lundi 18 octobre 2010

Jean Glénisson :
Un grand homme nous a quittés


Samedi dernier, une foule immense et recueillie a dit adieu à Jean Glénisson, homme de lettres et historien. Né à Jonzac, en Charente-Maritime, ce grand érudit laissera le souvenir d’un homme simple et généreux. Dans leurs éloges funèbres, Marc Seguin, l'abbé Blomme et Claude Belot, sénateur-maire de Jonzac, ont rappelé combien les actions brillantes qu’il a conduites ont contribué au rayonnement de la connaissance.

Quand il voit le jour, en janvier 1921, Marcel et Henriette Glénisson donnent trois prénoms à leur fils Jean, Alexandre comme son parrain et Henri en souvenir d’un grand-père. Devant cet enfant qui comble leurs attentes, ils s’interrogent comme tous les parents. Quel sera son avenir ? Aimera-t-il la terre comme son père ou choisira-t-il un autre horizon ? Ils ignorent que des fées sont penchées sur son berceau.

Dès l’école primaire, le jeune garçon est remarqué pour ses brillantes aptitudes. Ses instituteurs l’encouragent. À l’époque, Jonzac n’a pas de cours complémentaire. C’est donc à Cognac qu’il fait son entrée en sixième et poursuit des études secondaires. Il habite chez sa tante Alice, enseignante dans la capitale charentaise.

À l’heure des grandes orientations, il prépare le concours d’entrée à l’école des Chartes. Il sort major de sa promotion. Sa carrière est désormais tracée. Diplôme d’archiviste paléographe en poche, il convole en justes noces avec Paulette Fortin, une charmante “voisine“ de Saint-Martial de Vitaterne. En 1946, les jeunes gens n’ont guère voyagé et c’est avec joie qu’ils apprennent leur départ pour l’Italie.
Membre de l’École Française de Rome, de 1946 à 1948, Jean Glénisson s’installe avec son épouse dans la ville éternelle. Ils gardent de ce séjour un souvenir inoubliable. Quel merveilleux pays et quel bel édifice que le palais Farnèse où ils ont la chance de résider ! Ils y rencontrent le professeur Étienne avec qui ils nouent des liens.

Jean Glénisson et son épouse Paulette

Esprit en mouvement, Jean Glénisson ne s’arrête pas en si bon chemin. Les Archives Nationales le chargent de faire l’inventaire du “trésor des chartes“ qui réunit les archives de la chancellerie des Rois de France. Dans les années 1950, il devient chef du service des Archives de l’Afrique équatoriale française à Brazzaville. Il aimait à rappeler le grand moment que fut la visite du Général de Gaulle.
Par la suite, il assure la chaire d’historiographie à l’université de Sao Paulo au Brésil. Avec l’Amérique du Sud, s’ouvre une nouvelle expérience !

Les joies de l'équitation

De retour en France, il rejoint l’École des Hautes Études en sciences sociales avant de prendre, en octobre 1964, la direction de l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes au CNRS.
Recommandé par deux éminentes personnalités, Fernand Braudel et Charles Edmond Perrin, il succède à Mlle Vieillard à qui il vouait une grande affection.

Archives historiques, Université d’été, Académie de Saintonge

Après une carrière bien remplie, Jean Glénisson revient à Jonzac, sa ville natale, près de la Seugne qui chante en son cœur. Avec Paulette, il aurait pu couler des heures tranquilles à s’interroger sur la couleur du ciel ou les yeux clairs de Timmy, son chat préféré qui l’accompagnait dans ses écritures.

Jean Glénisson avec son chat valletais Timmy. Quand il souriait, les yeux de Jean Glénisson se plissaient pour ne former qu’un seul trait. Il ressemblait alors à un sage dans l’Empire du Milieu !

Au contraire, il poursuit son travail d’érudit et réunit autour de lui des “disciples“. En créant un véritable cercle d‘historiens, il fait naître “l’école de Jonzac“. La première pierre de ce groupe est posée en 1973 avec une étude consacrée à "Jonzac, un millénaire d’histoire". L’épais document, publié par l’Association Archéologique et Historique que préside Jacques Gaillard, devrait d’ailleurs être réactualisé et édité.

D’autres expositions suivent. L’une d’elles, à Saintes, reçoit la visite de François Mitterrand. Le Président de la République salue l’excellence de ce rendez-vous qui éclaire une période importante : Agrippa d'Aubigné en son temps et la révocation de l’Édit de Nantes. Une autre, riche en portraits de famille, est consacrée aux seigneurs de Jonzac.

François Mitterrand découvre avec Jean Glénisson l’exposition consacrée, à Saintes, à la révocation de l’Edit de Nantes.

À la fin des années 1980, Jean Glénisson prend les rênes de l’Université francophone d’été Saintonge Québec. Il lui insuffle un chaleureux dynamisme intellectuel. Tous les ans, en juillet et août, des conférences abordent des sujets variés qui attirent un large public, désireux de s’instruire quel que soit son âge. L’un des moments forts est la venue de Jean Favier qui conduit l’assistance dans l’univers mystérieux des Templiers. Le patois, l’une des facettes de l’identité saintongeaise, est toujours présent. Nombreux se souviennent de la représentation de la Mérine à Nastasie par les Buzotias au théâtre du château.

Grâce à un carnet d’adresses fourni, des personnalités renommées se retrouvent au cloître des Carmes de Jonzac, dont Étienne Taillemite, Yves-Marie Bercé, Bernard Barbiche, Louis Maurin, Roger Bonniot ou encore Robert Étienne.
Jean Glénisson s’implique également dans l’Académie de Saintonge, dont il est directeur avant Madeleine Chapsal, et la société des Archives Historiques de l’Aunis et de la Saintonge que préside actuellement Marc Seguin.

Membre correspondant de l’Institut, il apporte sa contribution à de nombreuses publications. Certaines sont en relation avec la Charente-Maritime : “La France d’Amérique, les voyages de Samuel Champlain“ ou encore “la Saintonge illustrée, René Primevère Lesson“. On lui doit aussi “Jonzac, ma ville sous Louis XVI“, “la reconstruction agraire dans le Sud Saintonge après la Guerre de Cent ans“, une étude détaillée sur le Comte de Soissons à La Rochelle, sans oublier l’aide apportée à la publication du livre d’Alain Braastad à partir des lettres de Jean Henry Brunet, négociant à Cognac. La liste est longue.

Simple et généreux

« Il pouvait lire de nombreux ouvrages et en retenir l’essentiel avec une facilité déconcertante » souligne Philippe Gautret. « Son style clair et précis faisait notre admiration. Il avait une mémoire formidable » ajoute Guiliano Ferretti.
Professeur à l’université de Grenoble, il se souvient du colloque que Jean Glénisson avait organisé à Jonzac sur Fortin de la Hoguette. Au XVIIe siècle, le seigneur de Chamouillac correspondait, en effet, avec les frères Dupuy, bibliothécaires du Roi. Les plus grands spécialistes étaient réunis, dont Marc Fumaroli, de l’Académie française, et Tullio Grégory, professeur et directeur de l'Institut de l'Enciclopedia Italiana Giovanni Treccani. Un événement pour une ville de moins de 4000 habitants !


