vendredi 16 mai 2008

Samuel de Champlain cherchait une route plus courte vers la Chine...

Au Canada, le Québec est traditionnellement attaché à l’hexagone. Et pour cause, « la Nouvelle France » a été fondée au XVIIe siècle par le saintongeais Samuel de Champlain, avec l’aide de Pierre Dugua de Mons, natif de Royan. Par la suite, de nombreux habitants, venant de nos régions, peuplèrent les nouveaux territoires. L’histoire de cette implantation n’a pas de secret pour le romancier Louis Caron, membre de l’Académie des Lettres du Québec.


Possédant des attaches communes, les “cousins“ sont faits pour se rencontrer. Quand il vient en Charente-Maritime, l’écrivain Louis Caron retrouve ses racines. En 1634, Robert, son ancêtre, est parti de Saintes. Avant lui, dès 1604, un saintongeais renommé, Samuel de Champlain, a édifié le premier établissement français en Amérique du Nord sur un territoire qui prendra le nom d’Acadie.
« Parait que y’a de la terre pour tous, qu’elle est belle et qu’elle donne bien. Une terre, sans impôt, ni corvée avec la liberté d’chasser et d’pêcher. Je rêve de ce que ce pays qu’on appelle la Nouvelle France » : De nombreux habitants du littoral atlantique succombent à l’appel, attirant et mystérieux, quand ils embarquent vers cet Eldorado. La “publicité“, cependant, ne mentionne pas la rigueur du climat !
Qu’éprouve Champlain lorsqu’il s’engage dans l’aventure ? Des ouvrages de qualité, dont ceux de Rémi Morissonneau, Jean Glénisson, Denis Vaugeois et Raymonde Litalien, traitent du sujet. Comme tous les navigateurs, Champlain possède un sens olfactif développé ainsi que la faculté de pouvoir “humer“ la terre. Il est déjà allé aux Antilles, au Mexique et sait que les climats varient selon les lieux.
En arrivant sur ce continent qu’il n’a jamais foulé, il est frappé par les paysages variés et surtout les couleurs. Le roux des feuilles, la verdeur des étendues herbues. Dans ses écrits, il souligne la luxuriance de la végétation, les essences des arbres, décrit la faune, la flore ainsi que les odeurs, nouvelles pour lui.
Bientôt, Il s’enfonce dans l’Ouest et le voyage s’ouvre devant lui comme une immense page blanche. Les premières implantations permanentes, Port Royal et Québec, sont suivies d’une série d’expéditions. Dans le but secret de découvrir une route plus courte vers la Chine et d’étendre les territoires à fourrures dont les Français font commerce, il explore une partie de la Nouvelle Écosse et du Nouveau Brunswick. Au Sud, il recherche une voie à partir du Saint-Laurent vers Hudson, suit la Saduenay, le Saint-Maurice et pousse vers les grands lacs à travers le pays huron.
Champlain, le cartographe, ignore tout de la géographie de l’endroit où il se trouve. Il dispose des éléments fournis par Jacques Cartier et des témoignages d’indiens qui prétendent que « plus haut, l’eau a un drôle de goût ». Il se met alors à rêver, se disant qu’il va le trouver, ce passage pour aller au pays de la soie... par le Saint-Laurent! Québec servirait alors un poste de péage placé sous la responsabilité des Français. Il s’agit donc d’une installation provisoire dans un lieu qu’il pense être stratégique. À sa mort, le 25 décembre 1635, jour de Noël, aucune réponse n’a été apportée à ses questions. Plus tard, son ami Jean Nicolet (qui a donné son nom au village de Louis Caron) sera le premier européen à atteindre le lac Michigan. Comment pourrait-il imaginer l’étendue du futur Canada ?

Le français fait de la résistance !

Ce sentiment d’enthousiasme et de déception face à l’inconnu, Louis Caron l’a fait ressurgir lors d’une conférence donnée à Jonzac voici quelques années. Un judicieux diaporama donnait successivement la parole à Champlain ressuscité, à son épouse (délaissée par son mari). L’écrivain leur faisait la réplique, tout en expliquant au public « ce qu’il advint ». Champlain fut dépité à l’annonce de la défaite française face aux Anglais : le Parlement de Paris avait alors d’autres priorités !
De nos jours, le français a-t-il gardé une influence dans cette partie du monde ? Ne nous leurrons pas, l’anglais, devenu international, s’est imposé. Toutefois, notre langue résiste dans des “îlots“ d’Amérique du Nord.
Le Canada est bilingue, avec une forte pointe de français à Québec où des associations “militent“ pour qu’il soit transmis aux jeunes générations. Bonne nouvelle, quatre cents mots oubliés de notre vocabulaire seraient encore utilisés en Acadie. Le meilleur exemple de “l’alliance“ franco-anglaise se retrouve dans certaines chansons. Un morceau, interprété par l’artiste Michel Mac Lean, est révélateur de ce double langage : « I love you, vous ne m’entendez guère, etc »...
La survivance du français est donc inscrite dans les mémoires. Aujourd’hui encore, des fermiers du Vermont s’échinent à enseigner le français à leur descendance. Parmi les expressions issues de notre patois, « les quenottes à mémère » sont, vous l’avez deviné, les dents de grand-mère...


