mercredi 1 avril 2026

CDCHS : Emmanuel Festal, maire de Chevanceaux, soutient la candidature de Raphaël Gérard à la présidence : « les petites communes attendent beaucoup de la nouvelle gouvernance »

Qui présidera le fameux parti haut-saintongeais ?

Le 7 avril, et pour la première fois, la Communauté de Communes de Haute-Saintonge élira un nouveau président. En effet, Claude Belot tient les rênes de cette collectivité depuis 1993, date de sa création. Cette année, il a choisi de ne pas se représenter, laissant le champ libre aux nouvelles candidatures. Un exercice auquel il est peu habitué. Depuis des décennies, il a forgé le territoire à la manière d'un orfèvre, sertissant certains lieux de pierres fines (Jonzac en particulier), d'autres qu'il a dotés "d'ornements semi-précieux" (par la hauteur des montants consacrés). Quant aux toutes petites communes, certaines sont restées dans leur état brut. Aujourd'hui, des voix, longtemps tues, demandent à être entendues. La relève avance des arguments dont une représentation équilibrée des 129 communes au sein de la communauté ((elle compte 50 nouveaux maires) et une meilleure gouvernance démocratique. 

Parmi les élus qui participeront au J 7 mardi prochain, se trouve Emmanuel Festal, maire de Chevanceaux, qui s'est rallié à la candidature de Raphaël Gérard, ex-député et maire de Lonzac. Dans l'entretien qui suit, il explique les raisons de son choix. « Nous avons derrière nous une succession d’élus rassemblés autour d'une seule personne. Une nouvelle génération arrive. Elle ne part pas d’une page blanche puisque la CDCHS a fait des réalisations, son patrimoine est riche et ses finances se portent bien. Quel avenir souhaitons-nous pour elle ? Si l'action de la CDCHS est largement identifiée à Jonzac à travers les Antilles ou le centre des congrès par exemple, ce n'est pas le cas sur tout le territoire. Demandez aux habitants de Chevanceaux ce que la CDCHS a fait pour eux ? Le moment est venu d'un rééquilibrage, avec une clarification entre ce que fait la ville de Jonzac et la CDCHS ». 

• Emmanuel Festal, commençons par faire un bref historique de l'intercommunalité sur le territoire ?

 Je considère le dr Louis Joanne, député, conseiller général et maire de la commune de Chevanceaux de 1965 à 1995, comme le père de l'intercommunalité en Charente-Maritime. Dès 1964, il a créé le premier SIVOM (syndicat intercommunal regroupant 12 communes) sur l'ancien canton de Montlieu-la-Garde. En parallèle, Claude Belot a commencé sa carrière politique en 1970, élu conseiller général du canton de Jonzac, puis maire de Jonzac en 1977. Il a créé le Comité d'Expansion (CEJECO) à Jonzac en réponse à la forte baisse de la démographie provoquée par l'exode rural de la jeunesse. Solidarité territoriale, mutualisation et intérêt communautaire, valeurs incarnées par le dr Joanne, associées à la forte volonté de développement économique personnifiée par Claude Belot, sont à l'origine du succès de l'intercommunalité que l'on connaît aujourd'hui.

Le 1er juillet 1976, s'est tenue la première réunion du Comité syndical du Conseil pour le Développement du Pays de Haute Saintonge (CDPHS), qui résultait d'un constat fait par le Gouvernement : chute de l'emploi agricole, exode rural, dévitalisation des campagnes. Une poignée d'élus a saisi l'opportunité de créer « un contrat de pays ». Le dr Louis Joanne en était le président et Claude Belot son seul et unique vice-président, Jacques Rapp, maire de Saint-Genis de Saintonge, élu secrétaire, complétait le bureau. A la tête d'une assemblée de 24 membres constituées des présidents de syndicats intercommunaux et des conseillers généraux des 8 cantons de l'époque, ce tandem a entraîné avec lui toute la Haute-Saintonge dans la grande aventure de l'intercommunalité. Pour son fonctionnement, outre des fonds de l'Etat, de l'Etablissement public régional et du Département, chaque syndicat contribuait en fonction de son nombre d'habitants. En 1976, le montant était fixé à un franc par habitant. Cette structure employait une secrétaire et deux animateurs, l'un industriel, l'autre touristique. Isabelle Chaumeton est arrivée en 1989, année où Claude Belot a été élu la présidence du CDPHS ; elle était en charge des problématiques hydrauliques. Les projets portés par les syndicats ou les communes étaient transmis au CDPHS qui, après arbitrages, les inscrivaient à son programme d'investissement. Elle permettait ainsi de faire bénéficier les communes de fortes subventions départementales et régionales : camping à Archiac, classe de maternelle à Germignac, pistes pare-feux à Chepniers, aménagements à Vitrezay et Port-Maubert, etc.

