vendredi 28 novembre 2025

La découverte de Jonzac la nuit, quand il est beau de croire à la lumière...

De nouveau un grand mapping sur la façade du châtelet du 23 au 31 décembre tous les soirs de 18 h 30 à 19 h 30 (version Noël 2025). Sur place, crêpes, boissons chaudes. Vernissage le 23 décembre à 18 h 30. Vin chaud et chocolat offerts au public. Venez nombreux !

Le château, bâti au XVème siècle, a succédé à une structure plus ancienne,
située près du chemin de ronde

Le châtelet, récemment rénové
1449 figurant sur le châtelet : 43 ans avant la fameuse date de 1492. Christophe Colomb, parti d'Andalousie à travers l'océan Atlantique, débarque sur des îles des Bahamas et des Caraïbes qu'il croit faire partie des « Indes » (l'Asie), mais qui sont en fait proches du continent américain...

La porte de ville, également du XVème siècle. Une seconde existait plus haut, vers le château,
mais elle a été détruite

Mécanisme de la herse, nouvellement installée
Qui sont ces honorables gardiens moustachus ?
Le château, cour intérieure
Le château est orné de bustes de personnalités historiques
L'entrée de la mairie
Ruelle mystérieuse à découvrir (rue de Champagnac)
Ecusson à l'église Saint Gervais, Saint-Protais
Le chœur flamboyant de l'édifice dédié autrefois à Saint Anthelme
Croisée d'ogives
L'église illuminée la nuit. Les petites lumières bleues symbolisent des tombes mises au jour 
lors de fouilles (époque mérovingienne, Moyen Age)
Près du pont de pierre
Vitrine de magasin (œuvre d'une artiste dans le cadre d'Octobre Rose)
Reflets...
Le cloître des Carmes
Fontaine des Carmes
La Seugne
L'ancienne teinturerie Blomme (rue des Carmes)
Crayon, nouvelle signalisation près des écoles primaires
Ancien commerce qui joue les devinettes !

PHOTOS NICOLE BERTIN

jeudi 27 novembre 2025

« Grand acte de décentralisation » : Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, « d'abord clarifier le qui fait quoi ? »

Un plaidoyer et des propositions concrètes d’Alain Rousset pour une régionalisation ambitieuse et dotée de moyens pérennes

Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, a remis au Premier ministre Sébastien Lecornu sa contribution au grand acte de décentralisation. Il y appelle à franchir « un véritable cap dans la régionalisation sur la base du modèle européen démocratique » et à garantir enfin aux Régions des ressources pérennes à la hauteur de leurs responsabilités. Il avance des propositions concrètes couvrant l’ensemble des compétences régionales et propose de lancer dès maintenant une expérimentation dans le domaine de la formation professionnelle.
 
Dans le courrier adressé au Premier ministre pour accompagner sa contribution, Alain Rousset rappelle que la décentralisation doit d’abord répondre à une exigence de lisibilité pour les citoyens et d’efficacité pour l’action publique : clarifier le « qui fait quoi ». Il souligne que la spécialisation des compétences issue de la loi NOTRe a démontré sa pertinence, là où l’éparpillement des responsabilités allonge les délais, multiplie les financeurs et déresponsabilise les acteurs. Il alerte par ailleurs sur la fragilité et l’instabilité des ressources régionales, incompatibles avec les missions confiées aux Régions : « sans pérennité de leurs ressources, les Régions ne peuvent agir dans la sérénité ».
Fidèle à son engagement en faveur du fait régional, le président de Région se dit « pleinement mobilisé » pour contribuer à la réussite du grand acte de décentralisation, en appelant à une reconnaissance de la Région comme un acteur territorial responsable et autonome.
 
La contribution d’Alain Rousset détaille « des propositions concrètes dans tous les champs qui confèrent à l’action régionale la robustesse d’une action cohérente » : développement économique et emploi, éducation, formation professionnelle et apprentissage, santé, aménagement du territoire, transitions écologique et énergétique, transports et mobilités, gestion des fonds européens.
En premier lieu, il revendique une action économique recentrée autour des Régions, dénonçant la multiplication des acteurs « là où deux suffiraient ». Il propose de créer des Banques Publiques Régionales d’Investissement pour accélérer la réindustrialisation et soutenir les filières locales, de confier à la Région le pilotage du service public de l’emploi, et de transférer aux Régions la gestion des aides du pilier 2 de la PAC, notamment les aides surfaciques. Il appelle également à une décentralisation étendue des politiques culturelles, incluant le livre, le cinéma, l’audiovisuel et les jeux vidéo.
             
