dimanche 1 décembre 2013

Le comédien Michael Lonsdale invité des Culturales d'Expiremont


Samedi dernier, Michaël Lonsdale était à Expiremont (17) où il présentait un joli spectacle sur Léonard de Vinci avec ses amis Monique et Patrick Scheyder, pianiste.

Après une première étape à Jonzac où il avait présenté ‘‘La rose et la biodiversité’’ dans le cadre des Journées du Patrimoine, le trio s’est attardé sur cet artiste italien qui conjuguait de nombreuses cordes à son arc.
Peintre, inventeur, ingénieur, scientifique, humaniste, philosophe, Léonard de Vinci est pour beaucoup un esprit universel qui fascine encore des siècles plus tard. Il incarne la Renaissance et l’attachement que lui portait le roi de France, François 1er, révèle tout l’attrait que ce personnage exceptionnel exerçait sur les gens de son temps. Il ne se contenta pas de peindre (d’ailleurs, il terminait rarement ses œuvres).

Michael Lonsdale et Monique Scheyder
Lecture de textes accompagnés de morceaux au piano
Feru de sciences, il étudia les mathématiques, l’anatomie animale et humaine ainsi que le vol des oiseaux. Dans toutes ses études, Léonard de Vinci suivait une méthode rationnelle, rigoureuse, fondée sur l’observation. Infatigable et éclectique. Il dessinait, comme en témoignent les documents parvenus jusqu’à nous, à peu près tout ce qu’il rencontrait, humains, animaux, plantes, mécanismes. Il eut le rare privilège d’avoir accès à des cadavres humains dont il décrivit minutieusement l’anatomie interne. En géométrie, il explora des formes nouvelles. Son dessin du rhombicuboctaèdre est devenu célèbre !
Bref, cet homme immense valait bien un spectacle superbement mis en scène à Expiremont. Un coup de chapeau aux culturales d’Expiremont, que préside Jean-François Blier. Elles terminent ainsi en beauté l’année 2013.

Michael Lonsdale avec le curé de Montendre, le père Marcel Mallard
Après la séance, Michaël Lonsdale a signé ses ouvrages. Il est bien connu au cinéma où il a joué, entre autres, dans ‘‘Le nom de la Rose’’ et ‘‘Des hommes et des dieux’’. Et même dans un James Bond !

Bernard Pivot ou les souvenirs
 d’un gratteur de tête


Second invité des Feuillets d’automne de Jonzac, Bernard Pivot a conduit le public dans une belle évasion dictée par son amour des mots.


Il est tel qu’on l’imagine. Simple, accessible. Sourcils épais et grisonnants, sourire affable, regard éternellement curieux. Il est entré dans la vie des Français par son émission ‘‘Apostrophes’’, dont ils se souviennent encore, suivie de ‘‘Bouillon de culture’’. Sur le plateau, Bernard Pivot invitait des écrivains, connus et inconnus, à présenter leurs ouvrages.
Que de chemin parcouru depuis ses débuts au Figaro littéraire. Ses premières ambitions étaient de devenir journaliste sportif. Le sort a bien fait les choses en poussant le jeune Lyonnais vers le vaste monde de la lecture. Des livres, il en lut et lut encore durant des années, si bien que lui-même a pris la plume. Pour raconter, exprimer ses émotions, parfois les plus intimes. Dire ce qu’il ressent en utilisant des mots de sa vie.
Il les aime tellement, les mots, qu’il les cultive avec finesse. Tels des galets lissés par les vagues du temps, ses phrases sont infiniment polies. En sortant, les mots font penser à ces petits oiseaux nommés colibris qui passent de fleur en fleur pour trouver le nectar. Amusants, percutants, parfois insolents et turbulents, mais toujours vivants et conciliants.

Salle comble pour cette soirée Bernard Pivot
Sous le charme des mots !