La loi Marchand a opéré un basculement dans les années 90 avec la création des intercommunalités telles que nous les connaissons aujourd'hui. Ce nouveau statut conférait à la Communauté de Communes de Haute-Saintonge l'autonomie financière par le recours à la fiscalité. Ses moyens financiers augmentèrent considérablement. De 4 millions de francs en 1989, le budget investissement est passé en 1993 à 18,5 millions de francs. Le budget de cette collectivité n'a pas cessé de croître et aujourd'hui, elle emploie plus de 300 agents. L'époque des pionniers, de 1976 à 1989, est révolue et c'est cet état d'esprit que je souhaite retrouver au sein de la future équipe dirigeante.

• Depuis combien de temps siégez-vous à la CDCHS ? 

J'y siège depuis 2020. Le 15 juillet, je me suis présenté à la présidence de la CDCHS où j'ai obtenu 42 voix. Claude Belot a été réélu. Je suis entré au bureau communautaire le 12 octobre 2020. J'ai assisté à quelques réunions et me suis retiré car l'implication des élus y était réduite à sa plus simple expression : on nous lisait l'ordre du jour et tout était déjà rédigé à l'avance. A l'opposé, j'ai assisté à la totalité des conseils communautaires et j'ai été assidu aux réunions des commissions "déchets" et "mobilité".

• Aujourd’hui, trois candidats briguent la succession de Claude Belot : Christophe Cabri, Jean-François Mougard, Raphaël Gérard. Vous avez rejoint Raphaël Gérard, ancien député de la circonscription. Quelles sont les raisons de votre choix ?

A l'issue du premier tour des élections municipales, Christian Dugué, maire de Pérignac, Jean-Marc Thomas, maire de Saint-Simon de Bordes, Lise Mattiazzo, maire de Bussac-Forêt et moi-même nous sommes réunis pour réfléchir à l'avenir de la CDCHS et à la réussite de cette période de transition qui s'ouvre à partir du 8 avril prochain. Nous avons rencontré Raphaël Gérard et sommes rapidement tombés d'accord sur le fond et la forme, c'est-à-dire la gouvernance et l'action future de la CDCHS. La logique était de s'associer pour maximiser nos chances de réussite. C'est pourquoi nous avons choisi de le rejoindre et lui apporter notre soutien. Il est tout à fait capable d'endosser le rôle de président et d'assumer la gestion de cette importante collectivité. 

Raphaël Gérard a fait part de sa candidature à Claude Belot. Nous avons une volonté de changement, de rééquilibrage. Si nous voulons réussir cette transition et repartir sur de nouvelles bases, l'union fera la force ! Des réunions destinées à tous les délégués communautaires sont actuellement organisées à Saint-Simon de Bordes, Pérignac, Saint-Martin d'Ary et Saint-Thomas de Conac. Nous y expliquons le fonctionnement envisagé avec une décentralisation du pouvoir par la création d'assemblées locales au sein de chaque bassin de vie. L'action future de la CDCHS se doit d'être facilitatrice pour ses communes membres, notamment en apportant un soutien en ingénierie par le biais des nombreux agents qualifiés. Le territoire est très grand avec ses avantages, la puissance financière et les réalisations qu'elle permet, et ses inconvénients. Les problématiques et les dynamiques ne sont pas les mêmes dans le Nord et dans le Sud. Pons est tourné vers Saintes, nous vers Bordeaux. Le SCOT a fait ressortir plusieurs bassins de vie, Pons, Saint-Genis/Mirambeau, Jonzac, Montendre, Montlieu/Montguyon, et Saint-Aigulin. Les élus de ces espaces de vie, qui ont une bonne connaissance de leur territoire et partagent souvent les mêmes problématiques, pourront se réunir en assemblées locales afin de faire émerger des projets qui seront étudiés dans les commissions spécialisées de la CDCHS, puis votés en assemblée communautaire.