• Si ce sujet vous intéresse, le Conseil général a ouvert à Brouage « la maison de Champlain » inaugurée par Claude Laverdure, ambassadeur du Canada en France. Cet excellent travail de recherche historique et contemporaine est ouvert au public toute l’année.
Tous renseignements internet : www.Charente-Maritime.org/maisonchamplain

• À noter l’installation, dans la Tour de la Chaîne du port de La Rochelle, d’un Centre d’interprétation de l’histoire du peuplement de la Nouvelle France, ouvert en permanence aux chercheurs et au public. À voir absolument !

Photo 1 : Cette gravure met en scène la découverte du lac Champlain le 4 juillet 1609. Champlain était parti de Québec le 28 juin au pays des Iroquois (extrait de l’excellent livre écrit sous la direction de Raymonde Litalien et Denis Vaugeois : Champlain, la naissance de l’Amérique Française, éditions du Nouveau Monde).

Photo 2 : La conception du second grand livre offert à Québec.

La Charente-Maritime et le Québec célèbrent Samuel de Champlain

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La semaine dernière, d’importantes manifestations ont eu lieu à la Rochelle en l’honneur de la France et du Québec. En effet, c’est en 1608 que Samuel de Champlain, natif de Brouage, fonda la ville de Québec. Une entreprise audacieuse et risquée dans une contrée lointaine. Par la suite, des Saintongeais le rejoignirent outre Atlantique. L’eau a coulé sous les ponts, mais les Québécois sont restés attachés à leurs racines. Des échanges ont lieu régulièrement et, à une époque, Jonzac entretint des liens d’amitié avec la ville de Baie Saint Paul dont le maire était Jacinthe Simard. Les cousins s’apprécient et ils le prouvent!
En 2004, les Communautés d’Agglomération de Royan (lieu de naissance de Dugua de Mons qui finança différentes expéditions), du Pays rochefortais et de La Rochelle se sont associées afin de mettre en scène trois expositions thématiques sur le premier établissement de Champlain en Acadie.
En 2005, à l’occasion de la fameuse exposition « Lorsque les gens d’ici découvraient l’Amérique » présentée à Royan, a été construit « Le grand livre de Champlain ». Il restitue, sur douze pages de 2,20 mètres de haut sur 1,50 mètre de large, la quasi-totalité des dessins des cinq livres de voyage de Champlain au Canada. Super-be ! Le succès a été immédiat. Ce livre a ensuite été exposé à La Rochelle et à Tonnay-Charente, ainsi qu’à la Maison Champlain à Brouage et à l’Hôtel de Région à Poitiers.
Lors d’un voyage à la Rochelle, Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada, et son mari, le cinéaste Jean Daniel Lafond, ont souhaité que ce livre soit exposé en 2008 dans la redoute du Cap Diamant, à Québec. Il a donc été décidé d’en faire une réplique et de l’offrir au peuple canadien. Ce superbe cadeau a été remis officiellement jeudi dernier.

Bernard Mounier, chargé des fêtes et cérémonies

Cet homme de télévision, auteur d’ouvrages et membre de l’Académie de Saintonge - ce qui ne gâte rien - a été chargé de coordonner les manifestations organisées à la Rochelle. Bernard Mounier et ses amis n’ont pas chômé depuis l’arrivée des bateaux, tous dédiés aux métiers de la mer ! La réalisation du village de la Grande Traversée, devant l’Aquarium, a été une réussite : « nous avons reçu entre 6000 et 10000 visiteurs chaque jour » dit-il. Comme on s’en doute, l’arrivée du Belem n’est pas passée inaperçue. Prenant la tête de la flottille, il a embarqué à la Pallice des stagiaires qui ont passé quatre jours en mer.
Le 16 mai, le trois-mâts emblématique partira pour Bordeaux avant de rejoindre Québec, ville jumelée à la Rochelle. Bernard Mounier montera prochainement à son bord pour une aventure originale : les scènes d’un film, tiré de l’un de ses livres « Gloire aux pilotes de l’embouchure de la Gironde », y seront tournées. L’adaptation est faite par FR3.


