mardi 6 octobre 2026

Claire Laporte-Bisquit, nouvelle académicienne de Saintonge : de Carthage à Jarnac-Charente en passant par les Etats-Unis et la Grèce

Dimanche à Royan, avait lieu la réception d'une nouvelle académicienne de Saintonge, Claire Laporte-Bisquit, artiste plasticienne, élue au 15ème siège. Elle succède à Jacqueline Fortin qui présida la SEFCO. Olivier Dubois a présenté cette personnalité de Jarnac-Charente, ville où vécurent deux anciens membres, Michel Danglade et Alain Braastad. Sans oublier Odette Comandon, célèbre patoisante. Bienvenue à Claire Laporte-Bisquit dont le talent et le sourire illumineront la docte assemblée ! 

Olivier Dubois présente Claire Laporte Bisquit (©NB)

• Claire Laporte Bisquit présentée par Olivier Dubois

« Claire Laporte-Bisquit, née Gilbert vint au monde en 1961 à Nancy. Son père, normand d’origine, s’est établi à Carthage, près de Tunis où Claire vivra une très heureuse enfance, entourée par le mystère, la beauté et l’histoire. Malgré son jeune âge, elle est déjà vivement marquée par les sculptures antiques, mosaïques, les fresques, et par les couleurs qu’elle retrouvait chaque jour, dans le jardin de son enfance ! Elle habitait près de la mer et des thermes puniques qui étaient son terrain de jeu car ce site n’était alors, pas protégé.

L’Art s’impose dans sa vie en particulier, le dessin et la poésie. En passant le concours national des Arts Appliqués, elle obtient, en 1984 le diplôme de graphiste. En 1985, elle épouse Benoit Laporte-Bisquit, pour devenir Claire Laporte-Bisquit. En plus d’un conjoint, c’est une histoire et une région qu’elle épouse et pour laquelle elle se passionne. Elle découvre la Charente de son mari et sa grande belle- famille de négociants en Cognac et de viticulteurs depuis plus de 350 ans.

Alexandre Bisquit, le trisaïeul de son mari est le premier à avoir mis en vente le cognac en bouteille. Il fut une personnalité importante dans le développement du cognac. Il fut également mécène pour de nombreux bâtiments de la ville de Jarnac. Le gendre d’Alexandre Bisquit, Adrien Dubouché, qui était un passionné de porcelaine et était parti en Chine la découvrir, en rapporta de nombreux exemplaires. Elles seront à l’origine du musée de la Porcelaine de Limoges qui porte son nom.

L’histoire des liens entre le Limoges et le cognac est ancienne et va se consolider en particulier grâce aux familles Laporte-Bisquit et Haviland. En 1842, l’Américain David Haviland décida de développer une entreprise française dans le secteur des arts de la table de luxe qu’il établit à Limoges. Les Haviland sont issus d’une famille normande, qui émigra à Guernesey, puis en Angleterre et enfin aux Etats-Unis, au XVIIème siècle. Charles-Field Haviland était le neveu et le bras droit de David. Il épousa une limougeaude, descendante de François Alluaud, pionnier de la porcelaine de Limoges, et leurs deux enfants épousèrent des Laporte-Bisquit. D’une certaine manière, la famille Laporte-Bisquit initie et synthétise les relations historiquement privilégiées entre la porcelaine de Limoges et le cognac.

Mais revenons à Claire Laporte-Bisquit. De retour à Nancy, vers l’âge de 6 ans, elle se met au dessin qu’elle adore et apprend goulument les poèmes de Prévert. Toute jeune, après avoir vu à Nancy une exposition des bijoux de Braque, elle réalise une fresque avec des oiseaux stylisés sur le mur de son école.

Plus tard, diplômée des Arts Appliqués, elle recevra de fréquentes commandes pour des fresques à l’acrylique. Elle travaille comme graphiste en free-lance pour de célèbres maisons d’édition, comme Nathan et Gallimard, pour l’illustration de programmes scolaires. Son mari est nommé correspondant pour Europe 1 et Le Point aux USA. Elle l’accompagne à Washington, entre 1990 et 1995. Durant cette période, le développement de l’informatique lui permettra de réaliser une maquette pour un jeu vidéo d’initiation à l’histoire de l’Art, et de créer un CD Rom d’initiation à l’Art. Puis elle reprendra l’enseignement de la peinture en milieu scolaire.

A son retour en France, Claire Laporte-Bisquit expose à Paris et développe un programme de cours de peinture pour enfants et adolescents. Toujours dans la transmission, elle dirige des ateliers intergénérationnels pour la réalisation de fresques collectives pour la ville de Poissy dont certaines restent encore visibles.

Claire Laporte devient ensuite professeur de dessin en morphologie en suivant des cours donnés par des élèves du célèbre professeur des Beaux-Arts de Paris, Jean-François Desbord. Elle assurera cet enseignement jusqu’en 2023. A partir de 2020, Claire et son mari reviennent s’installer à Jarnac. A l’écart du brouhaha de la ville, elle reprend la peinture avec passion en faisant évoluer ses thématiques. Elle s’investit dans la vie de la cité, expose à Bassac et créé une association très dynamique : « Au fil de l’Art festival ». L’association organise des projections et des conférences à succès sur des personnalités locales et si possible ayant des liens avec Jarnac : Jean Comandon, Emile Gaboriot, Jacques Chardonne, Pierre Boujut (poète Jarnacais) et son fils Michel Boujut (critique de cinéma). Il y eut aussi une conférence sur Aimé Bonpland, botaniste et explorateur rochelais. Si la Charente est son ancrage, c’est en Grèce que Claire Laporte-Bisquit a récemment exposé : un moyen de renouer avec les vestiges et les antiquités.