Le 7 avril au centre des congrès, les vice-présidents seront élus au scrutin uninominal. Comme ils peuvent être au nombre maximal de 15, les opérations de vote à bulletins secrets prendront du temps...

Archives 2010 : Réunion de la CDCHS en présence de Bernard Louis-Joseph, Mme Arrivé,
Jean-Michel Rapiteau, Carine Wilfart, Claude Belot, Bernard Lalande,
Francis Savin, Chantal Guimberteau et Jacky Quesson (©NB)

Claude Belot a unifié politiquement la CDCHS au sein du "parti Haut-Saintongeais", tel qu'il l'a nommé. Une nouvelle présidence fera-telle ressortir les différents courants qui l'animent ?


• Comment vous situez-vous par rapport aux autres candidats ?

Christophe Cabri et Jean François-Mougard ont tous deux évolué auprès de Claude Belot. 20 ans à ses côtés ont façonné leurs visions de l'action de la CDCHS et leurs pratiques de l'exercice du pouvoir. Christophe Cabri a progressivement cumulé de nombreux mandats. Sera-t-il en capacité d'assumer la lourde charge que constitue le pilotage de la CDCHS avec son assemblée de 158 élus et ses plus de 300 agents ? Aux dernières nouvelles, il aurait déjà distribué tous ses postes de vice-présidents et formé son équipe. Avec la plupart des grandes communes disposant de plusieurs délégués communautaires, il s'est constitué un socle d'environ 30 voix. Restent les autres et surtout les petites communes qui constituent l'écrasante majorité des communes membres de la CDCHS (116 sur 129) et attendent beaucoup de la nouvelle gouvernance promise par tous. Sa réunion avec la présidente du Conseil départemental, la semaine passée aux Archives de Jonzac, était assez maladroite.

Jean-François Mougard, quant à lui, a été directeur général des services de la ville de Jonzac, puis de la CDCHS. C'est un fonctionnaire cadre territorial qui connaît bien ses dossiers et la "maison". C'est son gros point fort, mais il n'est pas maire et donc moins connaisseur de nos multiples problématiques quotidiennes. Je ne suis pas certain qu'il ait une paire de bottes dans son coffre de voiture ! Je constate tout de même que nous avons beaucoup de points communs et je pense que nous serons en capacité de travailler ensemble. Nous aurons besoin de mobiliser toutes les volontés et expériences présentes au sein de l'assemblée de Haute-Saintonge.

• Dès le départ, vous avez été l’un des opposants "déclarés" à Claude Belot. En 2020, Jean-Michel Rapiteau, vice-président de la CDCHS, avait alors dit à votre sujet : « c’est dommage qu’il se brûle les ailes tout de suite ! »...

Mes débuts avec le président Belot ont été assez animés car nous n'avions pas la même approche sur certains dossiers, ni la même conception de l'exercice démocratique du pouvoir. Ce n'est un secret pour personne ! J'ai rapidement compris qu'avec lui, il y avait des sujets qu'il ne fallait pas aborder ! Je tenais à faire entendre une voix différente et une volonté de changement au sein de l'assemblée.

• On ne peut s'empêcher de penser à votre père, Gilbert, qui a rencontré avant vous des problèmes avec le Président...

