jeudi 3 septembre 2026

Durant la Seconde Guerre mondiale, Antoine de Saint-Exupéry 
a fait étape à Jonzac. Il aurait logé chez M. Lefèvre, rue Ruibet Gatineau

Saint-Exupéry : « Il faut donner un sens à la vie des hommes »

Lors de son passage à Jonzac en juin 1940 (deux petites nuits seulement), Antoine de Saint Exupéry - auteur du "Petit Prince", vendu à plus de 200 millions d'exemplaires, livre le plus connu au monde après la Bible - aurait été accueilli dans la maison de M. Lefèvre, rue Ruibet Gatineau (ancienne rue de la Corderie)


Plusieurs Jonzacais "passionnés" ont travaillé sur le sujet, dont Raymond Ravet, père du regretté Pierre-Jean, Alain Perrier, pilote averti de l’aéro-club, et James Pitaud. Ce chercheur, aujourd'hui disparu, avait abandonné sa période préférée (le XIXe siècle) pour se pencher sur le XXe. Et pour cause, lors de la Seconde Guerre mondiale, la maison où il habitait en bordure de Seugne (qui était celle de la famille de sa femme, Mlle Baudoux) aurait reçu des techniciens qui accompagnaient Saint-Exupéry. 

Nous sommes le 17  juin 1940. Pétain vient de demander l’armistice. C’est la capitulation. Certains Français réagissent et veulent organiser une résistance à partir de l’Afrique du Nord. C’est dans ce sombre contexte qu’arrivent à Jonzac militaires et pilotes : «  Nous avons la preuve que Saint-Exupéry a dormi deux nuits en ville. Les responsables communaux cherchaient une maison confortable dotée d’une salle de bains. Le choix s’est porté sur celle de M. Lefèvre, rue Ruibert Gatineau. M.  Lefèvre possédait le garage Ford, non loin de l’actuel magasin Chartier  ».

Antoine de Saint-Exupéry : un homme courageux, sensible, écrivain et reporter talentueux,
disparu trop tôt 
(photo Archives)

Dans un courrier, le général Gavoille mentionne avoir reçu de la mairie, le 17  juin, des billets de logement : «  Le soir, Alias, Gelée et Saint-Exupéry furent accompagnés chez leurs logeurs  ». Le maire de la ville était alors James Sclafer (qui fut "remercié" ensuite par Pétain).

Antoine de Saint Exupéry n’a donc fait que passer par Jonzac «  une ville qu’il aurait préféré visiter dans d’autres conditions  ». Quelques mécaniciens déjeunèrent, quant à eux, dans le jardin de la famille Baudoux : «  je les revois assis autour d’une table, en bord de Seugne. Ils sont restés peu de temps. L’un d’eux, qui travaillait dans le civil chez Renault, avait une cousine à Jonzac. C’est pourquoi il s’y était arrêté. Je me rappelle aussi des soldats qui lavaient leur linge dans le lavoir, en contrebas. Le portail était toujours ouvert ! Des réfugiés français et belges affluaient de toutes parts  » témoignait en 2010 Mme Pitaud. En effet, c’était la débâcle et les gens fuyaient sur les routes, ne sachant où aller…

Parmi les autres témoignages, Louis Pariès, de Saint-Martial de Vitaterne, évoquait le jour où les équipages, venant de Chateauroux, sont arrivés à Jonzac, avant de rejoindre Bordeaux : «  Il y avait beaucoup de bruit sur l’aérodrome de la Grand Vau. Je suis allé voir. L’armée avait réquisitionné 150 hectares et le terrain servait de base et de secours  ». 

Curtis Cate confirme le passage de Saint-Exupéry à Jonzac 

Dans la biographie qu’il a consacrée à Saint-Exupéry, publiée en 1973, Curtis Cate, journaliste et écrivain d’origine américaine, parle du passage de Saint-Exupéry à Jonzac. Face à l’occupant, les patriotes (les vrais, pas ceux de la dernière heure !) s’organisaient avec les moyens du bord.

