Face aux enjeux climatiques, au contexte géopolitique actuel qui révèle une dépendance encore extrême aux énergies fossiles et à la flambée des prix du pétrole, la décarbonation peut être considérée comme un véritable « amortisseur de risques » pour la Nouvelle-Aquitaine.
En Nouvelle-Aquitaine, les dépenses énergétiques liées aux énergies fossiles ont atteint 13,5 milliards d’euros en 2025 : 75 % pour le transport routier (majoritairement véhicules particuliers), 10 % pour le résidentiel. La dépendance aux énergies fossiles nous rend vulnérables en termes d’approvisionnement et en termes de prix. Les ménages ruraux et périurbains sont aujourd’hui les plus dépendants au fossile. Ils effectuent les plus longues distances en voiture (ouvriers du rural 132 km/semaine, vs actifs urbains 68 km), et utilisent le plus le fioul pour se chauffer (20 % dans le rural, vs 3 % dans communes urbaines). Les secteurs industriels les plus dépendants en Nouvelle-Aquitaine sont les matériaux de construction, le verre, la chimie, et l’industrie alimentaire et agricole, très présente en milieu rural.
La Région Nouvelle-Aquitaine est pleinement embarquée dans cet objectif de décarbonation via Néo Terra, sa feuille de route adoptée dès 2019 dédiée aux transitions sociétale, énergétique, écologique et économique.
• Quels moyens met en œuvre la Région Nouvelle-Aquitaine pour sortir de la dépendance au fossile, et tendre vers la souveraineté énergétique du territoire ?
Décarboner les entreprises : Trois types de soutien
Réduire la consommation pour sécuriser la facture
Lancé dès le début de la grande Région, ce dispositif a pour objectif d’aider les sites industriels à sécuriser leur facture en améliorant leur efficacité énergétique ou en substituant leur consommation par des énergies renouvelables.
Plus de 200 entreprises ont été aidées, pour un total de 1,7 TWh/an d’économies d’énergie, l’équivalent de 200 000 logements bénéficiant d’une rénovation énergétique globale. Les entreprises les plus consommatrices sont accompagnées au travers de contrats de partenariat sur 3 à 5 ans.
Près de 15 partenariats pluriannuels ont été signés : DRT (Vielle-Saint-Girons - Landes) ; Rayonier (Tartas - Landes), Smurfit Kappa Cellulose du pin (Biganos - Gironde) ; Panneaux de Corrèze (Ussel - Corrèze) ; Edilians (Saint-Geours-d'Auribat - Landes) ; Terréal (Roumazières - Charente), Bouyer Leroux (Gironde-sur-Dropt - Gironde).
Grâce à la délégation du Fonds Chaleur de l’ADEME que la Région a obtenu en 2024 (25 millions d’euros pour 3 ans), un guichet unique est désormais accessible aux entreprises pour les aider à décarboner.
Par ailleurs, depuis 2024, la Région propose aux entreprises de calculer leur Néo Terra Score (NTS), un outil simple et concret pour mesurer leur niveau de maturité en matière de transitions environnementales, sociales et économiques. Cet autodiagnostic, intégré au processus de demande d’aides régionales, permet d’adapter au mieux l’accompagnement proposé par la Région.
Des achats longs termes pour sécuriser la facture énergétique : PPA
La Région a été à l’initiative du premier contrat d’achat groupé signé entre 9 entreprises de taille intermédiaire et un producteur d’électricité renouvelable en Nouvelle-Aquitaine, en 2025. Cela leur permet de couvrir 25 % des besoins d’électricité et d’obtenir un prix stable pendant 25 ans. Un deuxième contrat est en cours d’élaboration.
Les 9 entreprises signataire du PPA :
Anett (Thouars – Deux-Sèvres)
Aqualande (Roquefort - Landes)
Avi-Charente (Aytré – Charente-Maritime)
Bernardaud (Limoges – Haute-Vienne)
Ceva Santé Animale (Libourne – Gironde)
Delmon Group (Terrasson-Lavilledieu – Dordogne)
Epsilon Composite (Gaillan-Médoc – Gironde)
HDF (Bordeaux – Gironde)
Groupe Ridoret (La Rochelle – Charente-Maritime)
Passer à l’électrification quand cela est pertinent
La Région aide aussi les entreprises situées en zones rurales et loin des réseaux de gaz, et utilisant du fioul et du propane, à décarboner. Un travail est actuellement mené avec ENEDIS pour cartographier les entreprises les plus vulnérables, en particulier celles de l’industrie alimentaire et agricole.
