Lundi était une date importante et émouvante pour Claude Belot qui participait à son dernier conseil municipal (il ne brigue pas de nouveau mandat). 36 ans déjà. En effet, il a été maire de Jonzac de 1977 à 2001, puis de 2008 à 2020 avant de devenir premier adjoint de Christophe Cabri. Devant les élus et un nombreux public (des chaises avaient été ajoutées), celui qui est également président de la Communauté de Communes de Haute-Saintonge jusqu’au 15 mars - date des prochaines élections municipales - a évoqué le passé historique de la cité avant de revenir sur sa carrière, sa forte ambition pour Jonzac « une ville particulière, bénie » et son souhait d’avoir des successeurs qui sachent relever le défi. Autrement dit, selon l’expression patoisante, « qui ne mangent pas la beunasse constituée par les aînés ». Christophe Cabri et Jean-François Mougard, chefs de file des deux listes qui s'affrontent pour le poste de maire, ont entendu les propos et conseils du « maître ». En fin de séance, il se murmurait que Claude Belot avait un faible pour son ex DGS, Jean-François Mougard, position confirmée par Barbara Lachamp, l'une de ses colistières. Bref, les voix du Seigneur sont impénétrables, dit-on. Attendre et voir...
Le discours de clôture de Claude Belot : « Jonzac est une ville particulière. Quand vous en aurez la responsabilité, il faudra intégrer la dimension historique dans vos réflexions »
« Depuis des siècles, le château représente l’exercice du pouvoir. Il ne faudra jamais traiter Jonzac comme une ville ordinaire. Son patrimoine est en bon état, l’Architecte des Bâtiments de France le reconnaît. Au lendemain de la guerre 14-18, le territoire avait perdu la moitié de sa population. Des bâtiments scolaires, en pierre de taille, ont été construits à côté de la Caisse d’Epargne et l’adduction d’eau est arrivée en 1934. Après la Seconde guerre mondiale, il y avait beaucoup de travaux à faire, le patrimoine avait vieilli et il fallait le remettre en état. L’ensemble du cloître des Carmes devait être détruit pour y installer la caserne de pompiers. Le magnifique château des fossés, à Saint-Martial de Vitaterne, avait été démoli pour y installer l’hôpital psychiatrique. Le patrimoine que nous possédons est une chance, il fait notre richesse. S’y ajoute la culture que j’ai toujours soutenue. La programmation est variée, cinéma, théâtre du château, centre des congrès. Récemment, le centre des congrès a reçu des artistes renommés que peuvent nous envier Royan, Saintes ou Angoulême. A l’avenir, il faudra continuer. Une des raisons pour laquelle j’ai été élu depuis longtemps, c’est parce que j’ai respecté cette dimension dans l’action.
« En 33 ans, depuis 1993, date de création de la CDCHS, 70.000 m2 de bâtiments et 200 millions d’investissements ont été réalisés »Je suis le maire de Jonzac qui a duré le plus longtemps, 36 ans ! J’ai privilégié le secteur économique en proposant aux habitants de créer des studios thermaux pour accueillir les curistes. Je tenais à ce que les Jonzacais bénéficient des retombées de la station thermale. Le patron de la Chaîne thermale du soleil, Adrien Barthélémy, voulait construire un hôtel. J’ai lancé un appel auprès des habitants qui ont répondu présent et investi ! Aujourd’hui, il faut se pencher sur tous les domaines susceptibles de créer de l’emploi, être à l’affût de ce qui existe. Quand j’ai été élu conseiller général en 1970, la Région n’existait pas, ni les intercommunalités. Jusqu’en 1985, le préfet assurait l’exécutif du Conseil général. Si une commune voulait réaliser des projets, elle demandait les autorisations légales. En conséquence, il était préférable que le maire soit également conseiller général pour défendre ses dossiers ! Depuis, des changements sont intervenus. On a retiré complètement l'action économique au Conseil départemental. Malgré leur ampleur et leurs responsabilités, les régions n’ont pas un sou et les conseils départementaux fonctionnent avec les dotations de l’Etat, lequel Etat leur donne des ordres pour dépenser ces dotations.