Extraits : «  En tant que commandant de groupement, Alias était le plus élevé en grade de tous les officiers commandant une unité opérationnelle, ce qui voulait dire qu’en temps de crise, il était l’autorité suprême à Châteauroux. Le 16  juin, on rechargea les camions, qui partirent pour Bordeaux. Ils devaient, de là, s’embarquer pour Casablanca. Les avions avaient ordre de décoller le lendemain matin pour le terrain de Jonzac. Un dernier vol rasant fut effectué le 18 juin, et quand le Potez troué de toutes parts atterrit à Royan après s’être perdu en route, le pilote et l’observateur informèrent les gros bonnets et les “feuilles de chêne“, installés confortablement à Bordeaux, que les Allemands avaient atteint la Loire. La vraie guerre se déroulait d’une façon plus macabre, mais tout aussi absurde que la drôle de guerre qui l’avait précédée ! ». 

Dans la presse, nombreux s'interrogent sur cette guerre sanglante, dont Saint-Exupéry. Après son arrivée à Jonzac, Alias envoya Saint-Exupéry et une demi-douzaine d’autres pilotes jusqu’à Bordeaux pour y faire réparer des Bloch à l’usine de construction de l’appareil, près de l’aérodrome de Mérignac. Bien que n’ayant subi aucun bombardement, la confusion qui régnait sur ce terrain surpassait la pagaille de Châteauroux. Le général Spears, que Saint-Exupéry avait souvent rencontré à Chitré, chez sa cousine Yvonne de Lestrange et qui s’était envolé la veille avec de Gaulle à bord, racontera plus tard : «  L’aérodrome était couvert d’appareils, plus qu’il ne m’a jamais été donné d’en voir réunis. Ils attendaient aile contre aile, à perte de vue  ».

Romain Gary, qui faillit y trouver la mort, décrivit ce chaos dans «  la Promesse de l’aube  ». « C’était, disait-il, du chacun pour soi. Sans attendre qu’on le leur propose, les aviateurs du groupe 11/33 s’emparèrent d’un bimoteur Goéland et d’un quadrimoteur de Havilland, qui avait perdu son équipage anglais… Après avoir chargé l’avion de toutes les pièces détachées qu’ils purent trouver, Hochedé décolla à bord du Goéland, tandis que Pierre Lacordaire, le partenaire favori de Saint-Exupéry aux échecs, repartait vers Jonzac avec le Havilland, dont les commandes lui étaient mal connues. Entre-temps, le sort du groupe de reconnaissance 11/33 avait été décidé. Il devait gagner l’Afrique du Nord. Résolu à partir avec le maximum d’avions, Alias divisa son groupe en deux sections. La plus importante, dont il prit lui-même la tête, s’envola de Jonzac le 19  juin à l’aube, se dirigeant d’abord sur Perpignan, puis sur Alger. Tous les appareils étaient bourrés de pièces de rechange. Le Goéland de Hochedé était tellement surchargé qu’il lui fallut faire appel à toute sa maîtrise pour l’arracher du sol. L’autre section, sous les ordres du commandant en second, le capitaine Olivier Pénicault, comprenait Saint-Exupéry et trois autres pilotes, un certain nombre d’observateurs, d’opérateurs radio, de mitrailleurs et de mécaniciens. Ils se rendirent à Bordeaux par la route pour prendre livraison des Bloch en réparation et de tous ceux qu’ils pourraient sortir de l’usine »…

Saint-Exupéry : l'homme engagé 

Il faut donner un sens à la vie des hommes : cette réflexion est toujours d'actualité...
On proposa à Saint-Exupéry un quadrimoteur Farman, capable de transporter quarante passagers. C’est à son bord qu’il rejoignit Alger, via Perpignan, transportant matériel, personnel et des civils, dont Suzanne Torrès, l’épouse du député. En Afrique du Nord, la déconvenue fit place à l’espérance : «  nous étions gardés par des sentinelles, nos réservistes de l’Armée de l’Air démobilisés »

Par la suite, Saint-Exupéry repartit en France avant de gagner les États-Unis. Le 31 juillet 1944, son avion fut abattu au large de la Corse lors d'une mission de reconnaissance en Méditerranée. Il avait 44 ans.

À Jonzac avant le départ pour l’Afrique du Nord, le 17 juin 1940. De gauche à droite : Hochedé, Lacordaire, Alias, Pénicaut, Chéry, Cazenave, Gavoille, Gelée, Coulomb. Cette photo est la seule que l’on possède sur le passage des militaires proches de Saint-Exupéry à Jonzac.
Malheureusement, lui-même n’est pas sur le cliché.

• En 1994, l’aéro-club de Jonzac, présidé par M. Vivier, a rendu hommage à Saint-Exupery. Alain Perrier se souvient de l’instant émouvant où la plaque a été dévoilée. Le Colonel Bernard Vezinhet rappela «  l’attachement de l’Armée de l’Air au modèle que représente Saint-Exupéry  » tandis que le maire Claude Belot se projeta dans le temps, imaginant «  Saint-Exupéry errant dans les rues de Jonzac et pensant au devenir de la France  »

D'autres manifestations en l'honneur de l'auteur du "Petit Prince" ont eu lieu dans la capitale de la Haute-Saintonge (dont le festival des Petits Princes initié par Éric Moreau et la ville de Jonzac en 2010). L'aérodrome de Jonzac/Neulles porte son nom.

En 2010, la ville de Jonzac rend hommage à Antoine de Saint-Exupéry (archives NB)

• L’un des écrits du Général Gavoille rend compte de la venue de Saint-Exupéry à Jonzac : « Venant de Châteauroux, nous atterrissons le 17 juin dans l’après-midi à Jonzac. Le 18, je m’occupe du premier échelon roulant à bord du Massilia. Récupérons à Bordeaux un Goéland et deux quadrimoteurs. Le 19, nous décollons de Jonzac pour Perpignan. Le deuxième échelon volant partira avec Saint-Exupéry pour rejoindre Alger le 22 juin ». 

Avec Mermoz et Guillaumet, Antoine de Saint-Exupéry appartient
aux hommes de légende de l'Aéropostale

mercredi 2 septembre 2026

Elections sénatoriales dimanche 27 septembre : Les candidats au Palais du Luxembourg...

La Charente-Maritime compte une sénatrice, Corinne Imbert (Les Républicains), deux sénateurs Mickaël Vallet (PS) et Daniel Laurent (Les Républicains, ne se représente pas). Vote de renouvellement le 27 septembre prochain par les grands électeurs. Plusieurs listes sont en lice. Le Sénat est présidé par Gérard Larcher (LR) depuis octobre 2014.

Gérard Larcher en 2005 en réunion à Jonzac aux côtés du préfet Tomasini, Dominique Bussereau, député, Claude Belot, sénateur maire, et Jean-Michel Rapiteau (archives NB)

• Dépôt des candidatures dans le département de la Charente-Maritime

Les élections sénatoriales se dérouleront le dimanche 27 septembre 2026 en Charente-Maritime, au sein de la Préfecture à La Rochelle. Le département doit élire trois sénateurs.

• Modalités de dépôt des candidatures

Le dépôt des candidatures se déroulera du lundi 7 septembre au vendredi 11 septembre 2026 à 18h (délai de rigueur) à la Préfecture de la Charente-maritime, sur le site de la cité administrative Duperré, 5 Place des Cordeliers à La Rochelle.

Les candidats sont invités à prendre l'attache du Bureau des élections pour convenir au préalable d'un rendez-vous ( pref-elections@charente-maritime.gouv.fr) afin d'assurer un accueil et une prise en charge dans les meilleures conditions.

L'enregistrement des candidatures intervient lorsque le dossier est complet et régulier sur le fond et sur la forme.

Il est donc important de s'assurer de la régularité de la candidature en amont du dépôt.

Il est par ailleurs rappelé qu'un candidat doit déclarer un mandataire financier au plus tard à la date à laquelle sa candidature est enregistrée.

• À propos des élections sénatoriales

Les sénateurs sont élus au suffrage universel indirect, pour un mandat de 6 ans. En Charente-Maritime, ces derniers sont élus au scrutin proportionnel de liste à un tour suivant la règle de la plus forte moyenne sans panachage ni vote préférentiel. Chaque renouvellement permet d'élire environ la moitié des sénateurs répartis en deux séries (en fonction des départements). La série 2 (à laquelle appartient le département de la Charente-Maritime) qui comporte 178 sièges sera renouvelée le 27 septembre. Les 170 sièges de la série 1 ont été renouvelés en septembre 2023. Les sénateurs sont élus par les "grands électeurs" que sont : les députés et sénateurs, les conseillers régionaux et départementaux, les délégués des conseils municipaux. Pour le scrutin de 2026, la Charente-Maritime compte 1856 grands électeurs. En France, contrairement aux autres scrutins, le vote est obligatoire pour les grands électeurs.

• En savoir plus sur les élections sénatoriales

https://www.charente-maritime.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Citoyennete-Elections/Elections/Elections-politiques/Elections-senatoriales-20

Jonzac : libérée le 1er septembre 1944, la ville ne fut totalement sécurisée que quelques jours plus tard…

Mardi 1er septembre, la ville de Jonzac et les associations patriotiques ont célébré la libération de Jonzac. Prise et reprise, la ville fut libérée le 1er septembre 1944, mais ce n’est qu’à partir du 4 septembre que le secteur fut totalement sécurisé. Retour sur ces événements de la Seconde Guerre mondiale

Dès le 3 juin 1944, des messages codés annonçaient l’imminence du débarquement et mettaient en alerte les forces françaises de l’intérieur FFI ou FTP (francs tireurs et partisans) de toutes obédiences politiques et incitaient les groupes armés à se préparer au combat, à entraver au maximum les déplacements ennemis, à couper les voies de communication, les réseaux téléphoniques afin que les Allemands ne puissent acheminer les renforts vers la zone des combats. 

Le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie donna le signal du soulèvement. Trois semaines plus tard à Jonzac, le 30 juin, Pierre Ruibet et Claude Gatineau faisaient sauter les carrières d’Heurtebise. Ailleurs, les Forces Françaises de l’Intérieur, de plus en plus actives depuis trois semaines, menaient des coups de main sur l’ensemble du territoire contre les occupants allemands. Une partie de la garnison allemande avait quitté Jonzac le 25 août 1944. Néanmoins 130 hommes gardaient encore les carrières d’Heurtebise dans lesquelles des munitions non détruites pouvaient alimenter la garnison allemande de Royan qui protégeait l’estuaire de la Gironde. 

Le 30 août, après avoir libéré Barbezieux, les soldats de différents groupes composant la colonne « Soulé » apprennent que Jonzac est toujours défendue par les Allemands. Le 31 août, elle se met en position autour de Jonzac. La prise des carrières devient « l’objectif numéro un », mais devant Heurtebise se trouve un important réseau de barbelés et de mines. Quatre blockhaus armés de mitrailleuses en protègent les entrées.

Parmi les FFI ayant libéré Jonzac, le capitaine Murray dont le groupe appartenait
à la colonne Soulé venant des Hautes Pyrénées

Maquisards (archives)

Le 1er septembre à 16 heures, le colonel Soulé propose une reddition pure et simple aux Allemands. Ils refusent. L’assaut est donné à 18 heures avec le renfort des résistants jonzacais placés sous l’autorité de l’adjudant de gendarmerie Georges Bernard. Un canon positionné par le « Groupe Pierre » sur les hauteurs du Cluzelet, à proximité du château d’eau, neutralise les nids de mitrailleuses qui interdisent l’entrée des carrières. Un groupe de « Corps Francs » du capitaine Murray pénètre dans les carrières par la cheminée d’aération et prend l’ennemi à revers. Ce puits d’aération est toujours visible sur la route d’Ozillac à une centaine de mètres au-dessus de la résidence des Vignes. Les soldats ennemis se rendent. Les résistants font 130 prisonniers dont 5 officiers. Parmi ces prisonniers, se trouvent des « volontaires russes, géorgiens, ukrainiens » qui seront employés dès le lendemain au déminage du site. 

Soldats allemands faits prisonniers par les FFI (archives)


Le 3 septembre, une colonne allemande venue de Royan et forte de deux à trois cents hommes tente de reprendre Jonzac en arrivant par Archiac, Allas-Champagne et Meux. Des combats ont lieu vers la « Font de Pépignon » à proximité de l’ancienne gare de Champagnac. Les Allemands sont repoussés et repartent. Le résistant Henri Guillon est tué. Une stèle, souvenir de ces évènements tragiques, porte son nom. 