Concernant l’éducation et la formation, Alain Rousset préconise une gestion régionale complète des lycées, la décentralisation totale des lycées professionnels, agricoles et maritimes, ainsi que le transfert aux Régions des moyens de l’Education nationale consacrés à l’orientation, mais aussi le retour d’une maîtrise régionale de l’apprentissage, aujourd’hui dérégulé, ce qui menace le tissu de l’artisanat. Il demande aussi la maîtrise par les Régions de la carte des formations initiales et continues.

En matière de santé, il propose que les Régions deviennent responsables de l’offre de soins, de la médecine scolaire et d’une partie de la recherche, avec la fixation régionale des quotas de formation (y compris pour les médecins), la présidence du conseil d’administration des ARS, afin de lutter plus efficacement contre les déserts médicaux, et une coopération renforcée sur l’innovation et la recherche, via une convention pluriannuelle État-Région.

Pour l’aménagement du territoire, il demande que la Région dispose de l’ingénierie territoriale aujourd’hui recentralisée, notamment via l’Agence nationale pour la cohésion des territoires (ANCT), que la définition et la gestion des zones de revitalisation rurale soient gérées à l’échelon régional, et que la géographie des contractualisations territoriales de l’Etat soit mise en cohérence avec celle des Régions.

Sur les transitions écologique et énergétique, Alain Rousset propose notamment de confier aux Régions la gestion des fonds chaleur et économie circulaire actuellement pilotés par l’ADEME, ainsi que la gestion complète des sites Natura 2000 et des aires protégées de l’Etat.
Du côté des transports, le président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine préconise une loi de programmation pluriannuelle portant sur les réseaux ferroviaire et routier. Il plaide pour que l’État assume pleinement ses responsabilités de propriétaire des infrastructures ferroviaires, et propose une augmentation de 2,5 milliards d’euros par an de la dotation de l’Etat pour SNCF Réseau. Les Régions doivent, selon lui, disposer des ressources nécessaires pour exercer pleinement leur rôle d’autorités organisatrices de la mobilité.
 
Au-delà de la clarification des compétences, Alain Rousset appelle à « mettre fin à la mise sous tutelle de fait » et à reconnaître enfin les Régions comme des « acteurs responsables et adultes ». Il propose la restauration d’un contrat de plan État–Région de plein exercice, l’activation réelle du droit à l’expérimentation et un pouvoir réglementaire régional sur des sujets structurants.
Face à une recentralisation croissante, il demande également la consolidation du rôle des Régions comme autorités de gestion des fonds européens (FEADER, FEDER et FSE+), le renforcement des capacités régionales accompagné d’une simplification de la mise en œuvre, et une territorialisation renforcée des politiques européennes.
Alors que les Régions font face à un mur d’investissements et à l’érosion de leurs ressources, Alain Rousset propose enfin des pistes pour garantir un cadre financier solide aux Régions :  création d’une loi de financement et d’orientation dédiée aux collectivités territoriales, abandon progressif de la fiscalité carbonée au profit d’une fiscalité pérennes, l’attribution de recettes dynamiques, création d’une dotation climat énergie, réforme du financement et de la fiscalité de l’économie circulaire et de la gestion des déchets ménagers, et création d’une taxe biodiversité liée à l’artificialisation des sols.
 
Sans attendre un nouveau cadre législatif qui résulterait du grand acte de décentralisation, Alain Rousset propose au Premier ministre d’expérimenter en Nouvelle-Aquitaine la délégation pleine et entière par l’Etat de la carte des formations professionnelles initiales, qu’elles relèvent du statut scolaire ou de l’apprentissage. Prévue par l’article L1111-8-1 du Code général des collectivités territoriales, cette expérimentation permettrait à la Région de piloter de manière intégrée l’ensemble formation-emploi : décisions d’implantation des formations, création d’une carte régionale de l’apprentissage dotée des moyens afférents, gestion complète de la formation professionnelle incluant les GRETA. Cette capacité nouvelle permettrait d’adapter plus rapidement l’offre aux besoins économiques, de mettre fin à la concurrence entre CFA et lycées professionnels, de simplifier le parcours des usagers via un guichet unique, et d’optimiser les investissements en plateaux techniques. Elle pourrait aller jusqu’à la création de Maisons de l’éducation et de la formation intégrant enseignement supérieur court, organismes de formation et acteurs économiques.
Avec cette proposition, Alain Rousset appelle à « initier dès aujourd’hui une démarche d’expérimentation entre l’État et la Région », premier acte concret du nouveau mouvement de décentralisation.
 

