samedi 16 mars 2013

Hôpital de Saintes : En 2013,
une entité stratégique regroupant
Saintes, St-Jean d’Angély,
Royan, Jonzac et Boscamnant


Employant 1 600 salariés et 140 médecins, l’hôpital de Saintes est un grand centre au cœur de la Saintonge. L’objectif des responsables de santé est de créer des partenariats qui constitueront une entité dynamique sur le territoire. 

Chaque début d’année, le directeur de l’établissement dresse le bilan de l’année écoulée. Alain Debetz, directeur des CH de Saintes et Saint-Jean, n’a pas dérogé à cette règle.

L'allocution d'Alain Debetz
Devant une assistance nombreuse, il a souligné la création, en 2013, d’une entité stratégique qui portera et coordonnera les ambitions de cinq établissements hospitaliers (Saintes, St-Jean, Royan, Jonzac et Boscamnant) ayant Saintes pour pivot : « les prises en charges des patients seront ainsi confortées et installées ».

Pour la direction, il s’agit de bien s’organiser au quotidien : « nous sommes vigilants afin de nous adapter et d‘améliorer notre fonctionnement ». Les CH de Saintes et Saint-Jean d’Angély fonctionnement en binôme depuis deux ans avec les EHPAD de Matha et Saint-Savinien. Etablir des partenariats avec d‘autres établissements est une suite logique afin d’offrir des services de proximité correspondant à l’attente des patients. En 2012, les coopérations entre Saint-Jean et Saintes se sont intensifiées en chirurgie urologique et orthopédique, diabétologie, gastro-entérologie, médecine physique et imagerie. Des « ponts » ont été réalisés tant avec Saint Jean, Royan que Jonzac.
« Pour que tout cela prenne corps, il faut que le centre hospitalier de Saintonge occupe toute sa place dans le paysage sanitaire régional. Il n’existera réellement que lorsque sera assurée l’activité de coronarographie. Un médecin spécialiste, porteur du projet, sera prochainement recruté. Sera également reconstituée l’équipe de gastro-entérologie. Celle des anesthésistes sera renforcée. Des efforts sont également à faire en oto-rhino laryngologie » estime Alain Debetz.


Qui dit développement, dit moyens. Sur ce chapitre, le directeur espère, de l’Agence Régionale de Santé, qu’elle puisse dégager des ressources suffisantes nécessaires au bon fonctionnement des nouvelles unités (dont celle des adolescents en psychiatrie).
À l’horizon 2015, la psychiatrie adulte sera regroupée dans un nouveau bâtiment situé dans la continuité de l’unité psychiatrique de soins et d’accompagnement. Le renouvellement de deux accélérateurs de particules en radiothérapie, par contre, n’aura pas lieu : « la radiothérapie restera donc rue de l’Alma sur le site des arènes ».
De même, les activités de pédopsychiatrie seront l’objet d’un débat avec l’ARS et le centre hospitalier de La  Rochelle afin de définir un redécoupage sectoriel.

Compléter l’offre de soins 

« Sur ce territoire, le plus étendu de la région, fort de près de 30 000 habitants, les projets sont nombreux » enchaîna le dr Borde, président de la commission médicale d’établissement.
Les CHU de Bordeaux et de Poitiers étant à plus d’une heure de route, « la proximité de l’offre devient nécessaire dans les activités pour lesquelles la rapidité de recours est déterminante comme l’angioplastie dans l’infarctus ou la prise en charge des accidents cardio-vasculaires ».

Pour offrir une offre efficace, des recrutements médicaux ont eu lieu en 2012, soit à ce jour 140 praticiens contre 90 il y a dix ans. Le CH de Saintonge dispose d’un plateau technique ultramoderne, « ce qui nous permet d’attirer de jeunes médecins de haut niveau de formation, malgré un contexte de démographie médicale difficile. Maintenir la population en bonne santé et limiter les risques de complications graves dans les maladies chroniques sont les champs d’intervention que nous devons développer en collaboration avec les médecins et infirmières de la ville ». 


