Avoir rendez-vous avec le patois, c'est retrouver ses origines rurales. Ouvrir la porte du temps et entendre à nouveau cet accent aux expressions truculentes et subtiles qui égayait les campagnes voici des décennies. Quand les "drôles" sortaient de l'école où la maîtresse s'appliquait à leur transmettre la bonne parole, ils rentraient à la ferme où ils écoutaient les grands-mères raconter des histoires tandis que les hommes aux champs arboraient leur vocabulaire gravitant autour des cultures, des battages ou de la vigne. Ces fameux "drôles" sont ainsi devenus bilingues sans même s'en apercevoir !
Le patois s'est peu à peu retiré quand l'Education Nationale, puis la télévision, ont fini par vaincre les dernières poches de résistance en imposant le français. Dans l'hexagone, il n'y a pas un patois, mais une multitude de dialectes, sans compter les vraies langues que sont le breton ou le basque. Le patois saintongeais, ce n'est pas parler "à pleine goule", comme des esprits étriqués l'ont dit avec un certain dédain, mais une palette extraordinaire de nuances et d'intonations. Prenez par exemple tous les verbes qui expriment simplement faire un bruit !
Depuis 1994, Les Durathieûrs d'Jhonzat perpétuent la tradition autour de René Ribéraud. Les vidéos qu'il réalise sont précieuses car elles seront les témoins d'une langue appelée à disparaître faute de combattants. Qui, parmi nos enfants, parlent aujourd'hui patois face aux réseaux sociaux et aux différents courants qui animent le territoire ? Comme pour le latin, les patois vont s'endormir et il est heureux que des associations leur donnent de la vivacité !
| La troupe des Durathieûrs d'Jhonzat |
La première question qui se pose quand on assiste à un spectacle des Durathieûrs est la suivante : Est-ce que je vais encore comprendre ? Eh bien oui, les mots reviennent et les répliques sont ainsi faites que le spectateur ne perd pas le fil. Dimanche était la dernière représentation de la saison au théâtre de Jonzac. Au programme, en première bufé, "La treu à Félici vat-à-soune espèce" d'Hélène Favroul. Scènes drôles de quiproquos entre le médecin et l'inséminatrice. En seconde bufé, Quêt-o qu'at fét thieû ? Un polar de René Ribéraud où le spectateur est appelé à trouver qui a bâzi Gustin, le mari de Kiârisse, empoisonné dans sa distillerie.
| Premièr partie : "La treu à Félici vat-à-soune espèce" |
| Seconde partie : Quêt-o qu'at fét thieû ? |
| Deux passionnés de théâtre patoisant, Gilbert et Claudy |
| Entracte en chanson (Vin blanc) |
• Pour mémoire, rappelons que parmi les "promoteurs " du patois saintongeais, le docteur Jean a écrit "La Mérine à Nastasie" dans les années 1900. Cette pièce a été présentée pour la première fois en mai 1902 au château de Mauléon à Rouffiac, puis au mois de décembre suivant à Paris, salle Landry. L'action tourne autour des amours d'Eutrope et de Nastasie. Dans le cadre de l'Université d'été de Jonzac (années 1980), Jean Glénisson, alors président de l'association, l'avait programmée avec les Buzotias.
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