À Jonzac où il se produisait l’autre vendredi dans le cadre des Feuillets d’automne, Bernard Pivot a conté les souvenirs d’un gratteur de tête. Ce personnage, sorti de sa mémoire, n’est pas une fiction : dans le train fantôme où, adolescent, il emmenait sa petite amie, un gratteur de tête surgissait des ténèbres et effrayait la dulcinée. Cette dernière se rapprochait alors de son cavalier. Instant idéal pour favoriser le rapprochement ! « Nous sommes tous des gratteurs de tête » dit-il en ce sens où chacun doit s’interroger sur son environnement.
Ce récit littéraire et cocasse de sa vie et de ses rencontres a été créé par Jean-Michel Rives. Après le Théâtre du Rond-Point à Paris, il est désormais présenté en province.
Le public jonzacais est tombé sous le charme de Bernard Pivot qui a su retenir son attention par des anecdotes savoureuses et surtout par un talent véritable. Auparavant, il signait ses livres au centre culturel du Leclerc. De nombreux lecteurs se pressaient dont Bernard et Colette Cellou, ou bien encore Henri de Dampierre, le fils de l’écrivain Henri Coulonges, qui gère à Plassac le grand domaine du même nom.

Dédicaces au Centre culturel du Leclerc de Jonzac
De nombreux lecteurs se pressent !

« Le premier livre que j’ai lu était un dictionnaire »

• Bernard Pivot, quand vous est venu l’amour des mots ?
C’est un heureux effet de la guerre. Durant cette période, je vivais dans un petit village du Beaujolais avec ma mère, mon père étant prisonnier. J’avais à ma disposition deux livres, une vieille édition du Petit Larousse et les fables de la Fontaine. Le premier livre que j’ai lu est donc un dictionnaire ! C’est très amusant. Les mots qui m’attiraient le plus se trouvaient dans les fables de la Fontaine. Prenez le mot ‘‘zéphyr’’ par exemple. C’est ainsi que j’ai appris l’amour des mots.

• Pensez-vous que la langue française soit en danger ?
Je ne le pense pas, mais c’est une vaste question. On la défend en la parlant, en l’écrivant, en respectant la syntaxe, la grammaire et l’orthographe. C’est ce que je fais, y compris dans les textos, les tweets ou les SMS. Évidemment, il y a des gens qui ne respectent pas ces règles, comme il y a des gens qui ne respectent pas les femmes ou les saisons !

• Vous avez un autre amour, le vin à qui vous avez consacré un dictionnaire amoureux !

Comme je vous le disais, je suis né dans le Beaujolais. L’esprit et le goût se forment entre l’âge de 5 et 10 ans. Ce qui est important, c’est d’entendre les gens parler du vin, de participer aux travaux viticoles. J’ai travaillé dans les vignes à l’exception de la taille qu’on ne confie pas aux enfants. J’ai relevé, labouré, sulfaté, vendangé, mangé des raisins… Je n’ai pas de vin préféré, sinon je n’aurais pas écrit ce livre. Bien sûr, j’ai une affection particulière pour le Beaujolais qui est le vin de mon enfance, mais il y aussi les Bordeaux, les Bourgogne, les vins des Pays de Loire.

Est-ce la première fois que vous venez à Jonzac ?
Oui. C’est une petite ville que je ne connaissais pas. Je me suis promené dans les rues, mais elles étaient un peu désertes en raison de la pluie. À Talmont, je connais bien Bernard Mounier qui, comme moi, a travaillé pour la télévision. Nous avons beaucoup sympathisé et je suis venu dans la région, à la découverte du joli village qu’il habite en bordure d’estuaire. Il m’a fait goûter le vin du terroir, Les Hauts de Talmont !

Avez-vous de nouveaux projets littéraires ?

Je suis arrivé à un âge où il ne faut pas se tromper sur le sujet de son prochain livre. Pour l’instant, j’y réfléchis et je prends des notes…

Propos recueillis par Nicole Bertin

Saintes : Les Radicaux de gauche conduiront une liste aux Municipales

  
Les prochaines élections risquent-elles de ressembler à celles de 2002 par leur ‘‘agitation’’ ? Dans ce contexte de division, la gauche aura besoin des Radicaux de gauche avec qui elle pactise généralement au second tour (d’ailleurs, certains se trouvent déjà sur la liste de la socialiste Isabelle Pichard, sortie vainqueur des primaires). Qu’en pensent les ‘‘indépendants’’, dont Philippe Callaud qui porte à Saintes les couleurs de ce parti présent de longue date en Charente-Maritime, l’une de ses figures les plus emblématiques étant Émile Combes ?…


• Les élections municipales saintaises 2014 se profilent à l’horizon dans un contexte compliqué pour la gauche. Conduirez-vous une liste « indépendante » au premier tour des municipales de mars prochain ?