En plus des spectacles organisés pour l’occasion, l’un des moments importants de cet anniversaire a été la remise symbolique du grand livre de Champlain à la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean. Réalisé par les services techniques de la ville de Royan, il a été conçu par Patrick Henniquau et calligraphié par Laure Cotin. La réplique destinée à la citadelle de Québec a été expédiée il y a trois semaines. Patrick Henniquau et Laure Cotin se rendront sur place pour l’installer : « Personnellement, je serai à Québec le 29 mai pour l’inauguration » ajoute Bernard Mounier que cette affaire passionne. Il devrait apporter avec lui la bande dessinée qu’il a publiée chez Bonne Anse, baptisée « le grand livre en petit ». Décidément, Samuel de Champlain et Dugua de Mons l’inspirent ainsi que l’éditeur Pierre Louis Bouchet !
Autour des personnalités réunies à ses côtés, il a vivement apprécié la présence de Max Groslouis, grand chef de la nation huronne qui a offert un calumet de la paix à Maxime Bono, le sympathique maire de la Rochelle.
Cette belle histoire se poursuivra en juin à l’église de Brouage où sera inauguré le vitrail offert par la ville de Québec.


Un peu d'histoire...

En 1534, au nom de François 1er, Jacques Cartier prend possession du Canada, alors peuplé de tribus amérindiennes. Les années suivantes, il remonte le Saint-Laurent : "Cartier est l’inventeur de la francophonie"!
À cette époque, pour d’évidentes raisons linguistiques, les navigateurs communiquent difficilement avec les populations habitant ces contrées. Afin de faciliter les échanges, des autochtones sont amenés, souvent de force, sur les bateaux. Après quelques mois d’un apprentissage serré, ils deviennent bilingues et font d’excellents traducteurs.
Au début du XVIIe siècle, l’aventure continue. Samuel de Champlain, natif de Brouage en Saintonge maritime, apporte sa pierre à l’édifice. Après avoir créé Port Royal, « une tâche ardue et héroïque », il fonde Québec en 1608. L’aide financière de Pierre Dugua de Mons, qui fut gouverneur de Pons, est déterminante. En 1612, il projette l’établissement de Montréal et le fait figurer sur une carte. Nommé responsable du commandement en Nouvelle France, il dresse un inventaire général pour Louis XIII et Richelieu en 1627. La présence française y est faible : on compte 127 Français contre 2000 colons anglais établis en Virginie. Il quitte le pays en 1629 pour y revenir en 1633 (il meurt deux ans plus tard en léguant ses biens à la Vierge Marie alors qu’il a une famille...).
En 1664, Louis XIV intègre le Canada au domaine royal et nomme une administration. L’exploration du territoire se poursuit. En 1672, les Français, qui se sentent enfin attirés par ces régions, sont près de 7000 au Canada. Les Anglais installés le long de la côte, n’apprécient guère cette rivale présence et les combattent. En 1713, le traité d’Utrech prive nos ancêtres de l’Acadie, de la baie d’Hudson et d’une grande partie de Terre Neuve. En 1755, les Acadiens sont expulsés. Entre 1756-1763, la guerre de sept ans oppose encore et toujours les frères ennemis. Après la défaite de Montcalm aux plaines d’Abraham, les Anglais s’emparent de Québec et de Montréal. En 1763, la France cède l’intégralité du Canada à la Grande-Bretagne.
Courageux pionniers, les Français s’inclinent devant leurs voisins, mais ils vont avoir une “compensation“. En 1840, le gouvernement britannique avait institué l’anglais comme langue unique. Huit ans plus tard, le français est restauré au rang de langue officielle.
Solidaire, le Canada a participé aux deux guerres mondiales et ses soldats ont contribué à la libération de Caen, le 11 juillet 1944.

Rendre justice…

Champlain a un avantage pour lui : il est cartographe et tient un journal de bord, abondamment fourni. De plus, il est catholique. Dugua de Mons est discret quant aux écrits et il est protestant. La notoriété du premier évince celle du second, c’est une évidence. Longtemps, l’histoire n’a retenu que Champlain et sans quelques passionnés, dont l’ancien ambassadeur du Canada, Jean-Yves Grenon (d’ailleurs marié à une Jonzacaise), Dugua serait peut-être resté dans l’oubli. Pourtant, sans l’aide de Dugua de Mons, époux de Judith Chesnel, demoiselle de Meux, Champlain n’aurait sans doute jamais connu pareille aventure...


Photo 1 : Le Belem, trois-mâts emblématique

Photo 2 : Joutes rochelaises !

Photo 3 : Que de personnalités ! La gouverneure du Canada, Michäelle Jean et son époux, Dominique Bussereau, président du Conseil général et secrétaire d’État, Jean-Pierre Raffarin, Claude Belot, Maxime Bono, Ségolène Royal, présidente de la Région, Bernard Mounier, etc...

