lundi 19 avril 2010

Xynthia : Ségolène Royal
écrit à Nicolas Sarkozy


Lettre ouverte au Président de la République et au Premier Ministre de la part de Ségolène Royal, Présidente de la Région Poitou-Charentes, des maires de communes sinistrées et des associations de défense des victimes de la tempête de Charente-Maritime.

Réunis le 14 avril 2010 à Bourcefranc par la Présidente de la Région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, les maires des communes sinistrées à la suite de la tempête du 28 février 2010, ainsi que les associations de défense des habitants et de l'environnement, ont exprimé leur volonté d'unité d'action et leur décision de mettre en place un collectif de défense, face à la brutalité des zonages et à l'incohérence en de nombreux endroits du tracé.
Ils ont aussi manifesté leur colère face aux promesses non tenues d'aides d'urgence faites par le Président de la République et les ministres sur le terrain.
Ils demandent solennellement d'être respectés :
- Respect par la suspension du zonage annoncé par le préfet et l'ouverture immédiate d'une concertation des maires et des associations avant stabilisation d'un nouveau zonage sur la base d'expertises sérieuses et contradictoires.
- Respect de la parole donnée, par le déblocage immédiat des fonds promis par le président de la République et par les ministres depuis près d'un mois et demi et qui n'ont toujours pas été versés aux collectivités, aux ostréiculteurs, aux agriculteurs, aux entreprises sinistrées et aux personnes, alors que les besoins sont immenses et urgents.
- Respect de l'engagement de rapidité pris par le Premier ministre selon lequel les personnes connaîtraient dans un mois au plus tard le montant des indemnisations proposées
- Engagement de la responsabilité de l'État quant au mauvais entretien des digues et présentation d'un plan d'urgence de travaux.
Ils demandent justice démocratie, et humanité dans la prise en compte de leurs difficultés.

• Communiqué du Parti Ouvrier Indépendant
Aucune maison rasée contre le gré des habitants !


Après la détresse de la population sinistrée est venu le temps de la colère et de la riposte. « Xinthia nous a touchés, l’Etat nous a coulés ! », « L’Etat ne nous a pas protégés et maintenant il veut nous déporter ! », « On veut sauver tout le village ! » tels sont les slogans sur les banderoles des manifestants devant la Préfecture mercredi dernier.
Colère contre la décision de détruire 595 maisons, colère contre l’Etat qui en se désengageant de ses obligations a laissé les digues à l’abandon. « On va détruire des maisons au lieu de construire des digues » criait un habitant de Charron à l’adresse du Préfet ! Au lieu de détruire les maisons que le gouvernement débloque immédiatement tous les fonds nécessaires à l’entretien ou à la construction des digues et autres infrastructures destinées à protéger les habitants ! Colère des maires, rendus injustement responsables de l’attribution des permis de construire alors qu’en dernière analyse ce sont les services compétents de l’Etat qui les ont validés.
Ces derniers jours, les déclarations et les effets d’annonces se sont succédé. C’est Maxime Bono, député maire de La Rochelle qui a déclaré : « Il y a quelques contestations, mais nous sommes globalement d’accord sur la cartographie. Nous avons été entendus ! ». Mais qui donc a été « entendu » ? Certainement pas les habitants des communes sinistrées !
Ségolène Royal a, pour sa part, regretté que le zonage ait été décidé « brutalement ». Aurait-il été acceptable s’il avait été imposé en douceur ? Elle a demandé au Président de la République de « suspendre » ce zonage. Le Conseil général unanime demande au gouvernement « une nouvelle étude du zonage ». Est-ce qu’un autre zonage apportera satisfaction à tous les habitants qui veulent conserver leur maison ? Une commission sénatoriale est en train d’enquêter sur place. Le 15 avril plusieurs ministres et secrétaires d’Etat sont venus à La Rochelle « pour dissiper les malentendus ». Mais, comme le déclare le collectif des sinistrés : « les actions de déracinement et d’expropriation restent une véritable menace, c’est pourquoi nous réclamons leur abandon. Nous ne voulons pas payer les carences et la précipitation de l’Etat ».
Les habitants qui manifestent leur colère, veulent conserver leur maison !
Si l’Etat maintient ses décisions, il est de la responsabilité de tous les élus qu’ils soient députés, sénateurs, conseillers généraux et régionaux, d’être, comme les élus municipaux, avec les habitants pour empêcher la destruction de leur maison contre leur gré!

parti-ouvrier-independant.17000@orange.fr

• Île de Ré :
Quand les riches inondent,
les pauvres se noient ?


