jeudi 13 septembre 2018

Jean-Michel Méchain le bâtisseur : il a construit une chapelle en souvenir de Benoît d'Agonnay

Connaissez-vous des bâtisseurs de chapelle ? Des architectes qui conçoivent les plans d'édifices religieux sans doute, mais des passionnés qui mettent la main à la pâte sans demander un denier à la collectivité, ce n'est pas certain. Dans la région, deux noms s'imposent : Daniel Moulinet à Colombiers, près de Pons, et Jean-Michel Méchain sur la commune de Saint-Savinien. 
Rien ne prédestinait cet ancien colonel de gendarmerie à se transformer en maçon, tailleur et sculpteur de pierre. Et pourtant, durant des années, il a réalisé une chapelle, qu'on croirait millénaire, au milieu des bois. Cette œuvre, qu'il a entourée de toutes les attentions, attire de nombreux visiteurs. Elle est dédiée à Benoit d'Agonnay qui fit construire un lieu de culte, source d'inspiration - aujourd'hui détruit - à son retour des croisades. 

Les sculptures ont été réalisées par Jean-Michel Méchain
Des dédicaces qui sortent du cœur !
Retour sur cette aventure hors du commun :
C’est une  belle aventure que raconte Jean-Michel Méchain, colonel de gendarmerie à la retraite. Après avoir été en poste de la Guyane au Kosovo, il a posé ses valises à Saintes où il a renoué avec le passé. Ses racines familiales se trouvent en Saintonge, près de Saint-Savinien. « Quand j’étais enfant, mon père racontait qu’un souterrain partait du château d‘Agonnay pour rejoindre une mystérieuse chapelle » se souvient-il. De quoi susciter sa curiosité ! Il n’a jamais oublié cette histoire qui aurait pu disparaître dans les méandres du temps. En effet, après avoir fait Saint-Cyr, la vie s'est empressée de le conduire en d’autres lieux.

En 2008, quand il revient dans la cité santone, il est retraité. Voyons, que disait cette fameuse légende ? Il se met en quête du côté d’Agonnay, près de Saint-Savinien, commune où plusieurs parcelles portent le nom de “chapelle“. Pas de doute, elle a existé, mais il n’en reste rien. Au XIXe siècle, elle était en ruine. Où était-elle ? Il a bien une petite idée. Un jour de novembre, alors qu’il arpente un champ, une heureuse fortune le place face à un élément (une monnaie) qui l’intrigue. « Par la suite, j’y ai collecté des tessons de poterie blanche que j’ai montrés à Éric Normand, archéologue de la Drac. Il a fait une déclaration de découverte de site. La grande chapelle se trouvait là, sur un emplacement signalé par une sorte de tertre ».
Jean-Michel Méchain en est tout ému. Évidemment, il ne découvre aucun souterrain (le château d’Agonnay est trop éloigné), mais cet édifice dont lui parlait son aïeul est enfin localisé.

Les tout débuts de la construction il y a plusieurs années...
Et maintenant !
En souvenir de Benoit d'Agonnay
Une cloche a même été installée !
Le vœu de Benoît d’Agonnay

Jean-Michel Méchain se met alors en quête : Qui a fait construire ce monument ? « Je cherche activement » dit-il. Aux Archives, il consulte des documents intéressants et en arrive à la conclusion que Benoît d’Agonnay, envoyé par son suzerain Geoffroy de Rancon, seigneur de Taillebourg à la septième Croisade, en est le père fondateur. Fait prisonnier, il a fait un vœu à la Vierge Marie : « S’il survit et revoit sa terre natale, il fera construire une chapelle dans le secteur dit du Puy Gauthrel ». Dont acte. Édifiée vers 1255, elle est confiée aux moines du prieuré de Saint-Savin de Taillebourg, lequel dépend de l’Abbaye de Saint-Savin de Gartempe, près de Poitiers. Par la suite, le domaine, d’environ 85 ha, est ravagé par la guerre de Cent ans et les guerres de religion. Il finit ruiné. La mémoire s’estompe peu à peu.

C’est précisément parce qu’il est un ardent défenseur du patrimoine (il a créé à Saintes l'association ACMSantonum) que Jean-Michel Méchain veut sortir de l’ombre cette chapelle qui a connu ses heures de gloire. Pour y parvenir, il ravive la mémoire et acquiert un bois situé non loin de son emplacement initial (400 mètres environ). Son projet « ériger, à ses frais, une petite structure en souvenir du lieu de culte » devient peu à peu réalité au milieu de la clairière. Des mois et des mois de travail, quel que soit le temps ! Fondations, murs, sculptures, symboles, chapiteaux, vitraux... Dans le pays, l'initiative surprend avant de convaincre. 
« Les visiteurs viennent ici sans que je fasse la moindre publicité » souligne Jean-Michel Méchain. Certains s'assoient et méditent, d'autres posent des questions sur cette réalisation. Des objets religieux (Prie-Dieu, livre de messe, icône, etc) offerts à la chapelle l'ornent de bienveillance. Peu à peu, l'œuvre est devenue collective, ce qui fait à la fois sa richesse et sa force. 

Des dons ont été faits dont ce Prie-Dieu
Un abri en cas de pluie
Une tourelle, dernière réalisation en date
• Eté 2018... 
La chapelle « du Pied Gautru » est aujourd'hui terminée et Jean-Michel Méchain s'attache à peaufiner des structures extérieures, dont un abri en cas de pluie et une tourelle. Sept ans de travail sans outil électrique, tout à la main. Une tâche colossale et un engagement sans faille.
Le lieu, particulier, incite à la méditation. Retour aux sources où l'homme s'insère dans un ensemble. Le rêve du bâtisseur serait d'y organiser un concert de viole de gambe, soirée où seraient récités des poèmes. Une chœur de chant médiéval serait aussi du plus bel effet. Et pourquoi pas ?


De nombreux visiteurs viennent à la chapelle (ici l'ancien maire d'Agonnay). Jean-Michel Méchain a publié un ouvrage très documenté sur « le serment d’Agonnay 
et la chapelle de Pied Gautru ».

Le monde des bâtisseurs
 © Nicole Bertin

1 commentaire:

Sylvie Othilie a dit…

Bonjour, je découvre aujourd'hui et trouve cela formidable !
De la part de Sylvie Othilie / vernou sur Brenne