Photo 4 : Le nouveau Dugua de Mons qui n'a plus rien à voir avec l'ancien...

Places du Marché et de l’Église : Arrêt des travaux cet été !

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Commencés à l’automne dernier, les travaux d’embellissement de la place du Marché et de l’Église se poursuivent. Certes, le temps peut paraître long aux commerçants et à leurs clients, l’entrée dans les magasins ayant parfois été épique ! Toutefois, au bout du chemin, les résultats s’annoncent prometteurs. Ce haut lieu de la cité jonzacaise (Montguimar pour les historiens) aura un nouveau visage. Patrimoine et immobilier s’en trouveront valorisés.
Actuellement, les travaux se poursuivent près de l’église et les entreprises vont “s’attaquer“ à la longue rue Saint-Gervais. Les accès au marché couvert, côté rue de Verdun sont terminés avec un passage pour les voitures rue Saint Protais. « Fin juin, on arrête tout pour une libre circulation en juillet et août. Les travaux recommenceront en septembre. Actuelle-ment, nous sommes dans les temps » souligne Jean-Claude Texier, premier adjoint. Comme vous l’avez sans doute remarqué, les sarcophages mis à jour devant l’église ont été recouverts : « les fouilles approfondies n’auront lieu qu’en 2009. Divers objets, dont des boucles de ceintures, ont été retrouvés et remis à la DRAC. Les archéologues poursuivent leurs recherches afin de localiser l’époque exacte de ce cimetière que nous envisageons de mettre en valeur. Il appartient au passé de la ville et donc à son histoire » ajoute l’élu.
Pour l’instant, ces ancêtres d’une époque reculée reposent à nouveau sous la terre, bien à l’abri. En conséquence, cet espace a repris ses vieilles habitudes en offrant des places de parking, précieuses par les temps qui courent. Espérons seulement que des “revenants“ ne viendront pas inquiéter les automobilistes. En cas de problème, ils pourront toujours s’adresser au père Delage qui sait comment on calme les âmes dérangées dans leur sommeil éternel !
Sur ce chapitre, force est de constater que les responsables chargés d’animer la réunion de présentation du chantier, à l’automne dernier, se sont trompés : ils avaient déclaré - devant l’assistance réunie dans la salle municipale - que selon toute vraisemblance, on ne trouverait aucun vestige digne d’intérêt. Et pour cause, lors des précédentes réalisations (pose de canalisations en particulier), aucune découverte n’avait retenu l’attention. Cette fois-ci, le décor est différent, mais il y a sans doute une excuse : les fouilles présentent un inconvénient majeur, elles ralentissent le calendrier…

samedi 10 mai 2008

Pour 100 balles, à Jonzac, t’as plus rien. Et en Inde ?


Coincés entre la baisse du pouvoir d’achat et les démêlés du Dalaï Lama avec la Chine, voilà qu’une autre affaire, montée en épingle à une période de creuse info, vient de mettre les Français en émoi.