Jonzac/Devinette : Qui sont les gardiens de pierre du château ?...

Le château de Jonzac a retrouvé une "copie" des bustes qui l’ornaient avant que la Révolution ne vienne les saccager. Qui sont ces personnages ?

 
Initialement, qui étaient-ils ces personnages posés en bonne place sur leur socle en façade et regardant le monde d'en bas ? En fait, aucun document - du moins pour l’instant  - ne mentionne leur identité. « Nous n’avons que des procès-verbaux concernant le château et des inventaires, mais rien ne concerne ces sculptures » souligne l’historien Marc Seguin. Jean Glénisson, pour sa part, les présentait comme des connétables (personnages illustres du royaume).

Sous le porche, les trois qu’on aperçoit en levant la tête sont censés être d’origine, c’est à dire du XVIIe siècle (malmenés par les révolutionnaires, ils ont retrouvé leur emplacement malgré des mutilations, sur la face en particulier). Il pourrait s’agir de Louis XIII (avis que ne partageait pas Jean Glénisson) et de deux connétables lui faisant face, le duc de Luynes (favori de Louis XIII) et le duc de Lesdiguières (fait pair de France en 1611 par Marie de Médicis).

En face,  des connétables, les ducs de Luynes et de Lestiguières ? 


Les nouvelles personnalités qui ont été sculptées par la société Socra (de Marsac-sur-l'Isle en Dordogne) ont été choisies en fonction de l’importance qu’elles occupent historiquement : Geoffroy de Sainte-Maure, époux de Viviane de Polignac, Léon de Sainte-Maure qui posséda le château de Jonzac (grand rival de Charles de Montausier à qui l’on doit la fameuse guirlande de Julie, offerte à sa femme Julie d’Angennes), Agrippé d’Aubigné, le Prince de Condé, Mazarin et Louis XIV. Le rapport de ces personnages avec Jonzac est intéressant à découvrir.

Il reste encore des supports vides situés dans les autres parties, la sous-préfecture et la propriété de Philippe Gautret. Dans un avenir qui reste à déterminer, de nouveaux visages seraient donc appelés à compléter la première édition.

• Outre les bustes, on peut admirer les signes du zodiaque en terre cuite, le cadran solaire et des gargouilles dont l’une est signée Boulanger Charbonnière (1709).

• Extrait du Cercle généalogique de Sud Saintonge

• Agrippa d’Aubigné : Né en 1552 près de Pons, il était le fils d’un juge, petit seigneur des terres de Brie-sous-Archiac. D’origine modeste, le jeune Agrippa reçut une stricte éducation protestante ; il devint un brillant étudiant dans les disciplines littéraires. Pourtant, c’est vers une carrière militaire qu’il s’orienta en s’engageant très tôt dans les troupes calvinistes de Condé ; il y fit son apprentissage  en faisant des « coups de mains » dans des localités des environs (Archiac, Pons, Oléron, Jarnac). C’est ainsi qu’à Jonzac, en 1570, le jeune intrépide, tout juste âgé de 18 ans, se plaça à la tête d’une vingtaine de jeunes arquebusiers pour essayer de prendre le château de Jonzac. Celui-ci, défendu par deux compagnies françaises et deux compagnies italiennes, était protégé par une rangée de barricades formées de pieux, de planches et de barriques. L’attaque des assaillants engagea un corps à corps avec les défenseurs du château et leur fougue entraîna un retrait de la garnison à l’intérieur de la forteresse. Agrippa d’Aubigné et ses compagnons furent dans l’impossibilité de les déloger.

• Louis XIII : Son passage au château de Jonzac en 1623 fut marqué par une récompense offerte à Léon de Sainte Maure pour les services rendus à la couronne de France. Le Roi érigea la terre d’Ozillac en marquisat.