• Xynthia, c'est la zone...

Il est curieux de constater qu'aucune maison ne soit classée en zone noire dans certains secteurs pourtant inondés de l'Île de Ré. La raison cachée serait-elle liée au prix de l'immobilier de cette île fréquentée par vedettes du show-business, hommes politiques et autres célébrités parisiennes ? En effet, le m2 y est tellement "salé" que des autochtones paient désormais l'impôt sur la grande fortune ! Certaines constructions atteignent de 3 à 6 millions d'euros (jusqu'à 12, dit-on). Une situation inimaginable il y a trente ans quand le pont n'existait pas ! À Charron ou aux Boucholeurs, la situation est bien différente... Bref, l'État a annoncé que les sinistrés seraient indemnisés 250000 euros par maison détruite (quelque 1390 en Charente Maritime et Vendée). Une enveloppe de 400 millions sera débloquée à cet effet.


• 27 maisons rayées de la carte dans l'Île de Ré ?


À la Flotte en Ré, dont le premier magistrat est Léon Gendre, 19 maisons classées en zone noire seront détruites (le maire s'attend déjà à des recours). 4 sont situées en zone orange (à risques). À Loix, 8 maisons éparpillées sont en zone noire. S'ajoute une très grande zone orange, en cours d'expertise. Saint Clément est en zone jaune. Le reste de l'île est épargné par la cartographie administrative. Il est évident que ces classements suscitent des réactions en ce sens où les secteurs habités par des gens influents semblent avoir échappé au couperet. « C'est comme le nuage de Tchernobyl qui s'était miraculeusement arrêté à Strasbourg et Annemasse. Les 1,50 mètres d'eau se sont évaporés » souligne Léon Gendre, auteur d'une motion présentée au Conseil Général.
Par contre, il estime certaines positions « compréhensibles ». Ainsi, le centre de thalassothérapie, à Sainte-Marie, qui emploie 12 personnes. Certes, il a été "bien" inondé et les clients ont dû évacuer leurs chambres du rez-de-chaussée à toute vitesse, le 28 février... Toutefois, détruire cet établissement signerait la fin des activités... et donc des contrats de travail. Dans ces conditions. Idem pour les établissements hôteliers rochelais...

Motion proposée par Léon Gendre et signée par tous les conseillers généraux

• L'info en plus (session du Conseil général)

• Nicolas Sarkozy : Ému, mais ferme ?
« Les reportages télévisés, montrant des gens désespérés à l'annonce des zones noires, auraient vivement ému le Président de la République ». Cette déclaration, faite lundi matin au Conseil général de Charente Maritime, ne change rien à la position du Gouvernement quant aux périmètres dits dangereux. L'État ne reviendra pas sur sa copie, à l'exception de quelques aménagements. La priorité est d'éviter toute nouvelle «hécatombe». N'oublions pas que Xynthia a fait de plus 50 morts, de nombreuses personnes étant mortes noyées dans leurs maisons.

• Démolitions : Actions en justice ?
Nombreux pensent à faire une action en justice pour contester la décision de l'État. Mais ils savent déjà ce que les attend : une procédure longue, difficile et onéreuse auprès du Tribunal administratif (deux ans au moins). D'autres sont furieux quant à l'inconscience des lotisseurs qui ont construit en zone inondable et après les maires, dont certains sont accusés de complaisance quant à l'attribution des permis de construire. Les maires, quant à eux, ne comprennent rien aux périmètres de démolition établis. Xynthia n'a pas fini de faire des remous...

• Tourisme :
La Région Poitou Charentes ayant lancé une excellente campagne de publicité sur le Poitou Charentes, le département de Charente-Maritime a décidé de surseoir à la sienne (750000 euros). « Pas la peine de faire un doublon » explique Dominique Bussereau. Et en plus, le Département fera des économies !

• Trop de visites d'État ?
Il est vrai que le Président de la République est venu deux fois, sans compter plusieurs ministres. D'où la réflexion du socialiste rochelais Denis Leroy, comparant ces délégations nombreuses à « un caravansérail de communication ». Agacé, Dominique Bussereau réagit : « il n'y a pas eu dix visites, mais quatre, avec des retombées positives pour la Charente Maritime ». Depuis, il convient d'ajouter Jean Louis Borloo, Chantal Jouanno et Benoit Apparu.

• Des enveloppes directement :
L'action de la Région, qui donne directement des enveloppes d'argent liquide (500 euros) aux sinistrés, a été critiquée. La cause ? Certaines familles n'ayant subi aucun dégât les auraient perçues...

