dimanche 18 novembre 2012

Cyclisme : Deux passionnés,
Jean-Marc Gay et Jean-Luc Petit


Ils habitent tous les deux la région de Saintes et leur passion commune est le vélo. L’un les collectionne, l’autre élabore des balades à faire dans la région. 

Quand on leur demande quelle est leur activité sportive préférée, ils répondent d’une même voix : le cyclisme. Chez l’un comme chez l’autre, il y a des vélos ! Un peu plus chez Jean-Luc Petit d’ailleurs que chez Jean-Marc Gay, mais pour l’unique raison que le premier est un ardent collectionneur.

Domicilié à la Chapelle des Pots, Jean-Marc Gay donne libre cours à sa passion sur les chemins vallonnés de Saintonge. Et de beaux endroits, il y en a ! « Je fais du vélo depuis mon plus jeune âge » avoue ce sportif qui a sillonné le département en long et en large. Il a eu son premier grand vélo à dix ans avec compteur de vitesses, s‘il vous plaît. Un joli souvenir qu’il n’a pas oublié : « la prise de mon destrier chromé fut digne d’un adoubement de chevalier. Le temps se figea, il fallait y aller. Je poussai mon vélo, pris de la vitesse avant de pédaler comme un forcené pour leur montrer que je n’avais pas de la purée dans les mollets » ! Pas étonnant qu’avec d’aussi fringants coursiers, cet admirateur de Bernard Hinault ait participé à la fameuse Jacques Bossis, épreuve qui doit son nom à l’enfant de Saint-Thomas de Conac.

 

L’an dernier, Jean-Marc Gay, qui passe habituellement son temps dans les chiffres, s’est offert une belle évasion en publiant un livre aux éditions « Les chemins de la mémoire ».  
« À 45 ans, je connais toutes les petites routes du département. J’avais envie de laisser une trace, de transmettre mon expérience ». Il a donc publié « Balades en vélo en Charente-Maritime ». Le premier livre d‘une série, semble-t-il.
Il a sélectionné trois parcours : « Chacun fait au moins 80 km, mais ils peuvent être fractionnés ». La beauté et la diversité de paysages font partie des critères retenus par l’auteur qui n’oublie pas de donner des conseils aux amateurs de « la petite reine ». L’avis de Dédé railleur est bien utile, surtout quand il y a « des faux plats, de longues côtes exposées aux intempéries, voire des automobilistes qui ne font guère attention »  !
Chaque itinéraire est minutieusement détaillé et la présence de photographies illustrant le patrimoine est un atout, du fleuve Charente à l’estuaire de la Gironde, avec une plongée dans le Sud et le Nord. Les principales étapes sont commentées avec les curiosités à découvrir. Sur son Peugeot compétition 5 000 de 1997 au cadre en Acier Colombus, Jean-Marc Gay ne fait pas qu’avaler des kilomètres, il est sensible à l’environnement.
La fontaine de la Grand Roc, sur la route de Vénérand/Saint-Vaize fait partie de ses havres. Un autre l’était, le petit pont sur la Seudre entre Thaims et Meursac, avant que « les barbares de la débroussailleuse » ne fauchent son jardin secret…
Cet ouvrage regorge d’informations utiles. On y apprend, par exemple, que le point culminant du secteur se situe à Burie. « Je n’ai pas de tracé préféré, je les aime tous » dit-il avec enthousiasme.

En juin  2012, Jean-Marc Gay a participé à l’Anjou Vélo Vintage, une randonnée au départ de Saumur. « Cet itinéraire très vallonné de 101 km a permis de mettre en évidence les formidables capacités de mon Hurtu de 1948 ». Grâce à lui, il a accompli le circuit avec facilité. Ce vélo appartenait autrefois à Lucien Cherbonnier, facteur à Saint-Jean d’Angély. Mais c’est avec son Peugeot de 1976 acheté chez Goyeau, place Saint-Pierre à Saintes par l’intermédiaire de Bernard Gacon, alors marchand de cycles à Saint-André de Lidon, qu’il a effectué les plus grandes distances.
Grâce à ce compagnon hors pair, il a parcouru à ce jour plus de 40 000 kilomètres par tous les temps. Respect et bonne chance à Jean-Marc Gay dans ses prochaines pérégrinations !

