mardi 20 juin 2017

Benoît Biteau tire la sonnette d'alarme : « 30 ha de productions sont en train de brûler sous les rayons du soleil »

Alors que les sphères politiques s'agitent pour savoir qui détiendra le pouvoir, l'agriculture, celle qui nous nourrit, traverse une période très difficile compte-tenu des aléas climatiques. Un sujet grave qui devrait interpeller chacun d'entre nous. Ainsi, cette analyse de Benoît Biteau, exploitant bio à Sablonceaux, qui tire la sonnette d'alarme et dénonce « des politiques publiques irresponsables, ne préparant pas l'avenir des générations futures »  : 

« Je lis les posts des uns et des autres, souffrant de la chaleur.  J'avoue ne pas souffrir du même mal qu'eux.  Ce qui est insupportable pour moi, c'est de voir nos productions, que nous avons eu tant de mal à réussir cette année, littéralement brûler sur pied.
Nous avions réussi à merveille une trentaine d'hectares de lentilles noires, sur lesquelles nous avions observé une floraison très prometteuse. Les températures de ces trois derniers jours sont en train de sceller définitivement l'avortement de toutes les graines. Les gousses seront donc vides.
La première vague de sécheresse en mai avait déjà anéanti 11 ha de pois de printemps.
Le gel de ce même mois avait également totalement anéanti 12 ha d'un mélange de caméline et de lentilles vertes.
Nous avions donc resemé, à la suite des 7 ha dès le début prévu en production dans cette espèce, avec du sarrasin.
C'est donc à nouveau 30 ha de productions qui sont en train de brûler sous les rayons du soleil. 11 ha sont déjà ce matin totalement grillés. Les presque 20 autres le seront irrémédiablement à la fin de cette semaine.
Ajouté à l'absence totale de veaux cette année, en raison de l'andropause très précoce de notre taureau, je ne vous cache pas ma vive inquiétude sur le devenir de notre ferme, qui avec une telle série risque de rencontrer de grandes difficultés pour passer l'année 2017.
Et que les tenants du modèle productiviste ne viennent pas se servir de ce témoignage pour justifier l'usage d'eau d'irrigation. L'irrigation n'a jamais réglé les problèmes de températures. Et l'eau, il n'y en a pas. Si les retenues de substitution avaient été en place cet hiver, elles seraient restées vides !
Enfin, les dizaines de milliers d'euros d'aides (environ 70 000 €) non versés à notre ferme posent de très graves soucis de trésorerie, contribuant à nous mettre en difficulté en raison des importants intérêts à verser à la banque sur les avances de trésorerie, et contribuant également à ajouter des soucis, aux soucis.
Voila, je ne vous cache pas mon pessimisme pour l'avenir de notre ferme.
Le paradoxe de la situation, c'est que nous sommes dans des logiques de production qui, et c'est démontré, participent à l'atténuation du changement climatique, en diminuant significativement nos émissions de gaz à effet de serre, mais surtout en nous attachant à ce que chaque mètre-carré soit mobilisé pour séquestrer des gaz à effet de serre, faisant de notre modèle, un modèle refroidissant le climat.
Et nous allons être parmi les premières victimes de ce climat hostile, austère, par manque de soutien des dispositifs publics pour services rendus aux équilibres, aux ressources et l'eau en particulier, aux biodiversités sauvages et domestiques, au climat et à la santé.
Et pendant ce temps-là, ceux qui polluent, monopolisent la ressource en eau, continuent de détraquer le climat, de dévaster les biodiversités et d'impacter notre santé, continuent aussi de se gaver des aides publiques dans des proportions indécentes et sans scrupules, en réclament encore davantage pour stocker l'eau et la monopoliser dans cette fuite en avant qui nous conduisent tous dans le mur.
Et si j'assume pleinement les difficultés que nous rencontrons, je dénonce aussi des politiques publiques irresponsables, ne préparant pas l'avenir des générations futures ».

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