Des mesures pour décarboner les bâtiments
La Région anime et cofinance avec l’Agence nationale de l’Habitat (ANAH) et les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) un service public de conseil aux ménages pour les encourager à la rénovation énergétique de leur habitat. Cela représente au total une cinquantaine de guichets pour 120 conseillers.
La rénovation énergétique des logements sociaux est également soutenue : logements communaux au sein de communes rurales (crédits de la Région), et logements des bailleurs sociaux grâce à l’union européenne via le Fonds européen de développement régional (23 millions d’euros pour la période) qui ont permis de soutenir 63 opérations.
Quelques exemples :
Résidence Montjovis à Limoges, soit 255 logements. Opérateur : OPH Limoges Métropole. Montant de l’aide : 867 000 euros.
Bâtiment 4S Résidence Grand Parc à Bordeaux, soit 360 logements. Opérateur : Aquitanis. Montant de l’aide : 1 224 000 euros.
Résidence VLS 200 quartier Les Salines à La Rochelle, soit 296 logements. Opérateur : OPH Agglo La Rochelle. Montant de l’aide : 1 006 400 euros.
La rénovation énergétique des bâtiments tertiaires publics est également soutenue via l’Union européenne et le Fonds européen de développement régional (FEDER) pour un montant total à hauteur de 21,5 millions d’euros. Cela a permis de soutenir 70 opérations (écoles, gymnases, mairies).
Quelques exemples d’opérations soutenues :
Rénovation de l’école Georges-Sand à Niort : 400 000 euros ; rénovation de la mairie de la commune de Rivières (16) : 104 072 euros.
Focus sur le plan de décarbonation des lycées
Face au changement climatique et au constat de son accélération, la Région Nouvelle-Aquitaine mène de longue date une réflexion et des actions concernant son empreinte carbone dans les lycées dont elle a la compétence en matière de construction, d’entretien et de fonctionnement. L’adaptation du bâti scolaire au changement climatique avec une anticipation d’un réchauffement de + 4 °C en France d’ici 2100 entre dans cette optique.
Compte-tenu de ces enjeux, quatre axes d’intervention ont été retenus lors la dernière séance plénière du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, en date du 2 avril dernier : La poursuite et le renforcement de la substitution des énergies fossiles pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire ; le développement du photovoltaïque sur les parkings de plus de 1 500 m² et l’étude des toitures sur les bâtiments associés ; près étude, mise en place d’un plan d’adaptation au réchauffement climatique afin de définir les établissements les plus vulnérables et les solutions envisageables ;la mobilisation de tous les usagers des lycées.
Décarboner les transports
La mobilité est un levier primordial pour atténuer les impacts du réchauffement climatique, puisqu’il s’agit du premier secteur responsable de la consommation d’énergie fossile et des émissions de gaz à effet de serre. La question de la mobilité s’inscrit dans l’ensemble des ambitions de la feuille de route Néo Terra.
Quelles solutions concrètes existent pour rendre la mobilité plus durable ?
La Région et ses partenaires travaillent à leurs déploiements en adaptant les projets aux enjeux et territoires. Parmi ces solutions, des offres de mobilités repensées, de nouvelles infrastructures.
Exemples : Le service express régional métropolitain pour favoriser le report modal en milieu dense ; le verdissement progressif de la flotte de cars ; des lignes de cars express pour desservir le périurbain comme Blaye – Bordeaux ou Niort – La Rochelle ; la création des pôles d’échanges multimodaux (exemple Talence Médoquine) ; la régénération des lignes de fret (exemples Niort-Parthenay ; Laluque-Tartas).
Dans le domaine ferroviaire, le programme Rétrofit bioGNV des rames TER : où en est la Région Nouvelle Aquitaine ?
La Région Nouvelle-Aquitaine s'est lancée dans une stratégie de rétrofit des rames TER X73500. Une stratégie qui combine performance environnementale, maîtrise des coûts et amélioration du confort voyageur.
Ce projet de remotorisation répond aux enjeux de la décarbonation, avec une solution déjà mature dans d’autres mobilités comme le routier. Le rétrofit BioGNV s'accompagne d'une prolongation de la durée de vie des matériels, évitant un investissement insoutenable sur du matériel neuf à court terme. Elle constitue ainsi une solution de transition pragmatique, permettant de réduire les émissions de polluants et particules fines et les coûts d’exploitation, tout en limitant les investissements liés au renouvellement complet du matériel roulant.