Dans sa bibliothèque avec Marc Fumaroli, de l'Académie Française, lors de sa venue au colloque consacré à Fortin de la Hoguette

Enfin, comment ne pas mentionner les conférences se rapportant aux livres de jeunesse (Jean Glénisson possédait une très belle collection qu’il a léguée à l’Heure Joyeuse) et la présentation des dessins de l’illustratrice Maggie Salcedo au cloître des Carmes.

Ces responsabilités, que Jean Glénisson assuma avec professionnalisme et talent, ne lui ont jamais fait perdre de vue la simplicité et la générosité de la vie. Il était toujours accessible et ouvert à ceux qui le sollicitaient pour leurs travaux et recherches.

Il a été notre “maître“, dans le sens antique du terme. Qu’il repose en paix dans une immense bibliothèque composée de livres où la connaissance, si précieuse à ses yeux, régnera en divine souveraine.

Nicole Bertin

Lors de l'exposition "Carnet de voyages" au cloître des Carmes de Jonzac en août dernier

• L’hommage d’Yves-Marie Bercé, directeur honoraire de l’Ecole des Chartes :

« Plusieurs communautés éminentes ont envers Jean Glénisson des dettes de reconnaissance dont il a toujours caché les créances sous le boisseau. Ces débiteurs, ce sont les larges cercles d’historiens médiévistes et modernistes, présents et à venir, qui lui sont redevables de tant de généreuses provendes. Ce sont les chartistes, conservateurs et chercheurs dont il a su promouvoir les travaux et puis, plus intimement, les heureux habitants de l’Aunis et de la Saintonge, entre Sèvre et Gironde, qui ont la chance insigne de l’avoir parmi eux » écrit avec justesse Yves Marie Bercé, directeur honoraire de l’école des Chartes.

Avec talent, Jean Glénisson a organisé de nombreuses expositions.

• « Qu’un ami véritable est une douce chose »

En 2007, aux Archives de Jonzac, un livre de mélanges, réunis et présentés par Giuliano Ferretti et Marc Seguin, est remis à Jean Glénisson. En recevant publiquement cet ouvrage, l’historien réalise – mais il le sait déjà ! – qu’il compte beaucoup d’amis. Pas seulement en Saintonge mais à Paris, Grenoble et à l’étranger, Italie, Allemagne, Brésil en particulier !

Les auteurs en sont : Christian Amalvi , Bernard Barbiche, Yves-Marie Bercé, Jacques Daniel, Pascal Even, Robert Favreau, Guiliano Ferretti, Jean Flouret, Philippe Gautret, Nicole le Pottier, Jean Mesnard, Bruno Neveu, Rainer Riemenschnieder et Marc Seguin. Différents thèmes y sont abordés : le mythe de Richard Cœur de Lion, le diocèse de Saintes à la fin des premières Guerres de Religion, la Cour des Salins du Pinant, l’Aunis et la Saintonge au milieu du XVIIe siècle, l’enfermement des pauvres à la Rochelle au XVIIe siècle, le Centre ouest entre Plantagenêt et Capétiens, Le testament de Fortin de la Hoguette, la bibliothèque d’un médecin rochelais Daniel Guillotin, l’insurrection du Texas d’après les Archives françaises, les livres de prix au XVIIIe siècle, les lettres inédites de Louis Machon, les mésaventures du dictionnaire de Bouillet, l’institut Georg Eckert à Braunschweig, un semestre d’épouvante en Pays jonzacais.

Avec l'écrivain Madeleine Chapsal

• Expert dans l’affaire Villemin

Jean Glénisson appartenait à l’équipe d’experts chargée d’analyser l’écriture du corbeau dans la triste affaire Villemin. Pour lui, il ne faisait aucun doute que cette écriture était celle de la mère du petit Grégory…
Plus anecdotique, Jean Glénisson écrivait toujours à la main. Il n’était jamais parvenu à se familiariser avec l’ordinateur !

• A l’Académie de Saintonge avec son ami Marc Seguin qu’il a encouragé à décrypter la difficile écriture du XVIe siècle. Jean Glénisson était un témoin de la connaissance, toujours prêt à transmettre la flamme à qui la cherchait sincèrement.

François Julien Labruyère, Jean Glénisson, Marc Seguin

• L’histoire de l’Aunis et de la Saintonge :

Jean Glénisson avait pour objectif de réactualiser cette histoire, le célèbre Massiou commençant à dater ! La tâche, qui était immense, avait été répartie entre plusieurs historiens renommés, selon leurs spécialités. Lui-même avait à traiter l’époque médiévale.
Deux volumes ont été publiés chez Gestes Editions. Le premier, relatif au XVIeme siècle, a été écrit par Marc Seguin. Le second, dirigé par Louis Maurin, couvre la préhistoire et l’époque gallo-romaine. « Nous allons continuer ce travail. Jean Glénisson y tenait tant. Le Moyen-Age confié au professeur Robert Favreau » souligne Marc Seguin. Désormais, il veillera aux destinées de cette superbe collection.

• Un quart de siècle d’Université d’été :

S’il est un domaine où la Haute-Saintonge doit beaucoup à Jean Glénisson, c’est celui de la culture. En effet, durant 25 ans, il a animé l’Université francophone d’été en invitant des conférenciers de talent.
Il aimait à rappeler comment cette « mission » lui avait été confiée par Claude Belot : « j’accompagnais ma belle-mère au marché de Jonzac quand Claude Belot m’a abordé. Il m’a demandé si j’accepterais d’animer cette université naissante. Séduit, j’ai accepté l’idée. Je venais de prendre ma retraite, j’avais du temps libre ».
Chaque été, le public était convié à une session dont les sujets avaient un rapport avec la région. Au cloître des Carmes, les grands noms se succédaient devant un public de plus en plus fourni.
Jean et Paulette Glénisson recevaient, à leur domicile, ces personnalités avec gentillesse et convivialité. En parfaite maîtresse de maison, Paulette veillait au bien-être de ses invités. Par la qualité de cet accueil, le couple a contribué à valoriser la ville de Jonzac.

Jean Glénisson et Pierre Nivet avec Nelly Gillet, professeur d'anglais à l'IUT d'Angoulême

Au départ, les réunions de l’U.E. avaient lieu dans la petite salle Goulebenèze. Un jour, ô miracle, l’un des murs fut abattu et nous découvrîmes l’immense espace qui se trouvait à côté. Restauré, il offrit une place supplémentaire appréciable !
Succédant à Jean Glénisson, Pierre Nivet assura la présidence de l’Université d’été, puis Philippe Gautret contribua à la bonne marche de l’association. Cette dernière est aujourd’hui en sommeil, aucun nouveau bureau n’ayant pu être constitué. Les Archives de Jonzac ont repris le principe et proposent, chaque été, des conférences au cloître des Carmes.

L'Université d'été de Jonzac : Jean Glénisson l'a animée pendant un quart de siècle


Jean Glénisson à l’Université d’Eté avec une ancienne élève de l’université de Sao Paulo, Pierre Nivet et Guiliano Ferretti, professeur à l'université de Grenoble, avec qui il avait organisé à Jonzac un colloque sur Fortin de la Hoguette, seigneur de Chamouillac.