Depuis juin dernier, le parti des Radicaux de gauche a décidé de conduire une liste en vue des élections municipales de 2014 pour deux raisons : le calendrier fixé par le Parti socialiste était trop éloigné pour notre mouvement (les primaires socialistes n’ont eu lieu que récemment) et nous avons acquis l’expérience de cet engagement en 2008. Surtout, nous n’avions pas de réponses claires de la part de nos alliés socialistes ! Désormais, d’autres partis nous contactent pour concrétiser des alliances. Ce qui est tout à fait envisageable maintenant.

• Que vous inspirent les primaires saintaises, le choix de Jean Rouger de ne pas s’y soumettre, l’intervention à peine voilée de la députée Catherine Quéré et la victoire d’Isabelle Pichard…

En ce qui concerne les choix socialistes, le PRG a toujours refusé de s’exprimer sur les primaires à l’intérieur de leur structure. Et ce malgré le fait que certains membres de notre cercle aient fait des démarches différentes. En aucun cas, ils ne l’ont fait au nom des Radicaux…

• Pour les Radicaux de gauche, quels sont les grands sujets à développer durant les élections municipales ?


Pour nous, les thèmes essentiels sont les finances publiques qu’il convient de gérer au plus près des intérêts des Saintais, sans augmentation des taxes locales, situation qui risquerait de mettre les citoyens en difficulté ; la place de Saintes dans le département et au-delà ; la prise en charge d’autres compétences par la CDA et le développement des transports à l’intérieur de toutes les communes adhérentes en contrepartie. S’y ajoutent le renfort du rôle des associations, indispensables au bien-être de la ville, et la reconnaissance des bénévoles qui sont innombrables et concourent à son développement. Également la mise en place d’une politique d’accueil et de développement des entreprises en apportant une priorité au centre-ville qui représente le cœur de notre cité. Par ailleurs, il est urgent que Saintes et les Saintais s’approprient la Charente autour de ses deux rives, fleuve indissociable de son patrimoine.

• Enfin, que pensez-vous de l’union entre les autres courants radicaux conduits par Jean-Louis Borloo et François Bayrou ?


Je ne me prononcerai pas sur l’accord passé entre l’UDI et le Modem. Nous sommes au tout début de cette idylle et il convient d’attendre de savoir ce que leurs auteurs en feront dans un avenir plus ou moins proche. J’observe !

Stéphane Ruspoli : aux sources de la connaissance


Il y a une vingtaine d’années que Stéphane Ruspoli, spécialiste de l’histoire des religions, s’est installé en Charente-Maritime. Portrait d’un homme discret qui navigue sur les sources de la connaissance.



C’est un endroit qui ressemble à l’Italie. De grandes vasques sur la terrasse, un jardin verdoyant qui s‘ébat en toute liberté et laisse entrevoir un parc où les arbres ressemblent à des sentinelles bienveillantes. En bordure d’estuaire, le temps est immuable. C’est en ce lieu champêtre que Stéphane Ruspoli, quittant la capitale, s’est installé il y a une vingtaine d’années. En choisissant la Charente-Maritime, il a permis à sa mère, issue d’une famille d’armateurs rochelais, de retrouver le département de son enfance. Et par la même occasion, il s’est rapproché d’un oncle avec qui il entretient d’excellentes relations. « Je venais dans l’Île de Ré bien avant que le pont ne soit construit. J’ai choisi cette maison parce que j’avais besoin d’air et d’espace pour mes livres. Je l’ai restaurée peu à peu. Il y avait tout à faire » souligne-t-il.
Grand, le regard bleu, Stéphane Ruspoli est un homme réservé. Et pourtant, son arbre généalogique fait apparaître une ascendance dont beaucoup s’enorgueilliraient. Il existe en lui cette distinction qui sied aux âmes bien nées. Descendant d’une grande famille de la noblesse romaine, son père Mario était le fils du prince Edmondo Ruspoli de Poggio Suasa. La particularité de cette famille est d’être attachée à la Curie pontificale, c’est pourquoi des Ruspoli ont occupé la charge de « maître du Saint-Office au Vatican ».