• Travaux sur les digues :
Jacky Quesson, conseiller général de Saint Genis, demande à ce que les travaux concernant les digues puissent être effectués en toute saison et non s'arrêter en avril. Par ailleurs, il préconise l'emploi de roches d'une certaine densité (comme à Talmont). M. Parent, conseiller de l'île d'Oléron, estime que la mise en place de portes écluses dans les marais ostréicoles protégerait les huîtres.

• Schéma routier départemental : être ou ne pas être ?
Critiqué par la Gauche pour son coût (500 millions d'euros), Marc Parnaudeau, conseiller général de La Rochelle s'inquiète : « est-ce bien raisonnable d'endetter le département sur une période de vingt ans ? Vos impactez les budgets futurs. Ne prenez pas exemple sur Paris qui fait valser les budgets avec une dette publique qui équivaut à 80% du PIB ».

Daniel Laurent, conseiller général de Pons

Daniel Laurent, le monsieur « routes » de Charente-Maritime, pense au contraire que ce schéma est essentiel. « Le progrès n'existe pas qu'à gauche, il reste dans notre camp ! Ce schéma permet de se projeter dans l'avenir avec le développement de grands pôles ».
Et d'ajouter : « Vous, opposition, vous avez le beau rôle, vous critiquez tout le temps. Ce que j'entends depuis ce matin est maladroit et irresponsable ». Quant à Dominique Bussereau, il préfère ne pas répondre à Marc Parnaudeau, trouvant ses déclarations « excessives ».

Le rochelais Marc Parnaudeau

• 700 000 € de dotation complémentaire
Le fonds d'aide d'urgence aux personnes sinistrées à la suite de la tempête Xynthia est porté à un million d'euros. « Créé lors de la session extraordinaire tenue le 5 mars, ce fonds d'aide, doté initialement de 300 000 €, est aujourd'hui presque entièrement consommé » explique Corinne Imbert, vice-Présidente chargée des Affaires sociales. « En moins d'un mois, ce Fonds a permis au Département d'apporter une aide financière, complémentaire des aides habituelles, à plus de 300 foyers en situation de grande détresse matérielle et morale ». Le fonds d'aide d'urgence aux personnes sinistrées, initié par le Conseil général, concerne principalement : le remplacement des équipements électroménagers et du mobilier de première nécessité dans les résidences principales ; les personnes seules en situation d'extrême détresse matérielle ; les fonds impayés de factures d'énergie et d'eau ; les frais de relogement (dépôt de garantie, premier mois de loyer) ; l'allocation mensuelle d'aide sociale à l'enfance.

Xynthia :
Échauffement climatique
entre Dominique Bussereau
et l'opposition...


• Zones noires : Le préfet Masse dans la ligne de mire

Il ne faut plus se voiler la face. Les effets du réchauffement climatique entraînent des tempêtes de plus en plus violentes et rapprochées (et que dire des cendres du volcan islandais Eyjafjöll !). Selon les spécialistes, ces bouleversements devraient empirer. En février dernier, le raz-de-marée provoqué par Xynthia a submergé terres et habitations en Charente-Maritime et Vendée. Depuis, un périmètre de démolition, établi dans les zones dites « à risques mortels », a été accueilli douloureusement par les habitants concernés.
De ces questions épineuses et des conséquences de l'après-tempête, il a été largement question au Conseil Général de Charente-Maritime réuni en session...



Lundi matin à La Rochelle. Il règne une température frisquette dans l'hémicycle du Conseil Général. Située en bord de mer, la Maison du Département porte encore les stigmates de Xynthia. Pas de chauffage, ascenseurs en "attente", archives envoyées dans un établissement spécialisé après leur bain inattendu : le vaste bâtiment a souffert.

Aux Minimes, le Conseil Général de Charente-Maritime est proche de la mer

Ce matin, Dominique Bussereau est sur le pied de guerre. Il sait que l'opposition va monter au créneau, d'une part au sujet de l'impôt solidarité qu'il a finalement abandonné et, d'autre part, parce que le périmètre décidé par l'État quant aux démolitions des maisons submergées est contesté. Des manifestations se sont d'ailleurs succédé ces jours derniers et certaines banderoles sont explicites sur l'état d'esprit actuel...

• Merci Jean-Louis Borloo !