Dans les années 90, j’ai mené un combat ici et à Paris pour que naissent les Communautés de Communes en relation avec le saintais Philippe Marchand, alors ministre de l’Intérieur. Nous nous rencontrions souvent et j’ai facilité l’examen du texte quand il est arrivé en première lecture au Sénat. Auparavant, chaque commune menait sa vie comme elle le pouvait entre le Contrat de pays et les Sivom. Outre le prélèvement direct de l’impôt, la loi a permis un transfert de compétences. Dès lors, les CDC ont le devoir de piloter l’action économique que n’ont plus le Département et les communes. Ça veut dire qu’il faut le faire ! Or, je m’aperçois que de nombreux élus reculent un peu ; ils ne veulent pas se transformer en chef d’entreprise parce que ça leur fait peur. La CDC de Haute-Saintonge perçoit aujourd’hui 3 millions d'euros de loyers sur 71 bâtiments, et d’autres sont en construction. En 33 ans, depuis 1993, date de création de la CDCHS, 70.000 m2 de bâtiments et 200 millions d’investissements ont été réalisés. Je laisse une situation dans laquelle il y a zéro emprunt. Mon objectif a été de rassembler les maires de droite comme de gauche sur un projet et ensuite entendre ce qu’ils avaient à dire sur ce projet.Au passage, je regrette que l’élection municipale de Jonzac en 2010 n’ait comporté qu’une seule liste. Un tiers de votants, nous avons été élus, moi le premier, dans des conditions qui n’étaient pas satisfaisantes. Aujourd’hui, deux listes sont en lice. Je vous observe attentivement et me pose des questions : compte-tenu du poids de la CDCHS, il faudra entre cette collectivité et la Ville un partenariat de grande qualité. La CDCHS est puissante financièrement. Parmi ses réalisations, le centre des congrès, les Antilles, la médiathèque. Faites en sorte que cet outil communautaire soit utilisé de juste façon. Qu’ajouter de plus ? Que le meilleur gagne ! Ayez des adjoints qui soient à la hauteur - ce n’est pas toujours facile - ainsi qu’un ou une DGS qui le soit également. Je remercie les Jonzacais et Jonzacaises qui m’ont fait confiance aussi longtemps ».
« Conservez cette salle du conseil telle qu'elle est aujourd'hui »
Et Claude Belot de conclure en recommandant à ceux qui lui succéderont de garder la salle de conseil municipal dans son état actuel. Elle possède le même décor qu’en 1970 avec sa cheminée néo-gothique, une œuvre de Pierre-Paul Prud'hon et le fameux drapeau du 57e régiment d'infanterie dont l'origine est jonzacaise. En effet, ce régiment y a été créé en 1627 par le comte de Sainte-Maure. Durant l’Ancien Régime, il a été présent sur tous les lieux de bataille, en Europe comme dans les colonies, en Guadeloupe en particulier. Sa devise était « Le Terrible que rien n’arrête ». Une tapisserie de l'artiste Colette Enard complète le tableau. « Ainsi, en conservant cet endroit tel qu’il est aujourd'hui, vous perpétuerez l’esprit et la mémoire de ceux et celles qui y ont travaillé » conclut-il. Les mânes des Sainte Maure, des Bouchard d'Esparbès de Lussan d'Aubeterre et des édiles républicains qui se sont succédé en ce lieu ont applaudi à cette proposition...
| Au nom de la municipalité, des livres sur Saint-Exupéry ont été remis à Claude Belot par Christophe Cabri et Christel Brière (©NB) |
| Proximité entre Claude Belot et Christophe Cabri, ils se connaissent depuis longtemps ! |
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire