Cette réplique, qu'aurait pu écrire le malicieux Molière dans Les Fourberies de Scapin, pourrait illustrer le parcours prometteur et semé d'embûches de l'ancien Directeur Général des Services de la CDCHS depuis son entrée en politique. La victoire annoncée aux Municipales n'a pas eu lieu malgré le soutien de dernière minute de Claude Belot, son ex-employeur. En briguant mardi la présidence de la Communauté de Communes face à Christophe Cabri et Raphaël Gérard, Jean-François Mougard savait-il qu'il ne serait pas élu ? Peut-être, mais il l'a fait parce qu'il a le sens des responsabilités. Devant un parterre d'édiles, il s'est présenté trois fois (une fois à la présidence, deux fois à une vice-présidence) apportant des éléments de poids. En vain. Son heure n'est pas encore venue...
Comme la politique offre d'heureux résultats lorsqu'on en sait les rouages ! Tous les bons stratèges connaissent les ficelles à tirer pour décrocher le "graal". Esprit avisé et visionnaire, Claude Belot, président de la Communauté de Communes depuis 1993, et bien plus (maire, président du conseil général, sénateur) n'ignore rien de ces subtilités qui lui ont permis de garder les rênes du pouvoir pendant un demi-siècle ! L'intelligence et son esprit visionnaire ont fait le reste. En effet, qui aujourd'hui pourrait créer une station thermale, édifier un centre des congrès que nous envie Saintes, un complexe aquatique, organiser la vente prochaine de l'eau de source Jonzac en bouteilles, développer une filière aéronautique innovante dans une petite ville de 3600 habitants ? Ces aménagements, il les confie aux générations nouvelles qui auront la charge de les faire fonctionner. Comme tous les "guerriers", lassé par les ans, Claude Belot a choisi de passer la main. Mardi, son successeur à la tête de la Communauté de communes, a été désigné par ses pairs : il s'agit de Christophe Cabri, réélu maire de Jonzac récemment.
Son principal opposant, Jean-François Mougard, avait lui aussi affûté ses outils pour décrocher des responsabilités politiques. La mairie de Jonzac d'abord. Il s'y était préparé très tôt, deux ans auparavant. A cette époque, tout lui souriait. L'un des adjoints actuels de Christophe Cabri ne tarissait pas d'éloges à son égard : « Je romps ce long silence de trois années car les gesticulations du maire Christophe Cabri inquiètent de nombreux Jonzacais et je pense qu'il est temps de siffler la fin de la récréation » confiait-il au journal Sud-Ouest. Depuis ledit adjoint a manifestement changé d'opinion, le premier magistrat ne lui en tenant pas rigueur.
Retour sur cette période
Sur le terrain, Jean-François Mougard s'organise et quitte son poste de DGS à la CDCHS pour travailler à Niort dans une autre collectivité. Ainsi, il n'y aura pas d''incompatibilité ! Dans la foulée, quatre élus municipaux de la liste Cabri et pas des moindres (B. Lachamp, H. Dubus Héraud, C. Nouguès et C. Gadrat) entrent en dissidence. Le ton est donné et Jean-François Mougard élabore au fil des mois une liste où il cherche des profils efficaces avec une solidité intellectuelle pour chaque poste. Le temps de la campagne venu, les réunions sont nombreuses. La grande interrogation est alors de savoir quand Claude Belot fera son apparition à ses côtés, d'autant que Christophe Cabri invite Sylvie Marcilly, présidente du Conseil départemental (invitation renouvelée avant les élections à la CDCHS). Or, Claude Belot ne vient pas. Dans les conversations, Barbara Lachamp rappelle qu'il apporte son soutien et, le vendredi précédant le scrutin, la presse locale met en scène Claude Belot dans une interview : propos sympas pour Mougard, pas sympas pour Cabri ! Le dimanche de l'élection, bien malin qui peut dire, sans aller consulter Madame Irma, qui sortira des urnes ! La liste de Christophe Cabri est finalement victorieuse (1132 voix contre 600). Jonzac Cœur battant réunit quatre élus : Jean-François Mougard, Barbara Lachamp, Hélène Dubus Héraud et Christophe Gadras. Fin du rêve...
