lundi 31 décembre 2012

Belle année 2013

jeudi 27 décembre 2012

Histoire : Quand les Anglais
occupaient l’ancien château
de Jonzac


Le château de Jonzac, qui trône fièrement sur son roc, ne serait pas le premier « castel » de la ville. Marc Seguin, en véritable commissaire historique, a mené une enquête sur le sujet. Un château-fort, qui a appartenu à Arnaud de Sainte Maure, s’élevait non loin de la Seugne. Il a été ruiné par la Guerre de Cent Ans.

L'actuel château de Jonzac

C’est aux Archives que Marc Seguin, spécialiste du XVIe siècle, a fait une découverte qui bouleverse les historiques habituels de la ville de Jonzac. En effet, dans tout livre qui se respecte, à commencer par Rainguet, on peut y lire que le château actuel est planté sur son rocher depuis des temps immémoriaux. Cette certitude est en train de vaciller puisqu’il avait un prédécesseur situé en contrebas !

Une faible distance sépare les deux emplacements. Vers ce que l’on appelle le chemin de ronde, une étude des lieux conforte cette hypothèse. Dans un acte établi entre les frères Pineau en février 1559, une mention a suscité l’intérêt de Marc Seguin. Une maison, sise dans le bourg de Jonzac, près de la halle (là où se trouvent les tilleuls d’Italie), aurait été proche du « vieux château de Jonzac », autrement dit d’un édifice médiéval qui devait être en piteux état.

Devant un nombreux public réuni au cloître des Carmes, Marc Seguin a livré le fruit de ses recherches. Qu’un ancien château ait existé aux XIVe et XVe siècles est une évidence ! Il en reste des témoignages dans la pierre (base de tour, meurtrières, archères dans les galeries noires) et que dire des corbeaux qui soutenaient le chemin de ronde situé face à la Seugne. Rivière d’où pouvaient surgir des assaillants. A cette époque, les maisons compactes devaient constituer une sorte de muraille. Quant au « promontoire » où se trouve le château actuel, peut-être y avait-on installé une tour de guet pour observer la plaine ? 

L’acte des frères Pineau, dont l’un est « un notaire royal dans le bourg de Jonzac » et l’autre « bourgeois et marchand de Bordeaux » est révélateur. Jean cède à Guillaume une habitation sise dans le bourg, « confrontant d’un côté la maison de Sébastien Grollon, marchand, de l’autre la maison de Françoise de la Couture, veuve de feu Jehan Le Blanc, et d’un bout à la grande halle, le chemin d’entre deux, et de l’autre bout aux douves du vieux château de Jonzac ». Une partie du castel correspond à l’actuel immeuble de la famille Dufour.

Le vieux château se trouvait probablement vers la maison de la famille Dufour, dont l'habitation possède les bases d’un tour, des caves et des souterrains. Sur les façades des maisons environnantes, on remarque la présence de corbeaux qui devaient soutenir l’ancien chemin de ronde. Situé au sol, l’actuel chemin de ronde n’aurait pas eu un rôle défensif.

 

Dans tout ce périmètre, les caves laissent apparaître de nombreux témoignages du passé, ouvertures, portes cloutées. « Au XVIe siècle, si l’on éprouve le besoin d’évoquer le vieux château, c’est par opposition à un nouveau, celui que nous avons sous les yeux » souligne Marc Seguin. « La maison dont il est question, comme ses voisines, était vraisemblablement construites sur les fondations et les caves de vieux château. Il devait occuper l’espace aujourd’hui couvert par les immeubles du n° 26 au n° 37 ». On peut en conclure que dans la seconde moitié du XVIe, les habitants apercevaient encore les vestiges d’une forteresse qui devait leur servir de carrière.

Dans quel état se trouvait Jonzac un siècle plus tôt ? Dans « ses études historiques sur l’arrondissement de Jonzac » parues en 1864, Pierre Damien Rainguet prétend qu’au XVe, Jonzac était « un poste militaire rendu fameux par la nature et par l’art ». Marc Seguin ne partage cette analyse : « au contraire, démoli et ruiné, le village ne présentait aucun intérêt stratégique ». D’ailleurs, le lieu aurait été à peu près désert à la fin de la Guerre de Cent Ans…

L'actuel chemin de ronde

Le seigneur de Jonzac, prisonnier des Anglais

Pour arriver à cette conclusion, l’orateur se base sur des documents. Dans la première moitié du XVe siècle, l’ancien château dont il est question appartient à Arnaud de Sainte Maure, seigneur de Jonzac, Montauzier et Chaux. Courageux, il combat l’Anglais qu’il faut bouter hors de France. Mal lui en prend : les soldats d’Henri Plantagenêt (le second mari d’Aliénor d’Aquitaine) le capturent et lui confisquent ses biens. Fait deux fois prisonnier, il passe plus de dix ans en captivité. Enfin libre, il préfère se réfugier derrière les solides murailles de la ville de Pons !
Dans ces conditions, privé de propriétaire, le château-fort de Jonzac est abandonné. Interrogés en 1460, lors d’un procès qui oppose le puissant seigneur d’Archiac à celui de Jonzac, des paysans reconnaissent, comme le laboureur Penot Seguin de Neulles ou Marion Delagarde de Réaux, que la châtellenie de Jonzac est déserte et inhabitée. « Si l’on récapitule, le château-fort a donc été détruit une première fois, réparé, repris et occupé par une garnison anglaise, puis démoli par ces derniers » explique M. Seguin. Autre épreuve pour Arnaud de Sainte Maure, le seigneur d’Archiac a profité de son absence pour s’approprier ses terres, à Neulles notamment. Les habitants, qui n’apprécient guère, demandent l’intervention de leur protecteur. Malheureusement, il est mal placé pour leur porter secours…

Plus on descend vers le Sud Saintonge, plus les paroisses sont vides. Ainsi, à Mérignac, « il n’y a aucun labourage, seulement des bois et des buissons ». En remontant vers le Nord, par contre, l’activité est plus dense. Toutefois, il ne faut pas être défaitiste. « Une ou deux générations ont su d’adapter, les laboureurs disposent de nombreuses terres à cultiver, moyennant redevance » déclare le conférencier. L’élevage se porte bien, cochons, vaches dans les landes. Les hommes, arbalète à la main, passent leur temps à chasser. Le seigneur fait alors valoir son droit de quartier, c’est-à-dire qu’on lui remet un quartier arrière du cerf qui a été abattu.

Le château que nous connaissons, qui abrite mairie et sous-préfecture, a été construit vers 1470 par Renaud de Sainte-Maure, fils du malheureux Arnaud. « Le nouveau château de Jonzac est le résultat d’une véritable résurrection » estime Marc Seguin. En effet, après la guerre interminable qui opposa les Français aux Anglais (1337-1453), les territoires reprennent de la vigueur. A Jonzac, les Sainte Maure et leurs officiers réussissent un exploit, celui d’attirer du sang neuf dans le bourg.
Au XVIe siècle en effet, Jonzac est devenu « un bourg populeux »…


A gauche, le conférencier Marc Seguin aux côtés de MM. Arrivé et Gautret
• La Seugne ne s’est jamais appelée Sévigne !
Marc Seguin fustige Rainguet qui a baptisé la Seugne « Sévigne ». Question de lecture des documents anciens que Rainguet, malgré ses qualités, ne maîtrisait pas, semble-t-il.

• Texte de la conférence
publié dans la revue de l’Aunis et de la Saintonge, tome XXXVII (2011).

Jonzac : Un spectacle en or !


Dans le cadre des Feuillets d’automne, le théâtre du château accueillait dernièrement « L’or ou la formidable histoire du Général Johann August Suter » d’après le roman de Blaise Cendrars. Magnifique.

Il en faut du talent et du courage pour raconter la fabuleuse épopée du général Suter parti un beau jour du canton de Bâle.
Xavier Simonin, metteur en scène et comédien, lui donne une dimension incroyable. Et pourtant, le décor est sobre : une échelle, qui permet de gravir les échelons, et des morceaux d’harmonica magistralement interprétés par Jean-Jacques Milteau. Durant de nombreuses années, la fille de Blaise Cendrars souhaitait qu’aucune musique ne vienne troubler l’œuvre célèbre de son père publiée chez Grasset en 1925. L’aventure a été tentée et c’est un succès.


L’histoire du Général Suter est longue et jonchée d’épreuves. On y voit Johann August quitter sa femme et ses quatre enfants pour partir en Amérique. Après des petits boulots, il part vers l’Ouest, là il fonde ses espérances. Il choisit de s‘installer en Californie où il crée un domaine cultivé par des Canaques.

Jean-Jacques Milteau et Xavier Simonin

Il a réussi. C’est alors que le sort s’inverse avec l’annexion de ce territoire par les Etats-Unis en 1847. Survient la ruée vers l’or. La Californie est alors envahie par des milliers d’émigrants surgissant de New-York, Boston. Suter assiste impuissant au partage de ses terres. Frénésie, folie, retour d’une famille qui finit quasiment en fumée. Fin d’un monde, d’une propriété immense, recours en justice.

Par un jeu de scène particulier et une présence forte, Xavier Simonin rend son intensité à chacune des étapes de la vie de Suter. Les paysages viennent à l’esprit, les joies, les détresses, les voyages, les silences, la quête. La fin.
Un spectacle comme on les aime, engagé, émouvant et intact.

 
  
Photos Nicole Bertin

Peter Rebeiz :
« Dans le monde, je parle
de Saint-Seurin d’Uzet »


Bientôt, un musée du caviar

Dernièrement à Montpon, en Dordogne, l’association Patrimoine de Saint-Seurin d’Uzet en Charente-Maritime a scellé le "pacte" financier qui la lie à Caviar House & Prunier. 
Objectif : ouvrir un musée du caviar dans l’auberge où se dégustait autrefois « l’or noir »… 

Evelyne Delaunay a le sourire. Elle se bat depuis des années pour faire revivre à Saint-Seurin d’Uzet la mémoire du caviar. Il est encore si présent dans la région qu’il a donné son nom à une rue du village !
 Il y a quelques années, la maison Caviar House & Prunier a acquis les bâtiments de l’ancienne auberge de l’esturgeon. L’objectif était d’installer un laboratoire et une pisciculture dans les environs. L’idée a été abandonnée.
C’est alors que les investisseurs, dont le célèbre Pierre Bergé, ont lancé un défi à l’association Patrimoine de Saint-Seurin d’Uzet : « Proposez-nous un projet et nous vous soutiendrons ». Ainsi est née l’idée de créer une auberge-musée du caviar et de l’esturgeon avec dégustation et vente. 
« La volonté forte qui s’est exprimée parmi les habitants de voir revivre et se développer ce lieu et son histoire l’a emporté » explique Évelyne Delaunay.

Dans un premier temps, Caviar House & Prunier a mis l’immeuble à disposition pour y organiser des manifestations. Dernièrement, l’accord de mécénat entre la Holding et l’association a été officialisé, les documents devant être signés dans un proche avenir. Étaient présents Peter Rebeiz, président de Caviar House & Prunier (dont le siège est à Genève), et Jean Francis Bretelle, bras droit de Pierre Bergé.

Le Caviar House Prunier produit à Montpon en Dordogne
Jeune esturgeon (pisciculture de Montpon)
Esturgeons en bassins
Le musée verra le jour dans les années qui viennent, ce dont se réjouit Peter Rebiez : « La France ne doit pas oublier son passé. Elle a commencé à commercialiser le caviar avant les Iraniens ! Depuis plus de 30 ans, je fais des conférences sur le caviar et ce soir, je serai à Zurich. À chaque fois, je parle de Saint-Seurin d’Uzet ». Ajoutons que cette publicité est également faite dans les 40 points de vente que possède le groupe dans les aéroports. Eh oui, vous ne rêvez pas, c’est bien de notre petit port de Saintonge dont il s’agit !

Sacrée princesse ! 

Saint-Seurin d’Uzet mérite bien cette notoriété. Quand il ouvrira ses portes au public, le musée ne fera que remettre sur le devant de la scène une activité qui donna prospérité à la région durant une quarantaine d’années. « La France a une histoire forte en ce qui concerne le caviar. Nous devons tout faire pour la tirer de l’oubli et la valoriser » explique Peter Rebeiz qui connaît le sujet par cœur.


En France, le caviar devient célèbre au XVIIIe siècle, avec l’arrivée des immigrés russes. La haute société s’entiche de cette spécialité salée, dont le prix l’est tout autant. Il vient alors de la mer Caspienne. Peu à peu, l’Aquitaine se lance dans cette production originale.
Un siècle plus tard, le caviar de l’Estuaire de la Gironde, initié par Schwax, un marchand de Hambourg, revient sur le marché français sous étiquette russe. Il est préparé à Saint-Seurin par un certain Théophile Roux. Les mauvaises langues prétendent qu’il est de mauvaise qualité.
En 1902, la maison Toublanc, mareyeur à La  Rochelle, élabore une nouvelle formule. Malheureusement, la guerre arrive et les hommes partent sur un autre front…

René Val, la mémoire de Saint-Seurin d'Uzet
Après le premier conflit mondial, les marins ont oublié la valeur du caviar. Pragmatiques, ils pensent d’abord à vendre leurs poissons. En conséquence, les œufs d’esturgeon servent à nourrir les canards ! Une prise de conscience a lieu dans les années 1920. À ce sujet, René Val, la mémoire de Saint Seurin d‘Uzet, aime à raconter une histoire amusante. Un (beau) jour, une femme élégante se promène dans ce village de la côte royannaise. Elle s’approche d’un bassin où un vieux pêcheur est en train d’éventrer des esturgeons. Il jette les œufs à l’eau, comme des quantités négligeables. Surprise, la visiteuse s’exclame : « Mais c’est du caviar ! ». Il s’agit d’une Princesse Romanoff, mariée à M. Scott, scientifique et ancien garde à la Cour impériale, dit-on. Intéressé, ce dernier ne tarde pas à visiter la région.
Qui veut se lancer dans le commerce du caviar peut écouter ses conseils ! L’esturgeon revient sur le devant de la scène : « Scott était recommandé par la famille Prunier. En 1925, elle a fondé, à Paris, un restaurant qui est devenu le haut lieu de la dégustation du caviar et des produits de la mer. Dans la région, elle avait fait aménager huit postes de fabrication à Saint-Seurin, Callonges, Plagne, Cavernes, Cambes, Rions et Blaye ».


À Paris, Prunier distribue la marque “caviar de la Gironde“ proposée par René et Raymond Milh. La renommée est immédiate : Saint-Seurin devient le lieu à la mode et les restaurants des Belet et Saint-Blancard ne désemplissent pas.
Selon René Val, « Saint-Seurin était la capitale française du caviar » ! Cet essor économique, qui semble tomber du ciel ou plutôt de l’estuaire, fascine la population. René Val n’échappe à cet engouement. Lui, le fils du commerçant du coin, adore l’agitation qui donne à sa commune des airs “branchés“.


Dans les années 50, Saint-Seurin compte au moins quinze pêcheurs spécialisés dans l’esturgeon, sans oublier ceux des autres ports, Meschers, Mortagne, Vitrezay, Maubert, les Callonges. Nous sommes en plein âge d’or ! L’été, des célébrités, en vacances à Royan dont Jean Gabin, Gilbert Bécaud, Danièle Darrieux viennent y déguster du caviar. On parle aussi d’hommes politiques, Léon Blum et Édouard Daladier. L’époque est formidable. « Pendant la saison, le village était noir de monde » se souviennent les anciens.

Trop, c’est trop… 

 

Malheureusement, les hommes ne savent pas respecter les “quotas“. Bientôt, l’esturgeon se fait plus rare et, dans les années 1980, il a pratiquement disparu.
L’ère triomphante du caviar n’est plus qu’un souvenir. Certes, l’esturgeon a été pêché intensivement, mais s’y ajoutent d’autres raisons. Pour construire les immeubles près du port de Bordeaux, par exemple, on a pillé les gravières qui servaient à la reproduction du poisson.
Cette perspective, René Milh, qu’on surnommait le renard de l’estuaire, l’avait pressentie. René Val avait vingt ans quand il lui disait : « tu verras, dans cinquante ans, il n’y aura plus de pêche à l’esturgeon ». Il avait raison.

Après la Seconde Guerre mondiale, il s’est fait tout et n’importe quoi : « des gens inexpérimentés ramenaient des milliers de petits esturgeons d’un coup de filet. Ils auraient dû les rejeter à l’eau. Non professionnels, ils n’avaient que faire de la législation ». La pêche à l’esturgeon a finalement été interdite.

Aujourd’hui, l’esturgeon d’élevage (baeri) a remplacé son frère sauvage (acipenser sturio). Plusieurs sociétés en produisent dont Sturia qui possède une unité à Saint-Genis de Saintonge et Caviar House & Prunier qui a racheté à Montpon la société Epidor créée par M. et Mme Sabeau.
En France, ce couple a été le premier à tenter l’élevage de l’esturgeon en pisciculture. Le caviar est revenu mais de sauvage, il est obtenu à partir de poissons qui grandissent en bassins.

Raconter la formidable aventure du caviar en Saintonge est le but poursuivi par l’association d’Évelyne Delaunay. Les membres, dont Bernard Mounier (auteur d‘un excellent livre documenté sur le caviar de la Gironde) savent que la balle est dans leur camp. Un beau défi à relever !

Bernard Mounier, historien, Evelyne Delaunay, présidente de l'association Patrimoine Saint-Seurin d'Uzet, Jean-Francis Bretelle, M. Delaunay, Valérie Sabeau, Peter Rebeiz, président de Caviar House Prunier, et Laurent Sabeau

Les confidences de Rosen :
«  J’ai élevé mes enfants
en travaillant avec mon corps  »


Invitée de l’émission de Mireille Dumas sur le thème 
« faut-il interdire la prostitution ? », Rosen Hicher a apporté son témoignage. Si le sujet fait débat, légiférer sur le plus vieux métier du monde est compliqué. Et pour cause, 
les opinions des hommes et des femmes divergent 
franchement sur le sujet…


En publiant un livre sur « une prostitution choisie et non subie », Rosen Hicher, qui réside à Saintes en Charente-Maritime, a rompu la loi du silence. Son ouvrage, basé sur la franchise, explique comment une femme en arrive à vendre ses charmes pour subsister. Mais il va plus loin : l’auteur y lance un appel à toutes celles qui se retrouvent démunies sur le trottoir, sous la coupe des souteneurs qui se moquent bien de leur santé et de leurs sentiments.
Après avoir été favorable à la création de maisons contrôlées qui établiraient une charte de bonne tenue et assureraient le suivi médical de ses « occupantes », Rosen ne voit qu’une issue pour briser l’hypocrisie ambiante : que les clients soient pénalisés financièrement…

« Le Mouvement du Nid (1) m’a proposé de participer à l’émission de Mireille Dumas. Nathalie Bordes-Prévost, aujourd’hui dans le Lot, a exercé à Saintes durant un certain temps. Je la connais » confie Rosen. Contrairement à Nathalie qui souhaite ouvrir des maisons de sexe gérées par les prostituées elles-mêmes (dont une en Charente-Maritime ?), elle a changé d’opinion.
« Aujourd’hui, des milliers de filles, de par le monde, vivent dans la peur. Aux macs, s‘ajoute le simple petit copain qui demande un jour à sa compagne de se vendre pour de l’argent. Elle accepte généralement parce qu’elle ne peut pas faire autrement. Dans d’autres cas, l’acte est purement alimentaire, comme ces étudiantes qui se prostituent pour payer leurs études. C’est bien là le problème. Ce n’est pas possible de voir toutes ces jeunes filles se laisser tripoter par des hommes. Elles se sentent sales, forcément ».


Au fil du temps, Rosen est devenue une vraie militante parce qu’elle sait de quoi elle parle : « la prostitution résulte d’un enchaînement de situations. La jeunesse, la vulnérabilité, la faiblesse, le cynisme des hommes qui vous considèrent comme de la chair fraîche. Quand je fais le bilan de ma vie, je m’aperçois que je n’existais pas quand j’étais prostituée. J’ai tourné la page depuis deux ans et maintenant, je peux me regarder en face ».
Verbaliser le client, comme c’est le cas en Suède, lui semble être une piste à explorer. Seul hic, une telle sanction, qui pourrait aller de deux mois de prison à une amende de 3 000 euros, peut-elle être votée par deux hémicycles à majorité masculine ?

Rosen persiste et signe : « Grâce à internet, tout le monde peut trouver chaussure à son pied. Qu’on ne dise pas qu’il faut des filles de joie pour déniaiser les timides ! Vendre son corps est dans la majorité des cas une contrainte. On peut ne peut pas en sortir indemne ».

L’histoire de Rosen

C’est en avril 1946 que la loi Marthe Richard, conseillère municipale de Paris au passé sulfureux, est votée par le Gouvernement provisoire. Les maisons closes et de tolérance ferment, mais la prostitution ne s’arrête pas pour autant.
Rosen Hicher se souvient de ses débuts. En mars 1988, alors qu’elle travaille dans l’électronique, elle apprend qu’elle est licenciée. « Je me suis retrouvée avec mon mari, au chômage également, et mes trois enfants. Nous n’avions pas assez d’argent pour vivre et je ne suis pas du genre à mendier auprès des associations caritatives » dit-elle. Désemparée, elle regarde les petites annonces et décroche une place dans un bar à hôtesses. Les consignes de son futur « job » sont simples : inciter les hommes à « commander » et aller plus loin si affinités.