Drôlerie de l’histoire, elle est encore liée à la Saintonge, province qui s’illustre dans les médias après le limogeage du sous-préfet de Saintes, Bruno Guigue, accusé de favoritisme envers les Palestiniens. Après ce pavé dans la bande de Gaza, une petite annonce de l’ANPE, qui émanait d’une ex société jonzacaise, Hangar 17, désormais installée en Inde, a attiré l’attention de la presse nationale.
Le responsable, Denis Delcroix, y proposait « un poste d’informaticien, niveau bac + 2, spécialisé dans la conception de sites web, salaire 10.000 à 20.000 roupies pour 40 h par semaine ». Par la suite, les choses se compliquaient avec « protection sociale et avantages à négocier ».
Alerté, le Parti Socialiste, convertissant la monnaie locale en euros, demanda aussitôt son retrait des fichiers et profita de cet affront aux avantages acquis pour rappeler aux populations laborieuses les menaces qui pèsent sur leurs têtes : « Pour le gouvernement, cela fait-il partie des offres raisonnables d’emploi ? » s’indigna-t-il. Une façon détournée d’attaquer Sarkozy, à quelques jours de sa première année à l’Élysée !
Bref, le libellé a fait parler et salive couler, d’autant qu’habituellement, les montants proposés pour un poste à l’étranger sont exprimés en euros ou en dollars. Maladresse il y eut, c’est une évidence. Toutefois, l’ampleur qui a entouré la parution de cette offre d’emploi, semblable à des centaines d’autres, démontre les impacts négatifs de la pensée unique sur les comportements tricolores. Trop d’œillères bouchent actuellement l’horizon et le bourrage de crâne porte ses fruits : passé les Alpes ou les Pyrénées, existe-t-il encore des terres habitables ?
En quittant Jonzac pour Pondichéry, preuve d’un courage certain, Denis Delcroix a voulu mettre en place une nouvelle stratégie de développement. Il est donc parti l’été dernier de Charente-Maritime avec sa femme et ses quatre enfants.
Aujourd’hui, sa nouvelle société emploie une quinzaine de personnes, toutes bilingues et spécialisées en informatique. « Il s’agit d’une offre qui concerne le territoire indien. Le salaire proposé, qui peut paraître faible en France quand on parle en euros, est très supérieur à la moyenne en Inde. On vit parfaitement avec cette somme » explique-t-il. Inutile, dans ces conditions, de lui intenter un faux procès, même si ce n’est pas le nirvana !
Sur les blogs, de nombreux témoignages reconnaissent le bien-fondé de ses déclarations, tandis que d’autres se montrent plus réservés : « l’ANPE devrait respecter la législation en vigueur en France et offrir, au moins, des postes de travail à temps plein de 35 heures hebdomadaires payées au SMIC ». Nuance qui son importance, l’Inde n’est pas l’hexagone !
Si l’on peut se réjouir du niveau de vie des Français, les avancées sociales, qui permettent aux plus démunis de toucher le revenu minimum d’insertion par exemple, ne doivent pas gommer les réalités internationales.
Dans ce contexte, que Denis Delcroix embauche « aux conditions locales » semble naturel. Le patron de l’ANPE, Christian Charpy, abonde dans son sens : « la rémunération proposée est tout à fait correcte. Je saisis mal pourquoi on se pose la question de savoir si cette offre est légitime ou non ».
En fait, cette agitation dépasse le cadre de la simple compréhension. Elle révèle la mentalité psycho rigide de certains faiseurs d’opinion, aussi figés dans leurs intimes convictions que ne le fût l’Église quand elle assurait que la terre était plate. Fort heureusement, elle avait de sérieux détracteurs !
Que sont devenus nos aventuriers, ces hommes ambitieux qui se souciaient moins d‘eux-mêmes que du destin de leur pays ? Si Samuel de Champlain, fondateur de Québec célébré jeudi dernier à la Rochelle, n’avait pensé qu’à ses points retraite, jamais il n’aurait quitté Brouage pour traverser l’Atlantique avec son ami saintongeais, Dugua de Mons. Vous l’imaginez restant chez lui à filer la laine ? Et que dire de Christophe Colomb ? Se voyait-il abréger son périple pour profiter de ses RTT ?
Depuis Charles de Gaulle qui les tira d’un bien mauvais pas, les Français sont assis entre deux chaises : complexés tout en étant donneurs universels de leçons, prêts à s’enflammer pour des causes qui ne les concernent pas et dont ils ignorent les subtilités, formidablement inventifs, merveilleusement vaniteux et adroitement manipulés ! Ils semblent avoir oublié un détail : ils ne vivent plus au siècle des lumières et pour continuer à briller, il serait grand temps qu’ils sortent du politiquement correct !
Alors, si un jeune veut travailler à Pondichéry, vieux comptoir de la Compagnie des Indes, pourquoi n’irait-il à la rencontre d’une autre culture pour accomplir ses humanités ? Sentant bon l’aventure, les voyages forment la jeunesse et l’expérience qui en découlera sera un atout supplémentaire.
Quoi de pire, en effet, que de ressembler à ces moules accrochées à leur rocher dont le seul événement journalier est une marée qui vient, sur leurs coquilles, déposer l’eau salée...

Infos en plus :

• Lundi matin, Valérie Delcroix s’est exprimée sur France Inter. À Jonzac, de nombreuses personnes lui apportent leur soutien et s’interrogent : « Qui a pu ainsi mettre Valérie sur le banc des accusés et jeter l’opprobre sur sa petite annonce ? Les gens qui mettent des annonces pour les Pays du Maghreb ou l’Afrique du Nord sont archi nombreux. Comment se fait-il que cette affaire soit tombée justement sur les Delcroix ? ». Effectivement, voilà bien la question ...

Quelques réactions sur le web

• Posté le 06-05-2008 à 10:43:35
« Moi, ce qui me choque, c’est que ce patron français délocalise son entreprise pour bénéficier de tous les avantages de l’Inde. Mais, il veut pas de salariés indiens, mais français.... donc déjà il ne joue pas le jeu de la délocalisation..... donc des salariés français, qualifiés et payés rien du tout par rapport au même poste en France..... et après on va dire que les chômeurs sont des fainéants : mais tant qu’on aura des patrons qui essaient de jouer sur tous les tableaux pour se faire du fric d’un coté et de l’autre, eh bien, c’est pas près de s’arranger ! ».