• « Balades en vélo en Charente-Maritime » aux éditions « Les chemins de la mémoire » dont sont responsables M. et Mme Thomas, 9 rue Saint Maur à Saintes. La photo de couverture a été faite par Delphine Souchon lors du Tour du Pays Rochefortais en 2011. La préface a été écrite par Jacques Bossis. En vente dans toutes les librairies au prix de 6 euros. Possibilité de l'emprunter dans les bibliothèques de Saintes et Jonzac.lement


L'évolution ! A titre d'exemple, la bicyclette moderne « Duralumin » présente un abaissement de 30 % du poids de la machine courante grâce au duralium, alliage à base d’aluminium, de cuivre, de magnésium et de manganèse (en usage dès 1932)

 

www.vélocompetition.com 


Initié au vélo dès son plus jeune âge, Jean-Luc Petit est un ancien coureur de Première Catégorie. Il a appartenu à différents clubs. Que de chemin parcouru depuis ses débuts à Saint-Jean d’Angléy !
 « J’ai arrêté de rouler il y une quinzaine d’années » dit-il.
C’est alors qu’il s’est recyclé, si l’on peut dire, dans l’univers du cyclisme. Le déclic a eu lieu quand il s’est rendu chez un collectionneur à Ecoyeux.
Son excellent site www.velocompetition.com est là pour attester de « l’émotion » qui l’a envahi. Coupures de presse, fiches techniques, l’ensemble se veut le plus complet possible. Et que dire de son véritable musée constitué de vélos ayant tous une histoire, de leurs propriétaires à la spécificité de leurs équipements, sans oublier les accessoires qui constituent « l’envers du décor ». Bidons, maillots, la liste est longue !

Jean-Luc Petit a restauré chaque "destrier" pour lui donner une belle allure. L’ancêtre des lieux date de la fin du XIXe siècle avec sa lampe à acétylène pour éclairer. Il côtoie ses fiers héritiers, modifiés pour apporter vitesse et souplesse à leurs utilisateurs sur les grandes épreuves. « J’ai cinq ou six vélos qui ont participé au Tour de France » avoue-t-il avec plaisir.
Ils ont pour lui une valeur sentimentale : il les bichonne, leur redonne vie et les entoure d’une admiration sincère. Son attirance est si vive qu’il l’a communiquée à son fils Arnaud, membre prometteur du Vélo-club de Saintes.
« Mon but n’est pas d’entasser, mais de mettre en valeur les évolutions de chaque machine, l’apparition du dérailleur par exemple, le changement de vitesses au guidon. Tous amènent quelque chose ». Certains modèles, plus sophistiqués, avaient même des freins dorés !

 Pour compléter sa collection, Jean-Luc Petit lance un appel : il recherche le maillot Mercier violet avec des manches jaunes des années 60 ainsi que tous les vieux maillots des clubs de la région. Il remercie par avance ceux qui porteront un regard attentif à sa démarche. Chaque objet sera répertorié avec minutie sur son site "impeccable". “De la belle ouvrage“ comme diraient nos amis québécois ! En l’attente, ce membre actif de l’organisation du Bordeaux-Saintes pense déjà à ce rendez-vous emblématique qui se déroulera en mars prochain…

 

Jean-Luc Petit (aux côtés de son fils Arnaud) déniche des vélos dans les brocantes, sur le Bon Coin, par le bouche à oreille. Il a effectué une cinquantaine de courses en professionnel, dont le Bordeaux-Saintes. La première édition de cette épreuve a eu lieu en 1909. Après un long sommeil, elle est repartie en 1933.

mercredi 7 novembre 2012

Le chalet du Lac
de Montendre rasé
pour cause d'amiante ?


Acheté 300.000  euros, le chalet sera-t-il démoli  pour cause d’amiante ? 