Rosen explique son choix : « j’avais trente ans. Je savais ce que je faisais. C’était purement alimentaire ». Les clients sont issus de tous les milieux, des fortunés qui pensent qu’ils peuvent tout acheter, à l’ouvrier modeste : « Le monde est vraiment dominé par le sexe et l’argent ».
Les années passent. Elle ouvre un salon de massage « pour avoir une vie stable et finir le soir à une certaine heure ». Mais les choses tournent mal : « Dans un deux pièces, vous êtes seule, à la merci de n’importe quel détraqué. J’ai été agressée et braquée. J’ai même été violée. Cela peut paraître drôle de la part d’une prostituée, mais c’est la même chose que pour une femme normale. On a peur du sida aussi. Il m’a sauté dessus. Il recherchait la violence avant tout ».

Rosen s’installe bientôt à Saintes où elle continue ses « activités » : « Mes enfants étaient au courant. Je ne leur ai jamais rien cachés ». Sa clientèle est plutôt composée de VRP et de personnes isolées. S’y ajoutent des cas moins classiques : « Certains voulaient être battus et payaient cher pour recevoir des coups ; d’autres se travestissaient et demandaient à être caressés comme des femmes ». Nous vous passons les détails !
« J’ai élevé mes enfants en travaillant avec mon corps » avoue-t-elle sans chercher à travestir la vérité.

Atteinte d’une maladie orpheline qui attaque les cartilages, la polychondrite chronique atrophiante, elle a décroché depuis deux ans et écrit un livre sur la prostitution. « Il faut se battre pour éviter à de nombreuses filles, venues  de l’étranger, mais aussi à de petites Françaises, collégiennes, lycéennes ou fugueuses, de se livrer à la prostitution sauvage et de croiser sur leur route la mafia du sexe. Souvent malades du sida, droguées, malmenées, elles ne sont qu’un pion sur un échiquier beaucoup plus vaste. Comment est blanchi l’argent de la prostitution et où va-t-il ? La question mérite d’être posée ».

Jusqu’à 3 000 euros d’amende ?

En décembre 2011, les députés ont adopté une proposition de résolution qui réaffirmait la position abolitionniste de la France, premier pas vers une possible pénalisation des clients. La mission d’information présentait toute une série de mesures dont un délit général de recours à la prostitution. Un travail de sensibilisation auprès des clients aurait été réalisé.
Le nouveau Gouvernement semble aller dans ce sens, François Hollande ayant déclaré : « le fait qu’un client ait le droit de disposer librement du corps d’une autre personne parce qu’il a payé est une atteinte aux droits humains ».

Le sujet est compliqué car il se heurte à la morale judéo-chrétienne qui l’entoure d’une fumée opaque. Fermant volontairement les yeux sur la souffrance des « péripatéticiennes », la société ne risque-t-elle pas de repousser le débat parce qu’il est dérangeant d’entrer dans les arcanes de l’âme humaine ? Pourtant, la prostitution, telle que nous la connaissons, s’organise dans de nombreux cas autour d’un vaste trafic humain proche de celui que les hommes et les femmes épris de liberté ont longtemps combattu, l’esclavage.

• Mouvement du Nid :
Créée dans les années 30 par le Père André-Marie Talvas, cette association milite pour une société sans prostitution. Elle est favorable à la pénalisation des clients.

• Rosen Hicher a écrit un premier livre « je suis une femme courageuse » suivi de « Rosen, une prostituée témoigne » aux éditions Bordessoules.

• 20 000 prostituées en France : Actuellement environ 20 000 personnes exercent en France le plus vieux métier du monde dont environ 85 % de femmes. En 1990, environ 20 % des femmes se prostituant dans l’espace public étaient de nationalité étrangère. Elles sont aujourd’hui près de 90 % venues notamment de Roumanie, Bulgarie, Nigeria et de Chine.

Parmi les invités de Mireille Dumas, Rosen la saintaise et Nathalie, qui se prostitue dans un village du Lot après avoir vécu à Saintes également. Elle témoigne à visage découvert parce qu’elle assume totalement son activité et milite pour créer des maisons du sexe, des lieux gérés directement par les prostituées, à la différence des maisons closes.