Une grosse entreprise de 1 600 salariés 

Tout comme Catherine Quéré, députée, et Isabelle Pichard, conseiller général, Jean Rouger, président de la jeune Communauté d’Agglomération, ne pouvait que féliciter les responsables du CH, 5e unité du Poitou-Charentes.
Les chiffres se passent de commentaires : 1 600 salariés, 140 médecins, 70 000 hospitalisations par an, 1 300 naissances et, le croiriez-vous, 2 300 tonnes de linge traité. L’hôpital est ouvert 24 h sur 24 toute l’année « quand les privés ferment leurs portes au moment des vacances ».
 Il s’agit d‘un univers à part, une petite ville à l’intérieur de la cité qui fourmille, s’anime, vit des joies et des peines. Un lieu où la santé occupe la première place. Il peut être synonyme de souffrance, mais aussi de grande joie quand une guérison se profile à l’horizon. L’hôpital est un tout, une grosse entreprise par son nombre de salariés qui doit équilibrer ses chiffres tout en restant performant ; une étape incontournable quand la vie vous égratigne ou qu’un accident vous conduit entre ses murs.

Souhaitons à l’hôpital de Saintonge et à ses « satellites » de concrétiser leurs ambitions au service de la population afin d’améliorer l’offre de soins « encore insuffisante dans certains domaines ». À ce titre, le dossier commun informatisé se poursuit ainsi que le système d’archivage et de transmission d’images numérisées qui représente une avancée technologique dans le secteur de l’imagerie médicale. 

• Pour les personnes âgées 
L’offre proposée comprend les EHPAD de Matha, Saint-Savinien et la Chapelle des Pots. Sur Saintes, la restructuration de l’EHPAD/USLD Aquitania est dans sa seconde phase de reconstruction. Les travaux devraient se prolonger jusqu’en 2014.


 • Les praticiens recrutés en 2012 - Cardiologie : Drs Delaire, Ngom, Peyrou - Gériatrie : Dr Van Pardelles - Chirurgie orthopédique : Dr Daaboul - Accès aux soins de santé : Dr Sejourne - Hospitalisation courte durée : Dr Lafon - Laboratoire interhospitalier : Dr Phan - Pharmacie : Dr Yali - Psychiatrie : Dr Zhengyong - Maison accueil Brumenard : Dr Lecroart - Cancérologie : Dr Parola (dont le père prendra sa retraite en février prochain).

Le dr Borde, président de la commission médicale d’établissement
• En 2012, ils ont pris leurs fonctions : Geneviève Leclerc, directrice qualité et gestion et Agnès Klein, référente dans la prise en charge du handicap. 188 personnes ont été recrutées dont 11 praticiens. 30 agents ont pris leur retraite.


• Ils ont été distingués - Médaille d’argent : André Deconinck, aide-soignant en réanimation ; Jean-Luc Meyze, employé aux services techniques - Médaille de vermeil : Agnès Despreaux Saint-Sauveur, infirmière en psychiatrie - Médaille d’or : Nadine Lafourcade, aide-soignante en médecine.

Un salarié décoré par Isabelle Pichard

A Rochefort, le gréement
de l’Hermione est une réalisation
unique au monde


Samedi 9 mars, le premier étage de la mâture de l’Hermione a été posé. L’équipe des gréeurs du chantier de Rochefort a effectué la pose des différentes pièces sous le regard admiratif du public. Le gréement de l’Hermione, en fibres naturelles, à l’identique de celui du navire d’origine, est une réalisation unique au monde.

L’opération s’est déroulée en plusieurs temps. Elle a débuté par le grutage du petit mât de hune, pièce longue de 16,90 m, et son positionnement le long du mât de misaine. L’opération s’est finalisée manuellement. Les gréeurs ont manœuvré le petit cabestan de l’Hermione pour aider au positionnement de la pièce et son stockage provisoire le long de la misaine. Cette pièce sera mise à son emplacement définitif le 13 avril.

 Deuxième étape : A l’avant, l’installation du bout-dehors pièce de 12,35 m le long du beaupré. Il rejoindra son emplacement définitif, dans le prolongement du beaupré, lors d’une future opération de mâtage.

Un ensemble de 12 tonnes 

Sans doute la manœuvre la plus délicate, le grutage du grand bas mât (27 m de hauteur), à la fois le mât, sa grande hune (plateforme de près de 20 m2) et le gréement dormant correspondant. Un ensemble de plus de 12 tonnes.
 L’opération s’est parfaitement déroulée. Une fois gruté à bord, le mât après avoir traversé les étambrais des ponts de gaillards, de batterie, et du faux pont a été positionné en fond de cale sur la carlingue du navire.
Dernière manœuvre : la pose à l’arrière du navire de l’ensemble mât d’artimon (16.58 m) et mât de perroquet de fougue (13 m). Les deux pièces assemblées entre elles. Le perroquet de fougue installé provisoirement le long de l’artimon, sera relevé à la verticale au dessus de l’artimon lors d’une prochaine opération. A la fin de la journée, les pièces constituant le premier étage de la mâture ont été posées.


Unique au monde 

La mâture de l’Hermione est réalisée en lamellé collé de pin d’Orégon. Les ferrures et cerclages des mâts ont été fabriqués par l’atelier forge du chantier. Enfin, les pièces du gréement dormant, assemblage des cordages, poulies, réas, qui permettent de fixer les mâts au navire, a été exécuté à l’ancienne par l’équipe des gréeurs du chantier.
Le gréement de l’Hermione, en fibres naturelles, à l’identique de celui du navire d’origine est une réalisation unique au monde. Les gréeurs s’attèlent maintenant à rigidifier le gréement ; mettre les cordages sous tension pour garantir la fixation solide des mâts aux portes haubans. A plus de 47 mètres de hauteur.
Une nouvelle opération de mâtage est déjà programmée : rendez vous samedi 13 avril pour la suite des opérations et la pose du 2ème étage de la mâture de l’Hermione. Les travaux de mâture vont s’échelonner jusqu’à la fin juin. Le travail se verticalise, permettant aux visiteurs du chantier d’assister à des travaux insolites, et de voir les hommes grimper dans la mâture et culminer à plus de 47 mètres, la hauteur du tirant d’air du navire.

www.hermione.com

lundi 25 février 2013

Unicognac en Asie,
« le marché où il faut être


Période faste pour les ventes de cognac

Le cognac Jules Gautret, produit par Unicognac, poursuit sur sa lancée. Rencontre avec le directeur général, Michel Villemin, qui envisage une extension de son entreprise située à la sortie de Jonzac, sur la ZI de Saint-Germain de Lusignan.


Le cognac est la liqueur des dieux, dit-on. Ils semblent l’accompagner, en effet, puisque les chiffres réalisés dans ce secteur portent à l’optimisme. Mieux, des niveaux « historiques », entre 21 et 25 millions de caisses, seraient atteints en 2016, selon une étude réalisée par le cabinet conseil Eurogroup. Dans un contexte économique parfois difficile, les deux Charentes tirent leur épingle du jeu ! Le soleil brille sur cette activité qui fait vivre de nombreux exploitants dans la région.

A Jonzac, l’entreprise Unicognac est en pleine ascension. Installée de longue date dans la capitale de la Haute Saintonge, son chiffre d’affaires est de 20,3 millions d’euros. « Nous terminons l’exercice avec une progression de 11,66% » précise Michel Villemin, directeur général. Encore une fois, c’est l’Asie qui apporte de l’oxygène et plus précisément la Chine. Pour pénétrer ce marché, Unicognac a fait appel à la société C and D dont les responsables ont été reçus à la mairie de Jonzac en décembre 2010. « Nos liens se sont renforcés avec l’Empire du Milieu grâce à notre collaboratrice Jian Sun en poste à Shanghai. Elle travaille en étroite relation avec cette société dont le siège social se trouve à Xiamen, ville du Sud Est de la Chine. Avec un CA de cinq milliards d’euros, c’est la première entreprise de la province de Fujian ».

Globalement, le marché asiatique – Chine, Hong Kong, Corée, Japon, Taiwan, Singapour, Macao -  a un fait un bond de 31%. Les résultats sont également bons aux USA (+22,09%) ainsi qu’en France (+23%). « Nous souhaitons poursuivre notre implantation sur le marché asiatique. C’est là où il faut être ! » admet Michel Villemin. Globalement, Unicognac produit 5 millions de bouteilles (cognac, pineau et vins de pays).

Unicognac, une longue histoire !
Stocks insuffisants ?

Si cette croissance est symbole d’expansion, se pose la question des stocks. Permettront-ils de couvrir toute la demande ? Le sujet est d‘autant plus délicat que les eaux de vie vieillissent en chai « plusieurs années, deux au minimum pour le cognac VS, beaucoup plus pour les qualités achetées par les asiatiques ». Il y a donc un roulement. Aujourd’hui, on produit environ 700.000 hectolitres d’alcool pur : « à fin décembre 2013 le total des sorties s'établissait à 513 140 hectolitres d'alcool pur. Le reliquat constitue les stocks ». Au cas où les nouvelles commandes seraient importantes, risquent-ils d’être insuffisants si l’Inde ou le Brésil, pays du Brics (1), augmentent leur consommation ?

Un éventail d'échantillons
Si l'on se fie à l'étude d'Eurogroup, la réponse est clairement non. Dans ces conditions, faudrait-il replanter, c’est-à-dire libérer les droits de plantation ? Les avis divergent.
En effet, en 1992, après l’effondrement du marché japonais, la profession s’est retrouvée dans une phase de surproduction entraînant une baisse des prix et un arrachage massif. A l’époque, le ministre de l’Agriculture et le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, avaient demandé à un ingénieur général de l’Agriculture, M. Zonta, de faire un rapport sur « l’avenir du cognac ». Il avait conclu, sans doute hâtivement, qu’il s’agissait d’un produit « obsolète » et qu’il fallait réduire le vignoble. D’où l’émergence des vins de pays charentais. Dix ans plus tard, la demande américaine d’abord pour des cognacs jeunes qu’on boit le soir dans les discothèques, puis celle des Chinois, amateurs d’eaux de vie vieilles et coûteuses, a renversé le marché.
Toutefois, les viticulteurs savent bien que les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel ! Augmenter massivement la production ferait baisser le coût de la matière première, c’est-à-dire du vin. Ce que peuvent souhaiter les négociants, mais sûrement pas eux ! Un équilibre est donc à trouver entre l’offre et la demande dans le cadre d’une discussion interprofessionnelle au sein du BNIC…

Le packaging est différent selon les pays
Sous forme de coopérative

Le principe d’Unicognac, qui fonctionne sous forme de coopérative, est simple : « il s’agit d’écouler la production de nos adhérents, de la mettre en bouteilles et de la commercialiser » explique Michel Villemin. Unicognac achète la quasi-totalité de sa production à la maison-mère, Charentes Alliance, qui regroupe 7000 agriculteurs sur le territoire dont environ 300 viticulteurs en Charente et Charente-Maritime.
Le marché du pineau, quant à lui, subit le contrecoup du cognac. Financièrement, les viticulteurs préfèrent destiner leur récolte à ce produit emblématique que de faire du pineau : « cette attitude peut se comprendre » remarque Michel Villemin. En conséquence, les ventes ont baissé.  le Benelux, le Québec et la France bien sûr restent consommateurs de cet apéritif. Uicognac exporte aussi au Japon, à Taiwan et à Singapour.
En ce qui concerne les vins de pays, Thalassa et Père Fouras, de gros efforts ont été réalisés en matière de vinification. « Ils sont de bonne qualité » assure le directeur d’Unicognac. D’ailleurs, les Chinois en achètent, même s’ils préfèrent le Bordeaux !

En mars prochain, Michel Villemin se rendra en Asie, dont en Chine, une partie du monde qu’il connaît bien. Forte d‘une quarantaine de salariés, Unicognac, unité dynamique de Haute Saintonge, est prête à affronter l’année 2013 ! Une extension des locaux de l’entreprise, située de la ZI de Saint-Germain de Lusignan, est envisagée dans un proche avenir.

1- BRICS est une organisation qui regroupant cinq pays : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud

• Selon les chiffres du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC), l'équivalent de 168,5 millions de bouteilles de cognac ont été vendues dans le monde du 1er août 2011 au 31 juillet 2012, soit une progression de 4,3 %. Chiffre d'affaires global de près de 2,4 milliards d'euros, en hausse de 17,3%. Conséquence de cette embellie : les négociants achètent au prix fort la production. Les expéditions de cognac XO (mention indiquant que l'eau-de-vie entrant dans l'assemblage a au moins six ans d'âge) ont progressé en valeur de 22,9 % en un an et celles de VSOP (very superior old plate avec une eau-de-vie d'au moins quatre ans) ont augmenté de 8,6 %. Par contre, les ventes de digestif en Europe ont sérieusement chuté.


Chaque année, Michel Villemin passe environ quatre mois à l’étranger à visiter ses différents clients, de l’Asie aux Etats-Unis.
• En vente

Les anciens bâtiments de l’UCC situés avenue Foch, sur la route d‘Archiac, sont à vendre, bureaux et chais, pour la somme de 500.00 euros. Soit 5000 m2. Cet emplacement, au cœur de Jonzac, pourrait convenir à un projet immobilier par exemple.



 Cognac : Des hauts et parfois des bas…

Depuis des décades, de nombreux pays de par le monde cherchent à exploiter leurs propres vignobles. Pour l’instant, le cognac bénéficie d’une appellation contrôlée. Obtenu ailleurs, cet alcool s’appelle brandy. « Ce ne sont pas les mêmes terroirs et les produits sont inférieurs » remarque Michel Villemin qui souligne au passage la bonne qualité du brandy de Xérès en Espagne.
A l’avenir, la concurrence sera rude, d’autant que les goûts évoluent. S’il faut se réjouir de l’excellent résultat des ventes de cognac, les responsables sont réalistes. Le marché connaît régulièrement des fluctuations !

dimanche 24 février 2013

De la sueur, du sang
et des larmes…


Le 4  janvier 1945, des bombes alliées ont anéanti la ville de Royan. Retour sur un épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale. Conférence dimanche 15 mars à 15 h au salon du livre de Chaniers (17)

Au centre d‘une carte postale jaunie, le grand casino de Royan fait rêver ! S’il existait encore, il appartiendrait à n’en pas douter au grand patrimoine national.


Qu’est-il donc arrivé à la perle de l’Atlantique, quatrième ville du département dans les années 20, qui endormait ses nuits dans le jazz et le charleston ? À l’époque, il n’était pas rare d’y croiser des artistes comme Sacha Guitry, Yvonne Printemps et le célèbre photographe Jacques Henri Lartigue : « marée basse, la plage est un immense désert qui s‘étale sans bruit, ni moment, ni couleur jusqu’à l’horizon ». Un univers de légèreté et de bonheur.
Les dieux, dit-on, étaient jaloux de cette ville qui s‘offrait aux plaisirs de la mode. Depuis le XIXe siècle, elle était devenue cité balnéaire et attirait les habitants du département voisin, la Gironde, qui s’y rendaient par bateau.
La Seconde Guerre mondiale a tout balayé comme un château de sable aux fondations incertaines.
Dès juin 1940, les troupes allemandes se sont installées dans Royan. Pour se protéger, elles ont construit les fameux blockhaus, continuité du mur de l’Atlantique, que les baigneurs aperçoivent encore le long de la Grande Côte. Devenus gardiens de l’inutile, ces chiens de garde en béton rappellent le douloureux temps de l’Occupation. En septembre 1944, la poche de Royan abritait quelque 5 000 Allemands commandés par l’amiral Michahelles.

Il faut libérer Royan !

Le général de Gaulle chargea le général de Larminat de cette délicate opération. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la Royal Air Force, c’est-à-dire nos alliés anglais, anéantirent la ville le 4 janvier 1945. Des tonnes de bombes tuèrent des civils innocents tandis que les défenses ennemies restèrent intactes. Cette bavure alimenta une violente polémique : « Français, Anglais et Américains se sont accusés mutuellement, personne ne voulant reconnaître officiellement sa responsabilité. Les Royannais estiment que la faute incombe au général de Larminat » remarquent les historiens.


Lors de la libération de Royan, en avril 1945, le cauchemar recommença quand 725 000 litres de napalm furent déversés. Les Américains y utilisaient cette essence gélifiée pour la première fois.
Les survivants de ce bombardement en gardent un souvenir apocalyptique.
Après d’âpres combats, des éléments de la Deuxième Division blindée délivrèrent enfin l’agglomération : « La surface de la ville avait été détruite à 90 % ». D’où ce témoignage qui se passe de commentaires : « Le casino est fendu comme une bonbonnière. Royan a cette liberté des morts. Il y a un bruit de pas sur la route qui sont peut-être de pillards ou de prisonniers évadés. Ou bien des gendarmes qui tapent du pied pour ne pas s’engoncer dans l’absurdité de Royan, pour lutter contre les sottises des ruines ».

Des réfugiés en gare de Saujon
Un tel traumatisme ne s’oublie pas et chaque année, la ville de Royan organise plusieurs cérémonies commémoratives. Témoins de la libération de Royan, les historiens, Yves Delmas, Guy Binot, Samuel Besançon ou August Hampel ont accompli un remarquable travail de mémoire.