• Avec Philippe Gautret et Jacques Daniel, son ami de l’Eguille, qui possédait une superbe bibliothèque. Jean Glénisson s’y rendait régulièrement pour y consulter des ouvrages. C’est d’ailleurs Jacques Daniel qui avait déniché, à Grenoble, des documents inédits sur Louis de Bourbon, comte de Soissons et le siège de la Rochelle au XVIIe siècle. Intéressé par cet aspect « militaire » qui n’avait jamais été traité, Jean Glénisson se mit au travail et publia sur le sujet deux tomes détaillés aux Archives Historiques de la Saintonge et de l’Aunis. Un colloque fut également organisé à la Rochelle.

Philippe Gautret, Jean Glénisson, Jacques Daniel

Dans le bureau de Jacques Daniel à l'Eguille

• Avec Jean Yves Grenon, ancien ambassadeur du Canada en France, grand défenseur de Dugua de Pons (qui finança les premières expéditions de Samuel de Champlain en Nouvelle France), et le professeur québécois Christian Morissonneau, avec qui il avait animé des colloques sur Samuel de Champlain, à Brouage en particulier.

Devant une maquette de la première habitation de Champlain en Nouvelle France exposée au musée de Royan avec Marie Claude Boucher et Jean Yves Grenon

Jack Bouyer, le vitisculpteur de Biron, a réalisé le buste de Jean Glénisson, travail qu’il découvre sur cette photo…

Francette Joanne, Jean Glénisson, Philippe Gautret, Marc Seguin à la brocante de Saint-Genis

Jacques Tourneur, qui restaure la commanderie des Epeaux de Meursac lui avait offert son portrait. Jean Glénisson était ravi !

Jean Glénisson s'investissait dans la vie associative locale. Il est ici avec Humour et Vigne lors du concours de dessins annuel qui réunit des caricaturistes du monde entier

Avec Francette Joanne, historienne et épouse de l'ancien député Louis Joanne, à qui il avait remis la médaille de l'Ordre national du Mérite

Pour vous, Jean, ces lignes pleines de gratitude pour l'aimable et constant soutien apporté durant toutes ces années.
Vos amis ne vous oublieront pas
(photo Jacques Dassié)

dimanche 17 octobre 2010

Charente-Maritime :
La course à la présidence
est ouverte !


Bussereau (UMP) à Lalande (PS) :
« Quand on essaie de gagner une élection, on présente des projets »


Les élections cantonales se trouvaient en toile de fond de la session du Conseil général qui s‘est ouverte lundi. En mars prochain, les électeurs devront voter pour élire leurs conseillers généraux (renouvelables tous les trois ans par moitié). La tension qui règne entre la Majorité départementale et les Socialistes est déjà perceptible…


Dominique Bussereau, président du Conseil général

Il fut un temps où Claude Belot, alors président du Conseil général, modérait les ardeurs des échanges verbaux. Avec son opposant supposé, Bernard Lalande, à la fois vice-président à la Communauté de Communes de Haute Saintonge et porte-parole des Pionniers du progrès au département (nom du groupe socialiste), il évitait les relations conflictuelles. Et pour cause, entre élus du sud, pétris dans la glaise de l’humanisme et de la tolérance, il n’est jamais bon de déterrer la hache de guerre. Les Rochelais envoyaient bien quelques flèches, mais il n’y avait pas de quoi casser trois pattes à une mouette.

Les choses ont changé avec l’arrivée de Dominique Bussereau, un “politique“ dans le vrai sens du terme puisqu’il siège au Gouvernement depuis huit ans.
En 2008, alors que les observateurs étaient persuadés d’un basculement à gauche de la Charente-Maritime, il a décroché la présidence, conforté par une avance de plusieurs sièges. Trois ans auparavant, Claude Belot avait sauvé sa place de justesse, grâce à la fidélité d’un radical de gauche, Jean Paul Berthelot. Curieusement, en effet, le conseiller général de Cozes n’avait pas voulu voter Lalande.

En mars 2011, le Conseil général sera de nouveau sous les feux de la rampe. La moitié des conseillers est renouvelable, en attendant la nouvelle législation et l’avènement des conseillers territoriaux. D’où l’ambiance qui régnait lundi matin à La Rochelle, à l’ouverture de la session…

Pas d’augmentation d’impôt en 2011

Selon la coutume, Dominique Bussereau dressa le bilan des mois écoulés. La saison touristique a été bonne malgré les stigmates laissés par la tempête. Des sites comme le Paléosite de Saint-Césaire ou la Cité de l’huître affichent des résultats prometteurs. Les aides apportées aux sinistrés de Xynthia se poursuivent, ainsi que les travaux sur les digues, importants en période de grandes marées. Toutefois, la question des dédommagements n’est pas totalement réglée. Au sujet du DOB (débat d‘orientation budgétaire) qui précède de deux mois la présentation du budget, le président souhaite, à la manière du Gouvernement, que le Département maîtrise ses dépenses sans pour autant se désengager des grands investissements (voirie, collèges, etc). Quant à la fiscalité, elle devrait rester stable en 2011.

Alain Galteau, conseiller général de Saint Hilaire de Villefranche

Lalande et les missiles parlementaires

Le discours de Dominique Bussereau eut l’heur de déplaire à Bernard Lalande, chef de file de l’opposition. Après avoir ironisé sur l’ampleur de la communication dans le Département (lui-même semble oublier celle que prend son journal municipal sur le canton de Montendre, ville dont il est maire), il lança la première salve : « vous mettez la musique à fond pour cacher le poids des sabordeurs ».
Pour l’élu socialiste, le département serait semblable au Titanic, prêt à couler. Pire, les communes seraient victimes des missiles que lancent les parlementaires : « ils s’apprêtent à détruire trente ans de gestion de proximité. La dégradation des comptes sera sans précédent avec un recul de l’investissement et une hausse de l’endettement, découlant de la réduction des subventions et la disparition de la taxe professionnelle ».
Une explication s’impose. La loi sur les collectivités locales stipule que les Départements et les Régions auront désormais des compétences spécialement affectées. De ce fait, une collectivité ne pourra plus recevoir de subventions croisées des deux organismes. Pourquoi Bernard Lalande craint-il les effets de cette nouvelle donne qui aura le mérite de la clarté ? Serait-ce une tactique purement électorale ? « Le Gouvernement va imposer de force une camisole financière aux communes » clame-t-il. Bref, il entre en résistance et luttera contre une centralisation accrue de Paris à qui « il ne veut pas redonner le pouvoir ».


Pour Michel Doublet, les propos de Bernard Lalande comportent des contre-vérités puisque le Sénat n’a pas supprimé les financements croisés : « pour l’instant, rien n’est défini ». La Charente-Maritime poursuit ses aides aux communes, contrairement à certains départements qui limitent leurs interventions en imposant des plafonds. « On entend dire que les communes perdront de l’investissement. Il faut arrêter d’être pessimiste » souligna le sénateur-maire de Trizay.
Dominique Bussereau fut plus offensif envers son rival : « J’ai connu meilleure intervention. Quand on essaie de gagner une élection, on présente des projets ». En l’attente de mars prochain, les deux hommes briquent leurs armes…

Qui seront les sacrifiés de 2011 ?

Si l’on en croit le ton de son intervention, ceux qui pensaient à un rapprochement vers le Centre d’Isabelle Pichard sont dans l’erreur.
Elle estime que Dominique Busserau n’a pas tenu ses engagements. De plus, les élus de gauche ne seraient guère concertés alors que le Président prônait, à son arrivée, une concertation “ouverte“. Les réductions de subventions tous azimuts, dont celles aux associations, l’inquiètent. Elles pourraient entraîner des licenciements.