Cette démarche est menée en partenariat avec GRDF et Ferrocampus, pôle unique en France situé à Saintes réunissant formation - innovation et expérimentation, autour des enjeux de la décarbonation des matériels roulants. Elle est désormais prête pour la phase de prototypage, marquant un tournant pour la mobilité ferroviaire bas-carbone dans la région.
Encourager la production d'énergie renouvelable
Gaz renouvelable : accroître l’autonomie
En Nouvelle-Aquitaine, le biogaz représente 7 % de la consommation de gaz. La région compte 150 méthaniseurs en fonctionnement, dont 70 qui injectent du biométhane dans le réseau de gaz naturel. Une très large majorité des unités (75 %) est de type agricole. Au rythme actuel de développement de la méthanisation, près de 20 % de la consommation régionale devraient être atteints en 2030.
La Région accompagne une dizaine de projets par an dans le cadre d’une instruction rigoureuse, avec une attention portée en particulier aux Cultures intermédiaires (CIMSE), et la consommation en eau de ces projets.
Concernant la chaleur renouvelable (bois-énergie, géothermie, solaire thermique), la Région soutient (via le FEDER 21-27) de nombreux projets de réseaux de chaleur urbains dans les agglomérations et les villes moyennes, pour plus de 30 millions d’euros au total.
Exemples : Réseau de chaleur de Biard à Poitiers : 3 millions d’euros ; réseau de chaleur du Pays de Nay en Pyrénées-Atlantiques : 615 000 euros.
Elle pilote aussi le développement de la géothermie en finançant une animation régionale pour faire émerger des projets publics et privés, et en confiant à Avenia - seul pôle de compétitivité dédié aux filières industrielles du sous-sol - la structuration d’une filière.
Pour ce qui concerne l’électricité renouvelable, la Région défend un mix « nucléaire + énergies renouvelables ». Elle cofinance avec l’ADEME, une ingénierie pour apporter un conseil neutre et gratuit aux collectivités sur le photovoltaïque et l’éolien. L’autoconsommation collective, permettant de partager entre acteurs privés ou publics, sur un territoire donné, l’électricité produite (études de faisabilité, investissement) est encouragée.
La sensibilisation des élus et des citoyens est un enjeu majeur : c’est pourquoi la Région anime un réseau local permettant de former les élus et services des communes et EPCI ; elle soutient l’association CIRENA qui encourage l’implication des citoyens dans les projets d’énergie renouvelable ; elle encourage la participation citoyenne aux projets (participation au capital des sociétés et à la gouvernance), tel que cela s’est fait pour les 3 éoliennes à Andilly-les-Marais (17) portés par Valorem, le fonds d’investissement régional Terra Energies et la société citoyenne d’Aunis Atlantique.
Les territoires sont également accompagnés via un soutien en ingénierie, pour planifier la transition énergétique et monter des plans d’action : le programme TEPOS a été un grand succès, et va se poursuivre via la sélection prochaine de Territoires Néo Terra.
En matière de photovoltaïque, la Région a souhaité, avec la DREAL, la DRAAF, la Chambre régionale d’agriculture et la SAFER, élaborer un outil d’identification du foncier à privilégier pour le photovoltaïque au sol. Cet outil d’aide à la décision vient d’être finalisé, et est en cours de présentation aux Chambres départementales d’agriculture. Il sera utile pour aider les communes et les EPCI dans leur planification.
Des expérimentations de solutions énergétiques innovantes sont soutenues, telles que l’agrivoltaïsme qui doit être vertueux (apportant protection des cultures et des élevages face aux intempéries, ainsi que des revenus supplémentaires aux agriculteurs), la production innovante de gaz verts (pyrogazéïfication : exemple du projet de Cap Ingélec) ou encore le captage et valorisation du CO2…
Le Comité régional de l’Energie pour planifier le développement des énergies renouvelables :
Le « Parlement de l’Energie » réunit les représentants des collectivités locales, des associations environnementales, des gestionnaires de réseaux, des producteurs. Présidé par le préfet et le président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, il proposera avant fin juillet des objectifs régionaux de production d’énergies renouvelables d’ici 2035 régionalisant ainsi la Programmation pluriannuelle de l’énergie publiée en février dernier. Enfin, lors de la séance plénière du 15 juin prochain, une délibération sera présentée sur cette programmation régionalisée, dans un contexte de sortie des énergies fossiles.
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