Mario Ruspoli, conférencier et cinéaste de talent fut l’un des créateurs du « cinéma direct » et son œuvre est importante dans l’histoire du film documentaire ethnographique. Plusieurs de ses films ont été primés ou salués par la critique. Aux Açores, il a mis en scène les derniers pêcheurs de baleine au harpon. En Lozère, il a rencontré le monde paysan avant de s’attarder sur l’univers des malades mentaux « Regards sur la folie ». Disciple du grand préhistorien, André Leroi-Gouran, il a réalisé plusieurs émissions télédiffusées sur les grottes de Lascaux. Il a également publié un ouvrage consacré à ‘‘Lascaux’’ chez Bordas.
Parmi d’autres Ruspoli bien connus, comment ne pas citer Allesandro, baptisé Dado ? « C’était un homme charmant qui faisait partie de ce qu’on appelle la jet-set. On dit qu’il a inspiré Fellini dans la Dolce Vita ». Il était l’ami de Brigitte Bardot et de Roman Polanski. « On trouve des Ruspoli dans de nombreux pays, en Italie bien sûr, mais aussi en Amérique, en France, en Belgique » déclare Stéphane Ruspoli. Sur l’une des commodes du salon, s’aligne une galerie de portraits. Dado y apparaît, sûr de sa séduction et frais comme un gardon. L’un de ses fils a épousé Olivia Wilde qui a tourné aux côtés de Hugh Laurie dans le célèbre feuilleton ‘‘Dr House’’.

«J’avais 20 ans en 68 et je n'ai pas lancé de pavés. A Paris, le terminais ma deuxième année de sanskrit et d'arabe à l'Ecole des Langues Orientales»

Stéphane Ruspoli se partage, quant à lui, entre la Saintonge et la ville d’Atlanta aux USA où sa femme est psychiatre. Il n’a pas choisi le monde du cinéma, ni celui de l’hostellerie comme son frère Fabrizio, propriétaire de la Maison Arabe à Marrakech. « J’avais 20 ans en 68 et je n’ai pas lancé de pavé. À Paris, je terminais ma deuxième année de sanskrit et d‘arabe à l’École de Langues Orientales » se souvient-il. Lettré, il a emprunté la voie de l’étude qui mène à la compréhension. Durant son parcours universitaire, il a eu la chance de rencontrer le grand Henry Corbin, l’un des rares philosophes français à traiter de l’Islam iranien et de la gnose chiite. « Je voulais sortir de la philosophie classique. Le travail de cet éminent professeur à l’École des Hautes Études m’a fasciné » dit-il.
Stéphane Ruspoli s’intéresse à l’histoire des religions, au lien qui existe entre les mondes chrétien, musulman et juif, à la manière dont s’expriment les expériences mystiques et les visions à travers les écrits des penseurs. Le soufisme, dont l’esthétique est verbale, contemplative et poétique, retient son attention : « J’ai essayé de montrer des croisements. Le soufisme est une minière de spiritualité originale. Il propose un dépassement du légalisme et du littéralisme qui asphyxient l’Islam contemporain. C’est, je pense, la seule voie d’ouverture pour le dialogue interreligieux, encore aujourd’hui ».
À une époque où le Coran est souvent évoqué, il estime que pour en saisir l’authenticité, il faut le découvrir dans sa langue d’origine, l’arabe. « Sinon, on perd l’essentiel. Malheureusement, il est dans un grand désordre. Pour l’apprécier, il ne faut pas le lire de façon continue. La patience est nécessaire pour voir comment les choses se raccordent les unes aux autres. Personnellement, je considère Mahomet comme un grand prophète, malgré l’attitude autoritaire qu’il a eue envers les tribus juives de Médine ».
Selon ses biographes, Mahomet récitait des versets qu’il présentait comme la parole de Dieu transmise par l’archange Gabriel dans la grotte d’Hira. Les supports sur lesquels ils étaient écrits pouvaient être des omoplates de chameau, des peaux de chèvre, des feuilles de palmier, voire des fragments de poterie. Les croyants les apprenaient par cœur. À la mort de Mahomet, les sourates, dispersées en différents lieux d’Arabie, ont été réunies. « Initialement, Mahomet ne savait pas qu’il allait fonder l’Islam. Il a donné un livre à un peuple analphabète qu’il a transformé. Les Soufis ont constitué leur spiritualité en intériorisant le message du Coran ».

Initialement, Mahomet ne savait pas qu'il allait fonder l'Islam...

