Publié dans un bulletin de la Société Historique de la Saintonge et de l’Aunis en 1888 (page 458), ce texte, écrit par Jules Pellisson (1839-1915), a été recueilli et transcrit par Noëlle Gérôme, ethnologue, chargée de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
Parmi les foires les plus célèbres du département de la Charente Inférieure, on compte encore la Saint-Fiacre, la foire-frairie de Mortagne sur Gironde, renommée bien loin à la ronde, qui attire pendant deux jours toute la population des communes voisines et un grand nombre de visiteurs étrangers. Pendant toute la semaine qui précède le 30 Août, tous les maçons et couvreurs du pays, obligés d’interrompre leurs chantiers commencés, sont requis pour blanchir au lait de chaux les façades des maisons du bourg et du port, et faire par le même procédé la toilette intérieure des habitations, car chaque famille se prépare à recevoir la visite de parents dispersés ou d’amis éloignés.
Le jour venu, les bestiaux affluent sur le champ de foire, tandis que les rues et les carrefours, envahis par la foule des promeneurs, sont occupés par des marchands de toutes sortes qui étalent en plein air les richesses de leurs inventaires, et par de nombreuses baraques où pour un prix modique, on peut jouir des spectacles les plus variés : cirques, lutteurs, gymnastes, femmes colosses ou à barbe, sans oublier les traditionnels chevaux de bois et les incontournables diseuses de bonne aventure.« Les femmes ont été fort longtemps exclues du culte de Saint-Fiacre. Le saint leur avait, paraît-il, gardé rancune d’une mésaventure dont il avait été victime pendant les premiers temps de son séjour dans la Brie. Fiacre, raconte la légende, avait obtenu de l’évêque de Meaux la concession de tout un terrain, qu’il pourrait dans l’espace d’un jour, entourer d’une fosse. Il se mit à traîner son bâton. Aussitôt, le sol se creusa profondément sur son passage et les arbres eux-mêmes s’abattirent de chaque côté du fossé. Une femme du pays, qui répondait au nom peu gracieux de Becnaude, et qui se connaissait peu en miracles accusa Saint-Fiacre de magie et il fallut l’intervention de l’évêque de Meaux pour empêcher le futur patron des jardiniers d’être tué à coup de pierres ! C’est en souvenir de Becnaude que Saint-Fiacre avait interdit aux femmes l’entrée de ses sanctuaires ».
Ajoutons que Saint-Fiacre est encore invoqué contre les hémorroïdes, appelées mal de Saint-Fiacre, contre les chancres, fistules, cancer et même des maladies honteuses, pour avoir guéri ces maladies. Henri V d’Angleterre, pour se venger des Ecossais qui avaient servi dans l’armée du roi de France, fit piller le monastère de Saint-Fiacre; mais il fut atteint du mal de Saint-Fiacre dont il mourut. Charles VI s’enrôla dans une confrérie du saint. Louis XI fit couvrir d’argent sa châsse. Louis XIII avait toujours une de ses reliques dans son palais. Anne d’Autriche, guèrie par lui d’un flot de sang, fit en 1641 le voyage à pied de Monceaux (paroisse d’Avon) à Saint-Fiacre, et quand on fut sur le point de faire à Louis XIV, une grave opération, Bossuet alla à Saint-Fiacre commencer une neuvaine. Une oraison d’un livre d’heures de 1527 disait :
« Saint-Fiacre patron de Brie
Seul de ce nom je te supplie
Glorieux saint d’Ecosse né
Certain suis que Dieu t’a donné
Pouvoir sur hommes et sur femmes
Par toi sont guéris langoureux
Plein de fix, chanceux, visqueux »
On sait que le nom de fiacres, donné aux voitures de place, vient de l’enseigne « A Saint-Fiacre » que portait le logis rue Saint-Antoine, où primitivement se trouvaient exclusivement ces véhicules destinés à faire le pèlerinage de Saint-Fiacre.
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