jeudi 4 février 2016

Jacques Daniel : Sa bibliothèque contenait toutes les raretés qui comptent dans l'histoire de l'Aunis et de la Saintonge



Jacques Daniel (© Nicole Bertin)
A l'automne, la collection Jacques Daniel ouvrira ses portes à l'Eguille, non loin de Royan. Les volontés de cet érudit ont été respectées : son imposante bibliothèque, léguée à la commune de son enfance, sera accessible aux chercheurs. 
Le bâtiment (ancienne propriété de la famille Daniel) a été entièrement restauré. Il accueillera l'office de tourisme, la médiathèque et l'espace Jacques Daniel.
Mais qui était donc Jacques Daniel, membre de l'Académie de Saintonge, qui se partageait entre Paris et l'Eguille ?
 Hommage à cet humaniste rencontré un jour de juillet dans sa résidence d'été, non loin des cabanes ostréicoles aux teintes colorées, entre terre et mer, quand on ne sait plus très bien si l'eau sonne à la porte ou sommeille un moment pour revenir au prochain solstice rappeler son éternelle présence.

• Retour en arrière : Jacques Daniel était encore parmi nous et présentait avec plaisir ses collections de livres :

Au fil des années, l'historien Jacques Daniel a réuni une superbe collection de cartes et de livres anciens sur l'Aunis et la Saintonge. « Cette collection, qui regroupe l'ensemble des écrits concernant la région depuis le XVIIe siècle, est inégalable » soulignent les connaisseurs. La « galerie privée » qu'il a créée à l'Eguille, la cité de ses ancêtres, fait la joie des érudits et des étudiants à la recherche d'une documentation détaillée.
Axée sur l'histoire et la cartographie ancienne, cette collection constitue un bel ensemble sur le département qui pourrait rivaliser avec les bibliothèques de la Rochelle ou de Saintes !

Jacques Daniel et l'historien Jean Glénisson à l'Eguille (© Nicole Bertin)
Fidèle à l'Eguille

C'est par un belle journée d'août que Jacques Daniel nous reçoit rà l'Eguille, la terre de ses ancêtres. Bien que travaillant dans la capitale (où il était directeur financier de la compagnie des machines Bull), il est resté fidèle à son village natal. Chaque année, les beaux jours reviennent avec lui. Il habite non loin de l'ancien château reconstruit au XVIIIe siècle. Son jardin actuel appartenait à cette belle demeure qui regardait la Seudre. L'église, le presbytère rénové, un puits dont l'une des pierres est gallo-romaine permettent d'imaginer le temps d'avant. Des maisons, frappées d'alignement au XIXe siècle, portent des dates. A un angle de rue, se trouvait un ancien pigeonnier qu'une municipalité, animée d'un esprit "pratique", a fait démolir. « J'ai toujours aimé cette petite bourgade pour sa tranquillité » déclare-t-il. La maison dont il a hérité est celle de ses grands-parents maternels. Une maison calme et douce avec une treille dorée par l'été. Son grand-père était ostréiculteur.
Depuis qu'il a pris une retraite méritée, selon la formule consacrée, il se partage entre Paris et l'Eguille. « L'hiver, j'aime la capitale et ses expositions. Il y a toujours quelque chose à faire ou à voir. Par contre, avec l'arrivée du printemps, la Saintonge est plus attrayante ! ». 

Jacques Daniel et son ami Bernard Tastet
Un millier d'ouvrages

Jacques Daniel est un homme attentif à ce qui l'entoure. Observateur, fin d'esprit, ce passionné de littérature et de cartographie a constitué au fil des ans une importante collection sur l'Aunis et la Saintonge. Chez les libraires, qu'ils soient parisiens, saintais, rochelais, à l'hôtel Drouot, sur catalogues ou dans les ventes, il a déniché écrits, cartes de géographie et gravures. Le visiteur est enthousiasmé par la galerie qu'il a aménagée non loin de son domicile. Des dessins, montrant la physionomie ancienne des villes de Saintes, Royan, Rochefort, la Rochelle ou Jonzac, attirent le regard. Les réflexions fusent : La perle de l'atlantique, à la forteresse imposante, a bien changé ! Quel dommage que Saintes n'ait pas conservé son arc de triomphe enjambant la rivière ! Pourquoi les anciens jardins du château de Jonzac ont-ils été transformés en parking bitumé ? Il fut un temps, il est vrai, où les édiles ne recherchaient pas forcément l'esthétique. Les cartes, quant à elles, révèlent les différentes évolutions des paysages et des hameaux.