• Le Prince de Condé : Un prince de sang réputé pour ses victoires militaires, mais un prince arrogant, ayant une haute idée de lui-même. Il prit la tête de la Fronde avec les nobles insurgés, s’opposant au cardinal Mazarin et au jeune roi Louis XIV. Il dévasta les campagnes saintongeaises et notamment la paroisse d’Ozillac dont « la moitié des habitants, portant la moitié des tailles » quittèrent les lieux pour s’installer dans des paroisses voisines, victimes des agissements et des excès commis par la soldatesque à l’égard de la population. Après avoir conquis Saintes et Cognac, Condé perdit en 1651 cette dernière ville défendue par Léon de Sainte Maure, demeuré fidèle au roi malgré une inclination inavouée pour la Fronde des Princes. Quelques mois plus tard, en janvier 1652, revenant de guerroyer à Libourne, Condé fit une halte au château de Jonzac où la Comtesse de Sainte Maure le reçut en l’absence de son époux.

Le Prince de Condé

• Le Cardinal Mazarin : Durant la Fronde, il rendit visite en 1652 à Léon de Sainte Maure pour, dit-on, « réchauffer l’ardeur de ses partisans et les mettre en garde contre les intrigues du Prince de Condé ». Ce dernier, ennemi intime de Mazarin, avait même fait alliance avec l’Espagne.

Mazarin fit, une seconde fois, étape au Château de Jonzac le 11 Juillet 1659, précédant d’un mois le roi Louis XIV, en vue de préparer la signature du traité de paix des Pyrénées entre la France et l’Espagne. Son éminence « fut reçue par le marquis de Jonzac, Léon de Sainte Maure, dans le cadre d’un somptueux régal » selon les chroniques de l’époque.

Léon de Sainte-Maure : Le jeune roi Louis XIV, accompagné de la Reine mère Anne d’Autriche, de Monsieur, frère du Roi et d’une partie de la Cour, séjourna au Château de Jonzac, le 16 Août 1659. La visite fut de courte durée car il rejoignait sa future épouse, l’infante Marie-Thérèse d’Autriche à Saint-Jean de Luz. L’événement dut mettre en liesse toute la contrée de Jonzac et l’effervescence devait être à son comble sur l’esplanade du château à l’arrivée du convoi royal pénétrant sans doute par la Porte de Ville. Il faut imaginer les gens de la cour accompagnant le souverain et logeant dans le château, mais aussi les soldats chargés de la protection du Roi trouvant le gîte dans les maisons des alentours. Léon de Sainte Maure, encore une fois, sut satisfaire ses hôtes d’un jour. « Ce seigneur généreux sçavoit l’art de traiter quelques fois les roys et les reynes ».

Louis XIV repartit le lendemain en direction de Blaye et quelques semaines plus tard, il signa avec la Reine mère et Mazarin le traité des Pyrénées scellé par son mariage avec l’infante Marie-Thérèse.

Louis XIV. L'ensemble des nouvelles sculptures
a été réalisé par la société Socra de Marsac en Dordogne

BONNE VISITE !

mercredi 26 novembre 2025

Les joyeux 30 ans de Bourg Arts et Vins - Les musicales de l'Estuaire

Récemment, pour fêter les 30 ans de Bourg Arts et Vins - Les musicales de l'Estuaire, un concert était organisé avec Célia Oneto Bensaïd, pianiste "aux doigts d'or" et l'orchestre du collège Léopold Dussaigne de Jonzac. Quelle joie de recevoir ces 30 élèves et leurs professeurs ! Les parents étaient venus très nombreux les encourager. Cette magnifique soirée s'est terminée par la dégustation d'une pièce montée en clé de sol et une autre avec les 30 ans ! Réalisation de Frédéric Blanleil. 


Bourg Arts et Vins a célèbré ses 30 ans en beauté avec Celia Oneto Bensaïd

Bon anniversaire !


Le 5 décembre, le second concert sera un récital de guitare par Emmanuel Rossfelder. Victoire de la Musique classique, virtuose et charismatique, cpuissance de son jeu, grand pédagogue, il offrira au public un programme de musiques italiennes et espagnoles. Ce moment sera suivi d'une découverte des vins des Côtes de Bourg accompagnée d'un stand de chocolats fins de la chocolaterie pâtisserie Frédéric Blanleil. Venez nombreux !