Stéphane Ruspoli est intarissable sur le sujet et il remarque, comme d’autres chercheurs, que l’Islam actuel subit une dérive fondamentaliste : « on fait table rase des idées en s’enfonçant dans une sorte de revendication et en rejetant les autres cultures. Les Français ne comprennent pas que la laïcité n’est pas applicable à l’Islam ».
Cette situation n’est pas unique dans l’histoire : au Moyen Âge, l’Occident chrétien eut à subir l’Inquisition qui freina l’évolution et la transmission des connaissances. Les célèbres Copernic et Galilée, qui bouleversèrent les fondements de la science astronomique, souffrirent de ce manque d’ouverture de la part de l’Église.
Pour qui s’intéresse à l’histoire des religions, le sujet est inépuisable. Les grandes religions juive, chrétienne et musulmane ont pour berceau l’Orient ; l’Occident, pour sa part, a contribué à l’éclosion des sciences.
Parmi ses prochains travaux, Stéphane Ruspoli envisage de poursuivre ses recherches sur les origines du christianisme et sur l’implication des Esséniens dont Jésus fut contemporain. Flavius Josèphe les décrits comme des ascètes, pauvres, s’abstenant des plaisirs du monde et pratiquant pour certains le célibat. « On a volontairement diminué l’importance des correspondances entre le messiansime essénien et les Évangiles, et j’ai essayé de le montrer dans mon petit livre sur "le Christ essénien". Mais sur une telle question, je ne suis pas au bout de mes peines ! » estime Stéphane Ruspoli. On lui doit de nombreux ouvrages dont plusieurs traductions de l’arabe et du persan : Le Traité de l’Esprit saint de Rûzbehân de Shîrâz ; Le Livre des théophanies d’Ibn Arabî ; Le Message de Hallâj l’Expatrié ; Le livre des contemplations divines d’Ibn’ Arabî, Le Livre Tawasin de Hallâj (un mystique soufi vivant au XXe siècle, qui fut condamné à mort. Son œuvre abondante visait à renouer avec la pure origine du Coran et son essence verbale) ; les Écrits des maîtres soufis en trois tomes. Il est également l’auteur des articles Kubrâ, Semnânî et Nûrbakhsh dans le Dictionnaire critique de l’ésotérisme. Dans l’alchimie du bonheur parfait de Mohyiddin Ibn ‘Arabi, Stéphane Ruspoli conduit l’âme du lecteur dans un voyage de première valeur…


L’origine essénienne du christianisme 
et du Messie de Nazareth

Après avoir interrogé les documents originaux, Stéhane Ruspoli a publié « Le Christ essénien » en 2005 aux éditions Arfuyen. Il en conclut que non seulement le mouvement essénien a servi de berceau idéologique au christianisme, mais que la venue de Jésus-Christ a été annoncée et préparée par la secte juive de la « Nouvelle Alliance ». Pour lui, il n’y a donc pas de rupture de continuité historique entre le messianisme des Esséniens et les Évangiles, ce qui modifie non seulement la compréhension de la relation entre judaïsme et christianisme, mais aussi l’approche de la personnalité du Christ.
Contrairement à une idée reçue, Jésus était un homme instruit, un docteur ayant une parfaite maîtrise des Écritures. Ceci implique une formation religieuse inhabituelle pour un simple artisan galiléen. Jésus parlait certes l’araméen, mais il devait également savoir assez bien le grec. L’Évangile nous montre le déroulement d’un plan messianique dont il fut l’acteur lucide, consentant et absolument résolu. Jésus croyait profondément dans la prédestination divine, inscrite dans le prophétisme biblique. Elle est caractéristique chez les Esséniens alors qu’une telle conception était devenue lettre morte chez les Pharisiens et les Sadducéens.

Norbert Fradin : ses châteaux
ne sont pas en Espagne !


Il y a quelques années, le château de Villebois Lavalette, en Charente, était l’objet de toutes ses attentions. Depuis, Norbert Fradin, en véritable défenseur du patrimoine, poursuit sur sa lancée. À Lormont, il a restauré le fameux château du Prince noir qui garde l’entrée du pont d’Aquitaine et maintenant, il pourrait redonner vie au Nautile, l’ancien restaurant de la plage de Foncillon à Royan, qui se trouve à l’abandon.