Isabelle Pichard sur écran

« Pour l’an prochain, nous verrons » répondit le Président. Un regard attentif sera porté sur le festival Plein Sud de Cozes qui rencontre des difficultés.

Au nom des Radicaux de Gauche, Gilles Gautronneau rappela à Dominique Bussereau « qu’il avait à gérer 700  millions d’euros ». Et d’ajouter : « votre DOB ne ressemble à rien » en s’interrogeant sur la manière dont la majorité départementale opère ses choix. « Comment allez-vous faire ? La hausse des charges est structurelle et les recettes ne sont plus ce qu’elles étaient. Qui seront les sacrifiés de 2011 ? ».
La riposte de Dominique Bussereau fut immédiate : « Le DOB n’est pas un document comptable. Il donne seulement une indication, ce n’est pas un pré-budget. Vous avez une vision réduite aux acquêts. N’auriez-vous pas de désirs d’avenir ? ». Pour l’élu, il ne fait aucun doute que le département va continuer sur sa lancée, en soutenant grands projets et infrastructures.


Le rochefortais Jean-Louis Frot confirme cette volonté : « le document clé du département est le budget. Il est l’objet de toutes nos attentions. Nous l’aurons en décembre ».

Effectivement, c’est en fin d’année que nous connaîtrons les grands axes de l’action départementale. À quelques mois des Cantonales de mars 2011, les échanges entre les deux camps devraient être musclés.
D’un côté, Dominique Bussereau souhaite conserver la majorité ; de l’autre, Ségolène Royal, présidente de la Région, pousse Bernard Lalande à conquérir ce siège tant convoité, après deux tentatives infructueuses (il est vrai que la Région ne compte qu’un département resté à droite, la Charente-Maritime). À moins que l’opposition ne choisisse un autre leader ?…

• Élections cantonales : des noms !

Sont renouvelables en Saintonge :
• Archiac : le sortant Michel Lachaize (PS) sera opposé à Chantal Guimberteau, maire d’Arthenac et présidente du SIVOM.
• Montendre : le sortant Bernard Lalande (PS) sera opposé à Marie Gruel, médecin et épouse du responsable du laboratoire d’analyses médicales implanté à Montendre.
• Montlieu la Garde : Gilbert Festal ne se représente pas. Le maire d‘Orignolles, Jean-Michel Rapiteau (majorité départementale) sera opposé au candidat socialiste Thierry Julien, maire de Montlieu
• Saintes Ouest : Isabelle Pichard (PS), sortante, sera face à Christian Schmitt, l’époux de l’ancien maire de la cité santone.

• Plutôt satisfaisant !

L’institut BVA a conduit un sondage auprès des Charentais-Maritimes sur la façon dont ils perçoivent le Département :
58 % sont tout à fait satisfaits de vivre en Charente-Maritime (seuls 4 % sont mécontents).
À la question : avez-vous le sentiment que la situation de la Charente maritime s’est plutôt améliorée ? 50 % estiment que oui, 31 % pensent le contraire.
Sur l’avenir de la Charente-Maritime, 66 % sont optimistes. Sur l’action du Conseil général 72 % sont satisfaits ; Le Conseil général est-il à l’écoute des gens ? 52 % sont satisfaits.
En ce qui concerne le président du Conseil général : seuls 29 % des sondés peuvent citer le nom de Dominique Bussereau. 54 % sont satisfaits de son travail, tandis que 40 % estiment qu’appartenir en même temps au gouvernement n’est pas un handicap. Quant à la tempête Xynthia, le Conseil général apparaît comme ayant été le plus réactif, devant les services de l’État et le gouvernement. L’action du Département apparaît le plus dans le tourisme, le social, la culture et le patrimoine.

• L'info en plus


• Digues : Que fait la Région ?
Certes, elle n’a pas cette compétence, « mais elle aurait pu faire un geste » estime Lionel Quillet, conseiller général de l’Île de Ré. S’adressant à Marc Parnaudeau : « Au lieu des fonds de poubelles, faites donc les fonds de la Région, cela serait plus utile ». Ce dernier venait de critiquer le voyage en Suisse de Dominique Bussereau…

• La nièce de Jean-Pierre Raffarin ?
Les élus socialistes ont critiqué la façon dont « Dominique Bussereau embaucherait du personnel à tour de bras ». Jusqu’à « la nièce de Jean-Pierre Raffarin ». « Et pourquoi pas la fille du pape ? » rétorque l’intéressé, « je n’ai pas le pouvoir de faire moi-même les recrutements, assurés par la Direction générale des services ». Cela dit, il vérifie le sérieux des candidats en passant quelques coups de fil…

• Dominique Bussereau en Suisse… On ne touche pas aux enfants…
C’est la première fois que le Conseil général est confronté à une affaire familiale. Tout a commencé avec le voyage en Suisse soulevé par le Canard Enchaîné.
Pour fêter l’anniversaire de sa fille inscrite dans une école hôtelière à Lausanne, Dominique Bussereau aurait utilisé un avion de la République. Même si l’intéressé se justifie en disant qu’il s’agit « d’un petit avion de la DGAC que les ministres utilisent pour leurs déplacements », l’affaire fait du bruit. Les élus rochelais d’opposition crient au gaspillage.
Marc Parneaudeau lance l’attaque : « vous n’avez qu’à inscrire votre fille à l’école hôtelière de La Rochelle. Vous pourrez aller lui rendre visite à pied ».
Furieux, Dominique Bussereau répond : « Vous vous roulez dans la fange du Canard Enchaîné. Au Conseil général, nous n’avons jamais mis en cause nos enfants. Je n’ai jamais vu ça, vous déshonorez votre fonction ». Et d’ajouter : « je comprends pourquoi Maxime Bono vous a retiré votre délégation à la mairie de La Rochelle ».
Léon Gendre, ancien patron du Richelieu à la Flotte en Ré, apporte un complément : « il ne faut pas confondre lycée hôtelier et école supérieure de l’hôtellerie. Celle de Lausanne est la deuxième au monde ».
La tension montant, il était grand temps d’apaiser les esprits…

• Au sujet de l’État
L’ordre du jour étant très chargé, le préfet Henri Masse fit une intervention courte. Il insista sur les compensations versées par l’État aux collectivités locales. Dominique Bussereau se dit d’ailleurs outré quand Ségolène Royal déclare que « l’État n’a pas fait son travail en ce qui concerne Xynthia » : « C’est un mensonge éhonté » lance-t-il en rappelant les subventions octroyées.

• Un revenant :
S’il avait été à Lourdes, on aurait pu parler de miracle. Sylvain Brouard, conseiller général de Burie, est enfin de retour dans l’hémicycle. Bonne fille, la République ne sanctionne pas les longues absences ! L’élu a parlé des transports scolaires.

Sylvain Brouard, conseiller général de Burie

• Logements sociaux :
Le logement social serait sacrifié en raison de la baisse de participation de l’État. Il y aurait 3 600 demandes en attente à La Rochelle.

