mercredi 8 juillet 2026

Mortagne : La foire de la Saint-Fiacre en patois !

Si vous aimez le patois saintongeais, vous allez vous régaler ! Cette foire de Mortagne a été publiée dans "Les Saisons Saintongeaises" de Pierre Jônain, dont une réédition est parue chez Geste Editions en 2009 (introduction, traduction et notes de Michel Gautier). La première publication remonte à 1878. Merci à Philippe Chevallier pour cet envoi qui nous replonge dans nos racines. Et maintenant, à vos traductions !

La Saint-Fiacre à Mortagne (archives 2019 © Nicole Bertin)

 A son Mortagne o yat in jhour de sacre,

L'avant-dernier jhour d'Août, la St-Fiacre,

Le vieux patron des maîtres jhardiniers,

Des billturit et autres voituriers ;

Cheu chi éventit in onguent que jhe n'ouse

Dire de quoi....., Dame ! ol est de la bouze.

O garit bin les poumiers les p'rniers,

Meis point les sot chi créyant trop de chouse.

Ichi d'ermite o y avait ine encllouse,

Feignants devots... serant-i' les d'reniers?

 

Cheu jhour, jh'alion chez noû braves mouniers.

La foire est bèle; on z'y prendroit la Rive

P'r Ghemozat, à St Jhean: o y arrive

P'r ève, p'r terre, en batas, en charriot,

Pot, pllat, assiette, ail, eignon de Medot

Et chllerce et vîme, et, en terre de tubble,

Des rossignols, des coucous que non subble,

En y mettant de l'ève.....ou donc  de l'eau;

Chélés drôlat zou aimant meux que chasublle,

Sans demander s'o vint de Chez Valeau.

Yet charlatans, et  bounes aventures,

Trompes, violons, jhautbois, vezes, turlures,

P'r ghigoter tout le jhour et la neut.

P'r la cheusine, o vat dau meux qu'o peut:

Dau diablle si friquet et pèle et broche

Avant deux pieds dans la même galoche!

P'rtout o fume, o chauffe, o rime, o cheut.

Y at dau fricot, boeu, mouton, oueille, vache,

Poulet, canet, pirot, perot, à sache;

Y at dau poisson tout in sacaghe, aneut;

Y at dau ghibier, caille, p'rdrigheat, lièvre,

F'rmagh' de forme et f'rmaghe de chèvre,

De chez Moirou; dau vin bllanc, dau vin vieux;

Dam! i' flûtant, c'me monsieu's!

 

Jh'y ai c'neussut in bon vieux capitaine

De caboteur, chi embarquoit pas mal ;

Parloit t'rjhou de son fier Chénégal,

Fout' sac'rnon, ol étoit sa rengaine.

A quatre fille in bon père il étoit,

Lucy, Molly, Patty yet la Thoumase.

Aviant des cane et colas yet canet,

Chi dans l'étier pllonghiant jusqu'à la vase,

Ou même comblle, et que p'us ne voyoit

Rin que le chu de ses cane, i' brailloit:

Lucy, Molly, Patty, foute, et Thoumase,

Tous voû canet en pagail, en péril,

Fout' sac'rnon! Venez donc, diab' m'acrase!

I' s'en alant nigher p'r l' nambouril!

 

O vint enfin à la foire St Fiacre

Des masaguins point bin grands, mais point pouacre!

Coliers d'or, chaîne et crochet à cisas,

Bagues, choeur d'or, alliances, joncs, anas,

Et mérités p'r jhènes mariée.

Jhoset Chotard avec sa fiancée,

En compagné' de leû braves parents,

Achetiyant leû jhoyaux, bin contents.

Avec Bourquin, de Pons, fiyant affeire,

P'r vingt échus. Et mon billet, de creire

Qu'au grand jhameis fille n'avait porté

A son bounet in p'us vrai mérité.

• (l'absence d'accord au pluriel des noms, qui serait aujourd'hui une faute d'orthographe, se trouve comme tel dans le texte)

• Les Saisons Saintongeaises

Les 7 temps forts de la vie d'autrefois en Saintonge, à travers un classique de la littérature. Pierre Jônain s'est attelé, au cours de son œuvre, à décrire l'existence des paysans qui l'entouraient. Ses poèmes, rassemblés en sept grands chapitres, sont présentés comme un témoignage du monde agricole d'antan.
Le poète, passionné de son pays natal et de ses coutumes, retranscrit tout l'univers des ruraux du XIXème siècle : travaux aux champs, fêtes... 

Pierre Jônain, le « Virgile Saintongeais » 

Pierre Abraham Jônain, né en juillet 1799 à Gémozac et décédé en novembre 1884 à Royan, est un linguiste français patoisant. Il commence ses études à Pons, rejoint le collège de Saintes, fait une classe de philosophie à Bordeaux avant de poursuivre des études de droit à Poitiers. Il enseigne au collège de Saint-Yrieix, puis devient précepteur des deux fils d'une grande propriétaire à Cozes. Il s'installe à Frétard dans cette commune, en devient conseiller municipal et lieutenant de la garde nationale. On lui doit plusieurs publications dont le Dictionnaire de Patois Saintongeais publié en 1869. Une rue de Royan porte son nom.

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