se soucie du petit peuple « ce sont eux, vos soldats, il faut les protéger ». Pacifique, son cœur est à la paix. Louis XIV ayant engagé le pays dans cinq guerres durant son règne, on comprend sa lassitude. A sujet des galères, il observe que les rameurs ne peuvent aller que dans un sens. Il imagine alors un système pour qu’ils aient la possibilité de faire marche arrière. « Vauban aimait la mer et les marins, lui qui était né dans le Morvan ! ».

Plan de la citadelle de Saint-Martin de Ré en 1693

Il est aussi un protecteur de l'environnement, des forêts et des champs cultivés car si la guerre les anéantit, les paysans n’auront rien à manger. Inventif, il publie un manuel sur la construction d’un puits.

Dans ses relations, il est respectueux avec le Roi ; en bons termes avec Colbert ; tantôt bien, tantôt mal avec Louvois. Il n’apprécie pas d’Artagnan qui a contesté son autorité. Les courtisans de Versailles l'ignorent jusqu’au jour où, dans les salons, ils découvrent ses nombreuses qualités, infatigable serviteur et modèle d’humanité. Bâtisseur, esprit curieux, altruiste et bienveillant. Sa devise : être utile. Il devient alors Maréchal à 70 ans. Patience et longueur de temps !

Viennent les questions du public dont la plus amusante, qu’on doit à Denys Castelnau, est liée au passage de Vauban à Blaye et à sa galanterie. C’est une autre histoire, privée celle-ci ! 

En conclusion, parmi les hommes politiques et les grands serviteurs de l’Etat, qui serait Vauban aujourd’hui ? La question reste posée...


Ils ont dit de Vauban : 

• Le duc de Saint-Simon : C'était un homme de taille médiocre, assez trapu, qui avait fort l'air de guerre, mais en même temps un extérieur rustre et grossier, pour ne pas dire brutal et féroce. Il n'était rien moins ; jamais homme ne fut plus doux.

« Souvenez-vous de l'homme » Michel Houellebecq (son dernier opus)

Alain d’Aulnay a passé plus de 16 années dans la Marine Nationale et commandé un sous-marin en 1981-1982. Il a ensuite effectué une longue traversée dans l’industrie des télécommunications avec des responsabilités variées dans deux sociétés. Le conseil d’entreprises européennes a rempli ses 25 dernières années jusqu’à fin 2025. Descendant du Maréchal Le Prestre de Vauban, il est passionné par son aïeul.

Citadelles et réduits créés par Vauban : Lille, baptisée par Vauban lui-même la « Reine des citadelles » et son réduit, fort St Sauveur ; Arras. Sur les plans de Vauban, la citadelle fut surnommée "la belle inutile", la ville n’ayant plus connu de siège après sa construction ; réduit de Besançon (fort Griffon) ; Mont-Louis ; Strasbourg et ses réduits (fort Blanc et fort de Pierre) ; Saint-Martin de Ré, château de Belfort ; Villefranche-de-Conflent (fort Libéria) ; Briançon (Forts des Têtes, fort du Randouillet, fort Dauphin) ; Seyne-les-Alpes ; Entrevaux (fort Vauban) ; Nîmes (fort Vauban) ; Valenciennes ; Salins (fort St André) ; Mont-Royal (Allemagne) ; Tournai (Belgique) ; Louisbourg sur projet de Vauban (Canada).

• Citadelles remaniées ou complétées : Besançon, Belle-Île-en-Mer, citadelle souterraine de Verdun, Bayonne (monument historique), Bitche, Blaye, château de Saint-Malo, Château-d'Oléron, Alès (fort Vauban), Bayonne, château de Brest, Brouage, Calais, Cambrai, Bordeaux (Château Trompette), Dunkerque, Fouras (fort de Fouras), Gravelines, Nice, Port-Louis, Sisteron, Bouillon et Namur (Belgique), Casale, Verceil et Pignerol (Italie), Fort Carré (Antibes)

• 12 villes du Réseau des Sites majeurs de Vauban inscrites au Patrimoine mondial de l'Unesco : 

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