C’est donc une artiste accomplie et internationale que l’Académie est fière d’accueillir en son sein ».

• Réponse de Claire Laporte Bisquit à Olivier Dubois

« Je suis bien consciente d’être une pièce rapportée de la Charente saintongeaise, mais séduite depuis plus de 40 ans, par ma terre d’adoption, je suis heureuse de rejoindre les rangs de votre assemblée et honorée des responsabilités qui m’attendent comme représentante des « marches de l’Est » de la Saintonge et de mon pays jarnacais. Grâce à cette élection, je deviens la quatrième académicienne jarnacaise de votre assemblée.

La célèbre conteuse patoisante Odette Comandon, jarnacaise par mariage comme moi, et membre de l’académie de 1959 à 1997 en a été une grande directrice. Elle aimait conclure les sérieuses réunions académiques par des plaisanteries en patois. Je ne possède pas ce talent, mais je succède au 15e siège à Jacqueline Fortin également spécialiste du patois et des traditions paysannes. Avec Odette Comandon, elle avait organisé des Matinées d’Odette à Gondeville et plusieurs festivals de théâtre patoisant à Saint-Jean d’Angely. La bibliothèque sonore du Patois à la Maison de Jeannette perpétue aujourd’hui leur héritage.

Les deux autres académiciens jarnacais m’ont personnellement marquée. Alain Braastad, grand monsieur du cognac qui était l’historien et l’archiviste de Jarnac. Nos deux familles ont tissé des liens amicaux et respectueux depuis plus de 100 ans dans le commerce du cognac. Au fil des ans et des découvertes, Alain Braastad m’a appris à aimer notre patrimoine et à le respecter. Michel Danglade, oncle de mon mari, aquarelliste talentueux, artiste plein de fantaisie et écrivain au long cours, nous a ravi par ses discours aux fêtes familiales et par ses cartes de vœux humoristiques. Ce qui nous rapprochait, lui et moi, c’était bien sur l’amour de l’art, de la peinture et du dessin. Son détachement vis à vis des péripéties de la vie toujours traitées avec humour faisait mon admiration.

Artiste plasticienne, je peins et dessine en m’inspirant de mon environnement immédiat. Durant 40 ans, j’ai donc peint l’espace urbain, mouvement artistique que j’avais découvert en vivant aux États-Unis avec mon mari journaliste. C’est important d’être en harmonie avec ce qui vous entoure quand on est artiste ! Ainsi à Jarnac, loin du tumulte parisien, peindre la grande ville, cela manquait de cohérence, de sens. En renouvelant mes thèmes d’inspiration, je suis retournée aussi vers des pratiques artistiques plus respectueuses de l’environnement, celles utilisées avant la peinture acrylique. J’aime rechercher dans la nature des formes, des plantes. En ce moment, je travaille sur des branches de carottes sauvages et je mets au point des techniques naturelles pour créer cette installation. Je dessine aussi avec une pierre noire car les dessins ne nécessitent pas de fixatif et cela me rapproche de maîtres dont j’admire le travail.

La transmission est aussi une activité qui m’a toujours passionnée. C’est ainsi que j’ai créé et que j’anime à Jarnac l’association artistique et culturelle « Au fil de l’Art Festival » pour communiquer le respect du patrimoine, faire découvrir des personnalités charentaises et des artistes. C’est dans le cadre du Printemps des Poètes en mars que l’association présente le festival, mais les activités s’étendent tout au long de l’année.

Le fait de devenir membre de l’Académie de Saintonge va beaucoup m’aider pour l’organisation de conférences comme celle que je prépare pour décembre, avec une projection du film de Marie- Dominique Montel et Christopher Jones sur les Gourgaud, ce couple excentrique qui avait constitué dans les années 20 une importante collection d’art moderne et avait fait de l’île d’Aix un lieu de rendez-vous pour les artistes et les intellectuels. La seconde conférence sera consacrée à Octavie Coudreau, première femme exploratrice et bien entendu charentaise. Comme moi, elle est partie en Amérique aux côtés de son mari explorateur. Elle, c’était dans les années 1890 et en Guyane où elle a continué après le décès de son mari cartographiant des rivières, photographiant des paysages inconnus et des villages de la forêt vierge sur le cours de l’Amazone. Après avoir ébloui les lecteurs français par ses récits de voyage, elle est revenue vivre dans son village natal de Sonnac, à coté de Matha. Mon nouveau collègue, Alain Quella-Villéger, a participé à la création de la Maison des Aventuriers à Pont l’Abbé d’Arnoult où vous en apprendrez plus sur Octavie Coudreau, ses aventures et ses explorations.

Quant à moi j’envisage avec joie l’aventure de l’Académie et les explorations culturelles qui m’attendent à vos côtés ».

Claire Laporte Bisquit aux côtés d'Olivier Dubois

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