vendredi 24 juillet 2026

Conseil municipal/Jonzac : Christophe Cabri, Barbara Lachamp et Jean-François Mougard en désaccord sur le prix de vente de l'eau du forage à la Chaîne thermale du soleil

Une chaude ambiance règne dans la salle du conseil municipal en ce jeudi 23 juillet. Recherchant la fraîcheur, des élues ont sorti leurs éventails. Ils apportent au décor de la salle néo-gothique une note hispanique qui augure un futur changement climatique ! 

Il est 18 heures. Christophe Cabri ouvre la séance. Pas de quart d'heure charentais, semble-t-il. Quelques chaises sont vides. L'opposition arrive enfin, provoquant dans son sillage un léger remue-ménage. Comme au théâtre, leur entrée est remarquée. La "scène" municipale, où les deux parties campent sur leurs positions, peut commencer ! Jean-François Mougard s'installe. Barbara Lachamp se pose, ajustant au passage le lacet doré de son corsage. Le maire lève le regard et poursuit l'ordre du jour comme si de rien n'était. 

Durant cette mandature, il a face à lui des adversaires soucieux de déceler la moindre faille. Il le sait et adopte une attitude consensuelle, tout en restant sur ses gardes. La majorité s'y est préparée. Delphine Mattei-Péteau, première adjointe et ses collègues adjoints Emilie Pelette, Patrick Carré, Thomas Masson ou Stéphanie Menouvrier répondent en argumentant sur les aides à apporter aux commerçants s'installant en centre ville, les travaux, les écoles, la voirie et les problèmes résultant de la canicule. Les échanges approfondis présentent un avantage : les sujets sont abordés avec clarté. 

L'eau coule calmement sous les ponts de la Seugne jusqu'à la dernière question où le ton prend de l'ampleur. Le prix de vente de l'eau du dernier forage à la station thermale suscite, chez les opposants à Christophe Cabri, moult remarques. Présent dans le public, l'ancien directeur des thermes, Serge Espin soupire : « si Belot et Barthélémy n'avaient pas composé au départ, la station thermale de Jonzac n'aurait jamais vu le jour ». Est-ce à dire qu'en 2026, 40 ans après la création de la station dont on fête actuellement l'anniversaire, Christophe Cabri et Eléonore Barthélémy doivent, eux aussi, tracer le bon chemin pour avancer côte à côte ? La vitalité de Jonzac, basée sur la fréquentation des curistes (locations, commerces, etc), en dépend...

Eau du forage Soenna 2/Christophe Cabri : « Faire payer à la Chaîne thermale du Soleil le juste prix ». 

Question 15 - Fixation du prix de vente de l'eau thermale : Le maire rappelle que la commune de Jonzac assure la production et la mise à disposition de l'eau destinée à l'exploitation de l'établissement thermal. Lequel est appelé en contrepartie à assurer une rémunération. Afin de sécuriser juridiquement la présente décision, il est rappelé que le principe et la méthode de calcul du tarif ont été présentés et examinés lors de la réunion de la commission « Energie » du 22 juin dernier, que le prix proposé repose sur des critères objectifs prenant notamment en compte les investissements réalisés par la Ville de Jonzac pour la production et l'acheminement de l'eau thermale, les charges d'amortissement correspondantes, ainsi que les coûts d'exploitation et de maintenance des installations. Le prix de l'eau thermale, soumis au vote, est de 219 000 €/an pour la part fixe, de 1,92 €/m3 consommé pour la part variable.

Avant de relater les échanges, deux données sont à prendre en compte. Le dernier forage en date, route d'Ozillac, a été financé par la Ville et lui appartient. Soenna 2, dont le débit est d'ailleurs excellent, a été réalisé pour une raison simple : le précédent forage était devenu hors d'usage. L'avenir de la station thermale de Jonzac risquait d'être compromis : sans ce nouveau forage, l'activité pouvait être remise en cause. Autre point, les carrières troglodytiques où sont installés les Thermes sont la propriété de la Chaîne thermale du soleil. 

Bref, selon le calcul de la mairie et la délibération à valider, la Ville vendra son eau à l'exploitant, lequel profit servira à financer l'investissement consacré au forage (coût de la réalisation 5,67 millions d'euros). 

Barbara Lachamp : « On ne peut pas prendre l'exploitant en otage »

Christophe Cabri : « Le cabinet Antea nous accompagne historiquement dans ce dossier depuis une trentaine d'années. La Ville a investi une grosse somme dans le dernier forage Soenna 2, entre 5 et 7 millions. Afin d'assurer l'équilibre des chiffres, il a été décidé de faire payer une partie de cette eau à la CTS ». 

