Jacques Gaillard est un homme discret. Depuis des lustres, il étudie les carrières de la région. Sensible au métier, il ne s’est pas cantonné à l’aspect purement pratique de la carrière (localisation, exploitation, transport des matériaux, constructions), il est entré dans l’histoire des hommes qui ont extrait la belle pierre calcaire de nos monuments.
Les carriers, comme les mineurs, travaillent sous terre, à la force des bras. De nos jours, les machines permettent la découpe aisée des blocs et les transports sont facilités par des engins à travers les galeries. Autrefois, les ouvriers chargés de l’extraction devaient déployer beaucoup d’énergie. Comment se déroulaient leurs journées ? Dans l’exposition qui leur est consacrée au Cloître des carmes de Jonzac, Jacques Gaillard rend hommage à leur mémoire. Certains d’entre eux ajoutent un talent artistique à leur courage. Ainsi Eugène Bouchet a orné les carrières de Bellevue de croquis inattendus…
| Présentation de Jacques Gaillard. Parmi les premiers visiteurs, Claude Belot, ancien maire de Jonzac |
La visite commence par la partie documentaire qui présente, sous forme de panneaux, les aspects techniques et humains de l’activité en insistant sur une donnée : l’amour du métier. Par-delà l’archéologue, l’archéomètre et l’historien, Jacques Gaillard propose cette découverte sous l’angle du carrier, c’est-à-dire celui qui se trouve au début de la chaîne opératoire. « Il s’agit de l’artisan traditionnel, outil au bout du bras, au bout du corps, dans un relation ternaire. J’ai voulu traduire cet aspect-là de la profession ». La présence d’un carrier artiste-dessinateur, Eugène Bouchet, a retenu son attention. Il a travaillé dans la carrière de Bellevue de 1896 à 1903. Pendant ses temps de repos, il croquait ses camarades et lui-même à grands traits, avec humour et des références culturelles puisqu’il a pris pour modèle Les travaux d’Hercule. Dans son "trou", espace où il se sentait bien avec ses compagnons, « il était Bouchet avec le pinceau à la main. Je trouve assez remarquable son croquis du Lion de Nemée, le ciel des carrières avec le noir de fumée des lampes à carbure et en dessous le sol, soit 3 mètres de hauteur et de largeur. Sans un trait de préparation, on remarque une puissance d’action et d’exécution. Une chance que Bellevue soit protégée en raison de la présence de chauves-souris rares. De plus en plus, des gens pénètrent dans les carrières avec des bombes de couleur ; ils taguent et détruisent un patrimoine qui mériterait d’être sauvegardé » remarque l'initiateur de l'exposition.
| Croquis d'Eugène Bouchet dans la carrière de Bellevue |
Derrière le rideau…
| Une vingtaine d'empreintes à découvrir |
Derrière le rideau, se révèle la partie artistique où a été recréée l’ambiance qui régnait dans la carrière. Dans une semi-obscurité, le visiteur est invité à se munir d’une torche ou de la lampe de son portable. Y sont présentés des tableaux qui se déroulent le long d’un chemin pavé d’un dallage calcaire, joliment aménagé par Pierre Seguin (lui-même propriétaire de carrières). Il s’agit d’empreintes papier de fronts de taille que Jacques Gaillard, sensible à ces messages du temps d‘avant, a immortalisés pour les présenter au public. « Les carriers ont laissé des traces, signé leur travail en quelque sorte. Des lignes apparaissent, des formes, des encoches, des témoignages de leur tâche quotidienne ».
En imaginant la scène, l’esprit vagabonde : il s’imprègne de l’atmosphère des cavités souterraines où les pas sonnent, où l’eau percole, où les travailleurs s’activent dans la lumière vacillante des lampes. La musique, composée par J.M. Plantez, accompagne cette descente dans les profondeurs. Deux bancs, dédiés à cette créativité teintée d’humanité, ont été installés. S’y poser et méditer sur la vie des carriers. Merci à Jacques Gaillard d’avoir animé ce passé qu’avec poésie, il a su raviver…
| A la lueur de la lampe, les détails laissés par les carriers apparaissent |
• L'exposition est ouverte jusqu’au 30 septembre, les mardi, mercredi, jeudi, vendredi et week-ends de 14 h 30 à 18 h30. Elle est présentée dans le cadre des 40 ans des thermes (la station thermale est située dans les carrières d’Heurtebise) avec le soutien de la ville de Jonzac.
• Conférence : "Carriers traditionnels de Saintonge : l'amour du métier" par Jacques Gaillard jeudi 13 août à 18 h 30 dans le cadre de l'Université d'été. Entrée libre.
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