Le président prend les devants en énonçant le montant important des aides allouées aux sinistrés par l'État et le Département : « Comme chaque Français, j'ai conscience que quitter sa maison, c'est-à-dire ses souvenirs, est un déchirement. Je souhaite que cette démarche soit entourée d'un maximum d'humanité et de justice. Notre priorité est la protection des populations ».
Le premier poste de dépenses concerne les digues dont la consolidation et la surélévation permettent de sécuriser les zones habitées. 70 chantiers ont été ouverts pour un montant de 8 millions d'euros. Il reste beaucoup faire, dont Saint-Laurent de la Prée (20 M). « Nous avons 200 millions d'euros de travaux indispensables à effectuer sur dix ans » avance Dominique Bussereau, favorable à l'établissement d'un plan pluriannuel.
Au total, les conséquences financières de Xynthia sont de 26 M pour la Charente-Maritime. La facture est lourde. Face aux dépenses imprévues, Dominique Bussereau a d'abord pensé à un impôt exceptionnel de 6% qui se serait ajouté à une augmentation de 5,5%, votée en décembre dernier. Cette perspective a été abandonnée : « j'ai constaté que cette expression de solidarité n'avait pas été comprise, c'est pourquoi je ne la proposerai pas » dit-il.

Entre-temps, Jean-Louis Borloo, ministre de l'Environnement, est venu à la rescousse. Il a annoncé que le FCTVA pourrait être récupéré dès cette année (d'où un gain de 3400000 euros). À cette opportunité, s'ajoutent « trois manières de payer le solde » : des redéploiements de crédits (certains projets seront reportés, mais non annulés, nuance !), des prélèvements sur le chapitre "dépenses imprévues" et une recette plus élevée que prévu des droits de mutation.


• Le périmètre des zones noires contesté

• Un médiateur dans chaque village touché ?

Léon Gendre, conseiller général de l'Ile de Ré

Léon Gendre, maire de la Flotte en Ré, entre dans le vif du sujet. Au moment où les démolitions des habitations situées en zone noire font la une de la presse nationale, il s'interroge sur l'élaboration de cette cartographie et demande des corrections objectives aux services de l'État.
« Rien, dans les cartes qui ont été rendues publiques, n'est évoqué en ce qui concerne les mesures de protection qui pourraient se substituer à la démolition. Ni leur faisabilité, ni leur coût ne sont abordés. Les démolitions, quel qu'en soit le montant, semblent être préférées à la préservation. Sur ma commune, par exemple, je m'en tiendrai à la démolition de 8 petites maisons dont les Préfets de l'époque ont autorisé la construction de 1958 à 1978, car leur maintien fait courir un risque à leurs occupants. Pour ce qui concerne les autres habitations, je soutiens mes administrés qui considèrent, à juste titre, la démolition de leur maison non justifiée au regard des risques qu'ils encourent et en vertu des critères que vous avez décidés. En un mot, je ne prendrai pas d'arrêté d'interdiction d'occuper ces habitations, tant que la procédure que vont engager mes administrés ne sera pas arrivée à son terme ». Et d'ajouter : « N'attendez pas que le geste irréparable d'un sinistré ne vienne encore en rajouter au désespoir de la population. Nos communes de Charente-Maritime ne ressemblent en rien à La Faute sur Mer et à ses 4000 villas construites dans le plus grand désordre ». Il exhorte le préfet à se montrer compréhensif et présente une motion qui sera signée par l'ensemble des élus, toutes tendances confondues.

Lionel Quillet, maire de Loix, et Dominique Bussereau

Des débats animés

L'intervention poignante de Lionel Quillet, maire de Loix, ne fait que confirmer le malaise qui règne sur le terrain. « Je suis fatigué, nous sommes tous secoués » avoue cet homme qui a sauvé de la noyade sa femme et ses enfants. L'émotion est vive. « Durant vingt jours, nous avons fait face. Nous étions dans le constructif et la solidarité. Aujourd'hui, alors qu'ils ont été terriblement éprouvés, on demande à certains habitants de quitter leurs maisons à peine inondées. Il faut faire la différence entre les lieux qui sont effectivement dangereux et d'autres sites, submergés parce que les digues n'étaient pas entretenues. Pourquoi raser dans l'Île d'Aix où la digue a été consolidée par les hommes du Génie ? Travailler dans l'urgence peut entraîner des erreurs dans l'élaboration des zones. Personne n'est infaillible. Réfléchissons ensemble sereinement avant de prendre des décisions graves pour les sinistrés. L'avis de nouveaux experts serait le bienvenu »...

