jeudi 8 octobre 2026

Mobilisation lycéenne : Célestine, élève du lycée de Jonzac : « Nous sommes fatigués de ce système. On nous demande de faire des choix d'orientation trop tôt »

Témoignage de Célestine, élève au lycée de Jonzac : « Entre le contrôle continu qui nous met la pression toute l'année et l'angoisse de Parcoursup, notre lycée est devenu une course permanente aux notes plutôt qu'un lieu d'apprentissage »

« Si on se mobilise devant notre lycée, c'est pour protester contre les choix de l'Education Nationale. Ce n'est pas par simple envie de manquer les cours, c'est parce que nous sommes tous fatigués de subir un système qui se dégrade. On nous demande de réussir, mais on nous met dans des conditions qui rendent cela beaucoup trop difficile.

Pour commencer, nos journées de travail sont devenues intenables. Entre des classes surchargées où le bruit est constant et les problèmes du quotidien mal gérés par l'administration, nos rythmes sont épuisants.

La santé mentale des lycéens en France traverse une période de forte vulnérabilité. Bien que la majorité des élèves se disent globalement satisfaits de leur vie, les données les plus récentes de l'enquête nationale EnCLASS de Santé publique France montrent que le risque de dépression chez les lycéens est en hausse constante, atteignant 19 % (contre 15 % auparavant).

En plus de cela, nous devons partir de chez nous très tôt le matin pour faire des journées continues qui se terminent à 17 h, ou des journées remplies de trous mal disposés. En comptant les trajets, on rentre généralement chez nous à des heures beaucoup trop tardives. Une fois rentrés, il faut encore travailler et faire nos devoirs.

Où est le temps pour nous ? À quel moment on se repose ? À quel moment on sort la tête des cours ? Ça n'arrive jamais. Plus de 50 % des élèves de collèges et lycées présentent des plaintes psychologiques ou somatiques hebdomadaires comme des difficultés à s'endormir, la nervosité, l'irritabilité ou le mal de dos. Mais personne ne nous écoute. Alors forcément, la fatigue s'accumule et, à force, nous n'arrivons plus à suivre correctement.

De plus, la gestion des fortes chaleurs est inadaptée : nous nous retrouvons à passer des cours ou des examens dans des salles étouffantes à 35 degrés. Lors du Grand Oral et des oraux de français en juin 2026, le Ministère a dû reporter les épreuves pour environ 4 000 candidats au sein de 5 Académies particulièrement touchées (Bordeaux, Lyon, Montpellier, Normandie, Poitiers). Sans oublier que 77,6 % des établissements scolaires ont enregistré des températures intérieures supérieures à 30°C en période chaude.

Et pour couronner le tout, il y a la question des téléphones portables. À presque 18 ans, on nous demande de ne plus avoir nos téléphones alors qu'il y en a qui se retrouvent tout seuls. Le téléphone est alors la seule chose qui leur restait. Au lieu de nous aider et de nous écouter, ils nous rajoutent une règle de plus qui nous infantilise totalement, ce qui ne fait qu'enlever aux lycéens l'envie d'aller à l'école.

Sans oublier, aussi, une pression psychologique constante. Entre le contrôle continu qui nous met la pression toute l'année et l'angoisse de Parcoursup, notre lycée est devenu une course permanente aux notes plutôt qu'un lieu d'apprentissage. Parcoursup, c'est le stress absolu : 84% des lycéens estiment que la procédure d'orientation est anxiogène ou stressante (source : article FCPE). 79 % des parents jugent aussi la plateforme stressante, et 77 % constatent une hausse de leur propre charge mentale. 60% redoutent une affectation insatisfaisante, 56 % ont peur d'un refus et 53 % craignent de se retrouver sans aucune place.

Nous sommes fatigués de ce système. On nous demande de faire des choix d'orientation trop tôt : on se retrouve bloqués sans savoir où l'on va atterrir et on a l'impression que notre avenir se joue à pile ou face sans que personne ne se soucie de savoir si on va s'en sortir. Et cette peur de ne pas avoir les moyens d'aller faire des études... Parcoursup peut nous obliger à aller dans une autre ville, loin, sans rien, ce qui demande énormément de frais, mais comment sommes-nous censés les payer ? Demain, seuls les enfants de parents aisés pourront se permettre de faire des études longues, ou même d'y accéder. Parcoursup, est devenu un lieu de sélection par l'argent et d'inégalités. A présent, nous n'avons plus simplement peur de ne pas avoir d'assez bonnes notes pour y être affecté, mais de ne pas avoir assez d'argent. Toutes ces inégalités sociales, ces sélections ne font que nous diviser et nous réduire à craindre l'Education Nationale.

Le plus difficile est ce sentiment d'être totalement ignorés. Les réformes sont décidées par des personnes qui sont loin de la réalité de nos lycées, sans jamais écouter ni nous, les élèves, ni nos professeurs.

D'ailleurs, il ne faut pas l'oublier, il n'y a pas que nous qui souffrons de cette situation : nos profs subissent exactement la même chose. Eux aussi s'épuisent dans ce système et manquent cruellement de moyens pour travailler correctement. Selon le baromètre annuel du Ministère de l'Éducation nationale (DEPP), plus de 30 % des enseignants se déclarent en situation d'épuisement professionnel élevé (burn-out). Ou encore le sentiment d'empêchement professionnel qui est la principale cause de souffrance éthique. Les professeurs expliquent qu'il leur est impossible d'aider individuellement un élève en difficulté au milieu d'un groupe trop nombreux. Ils ont l'impression de « mal faire leur métier ». Beaucoup de professeurs souffrent de ce qu'ils appellent une "perte de sens". Les réformes successives et l'augmentation des tâches administratives réduisent le temps qu'ils peuvent consacrer au cœur de leur métier : la transmission des savoirs.

Donc, si nous ne disons rien, la situation ne fera qu'empirer. Donc, si on se mobilise, c'est pour réclamer de vrais moyens, du respect et un avenir dans lequel nous pouvons avoir confiance.

Dans 6 mois, il y a des élections présidentielles et peut-être de nouvelles réformes. Tout le monde parle de la santé mentale des jeunes mais que font-ils pour nous ? »...

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Pleinement solidaire.