• Internet ADSL :
Il y a encore des zones noires dans le département où les usagers ne peuvent pas se connecter à internet, malgré des systèmes alternatifs. L’investissement se passe de commentaires : « si on veut faire de la fibre optique partout, il faudra débourser 500 millions d’euros ». Le Conseil général est sensibilisé par le sujet, d’autant plus qu’arrive le très haut débit…

• La disparition de certains Pays ?
Dominique Bussereau est clair sur le sujet : « nous sommes les seuls à leur verser un tel montant de subventions et l’an prochain, ils recevront la même enveloppe que cette année. Cependant, je souhaite la disparition de certains Pays qui n’ont aucun projet et dont le seul objectif est de financer leur propre fonctionnement ».

En raison des manifestations prévues (retraites), la séance de clôture du Conseil général, qui devait avoir lieu vendredi dernier, a été reportée à une date ultérieure.

L'histoire d'un journal, le Figaro


Jean-Charles Chapuzet : Quand l’affaire Dreyfus agitait la France

Comment le Figaro a manqué "J’accuse" de Zola…



Maire adjoint de la ville de Jonzac, Jean-Charles Chapuzet a deux sujets de prédilection, la presse et l’histoire, c’est pourquoi il a répondu spontanément à la demande de Claire Blandin. Écrire un chapitre de l’histoire du Figaro, ce titre qui appartient aux grands médias nationaux, la tentation était forte. Il a donc travaillé sur une époque particulière où la France était partagée en deux, celle de l’affaire Dreyfus. Ce sujet passionnant ne lui fait pas oublier ses futurs reportages, dont l’un le conduira prochainement dans les vignobles de Syrie. Un pays où la vigne pousse depuis 3 000 ans sur le Mont Bargylus. Jean-Charles Chapuzet répond à nos questions :

Vous avez participé à l’ouvrage “Le Figaro, l’histoire d’un journal“ paru aux éditions du Nouveau Monde, aux côtés d’une vingtaine d’auteurs. Qui est à l’origine de ce projet ?

Claire Blandin, une historienne, maître de conférences à l’université Paris-Est Créteil. Elle travaille sur l’histoire des médias. Au départ, elle a organisé un colloque à Sciences-Po Paris, en 2006, sur l’histoire du Figaro. Ayant travaillé sur la presse et dans le même temps journaliste pour le Figaro, j’ai été convié. J’avais également participé à un livre publié chez Plon, contant de manière romanesque l’histoire de ce journal.

Le Figaro, c’est Beaumarchais et cette phrase devenue célèbre « sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ». Racontez-nous les débuts de ce journal qui fut d’abord satirique, né dans la première partie du XIXe siècle ?

C’est la première découverte et surprise de ce travail. À ses débuts, en 1826 et jusqu’à 1848, ce journal est une feuille satirique ne manquant pas d’égratigner les pouvoirs en place, à commencer par les Rois Charles X, puis Louis-Philippe. Les attaques étaient le plus souvent formulées sous forme de brèves. Les rédacteurs, Victor Bohain et Nestor Roqueplan, participèrent à la ruine du règne de Charles X. Dès les débuts de la Monarchie de Juillet, le journal subit des pressions du Gouvernement. Nous sommes loin de la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881. Précisons aussi que durant ces années 1830/40, cette feuille ne paraît pas à un rythme régulier.

Vous avez largement développé la période où le Figaro est confronté à l’affaire Dreyfus. Comment la traite-t-il dans ses colonnes ?

Sous le Second Empire, il faut préciser que le Figaro est un journal à succès sous le patronage d’Henri de Villemessant. Cette feuille devient très littéraire et mondaine. Politiquement, elle se positionne au Centre droit, sans toutefois devenir militante d’un parti. Villemessant voulait que le Figaro soit une tribune où chacun ait le droit de venir exposer ses griefs, pourvu d’avoir du talent. C’est dans cet esprit que ce quotidien (il le devient en 1867) pénètre dans la Troisième République. Conservateur dans l’esprit, mais libre, l’on y croise Jules Vallès, Maupassant et un peu plus tard Proust.
Lorsque l’affaire Dreyfus commence, le Figaro joue son rôle de tribune où les deux camps s’expriment. La plume la plus retentissante est celle de Zola, défenseur de Dreyfus, à un tel point qu’une campagne de désabonnement s’opère. La direction cède à la pression de la clientèle. Zola doit partir et le Figaro manque l’article le plus important de l’histoire du journalisme français. Zola, avec son “J’accuse“ sous le bras, va frapper à la porte du journal l’Aurore.
Au Figaro, on continue de publier les tribunes dreyfusardes, comme antidreyfusardes, mais avec davantage de timidité. Dans les salles de rédaction, Barrès, Mirbeau, Léon Daudet, Huret, Talmeyr, Arène ou le dessinateur Caran d’Ache débattent bruyamment lorsqu’ils ne s’accrochent pas par le colback. Au final, en 1906, lors de la réhabilitation du Capitaine, le journaliste Calmette titre : “La fin d’un cauchemar“, évoquant celui de l’innocent, mais aussi celui de la nation française.

Jean-Charles Chapuzet est originaire de Jonzac (17) dont il est maire adjoint

Vous avez trouvé des anecdotes intéressantes, je crois ?

Tout à fait. Lors de mes recherches, dans les livres de souvenirs de journalistes, j’ai appris que Zola fut gagné à la cause de Dreyfus chez son ami Alphonse Daudet. Devant les propos antisémites de son fils Léon et de ses camarades, l’auteur de Germinal trouva tellement de haine et de mauvaise foi qu’il se douta que l’officier juif devenait le bouc émissaire d’une machination.
Anecdote plus sympathique, Caran d’Ache était souvent au Tribunal pour répondre de ses caricatures cinglantes. Et les juges se disputaient sa présence car Caran d’Ache leur faisait le portrait pour leur donner à la fin de la séance !

Comment ce journal a-t-il traversé la deuxième Guerre Mondiale qui a été délicate pour de nombreux titres ?

Le journal était dirigé par Brisson qui, comme la grande majorité de Français, acceptait bon an mal an l’arrivée de Pétain au pouvoir. L’éditorialiste Lucien Romier sera le chantre de Pétain au point de rejoindre son gouvernement en février de l’année 1941. C’est dire…
Brisson, quant à lui, ménage la chèvre et le chou. Il déménage la rédaction à Lyon jusqu’à saborder le titre, par manque de papier, mais surtout de liberté. Gide comme Léautaud signeront des articles durant cette période en eaux troubles. À la libération, ce seront Paul Valéry, François Mauriac et Cie qui rouvrent le bal. Plus inattendu, Sartre écrit quelques reportages sur l’Amérique…

Le Figaro a été pionnier du grand reportage et F. Magnard a utilisé une nouvelle manière d’écrire en politique. Le Figaro a-t-il été novateur en de nombreux domaines ?

C’est très juste, Francis Magnard fut un pionnier du grand reportage dans les années 1880. Son journal avait les moyens d’envoyer ses journalistes aux quatre coins du monde. Plus tard, il y aura aussi Pierre Loti et Joseph Kessel pour ce même journal. Sinon, le Figaro s’est distingué dans des rubriques plus légères comme la chronique mondaine de Proust ou la rubrique nécrologique qui devint une institution sous le Second Empire.

Sur la scène nationale, le Figaro passe pour être le grand journal de droite face au Monde ou à Libération qu’on classe à gauche. Partagez-vous ce sentiment ?