Promoteur immobilier, Norbert Fradin se passionne pour le patrimoine qu’il enrichit de recherches personnelles. Au fil du temps, il est devenu incollable sur sa période préférée, le Moyen-Âge. Par ses acquisitions, il parvient à conjuguer restauration et histoire locale. Autrement dit, il concilie culture et valorisation des sites.
Norbert Fradin a grandi à Jonzac, dans un moulin situé en bordure de Seugne. Ce lieu aurait-il éveillé son goût pour l’architecture ? On l’ignore, mais depuis des années, il poursuit le même objectif : rendre aux demeures historiques abandonnées leur âme d’antan.
Loin d’être conduits au hasard, ses projets sont mûrement réfléchis. Son château “coup de cœur“ se situe à Villebois Lavalette en Charente. Il a “craqué“ pour cette vieille forteresse qui scrute l’horizon de son piton rocheux. L’émotion est intacte : « En 2001, j’ai appris que ce château, vieux de mille ans, était en vente. Quand je l’ai aperçu, j’ai pensé qu’il m’attendait. Je ne peux pas vous dire pourquoi ». Il en est devenu le gardien après les célèbres familles Lusignan et Montault de Navailles. Ces occupants, aux noms prestigieux, ne l’intimident pas. « Nous ne sommes que les maillons d’un ensemble » souligne-t-il. Certes, posséder une enceinte flanquée de sept tours n’est pas commun, mais il assume cette paternité avec modestie !

Magnifique témoignage sur sa butte perché...

Le grand castrum ayant été construit sur une ancienne motte féodale, des campagnes de fouilles y ont été organisées. Le site possédait un immense donjon, plus haut que celui de Pons. Il avait la particularité d’être résidentiel, c’est-à-dire que les étages étaient habités. L’exceptionnelle découverte de sa salle basse voûtée, longue de trente mètres, intrigue les historiens. La conception de ce bâtiment ferait de lui une sorte de chaînon manquant dans l’histoire des châteaux-forts.
« Villebois est ouvert au public. C’est un endroit à découvrir. Pour les journées du patrimoine, nous recevons plus de mille visiteurs » remarque Norbert Fradin. Cette place, que se disputèrent Français et Anglais lors de la Guerre de Cent ans, le fascine. Le comédien Bernard Lavalette l’a habitée dans sa jeunesse. Pour le comédien, l’ancien château des Fleury est devenu un magnifique chantier archéologique : « C’est comme si j’étais à Pompéi. C’est passionnant. De ce fait, l’appréhension que j’avais quant à l’avenir a disparu ».

Sur la colline, le château de Villebois Lavalette
Les caméras de F 3 en tournage avec un drone


Mardi dernier, une équipe de France 3 était à Villebois pour tourner l’émission Cap Sud-Ouest. Après l’estuaire de la Gironde, les caméras étaient braquées sur ce site particulier qui surplombe un petit village. L’équipe n’était pas venue seule. Elle avait avec elle un drôle d’engin, un drone que la société Pixiel de Nantes manie avec dextérité. Ce matériel très sophistiqué permet de faire des prises de vue aériennes précises et de qualité. « Le drone radio-commandé offre plus souplesse que d’autres méthodes tels que le ballon captif, le mât télescopique ou l’hélicoptère. De petite taille, il peut se placer à diverses altitudes et à des endroits peu accessibles » explique le responsable de la société, déjà venu dans la région d’Aubeterre pour l’émission ‘‘Des racines et des ailes’’. Dans les airs, cette espèce de coléoptère bourdonnant, guidé au sol par trois spécialistes, a des allures surprenantes : furtif, il passe partout, surgit au moment où l’on ne s’y attend pas, immortalise les endroits impossibles avant de se poser… et d’être récupéré religieusement par son propriétaire !
Les spectateurs pourront découvrir le film consacré au château de Villebois Lavalette au printemps prochain. Les travaux de restauration s’y poursuivent : la tour Ouest est de neuf chapeautée et la rénovation de la grande salle romane, qu’orne une belle cheminée, est achevée.