Une annonce légale, publiée récemment, a suscité une certaine émotion chez les Montendrais. En effet, la mairie de Montendre s’apprêterait à faire démolir le Chalet du Lac qui porte en lui de nombreux souvenirs. Motif : son état et l’amiante que contiendrait le bâtiment. « Mais quel amiante ? » s’interrogent certains habitants…

 

C’est en 2006 que la municipalité de Montendre a acheté le Chalet du Lac, ancien restaurant et discothèque, à la famille Jabouille. « Notre établissement constituait le seul accès entre les deux parties du Lac valorisées par la ville. Élargir le périmètre semblait logique » souligne Hugues Jabouille. Pour l’ancien maire de Montendre, Claude Augier, les élus ne devaient pas manquer le coche : « qu’une collectivité en devienne propriétaire évitera à un investisseur privé de faire n’importe quoi » disait-il. Dans le secteur, lui avait rêvé d’un bel hôtel au milieu des pinèdes face au lac Baron Desqueyroux, dont les eaux sont délicieusement dormantes. Malheureusement, ce projet, certes intéressant, n’avait pas trouvé concrétisation.


Quelques mois auparavant, dans le bulletin municipal de janvier  2005, Bernard Lalande, premier magistrat manifestement enthousiaste, avait expliqué le pourquoi de cette acquisition : « Nous disposons d‘une surface communale de plus de 200 hectares. Le chalet nous permettra de compléter un ensemble touristique et environnemental d’une grande qualité, unique en Haute Saintonge car il n’existe nulle part ailleurs un site qui réunisse un golf neuf trous, un centre équestre, une base nautique, un lac agrémenté d’une plage, un bassin ludique, deux villages vacances et de vastes espaces boisés ». Et d’ajouter : « Le coût est conséquent – 300.000  euros avec les terrains - mais, en considération de la qualité du lieu et des bâtiments, le conseil municipal a estimé qu’il s‘agissait là d‘une véritable opportunité pour l’avenir de Montendre et qu’il ne pouvait pas la négliger ».
À l’époque, aucun projet concernant l’avenir du chalet n’était clairement exposé : le conseil menait alors « une réflexion ». Son souhait était de le voir « demeurer dans le cadre des activités exercées traditionnellement autour du lac, principalement festives, familiales et sportives ». Le maintien d’une boîte de nuit n’était pas écarté, « Montendre étant branché jeunesse ».

En octobre 2008, le devenir du chalet était toujours mystérieux. Lors d’une réunion publique, les élus montendrais n’étaient sûrs que d’une chose : ils avaient rayé de la carte le fameux grand projet de Montendre qui devait s’articuler, vers le lac précisément, autour de Samuel de Champlain et de La Nouvelle France. « Le lac est un endroit populaire et il n’est pas question d’y faire un “Center“ quelque chose. De toutes les façons, nous n’en avons pas les moyens, ni la volonté » avouait le maire qui se réjouissait de la fréquentation des sentiers de randonnée : « tous les dimanches, on y croise entre 400 et 1 000 personnes » et tout ça « sans bistrot ». Et pour cause, le chalet des frères Jabouille avait définitivement fermé ses portes.

 

L'intérieur de la discothèque : sans commentaire...



 

Au fil des années, le pauvre chalet est resté à l’abandon. Aucune action n’y a été entreprise : « je pensais que la partie discothèque serait louée à une association » déclare Hugues Jabouille. Pire, les lieux ont été visités et sont fortement abîmés. Plusieurs entrées ont été murées. Vous avez dit amiante ? Dans ces conditions, on comprend que la mairie ait décidé de passer un appel d’offres auprès d’entreprises spécialisées. Publié la semaine dernière, l’avis tient à peu près ce langage : « Nom et adresse officiels de l’organisme acheteur : commune de Montendre, M. le Maire, 29, rue de l’Hôtel de Ville, 17130 Montendre ; objet du marché : Travaux de démolition d’un bâtiment communal contenant de l’amiante, le Chalet du Lac ; durée du marché ou délai d’exécution : à compter du 7  janvier 2013 jusqu’au 8  mars 2013 ; date prévisionnelle de commencement des travaux : le 7  janvier 2013  ».