Des applaudissements suivent cette déclaration qui traduit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : pourquoi imposer une cartographie dans des délais aussi rapides alors qu'une vaste concertation, avec les maires en particulier, aurait été nécessaire ?

Jean-Pierre Tallieu, président de la CDA de Royan, partage le même sentiment : « le périmètre établi a été mené sans concertation avec les élus locaux. Il doit être revu. Je souhaite la création d'une structure paritaire où chacun exprimera son opinion ».

André Bonnin, conseiller général de Rochefort, cite le cas de l'île d'Aix : « La semaine dernière, le maire a appris que douze maisons seraient détruites. Faites le rapport, la population est de 180 habitants ! C'est énorme par rapport aux zones noires de l'île de Ré : Pourquoi ? L'État se désengage de l'entretien des digues au motif que c'est aux propriétaires de se protéger. Il y a des systèmes de défense à mettre en œuvre. Je demande la nomination d'un médiateur dans chaque village touché ».

Pour Daniel Laurent, conseiller général de Pons, la question est directe et pleine de bon sens. Puisqu'il s'agit de démolir en zones "dangereuses", de nombreuses agglomérations sont concernées : « Je pense en particulier à Pons et à Saintes avec les débordements de la Seugne et de la Charente. Les maisons situées dans les quartiers inondables devront-elles être détruites ? ». La ville de Paris est dans le même cas de figure !

Michel Servit, conseiller général de Royan, abonde dans son sens : « La Maison du Département a été victime de Xynthia. À l'époque de sa construction, j'avais donné mon avis de marin en suggérant des portes étanches en sous-sol. Pure prudence. On m'a répondu que ça coûtait trop cher ». Si sa remarque avait été prise en compte, les voitures et les archives du Conseil Général auraient échappé à la vague...

En l'absence de Dominique Bussereau, appelé au téléphone par Matignon, le doyen Jean Louis Frot, conseiller général de Rochefort, a présidé la séance

• Le combat des modestes contre les puissants ?

La Gauche n'a pas de chance. L'impôt solidarité que voulait lever Dominique Bussereau était pour elle un vrai sujet de contestation. Or, samedi dernier à Saintes, le président a annoncé son abandon. Placés devant le fait accompli, Socialistes et Radicaux n'en commentent pas moins la gestion de Dominique Bussereau. Pour eux, c'est à l'État, et non pas aux contribuables, d'apporter son soutien, comme il l'avait fait après la tempête de décembre 1999.

Bernard Lalande, conseiller général de Montendre, le rappelle dans son intervention. Pour dégager des fonds, il est favorable aux reports de travaux : « Par contre, je suis opposé à ce que les aides soient supportées par un impôt supplémentaire que devraient payer les Charentais Maritimes ».

Il est relayé par David Baudon, conseiller général de la Jarrie. Après avoir critiqué la politique nationale qui fait exploser « les déficits des collectivités territoriales », il constate que le budget du Conseil général souffre d'asphyxie. Lointaine serait l'époque de l'âge d'or ! « Il n'y a plus d'excédents depuis 2007 alors que votre majorité ne cesse d'augmenter la fiscalité chaque année ». Il apprécie que l'impôt exceptionnel ait été écarté par « une prise de conscience » et reste perplexe quant au gel de la fiscalité départementale en 2011. « L'année des Cantonales, est-ce un hasard ? » glisse-t-il.

David Baudon et Denis Leroy


Le ton de Denis Leroy, conseiller général de La Rochelle, est plus goguenard. Après s'être réjoui que Dominique Bussereau ne siège pas à Poitiers, ce qui lui permet de rester tout entier dans le cœur des conseillers généraux, il pique la première banderille. « Quelle semaine vous nous avez fait vivre avec votre augmentation d'impôt ! ». Et de s'interroger sur l'attitude du Gouvernement quant aux zones sinistrées. « Devons-nous la résumer à : je suis venu, j'ai vu, j'ai évalué et vous n'avez qu'à payer. Des impôts, les Français en sont gavés ». L'élu rochelais estime que « l'heure est aux digues, le bitume, on verra plus tard ! Le Gouvernement doit tenir ses promesses. Un programme établi sur dix ans avait été validé en 99 et onze ans après, une constatation s'impose. La feuille a dû se perdre. En ce qui concerne la définition des zones, on ne peut pas avoir deux poids et deux mesures et certains maires veulent démissionner. Il ne fallait pas confondre vitesse et précipitation. Un mouvement est en train de se créer : les modestes contre les puissants. Les images que nous voyons actuellement à la télé risquent d'avoir un effet dévastateur sur la prochaine saison touristique ».