La libération de Jonzac (archives)

Le 1er septembre, Jonzac était définitivement libérée, mais au prix de lourds sacrifices. Durant ces combats qui permirent la capture de 227 prisonniers allemands, on dénombrait 16 victimes dans les rangs des FFI dont un jeune résistant espagnol Damaso Gomes venu se battre aux côtés des Français. Témoignage de l’histoire, l’actuelle Avenue du Général de Gaulle s’appelait à l’époque Avenue du Maréchal Pétain. 

Cérémonie au monument aux morts : le maire René Gautret et le conseil municipal
honorent les libérateurs de Jonzac


• A proximité de Jonzac :

A Saint-Simon de Bordes, dans la clairière des Hillairets, un monument a été érigé à l’emplacement où furent exécutés le 27 juillet 1944 les résistants René Suberbielle, Marcel Danger, Noël Boileau, Léon Renaud, Robert Bordier. L’église de St-Simon porte encore les traces d’impacts de combats qui se sont déroulés à proximité. 

• « L’affaire de Marignac » : Le 20 août 44, craignant des représailles sur la population civile, Londres incite les Français à ne pas emprunter les routes principales encore sous contrôle allemand et de s’abstenir de démonstrations au passage des colonnes allemandes en retraite. 

Le 21 août 44 au matin, venant de Pons, 7 hommes du groupe « Danton » se dirigent vers Jonzac à bord d’un camion. Sur le bord de la route, des soldats allemands font signe au chauffeur de s’arrêter. Le conducteur n’obéit pas aux injonctions. Les Allemands tirent, faisant 6 blessés et un seul homme reste valide. Tous sont achevés ou fusillés à la sortie de Marignac. 

Un monument à leur mémoire se trouve au bord de l'axe Jonzac/Pons, sur le chemin qui conduit au château Gibeau. Dans le marbre, sont gravés les noms de Roland Arrouy, Max Barré, Roland Charruaud, Maximin Schleipfer, Noël Couilleau, René Girardeau et Maurice Rabaud, martyrisés et exécutés le 21 août 1944. Hasard malheureux, dénonciation ? Nul ne sait pourquoi des soldats allemands se trouvaient à cet endroit. A l’époque, seuls les véhicules de ravitaillement étaient autorisés à circuler de jour uniquement. L’arrivée d’un véhicule à bord duquel se trouvaient plusieurs passagers a sans doute paru suspecte aux Allemands, rendus très nerveux par les nombreuses actions des résistants qui les harcelaient sur l’ensemble du territoire. 

Début 1944, l’abbé Hémeraud, curé d’Ozillac, a formé le groupe de résistance « Ozillac ». Dépourvu d’armes, il fusionnera en mai avec celui de Manuel Serra constitué à Jonzac, devenant le groupe « Bob ». 

A Montendre, le groupe « la Bruyère » serait le plus important de la région avec 350 membres disposant de mitrailleuses, fusils-mitrailleurs, pistolets-mitrailleurs, fusils, 2 lance-roquettes antichar et un canon de 77 pris aux Allemands. 

A Barbezieux, les 24 et 25 août, des Allemands ont tiré sur des « terroristes ». A la suite de cet incident, la municipalité lance un appel à la prudence : « La population ne doit se trouver, ni de jour ni de nuit, sur le passage des troupes ». Dans ces détachements, se trouvent des soldats fatigués, harcelés par les maquisards et probablement alcoolisés qui tirent sur tout ce qui bouge. Un canon cible les façades d’immeubles et le restaurant « La Boule d’Or ». Plusieurs personnes sont abattues sur le seul motif de leur présence. Barbezieux est libéré le 30 août 1944 au matin. 

• Hommage à ceux qui ont donné leur vie pour la liberté

• Les photos reproduites viennent de différents ouvrages : « La libération des deux Charentes », Soldats en sabots de Christian Genet, photos archives « studio Dubroca » de Jonzac et « Mémoires en images de Jonzac et son canton » de James Pitaud. Recherches historiques de Daniel Salmon.