Dans la population, la nouvelle a fait du bruit. En effet, depuis 2006, pourquoi la mairie n’est-elle pas intervenue pour garder le chalet dans un état convenable ? « Dépenser 300 000 euros pour l’acquérir et payer ensuite pour le faire démolir, on ne peut pas appeler ça une opération rentable ! Je voudrais bien savoir ce qu’en pensent les contribuables » ironise un habitant.
Un autre point attire l’attention. Pour les ex-propriétaires, le seul endroit où il pourrait y avoir de l’amiante se situe dans l’aile droite du bâtiment, au premier étage : « J’ai fait refaire la toiture en 1998 et, à connaissance, il n’y a pas d’amiante. De même, la boîte de nuit a été entièrement rénovée » explique Hugues Jabouille.
Quoi qu’il en soit, les jours du chalet du Lac sont comptés. « Il est tellement délabré qu’il vaut mieux le raser » admettent les promeneurs tandis que les pêcheurs, en habitués des lieux, évoquent l’heureuse époque où ils allaient s’y rafraîchir. À la mairie, on se veut rassurant. Les services soulignent « qu’il s’agit d’un appel d’offres réalisé dans le but de sécuriser et de désamianter le site ». A priori, il n’y aurait pas de projet de reconstruction dans un avenir proche.
Rideau la guinguette au bord de l’eau ?…

• France a mal au cœur… 

« Je n’y vais plus, c’est dans un tel état » déplore France Jabouille. Pendant 22 ans, avec son mari Didier, elle a tenu le Chalet du Lac avant d’en laisser les rênes à ses fils, Hugues et Fabrice. À l’époque, ça marchait bien : « quand le fils Dutronc s’est produit au Free Music, j’ai pensé que son père était venu chez nous ». Et pour cause, dans les années 70, le fameux night-club, a accueilli de nombreux artistes dont Jacques Dutronc, Johnny Hallyday et les Charlots. Eh oui, à Montendre ! Que reste-t-il aujourd’hui de ce temps d’avant ? Des souvenirs, bien sûr, et beaucoup de tristesse dans le cœur de France. « L’établissement a été entièrement vandalisé, saccagé. Je comprends qu’on veuille le démolir. Peut-être aurait-on pu éviter cela ? ». Et d’ajouter : « Je ne suis pas certaine que l’on puisse reconstruire à cet endroit car l’établissement se trouve trop près de la station d’épuration selon les normes actuelles ».

• Application de la loi amiante

Selon les articles un, deux et trois du décret N° 97-855 du 12 septembre 1997, l’application de la loi amiante concerne tout bâtiment dont le permis de construire est antérieur au 1er juillet 1997 (ce qui est le cas du Chalet du Lac). Tout propriétaire des bâtiments doit vérifier, par un diagnostic amiante, la présence ou non d’amiante dans les flocages, dans les faux plafonds et les calorifugeages de son immeuble. Ce diagnostic amiante avant-vente est visuel. Il ne fait pas l’objet de sondage destructif. Dans le cas d’une vente d’un bien immobilier construit avant 1997, le diagnostic amiante est obligatoire.

Portrait : De Cyprien à Madeleine,
la saga des Chapsal


On connaît surtout Madeleine, l’écrivain, mais avant elle, toute une lignée de Chapsal a porté ce nom, dont Fernand qui fut ministre et maire de Saintes pendant vingt ans. 


Vendredi. L’été indien darde ses rayons sur la Saintonge. Invitée par le club Saint-Georges que préside Pierre Pereira, Madeleine Chapsal s’apprête à donner une conférence sur un sujet qui lui tient à cœur. « Les Chapsal et la ville de Saintes : une longue et belle histoire d’amour ».
Pas besoin de consulter ses notes, cette famille, elle la porte dans son sang. Elle irrigue ses veines et les personnages qui l’ont précédée ont laissé en elle une empreinte indélébile.
Installée devant la piscine, un endroit calme et lumineux, elle parle « au nom de tous les siens ». Évoquer sa famille l’amuse, tout d’abord parce qu’elle est une femme. S’exprimer librement, quand on porte jupon, n’a pas toujours été chose aisée. « Longtemps, les femmes ont été dans l’ombre. Si mon arrière-grand-père me voyait, il en ferait une maladie ». Le ton est donné. L’un des charmes de Madeleine Chapsal est d’avoir banni la langue de bois de son vocabulaire !