La riposte de Dominique Bussereau ne se fait pas attendre : « Je n'ai pas l'habitude de travailler dans la précipitation, ni de manière bouillonne. Vous dites que l'État n'a rien fait, mais quand l'addition sera faite, vous verrez ! Quant à l'impôt, nous n'avons pas la même approche sur le sujet que le Parti socialiste ».

• La protection des zones littorales étendue à l'ensemble des départements


Henri Masse se trouve dans une phase difficile : celle de la reconstruction. Interpellé par les maires, pris à partie par les sinistrés de Xynthia, le représentant de l'État est entre deux chaises. Le terrain et Paris. Il connaît la situation, les drames familiaux, la souffrance de la population, la fatigue des élus municipaux : « Cette tempête a provoqué un phénomène sans précédent et les populations doivent être protégées. Le danger est avéré en certaines zones ». Cette opération concerne désormais tous les départements côtiers car les événements de mer, qui découlent des changements climatiques, peuvent surgir n'importe où.

En Charente-Maritime, les zones ont été déterminées avec la collaboration d'experts et les services des ministères concernés. Des couleurs ont été définies, noir quand les maisons doivent être détruites ; jaune quand le risque, permanent, peut être maîtrisé. Devant le tollé qu'a soulevé la cartographie proposée la semaine dernière, des expertises complémentaires auront lieu. Chacun essaie de défendre l'endroit où il vit : il n'en reste pas moins que derrière une digue, se trouve un effet de cuvette... « Je comprends vos réactions » déclare le préfet. Désormais, et le Gouvernement l'a dit mardi dernier, le dispositif est activé et les habitations seront "achetées" à leur valeur d'avant tempête. Bien sûr, l'heure est grave, c'est pourquoi des cellules de relogement et d'accompagnement psychologique sont opérationnelles.
Pour expliquer le choix dur de l'État en pareille circonstance, Henri Masse ajoute que la submersion aurait été plus grande si la marée avait eu un gros coefficient (équinoxe). La vague, déjà haute de 8 mètres (avec une surcote de 1,60 m) aurait atteint des sommets... « 23 000 hectares de terres agricoles ont été inondés. Tous les plans de prévention seront révisés. Je partage votre émotion, mais le risque est permanent » conclut-il.

En face, de nombreux conseillers généraux hochent la tête. Visiblement, ils ne partagent pas la position du préfet. En contact avec les habitants, ils savent que cette tempête va laisser des marques indélébiles. Et la bataille ne fait que commencer...

Un peu d'apaisement au restaurant du Conseil Général, après cette ouverture de session tendue. Le conseiller général de Mirambeau, Bernard Louis Joseph, et le député Jean Claude Beaulieu ont invité les maires du canton de Mirambeau à déjeuner.


dimanche 11 avril 2010

Charente Maritime :
Pas d’impôt « tempête » en 2010 et pas d’augmentation de la fiscalité en 2011


Expropriations : Le périmètre n'est pas figé…

La possibilité d’une hausse supplémentaire des impôts départementaux de 6%, annoncée la semaine dernière par le Président du Conseil Général, Dominique Bussereau, a été écartée.

Dominique Bussereau aux côtés de Corinne Imbert, conseiller général

Les temps sont durs pour la majorité. Des élections régionales difficiles et puis Xynthia, cette tempête dévastatrice... Lors de sa venue en Vendée et en Charente-Maritime , Nicolas Sarkozy l'avait annoncé : les maisons situées dans les "cuvettes de la mort" seraient détruites afin que de tels drames ne se reproduisent plus. Un périmètre a donc été établi et depuis sa présentation, la colère de personnes concernées est réelle. Un traumatisme pouvait donc en cacher un autre. Nombreux ne comprennent pas pourquoi leurs habitations seront rayées de la carte quand d’autres, situées à quelques encablures, seraient épargnées. Cette réaction est naturelle. Les maisons sont peuplées des choses de la vie, joie et tristesse conjuguées. En détruire les murs, c’est enlever à tout jamais les marques concrètes du "passage". Rompre le lien est forcément douloureux.
Les réactions ont été immédiates. On parle déjà d’actions en justice et certains resteront « malgré les pressions ». Les réunions organisées se sont déroulées dans un climat souvent délétère et l’arrivée du cabinet de Corinne Lepage, l’ex ministre de l’Environnement, a été remarquée. Un avocat est utile pour expliquer quels sont les droits et les marges de manœuvre en pareille circonstance !
Le délicat sujet des expropriations a été abordé par Dominique Bussereau qui ne peut se substituer à l’autorité du Préfet dans ce domaine. Chacun son job ! En améliorant certaines protections (digues), la cartographie pourrait être modifiée. Il agira « sans le klaxonner sur les toits, dans un souci d’efficacité ». Et d’ajouter : « je rends hommage aux maires qui sont à bout de nerfs. Mon rôle est de faciliter le dialogue ». Il recevra les associations et les élus (une fronde s’est constituée autour de Jean-François Faget, maire de Charron qui refuse de signer les arrêtés).