Barbara Lachamp : « J'étais présente à la réunion de la commission et je vous remercie de m'avoir invitée. J'avais besoin de comprendre. Je ne suis pas d'accord avec cette proposition après quarante ans de partenariat entre la Ville de Jonzac et la Chaîne thermale. Tu as remis en cause l'AMi  - Appel à manifestation d'intérêt - de ta propre initiative. Cette situation fragilise la relation avec notre interlocuteur. Je ne suis pas une grande matheuse, mais je suis cheffe d'entreprise. On va multiplier le prix de l'eau. Est-ce que la Chaîne thermale va accepter de telles conditions compte-tenu qu'elle rencontre certaines difficultés et que son nombre de curistes a baissé ? Je me mets à sa place : si l'eau thermale coûte cher à Jonzac, j'envoie mes curistes dans les autres stations Cambo, Barbotan, Eugénie, etc. On ne peut pas prendre l'exploitant en otage, cela doit se faire en négociation ». 

Christophe Cabri : « Notre cabinet juridique a établi une proposition qui est équitable »

Barbara Lachamp : « J'entends bien, mais la position de l'autre partie est à prendre en compte. Notre responsabilité à tous est d'avoir un consensus entre les deux parties avant de voter le prix de l'eau en conseil municipal. D'autant que nous avions un accord en amont qui aurait pu être aménagé. J'ai bien reçu les différents documents concernant cette question ainsi que la réponse de la Chaîne thermale que je n'ai pas pu lire ». 

En effet, des passages ont été noircis car ils concernent des points du contrat qui ne relèvent pas du grand public. Certaines informations restent confidentielles tant que le document n'est pas finalisé, l'ensemble des éléments étant protégé.

Au centre, Barbara Lachamp, élue de l'opposition,
aux côtés de Nathalie Sablon et d'Hélène Dubus-Héraud

Christophe Cabri : « Vous êtes une cheffe d'entreprise reconnue sur le territoire. Vous allez m'expliquer comment on amortit dix millions, voire 15 millions d'investissements ? Aujourd'hui, la ville de Jonzac n'est pas capable de rembourser sur son budget annexe les investissements et les travaux liés aux trois forages avec 100.000 euros par an de la Chaîne thermale du Soleil. Dans ce cas, je ne défends pas les intérêts des Jonzacais. Le prix de l'eau proposé a été étudié et si la Ville peut avoir une exclusivité sur dix ou vingt ans, ce serait encore mieux. La Ville ne souhaite pas non plus céder le dernier forage à la Chaîne thermale du soleil ». 

Ville de Jonzac, Chaîne thermale du Soleil : 40 ans après la création de la station thermale
de Jonzac, quel accord entre les deux partenaires ?

Jean-François Mougard : « Nous défendons les intérêts de la collectivité. Vous décidez de faire payer la Chaîne thermale du soleil. On ne peut pas aborder les choses de cette façon. On parle de "reste à charge". Ce forage dessert deux clients principaux, la Chaîne thermale et la ville de Jonzac au travers du réseau géothermique. Je mets de côté Léa Nature. Pour fonctionner, la Chaîne thermale a essentiellement besoin de l'eau du forage. C'est pourquoi on doit faire un deal avec elle. Le principe de base est le partenariat dans la durée. La CTS a plusieurs établissements, une centrale de réservations et un modèle économique. Comme toute société, elle mise sur la rentabilité de chaque site. Il faut donc que Jonzac soit parmi les bons sites ! D'où l'obligation pour nous d'avoir un partenariat économique équitable. Ce soir, je ne voterai pas cette délibération car il faut établir distinctement les coûts et la manière de les couvrir. Le second client du forage est la Ville : elle peut accepter de payer davantage la chaleur et refacturer aux Antilles ou à d'autres. Posons-nous une question : Si la Chaîne thermale refuse de payer, comment ferons-nous ? ». 

Denis Blanchard réagit : « Dans ce cas-là, ce seront les contribuables qui paieront ? »...

Christophe Cabri clôt le débat : « ce troisième forage a été fait en premier lieu pour la station thermale. Pour le rentabiliser, nos calculs sont rigoureux. Il s'agit de faire payer à la Chaîne thermale du Soleil le juste prix ». 

Le prix de l'eau thermale s'élèvera donc à : part fixe 219 000 €/ an, part variable 1, 92 €/m3 consommé. Adopté à l'unanimité. L'opposition (quatre voix) vote contre. 

Reste à connaître la position de la Chaîne thermale du soleil...

• Pour Barbara Lachamp, les retombées du thermalisme sur le territoire sont de 200 millions par an ; pour Christophe Cabri de 37 millions d'euros selon les chiffres de la CCI. Un sacré écart...

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