jeudi 9 avril 2026

Jonzac. : Connaissez-vous la Grotte de la Cave Christophe ? A la santé des Mérovingiens... et à nous !

A Jonzac, les maisons cachent parfois des secrets. Certaines témoignent du passé et des habitants qui nous ont précédés il y a des siècles. Ainsi, la Grotte du caviste Christophe Guédon, rue de Verdun, qu'il a transformée en espace de convivialité...

La Grotte est ouverte tous les vendredis soir. A l'avenir, Christophe Guédon 
envisage une ouverture "spéciale curistes" le jeudi soir (©NB)
Quand on emprunte la rue de Verdun, l'alignement des façades semble ordinaire. Et pourtant, ne vous fiez pas aux apparences ! En entrant dans la Cave Christophe où les meilleurs crus sont proposés aux spécialistes et amateurs, on découvre tout au fond de la boutique un ancien habitat troglodytique que le propriétaire a choisi de mettre en valeur. Ainsi, tous les vendredis soir, on pourra y prendre un verre accompagné de tapas. 

Taillé dans le roc, l'endroit a été habité en des temps anciens. Les historiens y repèrent rapidement des emplacements de poutres, deux sièges, etc. « Un archéologue que j'ai sollicité estime que cette grotte pourrait remonter à l'époque mérovingienne. Les constructions à l'avant, que nous voyons aujourd'hui, n'existaient pas, c'était un terrain allant jusqu'à la Seugne » explique le propriétaire Christophe Guédon. 

Plus de douze siècles après, la fameuse Grotte - son nom de baptême - reprend une activité en accueillant des clients, heureux de se trouver dans un des lieux les plus insolites de Jonzac. Des travaux ont été réalisés pour conforter la structure. « Depuis des années, je ne savais pas quelle destination lui donner. Puis j'ai eu cette idée !». A noter que non loin, chez un voisin, il existerait une autre cavité, encore plus vaste.

Un habitat historique taillé dans la roche et aménagé

Saluons cette valorisation du patrimoine conjuguée à la convivialité et la dégustation. Que demandez de plus sinon trinquer à la santé des Mérovingiens et à la nôtre, bien entendu !   

Avec cette grotte, se révèle toute une partie méconnue du Jonzac historique :

Autrefois, le quartier de l’église s’appelait « Roquefort » en raison de l’immense rocher qui dominait la rivière et se devine encore…

« Si le quartier du château est bien documenté, il n'en est pas de même pour le secteur de l'église où les fouilles les plus récentes, sur le parvis du monument, ont mis au jour des tombes mérovingiennes et du Haut Moyen-Age. Il reste un travail important de recherches à réaliser » souligne l'historien Marc Seguin

Les textes relatifs au Jonzac des XVIe et XVIIe siècles sont rares. Par chance, les minutes d’un notaire catholique, Me Jean Couillaud (premier XVIIe), sont parvenues jusqu’à nous et ont été étudiées par Marc Seguin, ancien président de l’association des Archives Historiques de l'Aunis et de la Saintonge. 

A l’époque, Jonzac est un bourg comprenant deux parties distinctes, la "ville" et le quartier de l’église. A l’intérieur de la "ville" (désignation utilisée à la fin du Moyen-Age), l’ensemble présente des possibilités de défense. 

Cet ensemble est entouré de fossés qu’on appelle des douves et les maisons forment une enceinte avec des murs épais à l’arrière. D’un côté, la Seugne est doublée par des fossés ; de l’autre, se trouvent également des fossés qui, une fois comblés, sont devenus un sentier mieux connu de nos jours sous le nom de « rue de Champagnac ». En conséquence, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la rue de Champagnac n’est pas une rue médiévale, mais un fossé comblé par des ordures au début des temps modernes. 

L'ancien château était proche de l'actuel chemin de ronde

Jonzac compte deux châteaux, le premier, ruiné, dont il subsiste des vestiges près du chemin de ronde ; puis le nouveau (celui que nous connaissons) construit à la fin du XVe siècle. Le seigneur de l’époque avait besoin d’un donjon symbolique qui figure sa puissance et face à une guerre éventuelle entre Louis XI et le duc de Guyenne, il était plus prudent de fortifier les édifices... 

Devant le château, la basse-cour possède deux places : les halles et le minage. Deux portes permettent d'entrer et sortir de la ville : celle qui subsiste rue James Sclafer et une autre, aujourd’hui disparue, au niveau de l’actuelle police municipale (peut-être portait-elle le nom de "porte de Champagnac" ?). Chez Fillaudeau, se trouvait un petit village rural. Dans le secteur, existait un lieu de culte, l’église Sainte-Marie (on ignore son emplacement). 

Ancienne carrière et beau front de taille non loin de l'église, en plein centre ville
Cour arrière d'une maison située rue Henri Bertin.  La paroi est abrupte !


Roquefort

Sur l’autre colline, près de l’église dédiée à Saint-Gervais et Saint-Protais, le quartier situé près de l'actuelle rue d’Alvy et la rivière s’appelait « Roquefort ». En se promenant, on devine la falaise et des carrières sont encore visibles. C’est un secteur dont on ne sait pas grand chose sinon que subsiste une maison du XVe siècle dans la rue de l’église et quelques autres témoignages. L’immeuble Nouguès, quant à lui, correspond vraisemblablement à la maison du Prieur au XVIIe siècle. 

L’ancienne épicerie Robin, en restauration, a succédé à des habitations construites sur le rocher surplombant la rivière (d’où des éléments de défense en sous-sol). S'y trouvait la fuie (pigeonnier) d’Isabeau de Jonzac (XVIIe). 

Element de défense (©

L’église était entourée d’une vaste nécropole qui englobait la place du marché et s'étendait jusqu’au champ de foire (cimetière de la Grand Croix). On suppose qu'une croix hosannière était située vers la balance publique (à proximité, il y avait une structure de charité où étaient accueillis les indigents).

Jonzac comptait deux abreuvoirs, chez Robin et près du Château. En raison du tannage des peaux, régnait alors une odeur pestilentielle dans les rues, sans parler de la pollution des eaux ! En conséquence, les animaux ne voulaient plus boire à l’abreuvoir de chez Robin et lui préféraient celui situé en amont où les eaux étaient plus claires !

• Dans le quartier de l'église, le sol a été surélevé d’au moins deux mètres.

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