• Pas d’impôt tempête


L’information principale de ce point presse a été le retrait - si l'on peut utiliser ce terme puisqu’il s’agissait d’une éventualité – d’un impôt supplémentaire pour les Charentais Maritimes. « Pour faire face aux dégâts provoqués par la tempête, il nous manquait 11millions d’euros et nous avions envisagé un impôt solidarité. Or, deux éléments nouveaux sont intervenus. Nous pourrons récupérer la TVA sur les travaux dès cette année, soit 3,4 millions d’euros, et nous allons différer des programmes, ouvrages d’art, bâtiments départementaux, permettant une économie de 7,5 millions d’euros ». Un « petit bout d’emprunt » de l’ordre de 2 millions d’euros pourrait s’ajouter aux 85 millions votés en décembre dernier.

• Attentif aux « doléances » des habitants…

En écoutant la "base", Dominique Bussereau démontre qu’il est un élu de terrain. Pour s’être rendu dans les communes sinistrées et y avoir rencontré les victimes de Xynthia, il comprend leur traumatisme, de même qu’il sait les difficultés des citoyens frappés par la crise : « Cet impôt était perçu comme anxiogène » a-t-il déclaré. Il ne sera donc pas appliqué et, autre bonne nouvelle pour les contribuables, « il ne devrait pas y avoir d’augmentation de la fiscalité départementale en 2011 ».
Ces sujets d’actualité, il en sera question lundi, lors de la session du Conseil général qui s’ouvrira à la Rochelle (à ce sujet, en quelle zone a été classée la Maison du Département qui a été inondée ?). L’opposition, dont Bernard Lalande, conseiller général socialiste de Montendre, devrait monter au créneau. « La commune de Montendre a été largement aidée par le Département après la tempête de 1999. A cette époque, son maire était heureux de trouver la solidarité départementale » a souligné Dominique Bussereau. Il entrevoit déjà les attaques dont il va faire l’objet et prépare la riposte…

Dominique Bussereau interviewé par BFM TV

L’info en plus

• Les vertus des marais : La priorité est d’établir un Plan de prévention des risques en Charente-Maritime. Le marais, en jouant son rôle d’éponge, a permis d’éviter des drames. Des aides seront donc apportées pour reconstituer du « vrai marais avec des pelles qui fonctionnent ». Le Conservatoire du Littoral sera associé à ce dossier. Reste à connaître la position de l’UNIMA. De nombreuses terres littorales, en effet, ont été asséchées pour permettre aux agriculteurs de les exploiter.

• Les maisons démolies seront achetées à leur valeur avant tempête (une opportunité puisqu’elles ne valent plus rien et que les assureurs refuseraient tous nouveaux contrats). La situation n’est pas figée et le Préfet est ouvert au dialogue. Les experts pourraient d’ailleurs revenir… Ceci dit, nombreux se demandent pourquoi ce périmètre a été établi si rapidement alors qu’une vaste concertation aurait été nécessaire. On aurait évité les réunions houleuses des jours derniers.

Et la LPO ? Les mauvaises langues accusent les associations écologistes d’en rajouter quant au périmètre défini. Sur ce point, Dominique Bussereau a été clair. Appréciant Alain Bougrain Dubourg, il estime au contraire que la LPO (dont les nouveaux bâtiments ont été inondés à Rochefort) apporte son aide.

Xynthia : Cartographie des zones en danger et dispositif d'accompagnement des habitants concernés


Plus de cinquante personnes en France, dont 12 Charentais-Maritimes, ont été victimes de la tempête Xynthia du 28 février dernier. Cette catastrophe, qui a touché près de 5.000 foyers en Charente-Maritime, a amené les autorités publiques à arrêter une politique fondée sur deux principes simples : protéger les vies humaines, y compris en décidant que certaines zones seraient rendues inhabitables ; accompagner chaque sinistré jusqu’au rétablissement de conditions de vie normale, notamment en terme de logement pour ceux qui résident dans les zones rendues inhabitables.