C’est clair, d’autant plus depuis le rachat de ce journal par Dassault en 2004, organe de presse résolument de droite et plus exactement sarkozyste (la collusion entre la presse et les hommes politiques existent depuis l’invention de la presse). Pour mieux le surveiller, les actionnaires évitent de plus en plus les grands patrons de presse “incontrôlables“ - car ce sont des plumes - du genre Franz-Olivier Giesbert ou d’Ormesson, leur préférant des personnalités avec des profils plus DRH (Beytout, Mougeotte).

dimanche 10 octobre 2010

Un musée de la Marine
à Bordeaux :
Après les châteaux
de Villebois Lavalette et du Prince Noir, Norbert Fradin a un nouveau projet


Il y a quelques années, le château de Villebois Lavalette, en Charente, était l’objet de toutes ses attentions. Depuis, Norbert Fradin, en véritable défenseur du patrimoine, poursuit sur sa lancée. À Lormont, il a restauré le fameux château du Prince noir qui garde l’entrée du pont d’Aquitaine.

Lundi, il tombe des cordes sur le vieux Lormont. Surprises par l’averse, les rues attristées se drapent d’un manteau automnal.


Cette monotonie s’efface quand apparaît le château du Prince Noir construit sur le promontoire, derrière un îlot de maisons. Le voici, le fier gardien du pont d’Aquitaine ! La confrontation entre une circulation intense et ce vaste domaine, que l’autoroute a coupé en deux, est troublante. L’édifice n’en garde pas moins son prestige. Il se dresse derrière le rideau de pluie, fier de sa renaissance.
Norbert Fradin, propriétaire des lieux, en est persuadé : « il règne ici une force, une sérénité qui donnent envie d’entreprendre ». De son bureau aux grandes baies vitrées, le regard est attiré par le trafic intense du pont. On dirait un tableau vivant : « 100 000 véhicules par jour ! Si je prélevais l’octroi, la mairie de Bordeaux m’envierait » plaisante-t-il.

Norbert Fradin, promoteur immobilier, se passionne pour le patrimoine qu’il enrichit de recherches personnelles. Au fil du temps, il est devenu incollable sur sa période préférée, le Moyen-Âge. Par ses acquisitions, il parvient à conjuguer restauration et histoire locale. Autrement dit, il concilie culture et valorisation des sites. Cette implication en fait un candidat idéal pour l’excellente émission “Des racines et des ailes“.

Il a craqué pour Villebois Lavalette

Norbert Fradin a grandi à Jonzac, dans un moulin situé en bordure de Seugne. Ce lieu aurait-il éveillé son goût pour l’architecture ? On l’ignore, mais depuis des années, il poursuit le même objectif : rendre aux demeures historiques abandonnées leur âme d’antan.
Loin d’être conduits au hasard, ses projets sont mûrement réfléchis. Son château “coup de cœur“ se situe à Villebois Lavalette, en Charente. Il a “craqué“ pour cette vieille “dame“ qui scrute l’horizon de son piton rocheux. L’émotion est intacte : « en 2001, j’ai appris que cette forteresse, vieille de mille ans, était en vente. Quand je l’ai aperçue, j’ai pensé qu’elle m’attendait. Je ne peux pas vous dire pourquoi. C’était en 2001 ».
Il en est devenu le gardien après les célèbres familles Lusignan et Montault de Navailles. Ces occupants, aux noms prestigieux, ne l’intimident pas. « Nous ne sommes que les maillons d’un ensemble » souligne-t-il. Certes, posséder une enceinte flanquée de sept tours n’est pas commun, mais il assume cette paternité avec modestie !

Norbert Fradin est originaire de Jonzac

Le grand castrum ayant été construit sur une ancienne motte féodale, des campagnes de fouilles ont été organisées. Le site possédait un immense donjon, plus haut que celui de Pons. Il avait la particularité d’être résidentiel, c’est-à-dire que les étages étaient habités. L’exceptionnelle découverte de sa salle basse voûtée, longue de trente mètres, intrigue les historiens. La conception de ce bâtiment ferait de lui une sorte de chaînon manquant dans l’histoire des châteaux forts.

« Villebois est ouvert au public. C’est un endroit à découvrir. Pour les journées du patrimoine, nous avons reçu quelque mille visiteurs » remarque Norbert Fradin. Cette place, que se disputèrent Français et Anglais lors de la Guerre de Cent ans, le fascine. Le comédien Bernard Lavalette l’a habitée dans sa jeunesse. Pour le comédien, l’ancien château des Fleury est devenu un magnifique chantier archéologique : « C’est comme si j’étais à Pompéi. C’est passionnant. De ce fait, l’appréhension que j’avais a disparu ».

Sous le sceau du Prince noir

Le château du Prince Noir aujourd'hui restauré



D'authentiques pavés en bois

À Lormont, près de Bordeaux, Norbert Fradin a sauvé le château du Prince noir. Rappelez-vous la pauvre demeure taguée en bordure de rocade ! La réflexion des passants était unanime : pourquoi la ville de Lormont la laisse-t-elle en piteux état ?
La question fait sourire celui qui a changé sa destinée : « Dans les années 1960, la construction du pont d’Aquitaine et les travaux de voirie ont entraîné le déclin du domaine, autrefois magnifique. L’association de défense et la mairie se sont battues pour que le château soit classé à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. C’est un point important. Désormais, toutes les réalisations tiennent compte de cette inscription ».

Situé à un point stratégique, l’entrée de la Garonne, l’édifice servait de résidence d’été aux archevêques de Bordeaux. Mieux, quand Bertrand de Goth devint Pape sous le nom de Clément V en 1305, le château de Lormont fut un moment « capitale de l’Église ».

A proximité, la circulation est intense sur le pont d'Aquitaine

Son histoire est agitée. Reconstruit au XVIIe par François de Sourdis, le château vécut des heures difficiles avec la Révolution qui le confisqua au clergé. Vendu comme bien national, les privés s’y succédèrent dont un banquier allemand, M. Schaler. Parmi les aménagements qu’il effectua au XIXe siècle, se trouve l’aile aux tours crénelées. C’est là que sont installés les bureaux de Norbert Fradin.
« Le château n’a pas résisté à l’autoroute qui l’a dévalorisé en l’amputant. Il est ensuite passé entre différentes mains, dont une société HLM et la DDE. C’est un privé, entre 1992 et 1995, qui l’a entièrement pillé. Tout a disparu, y compris les planchers et la gloriette. Je l’ai récupérée, mais après quel périple » !

Quand il l’achète, il ne reste que les murs : « Ma première question était simple : quelle destination allais-je lui donner ? En proximité de rocade, y faire des logements n’était pas une bonne idée. J’ai donc privilégié des bureaux et fait appel à l’architecte Bernard Buhler. Le chantier a duré quatre ans. Aujourd’hui, je pense que le château, qui abrite plusieurs sociétés, a retrouvé sa place au sein de Lormont. Jean-Marie Amat y a ouvert un restaurant ».

Cette renaissance « remarquable », qui a coûté plusieurs millions d’euros, ne passe pas inaperçue. Elle attire d’ailleurs les cinéastes. Prochainement, un tournage est programmé avec le comédien Laurent Deutsch.