• Posté le 06-05-2008 à 17:01:58
1 - ce n’est pas une délocalisation, allez voir dans le dictionnaire ce que signifie ce mot, l’Entreprise Hangar 17 a cessé son activité à Jonzac afin de créer une nouvelle entité en Inde (clients différents, activités nouvelles). La société créée en Inde est une société nouvelle et indépendante.
2 - les salariés (15 environ) sont rémunérés selon le tarif en vigueur dans ce pays.
3 - les informaticiens indiens sont largement autant qualifiés que les informaticiens français. À titre d’information, l’Inde produit autant d’ingénieurs par an que la population française, soit 60 millions.
4 - une règle : il vaut mieux éviter de parler ou d’écrire sur des sujets non maîtrisés.

Ces deux prises de position démontrent la complexité du problème…

• Et en Chine ?

La Chine représente le quart de l’humanité. Le salaire moyen, converti en euros, est de 100 euros par mois dans les villes, soit quatre fois moins que le revenu minimum d’insertion français qui est de 425 euros mensuels pour une personne seule. Toutefois, ce qui compte, c’est le pouvoir d’achat de la monnaie que l’on possède. Il est évident qu’au pays du Soleil levant, le pouvoir d’achat du yuan permet à un salarié de vivre - certes sans faste - avec l’équivalent de 100 euros.

L’Abbaye de Fontdouce révèle ses secrets

Il faisait beau, très beau, même, le samedi matin 26 avril dernier quand les membres de la Société des Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis ont tenu leur assemblée générale. Chaque année, ils se retrouvent dans un lieu différent, si possible dans un site “historique” à l’intérieur de l’ancien diocèse de Saintes (d’avant 1648) qui est leur domaine de travail. Ils se sont naguère réunis à Surgères, à Cognac, à Sablonceaux, en mai 2007 à Marans, cette année dans le cadre incomparable de la vieille abbaye de Fontdouce.
La salle capitulaire était au moins aussi animée qu’au Moyen âge, en tout cas, dès 10 heures du matin, elle était comble. La plupart des membres du conseil d’administration entouraient le président Marc Seguin : Alain Michaud, le vice-président, Philippe Gautret, le secrétaire, Jean-Louis Monget, le trésorier, Mmes Françoise Giteau et Claude Coutant-Pajany, MM. Jean-Guy Bar-reault, Frédéric Chassebœuf, Pascal Even, Alain Floriant et Pierre Rayssiguier; les autres étaient excusés.
Le président a ouvert la séance en rappelant l’histoire et les buts de la Société. Celle-ci date de 1874 et a été reconnue d’utilité publique en 1886, elle est sans doute l’une des plus anciennes du département. Pourtant, son fondateur, Louis Audiat, intervient relativement tard car à cette date, tous les départements, ou presque, regroupent, depuis plusieurs décennies parfois, leurs érudits dans des institutions comparables. Celles-ci ont pour but de publier le maximum de documents, de les tirer de l’oubli, de les préserver ainsi d’une destruction éventuelle, de les mettre à la disposition d’un public aussi large que possible. Les membres se recrutent alors dans des groupes sociaux précis : professions libérales, clergé, armée. Presque tous sont, comme on dit alors, des “propriétaires”, c’est-à-dire des hommes - jamais des femmes - qui ont fait de solides études classiques et qui bénéficient de revenus suffisants pour ne pas éprouver le besoin de travailler. Tous tiennent absolument à acheter chaque année le volume de documents auquel ils participent volontiers. Celui-ci contient surtout les textes qui les intéressent : aveux et dénombrements, cartulaires, lettres de grands personnages. On répugne à s’éloigner du département. Louis Audiat, par exemple, n’ignore pas les ressources exceptionnelles de Bordeaux mais il n’y puise guère, pas plus que ses collègues de Charente ou d’ailleurs : chacun chez soi.
La guerre de 14-18 a été fatale à ces sociétés : des érudits ont été tués, l’inflation a ruiné les rentiers que nous avons évoqués, les études sont devenues “utilitaires”. La conception de l’Histoire s’est aussi modifiée avec l’École des Annales. Les unes après les autres, ces sociétés se sont étiolées et ont disparu. On note deux exceptions régionales : les Antiquaires de l’Ouest à Poitiers et nos Archives historiques. Cette dernière a été véritablement ressuscitée par Jean Glénisson qui était présent lui aussi, parmi ses amis.
Avec le soutien de la DRAC, de la Région, du Département de la Charente-Maritime, des villes de Saintes et de Saint-Jean-d’Angély, la Société publie chaque année, comme par le passé, un volume de documents inédits. C’est notre raison d’être. L’Histoire, on l’oublie trop, s’écrit à partir de documents correctement transcrits, correctement interprétés et replacés dans leur contexte, il ne s’agit pas de recopier ce que d’autres ont déjà écrit. La mode veut que beaucoup pensent se contenter d’internet. En admettant que cela soit possible, il s’écoulera longtemps, très longtemps, avant que toute la documentation des fonds d’archives soit à la disposition de tous. Et qui prendra la peine de déchiffrer tant de textes qui ne sont accessibles qu’aux spécialistes ?
Sur les rayons des bibliothèques publiques s’alignent les 60 volumes publiés par les Archives historiques depuis 1874, à côté de ceux des autres sociétés et de la Revue de la Saintonge et de l’Aunis qui lui est liée. Il y a bientôt un siècle et demi que les chercheurs, les étudiants, les généalogistes les consultent sans répit car ils savent y trouver des documents qu’ils n’auraient jamais pu consulter, soit parce qu’ils sont conservés dans des dépôts éloignés (à Saint-Pétersbourg, par exemple), soit parce que leur écriture n’est accessible qu’à un paléographe. La tâche est évidemment loin d’être terminée et la Société remplit, elle aussi, comme on le dit si souvent aujourd’hui, une mission de “service public”.