L'arc romain à l'époque où il était sur la Charente
Royan au temps d'avant !
Grand voyageur, Jacques Daniel a visité moult pays et réalisé des reportages photographiques. On peut les consulter à loisir et rêver sur les sites célèbres de Pétra en Jordanie ou Palmyre en Syrie.
De nombreux chercheurs contactent Jacques Daniel dont les archives font référence. Il possède un millier d'ouvrages environ. « Je dispose de livres rares concernant la région. Le plus ancien remonte à 1671. Cette histoire de la Saintonge a été écrite par Maichin, écuyer et conseiller du roi » souligne-t-il. Il convient d'y ajouter les six volumes de «l'histoire de la Saintonge et de l'Aunis» par Massiou, l'histoire de la Rochelle contée par le Père Arcère ou les livres de Lesson.
Dans son bureau où l'on pénètre comme dans un sanctuaire, figurent de beaux volumes à la reliure de cuir. Le passé et le présent courent le long des rayonnages. Si l'envie vous prend de parcourir le « Mercure de France », un fauteuil confortable vous tend les bras  ! « Les vingt cinq volumes publiés sous Louis XIII, à raison d'un par an, forment une sorte de journal relatant les principaux évènements du moment. Leur lecture est instructive ».

(© Nicole Bertin)
Cet endroit secret est un vrai plaisir. Jacques Daniel sourit au compliment : « quels conseils pourrais-je donner à une personne désireuse de réunir une collection comme la mienne ? D'acheter tout ce qu'elle trouve tout en sachant être sélective et qu'il devient difficile de se procurer les ouvrages les plus intéressants. Il y a dix ans, les catalogues des marchands étaient fournis sur l'Aunis et la Saintonge. Ce n'est plus le cas. A titre d'exemple, l'histoire de la Rochelle au XVIIIe siècle, assez répandue autrefois, n'apparaît plus guère dans les ventes ».
Chez les professionnels, le prix d'achat d'un livre dépend de sa rareté, mais la bonne affaire n'est pas à écarter. Il arrive que certains héritiers, peu avertis, cèdent les livres familiaux en dessous de leur cote.
En soixante ans, la "quête" littéraire de Jacques Daniel a occupé une grande partie de son existence. « Mon père m'a transmis son goût pour l'histoire. Je fréquente la Bibliothèque Nationale depuis l'âge de dix huit ans » avoue-t-il. Sa collection personnelle fait l'admiration des chercheurs dont Jean Glénisson : « il s'agit véritablement d'une bibliothèque d'érudit et de savant. Elle contient toutes les raretés qui comptent dans l'histoire de l'Aunis et de la Saintonge. L'état de ces ouvrages, dans leurs éditions originales, est remarquable ».

• Le livre auquel Jacques Daniel reste le plus attaché est sans doute celui qu'il a écrit sur l'Eguille : « je me suis pas aperçu qu'il n'existait aucune histoire sur ce village ». Il s'est mis au travail et il a publié le fruit de ses recherches aux éditions Bourdessoules. Désormais, l'Eguille connaît son passé et les événements qui s'y sont déroulés du Moyen-Age à nos jours. Le tirage de ce superbe ouvrage est épuisé.

Les collections de l'Eguille (archives Nicole Bertin)

 • Jacques Daniel et Jean Glénisson, chercheur au CNRS, longtemps président à Jonzac de l'Université d'été. Ces deux hommes attachants nous ont quittés. Ils ont marqué leur époque tant par leurs personnalités que par leurs engagements respectifs. Comme ils nous manquent ! Si Jacques Daniel est honoré par sa commune, on attend de Jonzac qu'elle en fasse autant avec Jean Glénisson qui pourrait donner son nom à la médiathèque.

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