Cyprien, l’arrière-grand-père en question est originaire d’Aurillac dans le Cantal où son père est coutelier. Professeur de lettres, il a exercé à Limoges, avant d’être nommé au collège de garçons de Saintes dont il est devenu Principal. « Avec Sophie, son épouse, ils ont acheté la maison de la rue Saint-Maur que j’habite actuellement. Ils n’y sont venus qu’à la retraite. Auparavant, ils occupaient le logement de fonction de l’établissement ». Après une vie bien remplie, Fernand s’est éteint à Saintes à l’âge de 73 ans. Son épouse lui a survécu vingt ans…

Fernand ou la renaissance de Saintes 

Parmi leurs enfants, se trouve Fernand, né en mars 1862 : « C’était un bon élève. Il avait une puissance de travail et une clarté d’esprit remarquable » souligne Madeleine Chapsal.
Il fait ses études à Paris où il devient docteur en droit. D’abord inscrit au barreau, il entre au Conseil d’État dont il a réussi le concours d’entrée (il s’est classé deuxième). Il a 25 ans et sa carrière sera exemplaire. « Je sais beaucoup de choses à son sujet car il a laissé une correspondance abondante. De nos jours, on croit communiquer efficacement grâce à Facebook ou Twitter, mais ces lettres sont plus riches en information que tous nos vecteurs habituels ».

Quels postes a-t-il occupés ? La liste est longue. Membre du Radical Socialiste, il a été sénateur de la Charente-Maritime de 1921 à 1939 et vice-président de cette docte assemblée. Maire de Saintes de 1919 à 1939, il a laissé son nom au jardin public et à une rue de la ville.
Il s’est largement investi dans les chemins de fer, l’adduction d’eau, l’électrification rurale et a fondé, dans le département, l’une des premières caisses régionales de Crédit Agricole Mutuel. « Toutefois, malgré les actions qu’il a conduites, les municipalités qui se sont succédé à Saintes n’ont pas eu la réelle volonté d’honorer sa mémoire » regrette sa petite-fille.
Il a par ailleurs occupé de multiples fonctions dans la haute administration de la Troisième République, notamment directeur du Service du Ravitaillement Civil pendant la Première Guerre Mondiale. S’y ajoutent trois ministères, le Commerce et l’Industrie en 1926 dans le gouvernement d’Aristide Briand, le Commerce de juin 1937 à janvier 1938, puis l’Agriculture de janvier à mars 1938 sous Camille Chautemps.

Par son parcours politique, Fernand a incontestablement marqué la famille Chapsal. « Mon grand-père était l’homme, non des promesses fumeuses, mais du réalisme fécond. Et si ses grandes connaissances lui permettaient de se pencher sur tous les problèmes, son bon sens voyait immédiatement la forme dans laquelle ils pouvaient être réalisables, aux moindres frais. Il a contribué à la renaissance de Saintes ».
Madeleine garde de son illustre aïeul un souvenir ému et nuancé : « Je crois que les enfants ne l’intéressaient pas. Il ne m’a jamais vraiment adressé la parole ». Cette génération d’hommes, il est vrai, a souvent été qualifiée de machiste !

Tel père, telle fille ! 

L’un des fils de Fernand, Robert, né en 1895, n’est autre que le père de Madeleine Chapsal. « Lui et son frère étaient un peu complexés face à leur père. À peine revenus de la guerre où ils avaient combattu courageusement, il leur a dit qu’il fallait commencer à travailler ».
Robert est le contraire de Fernand : il aime la douceur de vivre et les femmes ! Après avoir été attaché d’ambassade, il rejoint la Cour des Comptes. « Quand ma mère est tombée enceinte, il l’a épousée. Elle appartenait à la maison de couture de Madeleine Vionnet ».
Pour des raisons faciles à deviner, le couple divorce : « Papa nous prenait tous les quinze jours et l’été, ma sœur Simone et moi passions un mois à ses côtés dans la maison de Pontaillac. Souvenirs merveilleux ! C’est là que j’ai appris à nager. Quand j’étais à Paris, j’étais le plus souvent avec ma nurse. Heureusement, grand-mère vivait à la maison ».

Madeleine voue une belle admiration à son père : « il était beau, soucieux de sa personne, soigné, élégant ». À la fin de son existence, qui fut très longue, il déclarait : « Plus rien ne m’étonne car j’ai vu tout et son contraire. À mon âge, il ne reste que l’émerveillement ». Il avait dansé dans les boîtes de nuit de Buenos Aires, porté le fez à Istanbul, représenté la France à l’enterrement de l’impératrice Eugénie, emprunté le premier métro à Paris et failli mourir dans la boue d’une tranchée à Verdun. Ces moments sont relatés dans le livre « Cent ans de ma vie » que Madeleine a préfacé. Seul bémol, il n’est jamais parvenu à se faire élire maire de Saintes, contrairement à son père !
Son frère Pierre, qui avait fait Centrale, a été directeur chez Saint-Gobain.