• Définition des zones de danger avéré pour les habitants

Durant tout le mois de mars, sous l’autorité d’Henri Masse, Préfet de Charente-Maritime, une étude conduite principalement par des ingénieurs et techniciens de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer, renforcée par 14 experts nationaux (CETMEF, CETE, DREAL), et complétée par des visites de terrain et plusieurs échanges avec les Maires a permis d’identifier les zones des communes présentant un danger pour la vie humaine.
La définition de ces zones a été réalisée selon une méthode établie au plan national et appliquée de façon homogène dans le département, combinant plusieurs critères dont la hauteur et la vitesse de l’eau constatées pour chaque zone lors de la tempête, la proximité d’un endiguement, exposant certaines habitations à une inondation brutale, la topographie des sites lorsqu’elle aggrave les effets de l’inondation (cuvettes) ou rendent impossible les évacuations d’urgence, la possibilité de se protéger, par l’aménagement des bâtiments exposés (refuge dédié) ou l’établissement de zones de repli accessibles par des chemins hors d’eau.

• Au terme de cette étude, deux types de zones ont été identifiées : Les « zones noires », présentant un danger avéré de mort. Près de 600 logements ont été classés dans cette catégorie en Charente-Maritime et pour lesquels les habitants devront être relogés ; les « zones jaunes », présentant un risque pouvant être maîtrisé par des prescriptions complémentaires. Ces zones devront faire l’objet d’un programme de protection sur la base de systèmes d’alerte et d’évacuation, de prescriptions techniques sur les bâtiments ou de protections collectives. Ce programme sera établi rapidement et sa mise en œuvre suivie avec la plus grande rigueur ; les « zones orange » qui nécessitent une expertise complémentaire dans un délai d’un mois pour être classées noires ou jaunes.

Le Préfet de Charente-Maritime et l’ensemble des autorités publiques sont pleinement conscients de l’extrême gravité de la situation pour les sinistrés dont l’habitation se trouve en zone de danger avéré, et qui ont, pour beaucoup d’entre eux, déjà été durement éprouvés par la tempête. Pour beaucoup, cette décision était attendue, tant le traumatisme du 28 février dernier fut profond et les souvenirs encore présents. Pour d’autres, cette décision sera une nouvelle épreuve parce que leur souhait était de restaurer ou reconstruire une maison à laquelle ils sont attachés et pouvoir l’habiter de nouveau.

• Dispositif d’accompagnement personnalisé des sinistrés

Le Préfet tient à assurer les personnes sinistrées de son soutien, et mobilise à cet effet l’ensemble des services de l’Etat et des institutions publiques pour les accompagner individuellement dans toutes leurs démarches administratives et de relogement. Dans ce cadre, le Préfet a mis en place un dispositif spécifique, opérationnel dès aujourd’hui, qui s’appuie sur une cellule d’acquisition des habitations et des terrains localisés en « zone noire ». Pour les sinistrés localisés dans les zones noires, les modalités d’acquisition de leurs biens (habitations et des terrains sinistrés) seront adaptées à chaque cas. L’Etat s’engage auprès de chaque sinistré relocalisé à acquérir à l’amiable par le biais d’un fond d’acquisition leurs biens à hauteur du prix du marché avant la tempête et l'évaluation du bien est effectuée par le service des Domaines.

La première tranche de financement sera apportée par les assurances, dans le cadre des dispositifs contractuels liés aux situations de catastrophe naturelle. Le complément sera apporté par l’État, par le biais du Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs (FPRNM, dit Fonds Barnier).
Une cellule de relogement chargée d’assurer une écoute des sinistrés pouvant donner lieu à une orientation vers une prise en charge spécialisée, d’accompagner les publics par une prise en compte des situations individuelles (assurances, mobilisation des aides, situation financière), d’établir un diagnostic par foyer pour un relogement ou un nouvel habitat, d’accompagner les familles sur leurs projets de relogement. En appui de ces projets de relogement, les conditions d’accès au crédit seront facilitées pour les sinistrés qui souhaiteraient y faire appel, notamment au prêt à taux 0 et aux aides du 1% Logement.
Une cellule de soutien psychologique et d’écoute disponible pour chaque personne qui le demande, un dispositif professionnel, pour un accompagnement anonyme et individuel, une cellule organisée par l’Agence Régionale de Santé.

Un numéro unique d’appel est à la disposition des familles sinistrées : 0 800 00 17 00
Une adresse mail est également disponible : info-xynthia@charente-maritime.pref.gouv.fr