  
• La faute à qui ?

S’il est difficile d’accuser une personne en particulier, Guy Binot, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, apporte des éclaircissements.
En fin d’année 1944, les Français demandent un bombardement de la poche de Royan en épargnant les civils. Le 10 décembre, une rencontre a lieu à Cognac entre le général américain Royce et les généraux français Corniglion-Molinier et Larminat. Aucun compte rendu ne relate les propos tenus, si ce n’est que les Américains pensent que les civils royannais seront évacués le 15 décembre. Quelques jours plus tard, Royce demande alors un bombardement. « Town of Royan » : on ne peut être plus explicite. Or, contrairement à ce qui a été avancé, les habitants n’ont pas quitté la ville…

Le 23 décembre, le général Spaatz envoie un télégramme à ses forces. L’attaque est remise à une date ultérieure tandis que le général de Larminat confirme la zone à atteindre qui englobe Royan. Le 4 janvier, la Royal Air Force intervient deux fois à une heure d‘intervalle, lâchant 1 600 tonnes de bombes sur Royan. 500 civils trouvent la mort, autant sont blessés. Le nombre d’Allemands tués est de 45. Restent 1 200 rescapés environ. La ville, quant à elle, est pratiquement détruite. En avril, le napalm anéantit ce qui reste, mais la zone est libérée.


Comme on s’en doute, le bombardement du 4 janvier a suscité de vives réactions, c’est pourquoi les archives militaires ont été interdites pendant trente ans. Le général de Larminat s’est toujours défendu en disant qu’il n’avait jamais demandé le bombardement de Royan. Les alliés, eux, croyaient que la population était à l’abri. Pour Guy Binot, « Larminat s’est peu préoccupé des civils alors que la résistance le renseignait parfaitement ». Par ailleurs, comme le souligne M. Amouroux, de Gaulle voulait une victoire sur le territoire français pour redorer son blason. De tels arguments peuvent sembler discutables aujourd’hui. En 1945, le contexte était bien différent…

Du bombardement de Royan
à l’opération Frankton


Pour sa 5e édition, les samedi 16  mars et dimanche 17  mars prochains, le salon du livre de Chaniers (17) aura pour thème « Les écrivains militaires ». Tout en mettant à l’honneur les auteurs locaux et régionaux, le salon accueillera des écrivains qui ont consacré des ouvrages à des faits historiques, ceux de la Seconde Guerre mondiale en particulier. 

Du lundi 11 mars au dimanche 17 mars, une exposition sur « l’opération Frankton » (opération commando en 1942 dans l’estuaire de la Gironde) se tiendra dans la salle des fêtes. Samedi 16 mars à 15 heures, aura lieu une conférence sur cette fameuse opération commando à la salle municipale.
Le lendemain, dimanche, toujours à 15 h, il sera question du bombardement de la poche de Royan.


• Un circuit de randonnée dans les pas du Commandant Hasler et de Bill William Sparks 

Il y a quelques années, l’Université d’été de Jonzac que présidait Pierre Nivet, avait organisé une série de conférences sur l’opération Frankton, un fait héroïque de la Seconde Guerre mondiale accompli par des soldats de sa Royale Majesté. À bord d’embarcations discrètes, ils firent sauter bateaux et bâtiments allemands qui bloquaient le port de Bordeaux.

Seuls deux survivants parvinrent à s’échapper, le Commandant Hasler et le marin Bill William Sparks. Afin de ne pas se faire repérer, ils empruntèrent de petites routes jusqu’à Ruffec en Charente. Ils furent hébergés durant une nuit chez un résistant au village de Saint-Preuil.

Ce circuit est devenu un sentier de randonnée renommé que sillonnent des marcheurs tout au long de l’année. Les Britanniques, qui n’hésitent à pas faire le déplacement, y viennent nombreux. En effet, si tous nos amis anglais (ou presque) connaissent cet épisode glorieux du passé, il n’en est pas de même des Français qui l’ignorent le plus souvent ! Pour réparer cet oubli, l’association Frankton Souvenir, que préside François Boisnier, a été créée en 2000.

Cérémonie dans les années 2000 en présence de William Sparks, seul survivant de l’opération. Il est aujourd'hui disparu.
 