Nous arrivons tout naturellement à Madeleine Chapsal. La présenter serait lui faire offense. En effet, sa notoriété est grande, de son métier de journaliste à l’Express à la publication de romans. Jean-Jacques Servan-Schreiber, avec qui elle a été mariée quinze ans, est resté dans son cœur : « Il a lancé Michèle Cotta, Catherine Nay, Françoise Giroud. Il ne faisait pas de distinction entre les hommes et les femmes ; seuls comptaient le talent, la force de travail. Il donnait des conseils. Quand il avait repéré une bonne plume, il la recrutait. Au journal, personne ne se plaignait. Nous étions tous honorés d’appartenir à l’Express qui s’était taillé une belle réputation depuis sa création en 1953 ».

Madeleine réalise moult interviews dont celles de Saint-John Perse et Jacques Lacan. « J’ai toujours préféré la littérature et la psychanalyse à la politique » explique-t-elle. Et d’ajouter : « J’avais la fâcheuse tendance à dire ouvertement ce que je pensais. En politique, cette attitude n’est pas forcément appréciée ».
Peuplée de beaux moments et de situations difficiles, la vie de Madeleine Chapsal s’est écoulée entre Paris, les maisons du Limousin, de Saintes, l’Île de Ré… et bien sûr dans les salons littéraires et sur les plateaux de télé. Elle a pansé ses plaies, son divorce parce qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfant et l’incompréhension qui l’oppose à sa sœur. Elle en a fait des livres où de nombreuses femmes se sont reconnues. Et puis est arrivée la disparition tragique de David, « son fils adoptif », l’un des quatre enfants de Sabine et Jean-Jacques Servan-Schreiber. Une épreuve douloureuse qu’elle a exorcisée en lui dédiant un ouvrage publié en avril dernier.

Devant un auditoire attentif, Madeleine Chapsal a raconté cette longue histoire qui gravite autour de la ville de Saintes. Peut-être la croiserez-vous du côté de la rue Saint-Maur : c’est là qu’est située la maison de famille dont elle est la première femme propriétaire !

La maison de la rue Saint-Maur à Saintes
 

Au sujet du Service Départemental
d'Incendie et de Secours :


18 : « Le transfert des appels à La Rochelle est une régression » estime Claude Belot 

 Le 15 août dernier, des baigneurs ainsi que des membres du personnel ont ressenti des malaises au complexe aquatique des Antilles (Charente-Maritime. Selon les spécialistes, les trichloramines seraient à l’origine de ces indispositions qui ont fait couler de l’encre et mobiliser 35 pompiers sur les lieux.

Alors en vacances en Espagne, Claude Belot, sénateur maire de Jonzac, a vécu ces événements en direct grâce à ses « relais » locaux, dont l’un de ses vice-présidents Jean-Michel Rapiteau. Il est évident que durant plusieurs jours, la Communuaté de Communes de Haute-Saintonge, gestionnaire du site, n’a manqué ni travail, ni de tracasserie.
Aujourd’hui, des dédommagements sont demandés par une cinquantaine de personnes ayant subi des « incommodités ». Elles sont estimées à 2.151 euros. La collectivité assurera ces remboursements.

« On avait quasiment déclenché le plan Orsec » lança Claude Belot lors de la dernière réunion de la CDCHS, avant d’embrayer sur un autre problème, celui du traitement de l’alerte grande distance. En effet, chaque fois que l’on compose le 18, on tombe sur la plateforme du SDIS à Périgny qui traite l’information et la répercute aux casernes proches du lieu du sinistre.  
« Il faut changer ce système » estime Claude Belot, « si je veux une réponse rapide, je suis obligé d’aller au centre de secours de Jonzac parce que si je passe par La Rochelle, je ne l’aurai pas. J’arrive à régler les problèmes tant que les pompiers veulent bien m’obéir »
Le sénateur maire de Jonzac aimerait revenir à l’ancienne formule de « proximité ». Parmi les motifs invoqués, la mise en danger d’autrui. « Prenez le forcené de l’hôpital psychiatrique qui a posé problème l’autre jour en ville. Il a fallu six gendarmes pour le maîtriser. Pendant longtemps, j’ai été responsable du centre de secours de Jonzac. Quand l’accident de Mirambeau s‘est produit, il y avait Claude Belot et Patrick Carré en premières lignes. Aujourd’hui, on est dessaisi de tout. Je considère que le transfert téléphonique à La Rochelle est une régression ».

