dimanche 12 février 2012

Une histoire de chapelle
entre Jean-Michel Méchain
et la mairie de Saint-Savinien

Alors qu’il a entrepris de construire à ses frais un monument en mémoire de la chapelle d’Agonnay, aujourd’hui disparue, Jean-Michel Méchain se heurte à la mairie de Saint-Savinien qui ne semble pas être aussi sensible que lui à l’histoire et au patrimoine.

C’est une belle aventure que raconte Jean-Michel Méchain, colonel de gendarmerie à la retraite. Après avoir été en poste par monts et par vaux, de la Guyane au Kosovo, il a posé ses valises à Saintes où il a renoué avec le passé. Ses racines familiales se trouvent en Saintonge, près de Saint-Savinien. « Quand j’étais enfant, mon père racontait qu’un souterrain partait du château d‘Agonnay pour rejoindre une mystérieuse chapelle » se souvient-il. De quoi susciter sa curiosité !
Il n’a jamais oublié cette histoire qui aurait pu disparaître dans les méandres du temps. En effet, après avoir fait Saint-Cyr, la vie l’a conduit en d’autres lieux.

En 2008, quand il revient dans la cité santone, il est retraité. Voyons, que disait cette fameuse légende ? Il se met en quête du côté d’Agonnay, commune où plusieurs parcelles portent le nom de “chapelle“. Pas de doute, elle a existé, mais il n’en reste rien. Au XIXe siècle, elle était en ruine. Où était-elle ? Il a bien une petite idée. Un jour de novembre, alors qu’il arpente un champ, une heureuse fortune le place face à un élément (une monnaie) qui l’intrigue. « Par la suite, j’y ai collecté des tessons de poterie blanche que j’ai montrés à Éric Normand de la Drac. Il a fait une déclaration de découverte de site. La grande chapelle se trouvait là, sur un emplacement signalé par une sorte de tertre ».
Jean-Michel Méchain en est tout ému. Évidemment, il ne découvre aucun souterrain (le château d’Agonnay est trop éloigné !), mais cet édifice dont lui parlait son aïeul est enfin localisé.

Jean-Michel Méchain est un ancien colonel de gendarmerie passionné d’histoire et de patrimoine. Il a publié un ouvrage très documenté sur « le serment d’Agonnay et la chapelle de Pied Gautru ».

Le vœu de Benoît d’Agonnay

Jean-Michel Méchain se met alors en quête : Qui a fait construire ce monument ? « Je gratte » dit-il. Aux Archives, il trouve des documents fort intéressants. Il en arrive à la conclusion que Benoît d’Agonnay, envoyé par son suzerain Geoffroy de Rancon, seigneur de Taillebourg à la septième croisade, en est le père fondateur. Fait prisonnier, il a fait un vœu à Marie : « S’il survit et revoit sa terre natale, il fera construire une chapelle dans le secteur dit du Puy Gauthrel ». Édifiée vers 1255, elle est confiée aux moines du prieuré de Saint-Savin de Taillebourg, lequel dépend de l’Abbaye de Saint-Savin de Gartempe, près de Poitiers. Par la suite, le domaine, d’environ 85 ha, est ravagé par les guerres de religion et finit ruiné. La mémoire s’estompe peu à peu.

C’est précisément parce qu’il est un ardent défenseur du patrimoine que Jean-Michel Méchain veut sortir de l’ombre cette grande chapelle qui a connu ses heures de gloire.
À sa façon, il a engagé une “croisade“ en réhabilitant le souvenir de cet édifice qui appartient à une autre époque. En l’attente de fouilles sur la parcelle même de l’église (qu’exploite actuellement un agriculteur), il souhaite concrétiser un projet. Pour y parvenir, il a acquis un bois situé non loin. « Je l’ai nettoyé et mon souhait est d ‘y ériger, à mes frais, une petite structure en souvenir de ce lieu de culte ».
Seul hic, c’est que le terrain n’est pas constructible et qu’une révision du Plu est nécessaire. Par ailleurs, le maire de Saint-Savinien, Jean-Claude Godineau et l’un de ses adjoints, M.  Prouteau, ne semblent pas sur la même longueur d’ondes que lui. Là où Jean-Michel Méchain voit une évocation du passé et un geste en faveur du patrimoine, la mairie jette un regard sceptique. Conséquence, contrairement à l’ancien Préfet Henri Masse et au sous-préfet de Saint-Jean d’Angély Frédéric Brassac qui, tous deux, soutenaient l’action de Jean-Michel Méchain, la municipalité de Saint-Savinien ne l’encourage guère et son initiative est au point mort (la préparation du dossier de révision simplifiée vient d'être bloquée. Nous irions vers une révision générale, pas avant 2015, au motif que le projet ne serait pas d'intérêt général).


Dans son bois, Jean-Michel Méchain souhaite ériger un monument, symbole de la chapelle de Pied Gautru. Les travaux ont été arrêtés par la mairie de Saint-Savinien car le PLU doit être révisé. Cette affaire n’est pas sans rappeler les malheureux démêlés qu’ont eus Daniel Moulinet (bâtisseur de la chapelle de Font Loraud à Colombiers, près de Pons) et le maire de Colombiers quand il a voulu édifier un petit dolmen sur son champ. Évidemment, la démarche peut surprendre ! La mairie s’y opposa et déposa un dossier devant le Tribunal administratif de Poitiers. Au final, la justice a donné raison à Daniel Moulinet.

Garder espoir

« Je ne comprends pas où le bât blesse. Mon bois est en face du dépôt municipal de matériaux qui forme une friche. La structure que j’envisage sera de taille très limitée. Elle ne pourra guère entraîner de pollution ou de nuisances, sa fréquentation étant celle des promeneurs et des randonneurs. Ce projet respecte dans sa réalisation les principes qui fondent la législation et la réglementation subséquente à l’environnement en vigueur en matière de protection de l’environnement ».

Jean-Michel Méchain aimerait bien que 2012 puisse correspondre au renouveau de la chapelle ou, tout au moins, à la structure qui la symbolisera. La chapelle d’Agonnay « du Pied Gautru » nous replonge dans le XIIIe  siècle. Elle est le fruit d’un vœu, c’est pourquoi lui rendre une place dans l’histoire locale serait une action juste et pertinente pour les nouvelles générations.

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