Montendre/Conférence : Où il a été question de l'engagement municipal en temps de crise politique

Dernièrement, le sénateur Mickaël Vallet avait organisé une conférence animée par Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas, sur le thème "L'engagement municipal en temps de crise politique". Un nombreux public avait répondu à l'invitation, salle des fêtes de Montendre. A quelques mois de municipales de mars 2026, l'engagement constitue un facteur déterminant...

Mickaël Vallet avait choisi le Sud Saintonge pour cette conférence

Conseils municipaux : renouer avec l'engagement citoyen

Un pilier démocratique fragilisé

Depuis la Révolution, la commune occupe une place centrale dans la vie démocratique française, représentant le creuset de l'engagement citoyen et l'incarnation la plus concrète du pacte républicain.
Pourtant, ce socle s'érode. Les difficultés à constituer des listes pour les municipales, l'augmentation significative des démissions en cours de mandat ou encore le sentiment d'isolement exprimé par de nombreux élus traduisent un malaise profond et durable. La fonction municipale, longtemps synonyme de proximité et de notabilité, est devenue le lieu d'une double crise: celle de l'engagement citoyen, visible dans l'abstention croissante et dans la difficulté à susciter des vocations, et celle d'une fonction perçue comme de plus en plus vulnérable, fragilisée par la centralisation de l'État, la complexification des normes et le manque de reconnaissance.

Un potentiel d'engagement sous-exploité

Malgré des signes d'essoufflement, l'enquête menée auprès de 10 000 Français révèle l'existence d'un réservoir civique : près d'un quart des citoyens (24 %) se déclarent prêts à se présenter sur une liste en 2026, une proportion stable depuis une vingtaine d'années.
Cependant, seuls quelques-uns semblent prêts à passer de l'intention à la candidature effective. Les principaux freins sont le manque de temps (42%), la lourdeur administrative (41%), le sentiment d'incompétence (39 %), la difficulté à concilier engagement et vie familiale (38 %), le climat politique local tendu (36 %), le manque de reconnaissance de l'engagement municipal (33%) et la crainte d'un impact négatif sur la carrière (19 %). 

Une crise démocratique à géographie variable

La crise de l'engagement n'est pas uniforme. Dans les communes rurales, en particulier celles de moins de 1 000 habitants (plus de 60% des communes françaises), les difficultés à renouveler les listes sont les plus aigués. Les jeunes quittent massivement ces territoires, tandis que ceux qui restent hésitent à s'engager dans des fonctions exigeantes, peu rémunérées et chronophages. À l'inverse, dans les grandes villes, l'engagement s'apparente souvent à la défense de causes spécifiques mais reste freiné par le manque de temps (52% des habitants des métropoles) et la complexité institutionnelle.
Les villes industrielles en déclin connaissent, quant à elles, un climat de crise marqué par la défiance, le turnover des élus et la montée des tensions sociales.
Le désengagement prend donc des visages multiples : sentiment d'isolement dans les campagnes, défiance dans les villes en crise, engagement « professionnalisé » dans les métropoles.

Des freins genrés et sociaux persistants

L'étude met en évidence la persistance de barrières selon le genre et le statut social. Les femmes demeurent largement sous-représentées: elles ne représentent qu'environ 20% des maires et, dans les communes de moins de 1 000 habitants, elles n'occupent qu'un tiers des sièges de conseiller municipal. Seules 17% des femmes interrogées se disent prêtes à envisager une candidature aux élections municipales de 2026, contre 31% des hommes. Plusieurs freins majeurs expliquent cet écart, en particulier la difficulté à concilier engagement politique, vie professionnelle et charge familiale (46% des femmes évoquent un manque de temps dans un quotidien déjà chargé, contre 39% des hommes), mais aussi un sentiment de moindre légitimité (43 % des femmes estiment ne pas avoir les compétences suffisantes, contre 34 % des hommes).
Sur le plan social, l'accès à la fonction municipale demeure biaisé: 19 % des agriculteurs, 12 % des commerçants ou artisans ont déjà été élus, contre seulement 6% des employés. Le sentiment d'exclusion, la complexité du langage politique local et la faible valorisation des parcours populaires participent à l'autocensure. Néanmoins, la participation associative ou religieuse joue un rôle décisif: plus d'un quart des Français issus de l'immigration extra-européenne ont déjà été élus (27%), contre 8% des natifs de parents français. De même, 24% des personnes de confession juive ou musulmane, 21% des protestants et 16% des catholiques pratiquants déclarent avoir déjà été membres d'un conseil municipal, contre 8% chez les catholiques non pratiquants et seulement 7% chez les Français sans appartenance religieuse.