Francis Savin pas d’accord ! 

Tandis que le vice-président du SDIS, Daniel Laurent, ne dit mot, son collègue Francis Savin (administrateur du SDIS) monte au créneau. « La centralisation globale des appels à Périgny s’est faite en 2010. Elle a commencé en 2009, avant Xynthia, à l’exception du Sud. J’ai été élu en 2008 au Conseil général. Je suppose que ce dossier avait été étudié en amont ». Président du Département jusqu’en 2008, Claude Belot en avait forcément entendu parler. « Il faut arrêter de dire que le SDIS coûte cher, ce service fait bien son travail. Quant à la Haute Saintonge, je ne l’oublie pas puisque la gestion des caméras de détection des feux de forêts sera centralisée à Jonzac. Elles seront opérationnelles au printemps 2013 ».
S’il partage souvent les mêmes points de vue de Claude Belot, le conseiller général de Montguyon entend s’exprimer quand leurs avis divergent. Ce qu’il a fait !

Claude Belot reste sur ses positions : « Quand il y a un pépin, la mobilisation doit être rapide et le délai d’intervention court, surtout en cas d’urgence médicale ». Bref, ce serait mieux si un centre de secours proche répondait à l’appel. Sera-t-il entendu ?…

lundi 5 novembre 2012

Crazannes :
La galaxie des pierres levées


Carnac, Stonehenge figurent parmi les lieux les plus connus du monde entier. Leur existence reste une énigme. Quel but recherchaient les hommes en érigeant ces blocs énormes vers le ciel ? Consciente qu’un flambeau est à transmettre, l’association des Lapidiales de Port d’Envaux, que soutient le Département, a un grand projet : créer « la galaxie des pierres levées » sur la commune de Crazannes. 
 
Au départ, il y a les Lapidiales de Port d’Envaux que préside Alain Tanenbaum. Sur de vastes fronts de taille, au lieudit les Chabossières, des sculpteurs y laissent leurs empreintes chaque année. Cet endroit, ouvert au public en toute liberté, est sans doute l’un des plus insolites de Charente-Maritime. On s’y promène en admirant le talent d’artistes venus du monde entier.

Il y a quelques années, une nouvelle idée a germé dans la tête des responsables. Ambitieuse, il s’agit cette fois de créer « une galaxie des pierres levées », dans le droit chemin des dolmens et menhirs d’autrefois. Ces témoins d’un temps reculé ne manquent pas en Haute-Saintonge quand ils ont eu la chance d'échapper à l’empierrement des chemins ! On peut en voir un bel exemple à la Pierre Folle, sur la commune de Montguyon. Mais rien ne vaut les formidables alignements de Carnac en Bretagne ou encore l’étrange silhouette de Stonehenge en Angleterre. Faute de documents écrits, on ignore quelle était leur signification. Moult bruits courent à leur sujet. On raconte que les "sentinelles" de Carnac seraient une armée romaine changée en pierre par Saint-Cornely (toute ressemblance avec l’armée enterrée de Xi’an, en Chine, n’est pas purement fortuite !) et une autre prétend que les Korrigans, petits êtres maléfiques, dansent la nuit au pied des menhirs. Au XIXe  siècle, les scientifiques ont penché pour l’astronomie : les rangées de mégalithes seraient orientées sur les axes de lever et coucher du soleil aux solstices, position qui permettrait d’observer les mouvements de la Lune et des étoiles. Un calendrier cosmique en quelque sorte ! On a aussi parlé de sépultures, de sacrifices. Sur le sujet, les avis restent partagés et aucune réponse formelle n’a été apportée.