Un musée de la Marine à Bordeaux

L’esprit de Norbert Fradin est en éternel mouvement. « Un matin, en ne me rasant pas, je me demandais ce que deviendraient mes maquettes de bateaux » avoue-t-il. En effet, tout amateur s’interroge sur le devenir de ses collections, les héritiers n’ayant pas forcément les mêmes attirances ! « A Bacalan, je participe à la transformation du quartier des bassins à flot. J’y possède des terrains et compte mener à bien une tranche de 500 logements. Cet endroit, qui sera l’un des plus prisés de Bordeaux, me semble intéressant pour y implanter un futur musée de la Marine ».

Des plans ont donc été élaborés. Le musée, d’une superficie de 4000 m2, s’insérera dans un complexe plus vaste, avec restaurant et boutiques, de 13000 m2. « Il s’agit d’un vieux rêve. Enfant, je voulais faire l’École Navale et devenir officier de marine. J’ai pris une autre direction ».
L’avenir comblera-t-il cette frustration ? « L’objectif poursuivi est de rendre à Bordeaux son riche passé de port maritime. Aujourd’hui, la capitale de l’Aquitaine est associée aux grands vins. Or, elle a d’autres facettes non négligeables ». Son projet, à l’horizon 2013, est bien accueilli : « de nombreuses personnes m’encouragent et m’apportent leur soutien. En 1978, le déménagement de l’ancien musée, situé Place de la Bourse, a été mal vécu. Les objets ont été stockés dans des réserves qui n’étaient pas suffisamment sécurisées. Conséquence, ils ont été envoyés au Musée de la Marine de Paris. Pourrons-nous les récupérer un jour ? ».

Comment Norbert Fradin conçoit-il ce futur musée ? « Doté des nouvelles technologies, il développera une dizaine de thèmes. S’y ajoutera un atelier qu’animera l’association des maquettistes de Guyenne. Outre l’organisation de conférences et de colloques, j’imagine une salle où le visiteur sera plongé au cœur de scènes maritimes en 3 D ».

Comme vous pouvez en juger, la feuille de route de Norbert Fradin est ambitieuse. « La France possède un patrimoine incroyable. Faute de moyens, ni l’État, ni les collectivités locales ne peuvent s’en occuper, c’est pourquoi les privés ont pris le relais. J’en fais partie. À partir du moment où les lieux s’imposent à moi, je ne précipite rien. Pour ne pas faire n’importe quoi, il faut savoir prendre du recul et s’entourer des personnes compétentes, DRAC, architectes. Nous ne sommes que les dépositaires de ces témoignages du passé qui nous survivront ». Les paroles sages d’un homme qui apporte sa pierre aux édifices !

L'info en plus

• D’où vient le nom de Prince noir ?

Au moment de la Guerre de Cent ans, la présence anglaise était importante au château de Lormont fréquenté par Henri III, fils de Jean Sans Terre ou Édouard de Woodstock, prince de Galles, dit le Prince noir en raison de sa pugnacité (prince d’Aquitaine de 1363 à 1370, il fit prisonnier le Roi de France et Duguesclin). Son fils, Richard II, serait né à Lormont. Devenu roi d’Angleterre à l’âge de douze ans, ce dernier a inspiré l’une des œuvres de William Shakespeare.

• Vive la gloriette !

À gauche de la photo, ce dessus de puits monumental a causé bien des soucis à Norbert Fradin. Un ancien propriétaire l’avait vendu à un antiquaire. Médusés, les voisins assistèrent, impuissants, à sa démolition.
Les amis du Vieux Lormont tentèrent une action en justice. En vain. Cet élément architectural imposant fut retrouvé à Houdan, près de Versailles, chez un spécialiste des matériaux anciens.
Un client américain s’était porté acquéreur, mais il n’avait pas obtenu l’autorisation de sortie du territoire. Il avait alors commandé une réplique. « Après âpre discussion, j’ai racheté ce témoignage du patrimoine de Lormont. Quand la gloriette, comme on l’appelle ici, a retrouvé sa place, le maire et les habitants étaient satisfaits » se souvient Norbert Fradin.
Il s’intéresse également au château de Villandraut, cette étonnante forteresse que fit construire le pape Clément V (encore lui !) près de Langon en Gironde. Villandraut constitue, avec le proche château de Roquetaillade, un exemple de l’architecture castrale des années 1300 en Guyenne.

• Commencés en 1961, les travaux du Pont d’Aquitaine ont duré six ans. L’ouvrage a été inauguré officiellement le 6 mai 1967, sous la présidence du ministre des Travaux Publics, François Xavier Ortoli.

Le restaurant de Jean-Marie Amat

Norbert Fradin a convaincu le célèbre chef Jean-Marie Amat de s’installer au château du Prince noir. Superbement agencé, ce restaurant, qui valorise la cuisine gastronomique du Sud-Ouest, est à découvrir.

Un bel ensemble à découvrir à Lormont, près de Bordeaux

Reportage/Photos Nicole Bertin

Les 150 ans des Thermes
de Saujon :
La dynastie Dubois !


Est-ce l’air de la Côte qui veut ça ? À Saujon, la grande famille Dubois est aussi alerte que les fameuses jumelles de Saint-Georges de Didonne qui viennent de fêter leurs 98 ans ! Elle ne prend pas une ride et chaque génération apporte une nouvelle pierre à son édifice. Les thermes et le centre de soins en psychiatrie, spécialisé dans le traitement de la dépression, sont connus loin à la ronde.
Vendredi dernier, l’établissement fêtait ses 150 ans en présence de deux ministres, Dominique Bussereau et Jean-Pierre Raffarin.


La famille Dubois est à l’origine de la station thermale de Saujon. En effet, une lignée de praticiens a contribué à sa renommée. La dynastie commence avec Louis, né en 1811. Esprit pionnier, il s’intéresse aux travaux du dr Duchenne qui traite les douleurs fonctionnelles de ses malades « grâce à une étonnante machine électrique ». Convaincu des bienfaits de l’hydrothérapie, il est le premier à avoir installé à Saujon une structure composée « d’une cabine de douche et deux cabines de déshabillage ». La pratique conjuguée de l’électrothérapie et de l’hydrothérapie assure à Louis Dubois une notoriété qui dépasse rapidement les frontières du département.

Son fils Stanislas consacre sa thèse à la physiothérapie. Il achète les terres du Puits Doux et offre aux installations une dimension nouvelle. Le centre, dont l’architecture rappelle les villes d’eau renommées, se spécialise dans le traitement des névroses. « Stalinas Dubois est à l’origine de la villégiature médicale » soulignent les historiens. En 1914, il fait réaliser un forage sur sa propriété. Les vertus curatives des eaux profondes de la nappe sont démontrées : « elles provoquent une diurèse abondante, une suractivité circulatoire et cellulaire remarquable ». Que demandez de plus ! Son fils Robert, élève du neurologue Babinski, reprend le flambeau. Le domaine thermal acquiert un rayonnement national que vient ternir la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ayant réquisitionné la villa du Parc et les thermes.

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, les noms de Jean-Claude Dubois et ses fils, Thierry et Olivier, sont associés au renouveau de l’établissement. Actuellement, il abrite la station thermale (alimentée par la source des Chalets), le centre de détente Philae et la clinique psychiatrique.