Jonzac : Repas de quartier vendredi sous les tilleuls, visite du jardin médiéval, forum des associations : les Amis de Jonzac vous donnent rendez-vous !

Les Amis de Jonzac vous proposent trois dates cette semaine

• Visite du jardin médiéval jeudi 3 septembre à 11 h

Le premier rendez-vous est au jardin médiéval jeudi 3 septembre. Les personnes intéressées par les différentes variétés qui composent les carrés sont cordialement invitées. Des explications leur seront fournies par les mains vertes de l'association, les deux Annie, Romane, Josée, Christophe. 

L'été a été dur pour cette création "made in 2026", située dans le parc de la communauté de communes (rue Taillefer). En effet, le soleil n'a pas fait que brûler les pelouses des particuliers et celles des stades, elle a fragilisé la végétation. « Cinq personnes ont assuré un arrosage régulier et le jardin a tenu le coup malgré les canicules. Nous avons par ailleurs respecté les recommandations de la préfecture en ce qui concernait les horaires d'arrosage » souligne Annie Lavaud, co-présidente. Saluons entre autres Annie Amaudruz qui s'est levée dès potron-minet pour apporter de la fraîcheur aux plantations. 

Deux visites du jardin ont été organisées les 31 juillet et 13 août, réunissant 25 personnes. L'Office de tourisme ne pouvant plus assurer les visites (l'animatrice qui s'en chargeait est désormais retraitée), l'association s'est organisée. Le jardin sera donc ouvert au public tous les lundis de 10 h à 11 h,  d'avril à octobre. 

• Ne manquez pas le repas de quartier vendredi 4 septembre à partir de 18 h 30

Chers voisins, venez passer un moment convivial en soirée place du château (le temps sera beau) ! Amenez vos couverts et un pique-nique à partager. Ce sera l'occasion de se retrouver, de faire connaissance, de se raconter l'été à plus 40 degrés ! Pas d'inscriptions. Le verre de l'amitié sera offert par l'association. Florence, chanteuse, assurera l'animation.

• Forum des associations samedi 5 septembre toute la journée (gymnase, stade, plongeoir)


L'association sera présente (stand au plongeoir) et vous renseignera sur ses activités (jardin, concours de peintures "Jonzac à croquer", jonchée, concours des maisons illuminées à Noël, boîtes aux livres, etc). Si vous souhaitez la rejoindre, c'est le moment ! Le film réalisé sur l'histoire des jardins médiévaux de Jonzac, réalisé par Guy, sera projeté. 

• Lors des journées du patrimoine du 19 et 20 septembre. visites du jardin de 14 h à 17 h. Animation musicale samedi 19 de 14 h à 16 h 30 par Emmanuel Lahoz et sa harpe celtique. 

lundi 31 août 2026

Université d'été/Jonzac/Jacques Gaillard : Des galeries d'art dans les carrières de Saintonge...


"Carriers traditionnels de Saintonge : l'amour du métier"
était le thème de la conférence présentée par Jacques Gaillard, archéologue et archéomètre, dans le cadre de l'Université d'été jeudi 13 août. « Cette conférence vise à mettre en scène une profession bien connue à Jonzac et aux alentours, qui s’est manifestée dès l’Antiquité, celle de l’extraction de la pierre » a souligné Marc Seguin en présentant celui qu'il côtoie depuis des lustres. Ensemble, ils ont effectué fouilles archéologiques et recherches. Le grand-père de Marc Seguin était carrier à Bellevue et son fils Pierre, initiateur d'un beau projet de restauration à l'Abbaye de la Tenaille, exploite plusieurs carrières du secteur. Il n'est donc pas étonnant que les deux historiens soient sur la même longueur d'ondes ! 

La ville de Jonzac repose sur de nombreuses carrières, du côté de la rue d'Alvy, de la Frémigère, Heurtebise, Bellevue ou le Cluzelet. Un vrai gruyère en réalité ! La carte ci-dessous en donne un aperçu. 