Le président a rappelé les activités de l’année passée. Au début de mai 2007, l’assemblée générale a eu lieu à Marans où la société a été reçue par celle des Amis du Vieux Marans et sa présidente, Paulette Grobey. La sortie d’automne a conduit les adhérents et leurs amis en Saintonge méridionale. Le matin, ils ont visité plusieurs établissements des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (qui ont succédé aux Templiers) : Bussac-Forêt, Lugéras, Chierzac. L’après-midi, Frédéric Chasse-bœuf les a conduits au château de Chaux (Chevanceaux) aimablement ouvert par son propriétaire. Tous se sont enfin retrouvés à Baignes pour admirer les vestiges de l’abbaye de Baignes qui fut jadis si puissante avant de se quitter au pied de la tour de Montauzier. Par ailleurs - et c’est, rappelons-le, la raison d’être de la Société - le volume LX, tome I vient d’être publié (voir plus loin). Suivront les actes du colloque La Rochelle assiégée et le volume LXI.
Le trésorier, Jean-Louis Monget, a présenté un compte-rendu financier tout à fait équilibré. La principale dépense - qui est pratiquement la seule - consiste à faire imprimer l’ouvrage de l’année (Un peu moins de 6 000 euros pour 200 exemplaires).

Des élections au conseil d’administration ont suivi. 5 postes étaient à renouveler :


Mme Claude Coutant-Pajany, MM. Jean-Guy Barreault, Alain Floriant, Jean Flouret et Benoît Julien. Tous ont été réélus. Par ailleurs, le trésorier Jean-Louis Monget, qui prend de nouvelles fonctions à Saintes, souhaite se retirer du conseil d’administration. Qu’il soit remercié pour tout le travail qu’il a fait ! A été élu Philippe Lafont, de Saint-Pierre d’Oléron qui entre ainsi au conseil.
L’ordre du jour étant épuisé, les participants ont visité l’abbaye que la plupart connaissaient déjà mais qui a été, depuis peu, été l’objet de fouilles véritablement spectaculaires. Dans un premier temps, Alain Michaud a retracé l’historique de l’établissement, rappelé dans quel contexte il a été fondé et quelle a été, pendant des siècles, la vie quotidienne de ses moines avant les destructions qu’on peut situer, comme les autres, à l’automne 1568, puis au cours de la Révolution. Dans un second temps, Éric Normand, archéologue départemental, a présenté le résultat des dernières fouilles. Celles-ci ont permis de belles découvertes, en particulier, entre le mur de clôture et la maison d’habitation actuelle, les parties inférieures d’une immense salle, dite “salle des moines”, dont on distingue encore fort bien les départs des voûtes. Le tout sera préservé et aménagé.


Après un repas commun à l’Auberge des Bujoliers, les membres de la société ont eu le privilège de visiter le château de Burie que ses propriétaires ont aimablement ouvert à cette occasion. Ce petit château, trop peu connu et, hélas, très amoindri, a probablement été construit au cours de la décennie 1540-1550. C’était sans aucun doute une belle œuvre Renaissance, érigée par un homme de goût qui avait longuement séjourné en Italie. Marc Seguin a rappelé qui avait été Charles de Coucis, seigneur de Burie (et de Gémozac), compagnon de François 1er, homme de guerre réputé, lieutenant général en Guyenne (c’est-à-dire pratiquement représentant du roi à Bordeaux, la capitale régionale). Frédéric Chasse-bœuf a insisté sur les particularités de l’édifice qui est loin d’avoir livré tous ses secrets et qui nécessite encore une étude attentive. Les participants ont enfin admiré l’église romane de Migron, ancienne propriété du chapitre de la cathédrale de Saintes, et ils se sont séparés.