Le drone (société Pixiel) est idéal pour les prises de vue

Radioguidage du drone réalisé au sol par trois spécialistes
Sous le sceau du Prince Noir

À Lormont, près de Bordeaux, Norbert Fradin a sauvé un autre château de l’oubli, celui du Prince noir. Rappelez-vous la pauvre demeure taguée en bordure de rocade ! La réflexion des passants était unanime : pourquoi la ville de Lormont la laissait-elle dans un état pareil ?
La question fait sourire celui qui a changé sa destinée : « Dans les années 1960, la construction du pont d’Aquitaine et les travaux de voirie ont entraîné le déclin du domaine, autrefois magnifique. Une association de défense et la mairie se sont battues pour que le château soit classé à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. C’est un point important. Désormais, toutes les réalisations tiennent compte de cette inscription ».
Situé à un point stratégique, l’entrée de la Garonne, l’édifice servait de résidence d’été aux archevêques de Bordeaux. Mieux, quand Bertrand de Goth devint Pape sous le nom de Clément V en 1305, le château de Lormont fut un moment « capitale de l’Église ».
Son histoire est agitée. Reconstruit au XVIIe par François de Sourdis, le château vécut des heures difficiles avec la Révolution qui le confisqua au Clergé. Vendu comme bien national, les privés s’y succédèrent dont un banquier allemand, M.  Schaler. Parmi les aménagements qu’il effectua au XIXe  siècle, se trouve l’aile aux tours crénelées. C’est là que sont installés les bureaux de Norbert Fradin.
« Le château n’a pas résisté à l’autoroute qui l’a dévalorisé en l’amputant. Il est ensuite passé entre différentes mains, dont une société HLM et la DDE. C’est un privé, entre 1992 et 1995, qui l’a entièrement pillé. Tout a disparu, y compris les planchers et la gloriette. J’ai récupéré cette dernière, mais après quel périple » !
Quand il l’achète, il ne reste que les murs : « Ma première question était simple : quelle destination allais-je lui donner ? En proximité de rocade, y faire des logements n’était pas une bonne idée. J’ai donc privilégié des bureaux et fait appel à l’architecte Bernard Buhler. Le chantier a duré quatre ans. Aujourd’hui, je pense que le château, qui abrite plusieurs sociétés, a retrouvé sa place au sein de Lormont. Jean-Marie Amat y a ouvert un restaurant ».
Cette renaissance "remarquable", qui a coûté plusieurs millions d’euros, ne passe pas inaperçue.
Elle attire d’ailleurs les cinéastes. Un tournage y a eu lieu avec le comédien Laurent Deutsch et récemment, Frédéric Verger, l’auteur d’Arden, est venu y dédicacer ses ouvrages dans le cadre des Escales du Livre. En 2014, des artistes s’y donneront rendez-vous pour un nouveau symposium de sculptures. Norbert Fradin a largement investi en œuvres contemporaines qui ornent le parc. La dernière en date « La parade moderne », fruit de l’imagination talentueuse de Yvan Clodat et Coco Petitpierre, a été présentée à Paris (Muséum d’Histoire Naturelle, Foire internationale d’art contemporain FIAC au Jardin des Plantes) avant de revenir à Lormont. « Par ailleurs, je mets à disposition une galerie d’art au 88 de rue Saint-Genès à Bordeaux ». L’association Villa 88 y accueillera bientôt un artiste de renommée internationale, Juluis von Bismarck, qui n’est autre que le descendant d’Otto von Bismarck, chancelier de l’Empire allemand au XIXe siècle.

Plage de Foncillon à Royan : aménager le Nautile sur la plage abandonné…

En face du palais des congrès, il est un endroit en piteux état. Il s’agit d’un ancien restaurant avec piscine qui s’appelait autrefois le Clapotis, puis le Nautile. L’endroit connut quelques désagréments dus à la vie parfois agitée de la cité royannaise (il fut une époque où les incendies y étaient nombreux). L’établissement finit par tomber dans une sorte de léthargie. L’an dernier, l’actuel maire, Didier Quentin, a décidé de changer la destination de ce lieu hautement stratégique. En effet, quoi de plus attristant que de voir, en pleine station balnéaire, des bâtiments abîmés sur fond de flots ensoleillés !