Jacques Gaillard a d'abord présenté la carte géologique de la région. Tout y était favorable : des bancs de pierre à portée des pics, un matériau propre à l’architecture, soit un calcaire pas trop dur, homogène, à grain fin et de belle couleur blanc-crème. Pour parfaire nos connaissances, il a détaillé l'outillage destiné à l'extraction : varié et spécifique, il a évolué au fil du temps et s’est amélioré des apports extérieurs. Pour les artisans-carriers, l’outil est le prolongement du bras et s’inscrit dans un rapport étroit avec la matière. Où travaillent-ils ?  D’abord dans des carrières à ciel ouvert, puis souterraines, créant les conditions d’un monde à part de "la vie du dessus". La verticalité des fronts de taille, l’ampleur et la précision des gestes témoignent de leur habilité ainsi que de l'amour de leur métier qui consiste à affronter un matériau écrasant, lourd et inerte qu'ils apprennent à maîtriser. « Cette société attachante a laissé sur les fronts de taille comme autant d’invites à s’exprimer, des témoignages ayant valeur de patrimoine et dessins qui viennent jusqu'à nous comme une galerie d'art ».

• Principales carrières dans la région

1 - St-Léger - La Litre ; 2 - St-Léger - Les Pipelards ; 3 - St-Léger - La Soute ; 4 - Pons - Les Chauveaux ; 5 - Pons - Le donjon ; 6 - Pons - Le Portail Rouge ; 7 - Pons - La Croix des Egreteaux ; 8 - Avy - Les Roches ; 9 - Fléac - Les Arrachis ; 10 - Avy - Les Coteaux ; 11 - Fléac - Ste Hermine ; 12 - Fléac - Les Augers ; 13 - Marignac - La Pierrière ; 14 - Marignac - Cordie ; 15 - Lussac - La Pierrière ; 16 - Clion - Les Carrières ; 17 - Clion - Chez Lézie ; 18 - Guitiniéres - La Rochette ; 19 - Guitinières - Chez Durandet ; 20 - St-Germain - Les Pierrières ; 21 - St-Germain - La Chèneurie ;  22 - St-Germain - Le Ramet ;  23 - Jonzac - Bourg-Nouveau ; 24 - Jonzac - Le Cluzelet  ; 25 - Jonzac - Rue d'Alvy ; 26 - Jonzac - La Pierrière ; 27 - Jonzac - Heurtebize ; 28 - Jonzac - Bellevue ; 29 - Jonzac - La Maladrerie ; 30 - Ozillac - Chez Phelipeau ; 31 - Champagnac - La Vallade ; 32 - Jussas - Les Eliots ; 33 - Montlieu - L'église ; 34 - Orignolles - La Pierrière.

Livraisons par charrettes et chemins de fer

Le nombre de carriers a été le plus important à Jonzac entre 1870 et 1880

• A la rencontre d’Eugène l'artiste…

Découverts par Jacques Gaillard lors d’une prospection dans les années 2000, les dessins gravés sur les parois de la carrière de Bellevue (Jonzac) par un ancien compagnon, Alphonse Eugène Bouchet, révèlent un vrai talent artistique…


C’est à Jonzac, au cœur d’une immense carrière, que Jacques Gaillard, alors président de la société archéologique, a eu une agréable surprise. Lors d’une visite "exploratoire", il a découvert, sur les énormes piliers de calcaire, plusieurs croquis qui ont retenu son attention. En effet, à la fin du XIXe siècle, un artiste carrier, totalement inconnu, y avait gravé visages et scènes de son époque ainsi qu’une évocation aux douze travaux d’Hercule. Comment ne pas éprouver de l’émotion face à ces témoignages du passé ? « Les dessins ou inscriptions laissés par les carriers sont nombreux, mais ne sont jamais des œuvres d’art ! Ce travail, accompli à la lueur d‘une modeste lampe, est différent. Cet homme était doué. ll avait une finesse de trait remarquable et aurait sans doute pu être un grand peintre » estime Jacques Gaillard.

Quand il n’extrayait pas la pierre, le dénommé Alphonse Eugène s’adonnait à son passe-temps favori. Ses personnages (et lui-même n’oublie pas de se représenter en plusieurs occasions) sont un clin d’œil à son métier, à l’ambiance qui l’entoure, voire à l'actualité. La bouteille est présente dans les divertissements souterrains et l’on ignore si « la Madelon venait lui servir à boire » !