En effet, Claude Belot m'a dit que j'en faisais une affaire personnelle et que c'était une opposition Festal/Belot. L'opposition, elle vient plutôt de Chevanceaux et elle est plus ancienne que moi. Claude Belot, soutenu par les Radicaux de gauche (PRG) à l'époque, s'est présenté contre le dr Louis Joanne aux élections législatives de 1973. La campagne a été assez agressive et il a été battu. En 1989, ce même Claude Belot a pris les rênes du CDPHS, écartant Louis Joanne. Depuis 1993, il est président de la CDCHS et il l'est toujours jusqu'au 7 avril prochain. Mon père s'est investi dans cette collectivité avec intérêt et autant qu'il a été autorisé à le faire. Jusqu'au jour où il a été question d'une énième augmentation de la taxe sur les ordures ménagères (TEOM). Mon père n'était pas du même avis que Claude Belot qui l'a apostrophé publiquement en réunion. En conséquence, il a démissionné le 10 mars 2009 de sa fonction de délégué communautaire, puis mis un terme à son engagement public en 2014. Il nous a quittés en 2019, à l'âge de 70 ans. Pas un jour ne passe sans que je me pose la question de ce qu'il aurait pensé ou dit de nos actions et projets. Nos échanges, son expérience et ses conseils me manquent terriblement, encore aujourd'hui.

• A votre avis, quels sont les dossiers "sensibles" qui attendent la nouvelle assemblée ?

Parmi mes plus grandes inquiétudes, je pense au velum (toit) du complexe aquatique des Antilles qui devra être changé très certainement au cours de ce nouveau mandat, sa durée étant de vingt ans. Les Antilles ont ouvert leurs portes en 2002. Soit plusieurs millions d'euros de travaux, un hectare de velum à enlever et remplacer et de nombreux problèmes pratiques à résoudre (arrêt activité, agents, flore tropicale).

Echec de Mysterra, abandon de Vitrezay, reprise en régie du restaurant du circuit de Haute-Saintonge auront marqué le précédent mandat. Ce seront d'importants défis à relever pour la future équipe dirigeante.

• Vous demandez également un éclaircissement entre ce que fait la Ville de Jonzac et la CDCHS ?

J'ai fait l'effort de scanner, lire et relire tous les comptes-rendus des délibérations des conseils communautaires depuis le commencement (1er juillet 1976) pour mieux comprendre la construction et le fonctionnement de notre communauté de communes. La seule personne qui a vécu et fait l'intégralité de cette histoire, longue de 50 ans, est le président Belot. Dans les archives , je me suis aperçu, dans un rapport de la Cour des Comptes, que le CDPHS, puis la CDCHS avaient subventionné à hauteur d'un million de francs par an le chauffage urbain jonzacais. Un bâtiment communautaire situé à Heurtebise qui abrita l'incinérateur où l'on brûlait autrefois les ordures ménagères, fermé en décembre 2002 sur arrêté du Préfet, se retrouve aujourd'hui intégré au chauffage urbain de Jonzac. Je n'ai pas trouvé trace d'une cession ou d'un contrat de location avec la ville de Jonzac. Mais je n'ai peut-être pas bien cherché ! Les liens entre la ville et les Antilles, la gestion et l'activité des offices de tourisme sont également à clarifier. J'ai posé un certain nombre de questions sur ces sujets, elles restent à ce jour sans réponses. 

• Claude Belot a incontestablement marqué le territoire. Quel regard portez-vous sur lui ?

Des personnalités de la trempe de Claude Belot, il n'y en a plus beaucoup. On a cassé le moule ! Il fait partie des grands "fauves" en politique. Ce sont des personnalités qui ont fait carrière et occupé un grand nombre de mandats. Durant des décennies, on était avec lui ou contre lui ! 

Malgré nos profonds désaccords, je retiens surtout du personnage son immense volonté. Il est la preuve vivante du fameux "quand on veut, on peut". Il a privilégié le tertiaire, les activités de loisirs, le tourisme. Or, la crise sanitaire du covid a révélé la grande fragilité de cette économie qui n'a toujours pas retrouvé son niveau de 2019. C'est pourquoi je suis plutôt favorable au développement industriel du territoire de la Haute-Saintonge en valorisant de grandes zones d'activité à proximité de notre réseau d'infrastructures routières. 

Mardi prochain, nous avons l'occasion de saisir une opportunité. A la CDCHS, il y a des leviers puissants qui permettent de changer la trajectoire et la dynamique d'un territoire. Jonzac est une belle réussite que nous devons continuer à accompagner et développer, mais il ne faut pas oublier les autres communes qui constituent cette grande entité. Une occasion unique et historique se présente à nous le 7 avril. Notre responsabilité à tous sera la réussite de cette journée en répondant positivement à cette volonté unanime de changement.

 A gauche de la photo, Raphaël Gérard

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