Cette première déconvenue peut s'expliquer par le fait que Christophe Cabri est "visible" de longue date sur la scène saintongeaise tandis que son adversaire s'est fait discret avant de se révéler au grand public. Celle qui aurait dû être sa première adjointe, Barbara Lachamp est, par contre, très connue dans la ville où elle s'est largement impliquée. D'autres facteurs sont intervenus dont la popularité de Christophe Cabri - « homme de communication » d'après Claude Belot - auprès des habitants et des associations, étant lui-même un enfant du pays (il a grandi à Mortiers).
« Nous passons d'un management vertical accepté, avec un cap porté par Claude Belot, à un nouveau fonctionnement »
Mardi dernier, Jean-François Mougard se présentait donc à la présidence de la CDCHS : « J'ai été DGS de la CDCHS pendant 7 ans de 2017 à 2023. J'ai eu l'honneur de servir aux côtés de Claude Belot, j'en suis très fier et très reconnaissant ! Aujourd'hui, je travaille dans une collectivité territoriale où j'ai la charge des déchets, du cycle de l'eau, des mobilités et l'énergie. A la CDCHS, je n'arrive pas avec une équipe, plutôt avec une méthode. Nous n'avons pas besoin d'un casting, mais d'une transition. Dans un premier temps, apprendre à se connaître et commencer avec une équipe resserrée qui mettra en place une gouvernance. Nous passons d'un management vertical accepté avec un cap porté par Claude Belot, ciment de la CDCHS, à un nouveau fonctionnement. A mon avis, tout repose sur la solidarité. La CDCHS a besoin de centralités qui structurent le territoire mais en même temps, ce territoire de 129 communes doit être solidaire. Il faut soutenir les petites communes ; la CDCHS est leur grande sœur. Nous aurons l'occasion d'aborder la fiscalité professionnelle unique avec une redistribution des fonds de concours. Je serai intarissable sur le sujet ! Par ailleurs, n'étant pas maire, je suis entièrement disponible. Claude Belot était à la CDCHS tous les jours du lundi au vendredi. Il faut aussi maîtriser les dossiers, ce qui est mon cas ». Arguments restés sans suite. Christophe Cabri a été élu par 90 voix contre 37 à Raphaël Gérard et 30 à Jean-François Mougard.
Ce dernier s'est également présenté à la 3ème vice-présidence contre Isabelle Tardy, maire de Clion (aménagement du territoire, mobilités) où il s'est incliné par 97 voix contre 57, puis à la 15ème vice-présidence contre Jean-Michel Videau, maire de Clam, Lise Mattiazzo, maire de Bussac, et Laurent Nivard, maire de Saint-Bonnet. Il s'est retiré au second tour qui a vu l'élection de Lise Mattiazzo, élue d'une petite voix contre Jean-Michel Videau (76/75).
Aujourd'hui, Jean-François Mougard est confronté à un contexte qui le place dans les rangs de l'opposition, au conseil municipal de Jonzac en tout cas. A la CDCHS, les mois à venir nous diront si le fameux lissage, adopté dans le passé par Claude Belot, opérera une nouvelle fois dans l'assemblée. S'attendait-il à cette situation quand il a quitté son poste de DGS pour se lancer dans la grande aventure jonzacaise ? Pour les observateurs : « Il a cru en son projet, mouillé sa chemise en modifiant sa vie personnelle puisqu'il travaille désormais à Niort et qu'on voit mal Christophe Cabri lui confier à nouveau le poste de DGS de la CDCHS. On peut effectivement se demander ce qu'il est venu faire dans cette histoire municipale jonzacaise alors qu'il aurait pu continuer sa route tranquillement. L'a-t-on incité à s'engager ? C'est toute la question ».
L'expérience s'acquiert marche par marche et certaines peuvent être glissantes, la politique n'étant pas une science exacte. Winston Churchill avait tout compris : « Le succès n'est pas final, l'échec n'est pas fatal. C'est le courage de continuer qui compte »...
| Lise Mattiazzo, Jean-François Mougard |
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