Il immortalise également de jolies dames. Il va jusqu’à inventer une “duchesse” à son copain Leduc ! Il y a aussi un Hercule terrassant le redoutable Lion de Némée, d’étranges hiéroglyphes, des militaires, des têtes d’indiens, etc... « Où puisait-il ses idées ? Il possède une certaine culture, c’est évident » constate Jacques Gaillard qui voit en notre Eugène bien plus qu’un simple ouvrier ! 

Natif de Saint-Simon de Bordes

Il est né en août 1873 à Saint-Simon-de-Bordes, au village des Arnaudeaux où son père Alphonse est carrier (le nom de jeune fille de sa mère est Marguerite Charrau). Après avoir effectué son service militaire dans le régiment des Premiers Zouaves en Algérie où il est engagé volontaire, il devient compagnon carrier dans la région de Jonzac de 1896 à 1903. Le 31 octobre 1903, il épouse Marie Rivière. Ils habitent rue Sadi Carnot à Jonzac. Ensuite, ils quittent la région pour s’installer à Chateauroux (la ville natale de sa femme). 

L’œuvre d’Eugène Bouchet est parvenue quasi intacte jusqu’à nous. Elle figure en bonne place dans les travaux consacrés aux Carriers des Charentes, livre réalisé par Jacques Gaillard.

Les carriers marquent leur territoire !
Une leçon de botanique (J. Maillet) !

Eugène Bouchet, mais pas seulement...

D'autres artistes carriers ont également exprimé leur talent. Protégeons ces œuvres en sommeil : elles n'ont aucune chance d'être un jour valorisées par un circuit les présentant au public (trop compliqué à mettre en œuvre). Que Jacques Gaillard les ait repérées, répertoriées, photographiées et d'une certaine manière immortalisées, est à souligner. Sortir de l'anonymat des ouvriers ayant marqué de leurs empreintes les parois des carrières, comme le firent avant eux les premiers hommes dans les grottes préhistoriques, est un geste de profonde humanité. Si vous souhaitez continuer ce voyage avec les carriers, une exposition est proposée au cloître des Carmes jusqu'au la fin septembre (ouvert du mardi au dimanche de 14 h 30 à 18 h 30).

Les événements politiques intéressent les carriers !

Carrières de Tesson
La complainte du carrier
Souvenirs de guerre
• Théophile Maistre : Exploitant agricole, il ouvre sa propre carrière à Saint-Germain de Lusignan (début du XXème siècle). Par la suite, il devient transporteur et négociant. Les pierres qu'il vend entrent dans la construction de la Caisse d'Epargne de Jonzac ou de villas à Royan. Jacques Gaillard a travaillé sur ses livres de comptes confiés par ses descendants. 

• Jacques Gaillard, titulaire d’un doctorat sur la pierre et les carrières, a conduit à ce titre les fouilles de plusieurs carrières antiques régionales, dont celles de Thénac et de Chassenon. Il a créé un protocole de reconnaissance des calcaires et élaboré le référentiel des principales carrières du bassin de la Charente. Archéomètre, il travaille de concert depuis près de 20 ans avec les équipes de fouilles pour identifier la provenance de la pierre des monuments antiques, médiévaux et post médiévaux comme chercheur invité au laboratoire des sciences de l’ingénieur et de l’environnement (LaSIE) de l’Université de La Rochelle. Les liens de la pierre et de l’architecture l’ont conduit à s’interroger sur l’ornementation du bâti, notamment de la première Renaissance (Lonzac, Clion-sur-Seugne, etc.). Il a enfin étendu sa recherche à la paléographie.

Poème : 

C'est le carrier mineur

Travaillant nuit et jour

Pour nourrir ses enfants

Sa femme son amour

De ces rochers cachés

Dans le fond de la terre

Est sorti tour à tour

Le moellon et la pierre

Qui font de nos maisons

De ravissants palais

Solides comme un fort

Ne tomberont jamais.

Ancienne photo de l'entreprise Loubat à Thénac