Les jeunes, enfin, expriment un désir d'engagement supérieur à la moyenne (29%, contre 19% chez les 65 ans et plus), mais rencontrent des obstacles spécifiques: précarité du logement, absence de réseau, incompatibilité avec l'emploi et la vie familiale. Ils sont donc moins enclins à vouloir s'impliquer durablement dans la vie locale : seuls 35 % d'entre eux souhaitent être davantage associés aux décisions communales, contre 41% chez les aînés.

Une promesse républicaine en recul

Le modèle républicain de la commune comme premier échelon de la citoyenneté s'effrite. L'accès au mandat et, surtout, ses conditions d'exercice sont de plus en plus inégalitaires : surcharge administrative (principal obstacle cité par 41% des répondants et 46 % des élus en poste), manque de relais institutionnels, faiblesse de l'indemnisation (particulièrement dans les petites communes), usure démocratique face à la défiance et à la violence croissante. Plus de 13 000 démissions d'élus ont été enregistrées en 2023, un chiffre en hausse continue. Dans les territoires les plus enclavés, les élus assument des fonctions de gestion, de médiation, d'assistance sociale qui dépassent largement leur mandat initial.
La montée en puissance des intercommunalités, la technicisation des fonctions, la dépendance accrue à l'État et la raréfaction des ressources propres accentuent ce sentiment de dépossession: le maire et les conseillers municipaux deviennent des exécutants dans une République de plus en plus désincarnée localement.


Les ressorts d'un rebond démocratique

Malgré ce tableau préoccupant, des motifs d'espoir subsistent. Le premier moteur d'engagement demeure le désir d'être utile à la commune: près d'un Français sur deux cite le souhait de changer les choses de l'intérieur (47 %) et de contribuer concrètement à la vie locale (45%). La possibilité de faire entendre la voix des oubliés (46 %), l'envie de faire contrepoids à des décisions jugées injustes (44%), la volonté de représenter un collectif ou une génération (29 %) ou d'acquérir des compétences nouvelles (28%) participent aussi de la dynamique d'engagement.
Le sentiment d'efficacité politique et la reconnaissance du mandat sont également des leviers puissants.

Trois futurs pour la démocratie locale
Trois scénarios se dessinent pour l'avenir :

• Le délitement progressif : tarissement du vivier civique, multiplication des listes uniques, abstention record et marginalisation du conseil municipal au profit de l'intercommunalité et de la technocratie ; rationalisation technocratique : transformation des conseils municipaux en chambres d'enregistrement, montée en puissance de la gestion professionnelle et de la démocratie numérique, mais éloignement du pouvoir et perte du lien de proximité;
• la refondation civique : revalorisation statutaire et symbolique du mandat, soutien aux listes citoyennes, simplification administrative, diversification des formes d'engagement, et ancrage d'une démocratie participative vivante et inclusive.

Cinq axes pour revivifier la démocratie municipale
1. Valoriser le mandat municipal : reconnaissance sociale, intégration du mandat dans les parcours professionnels, meilleure visibilité médiatique, campagnes d'information, bonification dans les concours de la fonction publique.
2. Réduire les barrières d'entrée : simplifier les démarches, développer la formation et l'accompagnement des candidats, renforcer les dispositifs de mentorat et de soutien logistique.
3. Encourager la participation sous toutes ses formes : soutien aux listes citoyennes, innovation démocratique (jurys citoyens, budgets participatifs), implication des jeunes et des publics éloignés de la vie politique.
4. Recréer l'écosystème civique local : densification du tissu associatif, liens intergénérationnels, coopération entre collectivités, universités et acteurs de la société civile.
5. Rééquilibrer les pouvoirs locaux : renforcer l'autonomie et la clarté des responsabilités, garantir des ressources suffisantes, promouvoir la proximité et la responsabilité démocratique.


Cette rencontre s'est terminée par un échange avec des élus du département au sujet de l'engagement et ce qu'il implique, la place des femmes, l'éducation, les groupements de communes, (« on ne gagne pas d'argent en fusionnant les collectivités »), le statut de l'élu, les impacts des réseaux sociaux, les nouvelles réglementations, etc.