Publications

La Société rappelle que son but est de servir la culture locale et qu’elle possède un certain nombre d’ouvrages disponibles, consacrés à la publication de documents relatifs à nos deux provinces. Ils ne sont qu’exceptionnellement proposés en librairie mais peuvent être commandés à : Société des Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis - 8, rue Mauny 17100 Saintes moyennant des frais d’expédition de 4, 60 euros par ouvrage.

• Volume LIII (1999) :
Aunis, Saintonge et Angoumois sous la domination anglaise, 1360-1372. Comptes et pièces tirées des archives anglaises, 253 pages, par le Professeur Robert Favreau - 25 euros.
Travail indispensable pour ceux qui s’intéressent à l’histoire d’une région très pauvre en archives médiévales.

• Volume LIV (2000) :
Les aliénations du temporel ecclésiastique au diocèse de Saintes pendant les guerres de Religion (1563-1596), 429 pages, par Marc Seguin - 30 euros.
On l’ignore souvent, mais ce ne sont pas les Révolutionnaires qui ont imaginé de vendre les biens d’Église pour rembourser les dettes de l’État. On a eu cette idée au XVIe siècle. Toutes les paroisses ont été concernées. Votre village, peut-être ?

• Volumes LV (2001) :
Enquête relative à la première occupation de Saintes par les protestants en 1570 et Une illustration de la détresse financière du diocèse de Saintes à la fin de la décennie 1570-1580, par Marc Seguin. Les procès-verbaux des visites pastorales des paroisses d’Aunis - 1705-1715 (première partie) par Pascal Even. Papiers de raison d’Élie Merlat, ministre de la Parole de Dieu en l’Église Réformée de Saintes, par Didier Poton. Agrippa d’Aubigné et la bataille du Pertuis-Breton, par Gilles Banderier, 307 pages - 30 euros.

• Volumes LVI (2002) et LVII (2003-2004) :
L’Armée d’Aunis devant La Rochelle (14 mai - 10 novembre 1622). Recueil de la correspondance de Louis de Bourbon, comte de Soissons, par Jean Glénisson, avec le concours de Jacques Daniel et de Philippe Gautret. 429 et 549 pages - 30 euros par volume.
Ce long document retrouvé à Grenoble est appelé à devenir un classique pour les spécialistes de l’histoire militaire. On comprend comment se réunit et se disperse une armée au début du XVIIe siècle, comment elle s’équipe et se nourrit aux dépens des populations locales, dans le cas présent, nos ancêtres aunisiens et saintongeais.

• Volume LVIII (2005) :
Les décimes du diocèse de Saintes pendant les guerres de Religion et Les comptes du receveur de la châtellenie de Clion (1576-1578) par Marc Seguin. Les procès-verbaux des visites pastorales des paroisses d’Aunis sous l’épiscopat d’Étienne de Champflour (1703-1723) - (deuxième partie), par Pascal Even, 355 pages - 25 euros.
Sait-on que le clergé payait un véritable “impôt sur le revenu” dès le XVIe siècle ? Le rôle de 1582 permet de comparer la valeur de tous les bénéfices du diocèse. Il est tout à fait exceptionnel de retrouver un document aussi “vivant” que les comptes du receveur de Clion au temps des guerres de Religion. Quant aux visites pastorales, elles sont devenues une source essentielle pour l’histoire des mentalités.

• Volume LIX (2006) :
L’Aunis sous Louis XIV. Les visites pastorales des paroisses et communautés d’Aunis sous l’épiscopat d’Henri de Laval de Bois Dauphin (1661-1693), par l’abbé Yves Blomme, 388 pages - 25 euros. Le diocèse de La Rochelle a été créé en 1648. Il a eu la chance de conserver ces textes qui n’existent malheureusement plus à Saintes. On verra que, parfois, les hommes d’Église et les fidèles n’étaient pas encore aussi vertueux qu’on aurait pu le souhaiter.

• Volume LX (2007) :
La Rochelle au fil des ans avec Nicolas Baudouin (XIIIe et XIVe siècles), tome I, par le Professeur Robert Favreau. 304 pages - 25 euros.
Nicolas Baudouin est un de ces érudits du début des Temps modernes qui avaient encore à leur disposition les archives anciennes de La Rochelle et qui souhaitaient retracer l’histoire de leur ville. Cet ouvrage sera bientôt suivi d’un tome II (XVe siècle), par Mathias Tranchant.

Photo 1 : Depuis les travaux qui ont dégagé le scriptorium, l’entrée de la maison principale se trouve dans le vide !

Photo 2 : De nombreux passionnés participaient à cette rencontre, organisée par le président Marc Seguin et son dynamique bureau.

Photo 3 : Une façade du château de Burie.

Photo 4 : Le portail de l’église de Migron.