Avec un groupe de médecins, le dr Olivier Dubois a démontré que les eaux thermales avaient des retombées bénéfiques sur le traitement de la dépression. Il a dirigé et coordonné la première étude multicentrique menée en collaboration avec l’Association Française pour la Recherche Thermale. Cette dernière a montré la supériorité de l’efficacité de la cure thermale sur les troubles de l’anxiété par rapport à un traitement médicamenteux (résultats publiés dans des revues internatonales). Il vient de conduire une seconde étude consacrée à de nouveaux traitements, dont le sevrage thérapeutique en milieu thermal. L’objectif est de réduire, de façon douce et progressive, la consommation d’anxiolytiques et hypnotiques dont les Français sont malheureusement “gros consommateurs“.

Jean-Pierre Raffarin, défenseur du thermalisme

De gauche à droite, Pascal Ferchaud, conseiller général maire de Saujon, Dominique Bussereau, secrétaire d’État aux transports, Didier Quentin, député maire de Royan, le dr Olivier Dubois, son frère Thierry et Jean-Pierre Raffarin, ancien ministre de l‘Intérieur.


Vendredi dernier, les fêtes d’anniversaire avaient réuni de nombreuses personnalités sur le site. 150 ans : l’établissement ne les fait pas et il avance grâce au dynamisme et à l’opiniâtreté de ses propriétaires. Dans l’assistance, on notait la présence du sénateur maire Claude Belot, à l’origine des thermes de Jonzac, la benjamine des stations. Saujon, Rochefort, Jonzac : l’union fait la force ! On vient y prendre les eaux, soigner rhumatismes, phlébites, problèmes respiratoires, dépression, eczéma, etc. La liste de ces indications n’est pas exhaustive : « la médecine thermale est en passe de s’imposer comme une médecine à part entière à l’efficacité prouvée et dénuée d’effets secondaires. Outre sa vocation à traiter les maladies chroniques, la cure thermale devrait investir d’autres champs, participant davantage à la prévention, l’accompagnement du vieillissement, l’organisation de séjour de répit pour les accompagnants des malades d’Alzheimer et à des pathologies ciblées » déclara le dr Olivier Dubois dans son allocution.

De nombreuses personnalités participaient à cette manifestation


Le maire, Pascal Ferchaud, rappela combien la station thermale contribuait à l’attractivité de Saujon (7500 habitants), aux côtés du commerce et du patrimoine, le château de Richelieu et le port de Ribérou. Sentiment que partage Didier Quentin, député maire de Royan : « à Saujon, on ne peut pas vivre sans les Dubois » ! Et d’en féliciter les membres pour leur esprit d’entreprise.



Pour Dominique Bussereau, « le thermalisme est un atout du département ». À Saujon, la station participe au développement de la région. Il assura les édiles du soutien du Conseil Général. Verra-t-on un jour le TGV s’arrêter à Saujon ? Tous les espoirs sont permis. L’axe Tours-Bordeaux devrait être achevé en 2016, avec une desserte pour le pays royannais.

Jean-Pierre Raffarin insista, quant à lui, sur la qualité des soins prodigués à Saujon. Et d’extrapoler sur les maux dont souffre la société moderne, dont la déprime et le stress. Finalement restrictives, les réalités actuelles gravitent autour de mots-clés : profits, dividendes aux actionnaires, bénéfices, rentabilité, croissance. Sur les réseaux sociaux, les amis sont devenus virtuels tandis que l’identité des êtres s’effiloche. Face au matérialisme, voire au gigantisme, certains individus ne savent pas où trouver leur place. Des centres de soins comme Saujon voient arriver des hommes et des femmes désorientés, atteints par la vie et manquant de confiance en eux. On appelle ça la dépression nerveuse. En réunissant « passion, talent et compétence, la famille Dubois a ouvert des perspectives autres que les traitements lourds, dans un cadre à dimension humaine ».

Pourtant, en haut lieu, le thermalisme est régulièrement visé quand il est question de diminuer les dépenses de santé (on parle alors de réduire les prises en charge des cures). Les normes administratives, d’hygiène, de contrôle et l’apparition d’une certification imposent des contraintes de plus en plus fortes. Les fonctionnaires hostiles à la pratique de ces soins millénaires, Jean-Pierre Raffarin les a rencontrés quand il était au Gouvernement : « Leurs calculs sont discutables puisque le thermalisme réduit, au contraire, la consommation de médicaments. Ces adversaires ne sont pas innocents car derrière, se jouent des intérêts. On essaie de grignoter le thermalisme parce qu’il n’est pas au cœur de ces grands intérêts, précisément »… Vous l’avez compris, l’ancien Ministre de l’Intérieur a dénoncé quelques vérités qui lui valurent les applaudissements de l’assistance !

Le lendemain, la clinique accueillait les quatrièmes journées psychiatriques de Saujon/Royan, sous la présidence du professeur Olié, psychiatre à l’hôpital Saint-Anne à Paris, en présence de quelque 200 médecins.


Jean-Claude Dubois et son épouse

• Brigitte Godlewski Dubois vient de publier un ouvrage intitulé « les thermes de Saujon, une histoire d’eau et de famille ». Y sont rapportés des événements oubliés dont la catastrophe ferroviaire de 1910. Notons que la famille Dubois est proche de celle de Mme Sarkozy mère : l’été, les enfants se retrouvaient sur la plage. L’actuel Président de la République faisait partie de cette jeunesse en villégiature sur la côte royannaise. Il y revient, d’ailleurs !

« Docteur Belot » : Nouveau titre donné par Jean-Pierre Raffarin à Claude Belot, sénateur maire de Jonzac. « Il a tant milité pour le thermalisme qu’il mérite bien d’être appelé ainsi » dit-il.

• L'info en plus


Dans la famille, le professeur Bruno Dubois, spécialiste de la maladie d’Alzeihmer

Eh oui, la famille est grande ! Le professeur Bruno Dubois est professeur de neurologie à la Salpétrière, à Paris, et directeur de recherches à l’INSERM, spécialiste des grandes fonctions du cerveau. Les travaux qu’il a menés sur la maladie d’Alzheimer, publiés dans la revue “The Lancet”, ont apporté un éclairage intéressant sur cette maladie qui frappe un grand nombre de patients.
« Il existe des preuves qui indiquent que les processus d’altération du cerveau sont en marche. Elles sont repérables grâce aux moyens d’investigation dont nous disposons aujourd’hui comme l’imagerie par résonance magnétique nucléaire » explique-t-il.

Dans une interview qu’il a accordée récemment, le professeur Bruno Dubois décrit les premiers symptômes qui peuvent faire penser à la maladie d’Alzheimer : « Ils concernent des gens qui ont des déficits objectifs de leur mémoire. Par exemple, ceux qui ne se rappellent pas d’un événement important qui a eu lieu dans les jours qui précèdent. C’est parce que la maladie d’Alzheimer touche une région du cerveau qui s’appelle l’hippocampe. L’hippocampe, c’est le péage de l’autoroute des souvenirs. Quand l’hippocampe est détruit par la maladie, vous ne pouvez plus transformer une information que vous vivez en souvenir. Ensuite, il y a une diffusion des lésions vers des régions du cerveau qui contrôlent le langage. Il y aura des troubles de compréhension, reconnaissance des visages, identification des objets, et aussi dans la réalisation de certains gestes. Petit à petit, l’extension des lésions s’accompagnera d’un accroissement des troubles ». Un vaccin est en cours d’expérimentation.