Les plans d'aménagement du Nautile sur la plage de Foncillon
Un appel à idées a donc été lancé et c’est le projet de la société de Norbert Fradin qui a été retenu. Il est désormais propriétaire du site vendu deux millions d’euros par la municipalité. « L’architecture royannaise me passionne car elle symbolise la reconstruction après les souffrances de la Seconde Guerre mondiale. Les lignes du XXe siècle sont souvent critiquées. Personnellement, je les défends. Contrairement aux autres participants, j’ai choisi de garder le bâti à l’exception d’une verrue qui sera détruite. De 2 100 m2, l’ensemble sera porté à 2 900 m2. Vingt appartements y seront construits, un restaurant y verra le jour et la piscine sera conservée. Le permis de construire sera déposé dans les semaines à venir ».
Les plans ont été présentés la semaine derrière à la population favorable, dans son ensemble, à cet aménagement. Toutefois, il est une frange de riverains qui affiche sa désapprobation… dont l’ancien maire, Philippe Most, et un conseiller municipal Jean-Paul Hugengobler qui a fait circuler une pétition. Plus que Norbert Fradin, Didier Quentin est visé à l’aube des prochaines élections municipales. Son opposant estime que ces travaux vont défigurer la côte irrémédiablement pour des générations. Ce que dément le premier magistrat : « la hauteur maximale du bâtiment sera respectée et l’impact paysager sera le même qu’avant » répond-il.
Si tout va bien, c’est-à-dire s’il n’y a pas de recours (ce qui serait étonnant), les travaux devraient être terminés dans deux ans. Quant à la vente du site qui est reprochée à Didier Quentin, il est à noter que l’ancienne mairie avait laissé le lieu en déshérence.

Un musée de la Marine à Bordeaux

Plan du  futur musée de la Marine de Bordeaux
L’esprit de Norbert Fradin est en éternel mouvement. « Un matin, en ne me rasant pas, je me demandais ce que deviendraient mes maquettes de bateaux » avoue-t-il. En effet, tout amateur s’interroge sur le devenir de ses collections, les héritiers n’ayant pas forcément les mêmes attirances ! « A Bacalan, je participe à la transformation du quartier des bassins à flot. J’y possède des terrains et compte mener à bien une tranche de logements. Cet endroit, qui sera l’un des plus prisés de Bordeaux, est intéressant pour y implanter un futur musée de la Marine ».
Des plans, confiés à l’architecte bordelais Olivier Brichet, ont donc été élaborés. Le musée, d’une superficie de 4 000 m2, s’insérera dans un complexe plus vaste, avec restaurant et boutiques, de 13 000 m2. « Il s’agit d’un vieux rêve. Enfant, je voulais faire l’École Navale et devenir officier de marine. J’ai pris une autre direction ».
L’avenir comblera-t-il cette frustration ? « L’objectif poursuivi est de rendre à Bordeaux son riche passé de port maritime. Aujourd’hui, la capitale de l’Aquitaine est associée aux grands vins. Or, elle a d’autres facettes non négligeables ». Son projet est bien accueilli : « de nombreuses personnes m’encouragent et m’apportent leur soutien ».
Comment Norbert Fradin conçoit-il ce futur musée ? « Doté des nouvelles technologies, il développera une dizaine de thèmes. S’y ajoutera un atelier qu’animera l’association des maquettistes de Guyenne. Outre l’organisation de conférences et de colloques, j’imagine une salle où le visiteur sera plongé au cœur de scènes maritimes en 3 D ». Le projet avance puisque le permis de construire sera déposé le mois prochain.

Norbert Fradin (à gauche) aux côtés d'un responsable de France 3
Comme vous pouvez en juger, la feuille de route de Norbert Fradin est ambitieuse. « La France possède un patrimoine incroyable. Faute de moyens, ni l’État, ni les collectivités locales ne peuvent s’en occuper, c’est pourquoi les privés ont pris le relais. J’en fais partie. À partir du moment où les lieux s’imposent à moi, je ne précipite rien. Pour ne pas faire n’importe quoi, il faut savoir prendre du recul et s’entourer de professionnels. Nous ne sommes que les dépositaires de ces témoignages du passé qui nous survivront ». On comprend mieux pourquoi il s’intéresse au château de Villandraut, cette énorme forteresse que fit construire le pape Clément V près de Langon en Gironde, bel exemple de l’architecture castrale des années 1 300 en Guyenne. Il veille aussi aux destinées de Budos situé à une dizaine de kilomètres. Il envisage bien sûr de redonner une nouvelle existence à ces constructions emblématiques des siècles passés. Sa façon à lui d’apporter sa pierre aux édifices !

Nicole Bertin