Pour le 60e anniversaire de ce raid, une manifestation particulière avait été organisée avec, pour invité d’honneur, William Sparks, seul survivant de l’opération. Venu d’Angleterre apporter son témoignage, il avait dévoilé une plaque au village de chez Nâpres en Charente.
Le parcours va de Saint-Genès de Blaye en Gironde jusqu’à Ruffec. Il existe trois itinéraires, sud, centre et nord.

Un groupe d'élèves sur le parcours Frankton
Parmi les participants, Françoise Landreau, professeur d’anglais au CES de Jonzac, et une douzaine d’élèves avaient répondu présent. En matinée, ils avaient accompli le tronçon Léoville/Saint-Germain de Vibrac. Durant l’année scolaire, l’enseignante avait longuement expliqué aux collégiens ce qu’était l’opération Frankton, s’appuyant sur l’étude de deux livres consacrés à cet exploit (non traduits en français) et la projection d’un film réalisé dans les années cinquante. L’action à Bordeaux y est bien détaillée. Par contre, la fuite des rescapés par les Charentes aurait été occultée…
Pour les remercier de leur intérêt et du travail accompli, W. Sparks, âgé de 82 ans, avait enregistré un message sur magnétophone à leur intention. Déclaration que les intéressés écoutèrent avec beaucoup d’émotion. Quand elle devient palpable, l’histoire prend alors tout son sens…

• L’opération Frankton s’est déroulée durant la Seconde Guerre mondiale en décembre 1942.
Il s’agissait, pour un commando anglais, de détruire des bateaux allemands basés à Bordeaux Bassens. Dix hommes en kayaks, des embarcations baptisées « coques de noix », accomplirent cette délicate et dangereuse mission. Si elle fut un succès, elle entraîna la mort de plusieurs soldats. Seuls deux d’entre eux survécurent. Venant de Gironde, les « cockleshell heroes » traversèrent les terres de Saintonge avant de rejoindre la Charente.
 

Cette aventure est très connue outre-Manche. Elle explique la venue, dans les années 2000, de Mark Bentinck. Cet ancien major dans la Royal Navy avait tenu à rendre hommage à ses compatriotes en marchant dans leurs pas. Foulant pour la première fois le sol français, il avait été séduit par les paysages et surtout par le soleil qui avait accompagné les différentes étapes de son périple. Après Blaye, Saint-Ciers, Donnezac, il était arrivé à Villexavier où Pierre Nivet, toujours fidèle au poste, l’attendait. Pour lui, cette marche était symbole de courage et de volonté : « Je pense aux soldats qui n‘ont pas hésité à donner leur vie pour remplir leur objectif. Certains se sont noyés, d’autres ont été arrêtés. Seuls deux ont pu s’échapper et raconter ce qu’ils avaient vécu ». Et d’ajouter : « sur ce parcours, l’ambiance est agréable. Même si je marche seul, des personnes viennent à ma rencontre et font un bout de chemin avec moi. Des membres de l’association Frankton Gironde m’ont rendu visite. À Barbezieux, j’ai rencontré un ancien parachutiste, M. Boisnier, qui a balisé le parcours ».

Que ce chemin de randonnée Frankton  soit emprunté tant par les Anglais que par les Français, que des manifestations communes y soient organisées sont les buts recherchés par les responsables.

• Précision

Le fameux GR Frankton,  prévu dans les années 2000, est toujours sans solution. Le trajet original de 160 km (de St-Genès de Blaye à Ruffec) est impossible à mettre en place car la nature a changé et il faut souvent improviser sur les trois départements concernés, Gironde, Charente Maritime et Charente. Pensez aux parcelles privées ! Le budget nécessaire est conséquent car il s’agit d’un GR à vocation historique et au balisage particulier. L’ancien président de Frankton Souvenir a baissé les bras et la Fédération de randonnée pédestre avec lui. Douze ans après, nous en sommes là !
A la dernière assemblée générale de l‘association, le sujet a été évoqué. Le randonneur et adhérent que je suis déplore cette situation, mais espère encore le voir balisé entièrement sur tout le trajet de repli d’Hasler et Sparks. Je conduis en été des randonnées sur le trajet Pointe de Grave - Soulac où j’explique devant les monuments Frankton l’épopée héroïque de ces jeunes Anglais qui ont laissé leur vie pour la plupart.

Michel Agasse, 17500 Saint-Martial de Vitaterne, adhérent depuis 2000.