 La présentation du projet par Alain Tanenbaum en présence de Michel Parent et Gérard Gaillard
En imaginant un champ constellé de pierres levées, Alain Tanenbaum ne cherche pas à susciter le mystère. Il s’inscrit dans un mouvement que nos ancêtres ont insufflé voici des millénaires. Il veut seulement perpétuer une tradition qui se perd dans la nuit des temps ! Pour point d’ancrage, il a choisi les carrières de Crazannes, près de Saintes. Un endroit extraordinaire dont la pierre a été extraite de l’Antiquité au XIXe siècle. Ce calcaire légèrement ambré a servi à la construction de l’arc romain de Germanicus (Saintes), Fort Boyard et la cathédrale de Cologne. Il serait présent dans le socle de la Statue de la Liberté. Tout un symbole !

Le musée des carriers
Un chantier sans fin 

Réunis voici quelques mois au Pôle Nature de Crazannes, les organisateurs ont présenté leur projet aux côtés de sculpteurs en résidence (l’Italie était à l’honneur cette année). Un plan ainsi que des panneaux explicatifs de la future galaxie des pierres levées figurent dans le musée.


En 2012, l’invitée d’honneur était l’Italie. Venise, la Sérénissime, est la source d’inspiration d’Antonella Tiozzo et de l’argentin Pablo Garelli. Rigides, droits comme des I, les blocs se sont animés au gré de leur imagination fertile. 


Soucieux de poursuivre la mise en valeur du patrimoine géologique et culturel du département, le Conseil général s’est associé à cette action de valorisation.
En quoi consiste-t-elle ? Sur un champ de quatre ou cinq hectares que le maire de Crazannes, Gérard Gaillard, s’est engagé à trouver sur son territoire, seront installés 365 mégalithes dédiés aux cultures des sociétés humaines contemporaines en ce début de XXIe siècle. Auteur d’un cercle, figure majeure accueillant les cinq pierres-mères des continents de la Terre, plusieurs branches rayonneront pour former un ensemble qui s’étendra dans l’espace.
La position des menhirs, coiffés d’un gros caillou, obéira aux règles de la suite de Fibonacci qui doit son nom au mathématicien Leonardo Pisano. En effet, dans le Liber Abaci publié au XIIIe siècle, il a décrit le système d’écriture décimale positionnelle étudié auprès de savants arabes. De là à l’utiliser pour former « une spirale galactique » à Crazannes, il n’y avait qu’un pas !

L’agencement des menhirs, qui seront coiffés d’un gros caillou, obéira aux règles de la suite de Fibonacci qui doit son nom au mathématicien du XIIIe siècle, Leonardo Pisano. Chaque pierre du champ mesurera 2,4 m de hauteur pour une base de 0,80 m. Elle sera posée sur un socle de 80 cm.
Le site ne sera pas uniquement consacré à ces sculptures imposantes, mais à l’ensemble des acteurs de la région. Des spectacles y seront organisés. Loin d’être figé, l’endroit sera animé ! Représentant le Conseil général, Michel Parent s’est félicité de « cette initiative qui irriguera toute la Charente-Maritime ». D’autres pierres levées existent dans la région comme le dolmen (moderne) de Daniel Moulinet à Colombiers. Un véritable parcours balisé à travers Aunis et Saintonge pourrait être élaboré. « C’est un chantier dont on ne verra pas la fin. D’autres le poursuivront après nous » estime Alain Tanenbaum. Pour les générations futures, ces mémoires de pierres constitueront la démarche d’un groupe soucieux d’avancer dans son époque, tout en privilégiant le travail des hommes qui l’ont précédé. Ces étranges pierres levées pourraient-elles succéder au chantier événement de l’Hermione, quand la frégate aura pris la mer ? « Un rêve sans étoiles est un rêve oublié » écrivait Paul Eluard. C’est pourquoi il faut croire en ces « présences » qui symboliseront notre passage comme le font, au large du Chili, les fameuses statues de l’Île de Pâques…

Les carrières de Crazannes : un lieu unique et énigmatique à découvrir.
 
 

• L’attrait de ce havre verdoyant réside en sa double attraction. Lors de la visite sur le terrain, Stéphane Majeau, un guide qu’il faut absolument rencontrer, y présente la pierre brute dans son environnement initial. Petit-fils de carrier, il connaît l’endroit comme sa poche et promène le public à travers ce véritable labyrinthe « historique ». S’y ajoute le volet artistique quand la pierre blanche chante sous les ciseaux des sculpteurs pour accoucher d’œuvres originales.

En honneur aux carriers