jeudi 16 octobre 2025

Académie de Saintonge : Le prix Claire Belon décerné à Pierre-Henri Guignard pour Aimé Bonpland, jardinier du monde (Ed. Douin)

La cérémonie de remise des prix de l'Académie de Saintonge a eu lieu dimanche 6 octobre salle Jean Gabin à Royan. Le prix Claire Belon (coup de cœur du jury) a été remis au charentais Pierre-Henri Guignard pour "Aimé Bonpland, jardinier du monde" (Ed. Douin). Il s'est vu remettre une panière d'huîtres.


Rapport de Christophe Lucet :
 

L’itinéraire d’Aimé Bonpland (1773-1858) est si foisonnant et romanesque qu’il occuperait un bottin. Médecin, naturaliste, homme des Lumières, compagnon de voyage et d’exploration du grand botaniste prussien Alexander von Humboldt dans les immensités du Nouveau monde, le Rochelais est un géant des sciences. Au péril de leur vie, dans les forêts tropicales, les pampas et les sierras, les deux hommes ont coopéré pour offrir une cartographie de l’Amérique du sud et décrire sa flore, sa faune et sa géologie encore largement ignorées. L’impératrice Joséphine de Beauharnais lui avait confié au retour de son premier voyage les serres et les jardins de la Malmaison. Mais pour Bonpland, l’appel des Amériques fut le plus fort. C’est là qu’il a vécu, souffert (dix ans de détention au Paraguay qu’il mit à profit pour travailler), herborisé, classé, comparé. Infatigable sur le terrain, cet ami de Simon Bolivar a, de surcroît, accompagné la naissance de la jeune république d’Argentine, qui lui doit notamment l’acclimatation du maté, qui deviendra la boisson nationale.

D’avoir été ambassadeur à Buenos Aires (2016-2019) a permis au Charentais Pierre-Henri Guignard de mesurer la trace profonde laissée aux antipodes par son compatriote. Le livret que consacre à Bonpland, ce spécialiste de la diplomatie climatique et des forêts équatoriales, est un hommage très personnel. Il donne envie d’embarquer avec celui qui est considéré comme un pionnier de l’écologie par sa capacité à comprendre l’évolution et les interactions des écosystèmes et dont le message résonne très fortement en ce début de IIIe millénaire.

Académie de Saintonge : Le prix Jacques et Marie-Jeanne Badois (Patrimoine) décerné à Michel Piquemal, chef de chœur du Grand Chœur de l’Abbaye aux Dames de Saintes

La cérémonie de remise des prix de l'Académie de Saintonge a eu lieu dimanche 6 octobre salle Jean Gabin à Royan. Le prix Jacques et Marie-Jeanne Badois (château de la Roche Courbon) a été remis à Michel Piquemal, chef de chœur du Grand Chœur de l’Abbaye aux Dames de Saintes. La formation a d'ailleurs clôturé la cérémonie par une prestation remarquée et applaudie.

Rapport de Christine Sébert : Michel Piquemal a commencé le chant à la maîtrise de Radio France. Il est repéré par Pierre Bernac (ami de Francis Poulenc), devient son élève et rencontre Jessye Norman avec qui il fera le merveilleux disque du concert de Noël à Notre Dame de Paris. Sa carrière de baryton lui fait enregistrer des œuvres de Liszt, Rossini et de compositeurs français afin de promouvoir ce patrimoine français que l’on oublie car peu entendu, confie-t-il. En 1978, Michel Piquemal fonde l’ensemble vocal qui porte son nom avec lequel il se produit au rythme de 60 concerts par an. En 1989, il dirige les chœurs régionaux Provence-Alpes-Côte d’Azur et d’Ile de France et devient Directeur Artistique du Grand Chœur de l’Abbaye aux Dames.

On comprend que M. Piquemal est une référence dans ce monde de la musique de chœur classique. Avec le Grand Chœur composé de 80 choristes, il fait résonner dans l'Abbaye aux Dames un répertoire exigeant et varié qui illustre sa volonté de découverte. Ainsi, il explore l’œuvre de Martial Caillebotte (frère du peintre) et l’Ensemble Vocal Féminin du Grand Chœur de l’Abbaye voit le jour pour mettre en valeur le patrimoine musical pour voix de femmes. Musicien complet, Michel Piquemal assure aussi la direction d’orchestre d'œuvres d’oratorios mêlant voix et orchestre symphonique et il rencontre Jean-Claude Casadesus à l’Orchestre National de Lille. Celui-ci l’avait précédé à la direction du Grand Chœur.

Ce sont donc des retrouvailles que l’Académie de Saintonge est heureuse d’organiser en remettant à Michel Piquemal le prix Jacques et Marie-Jeanne Badois pour tout ce travail et sa capacité à faire vivre le répertoire français du chant classique.

Michel Piquemal

Le chef d'orchestre Jean-Claude Casadesus, Grand Prix 2025 de l’Académie de Saintonge

La cérémonie de remise des prix de l'Académie de Saintonge a eu lieu dimanche 6 octobre salle Jean Gabin à Royan. Le Grand Prix 2025 est Jean-Claude Casadesus

Présentation du grand prix par Dominique Montel, directrice, le dr Dubois, le dr Girard
 et Christophe Lucet
Rapport d'Olivier Dubois : Jean-Claude Casadesus est issu d’une immense famille d’artistes. Luis, le patriarche, né en 1850, violoniste et guitariste était tellement épris de musique qu’il décida que tous ses enfants seraient musiciens (8 sur les 9 s’y soumettront). Depuis, 5 générations d’artistes se succèdent. Sa mère, Gisèle Casadesus, était une grande comédienne. Grâce à son père qui y avait acheté un moulin, elle découvre l’île de Ré à l’âge de 8 ans, puis y achète une maison, des années plus tard, bien avant que Jean-Claude fasse de même à son tour. Une sœur comédienne ; une autre, peintre ; un frère compositeur. Sa fille Caroline, primée par l’Académie de Saintonge en 2007, est chanteuse lyrique. Deux de ses petits-fils sont musiciens. Expliquer cet atavisme familial n’est pas aisé, même pour un psychiatre, issu lui-même d’une famille de cinq générations successives de médecins, psychiatres ou neurologues !

Mais revenons à Jean-Claude : son grand-père, Henri, compositeur, ami de Saint Saens et d’Honneger, lui fait découvrir, à 4 ans, le violon. Sa grand-mère l’amène à un concert où il est submergé d’émotion par la musique de Wagner. Il débute comme percussionniste, enregistre des disques de Brel, Aznavour ou Sinatra, fait la première télévision de Johnny Hallyday, tout en étudiant la direction d’orchestre avec Pierre Boulez. Il est nommé directeur musical du Châtelet, puis chef permanent de l’Opéra de Paris et de l’Opéra-comique. En 1976, il crée ce qui deviendra l’orchestre national de Lille.

Sa devise Porter la musique partout où elle peut être reçue l’amène à jouer dans les salles de sport, les églises, les usines, les prisons. A l’instar de Malraux, il veut donner, par la musique, conscience aux Hommes de la grandeur qu’ils portent en eux. Son rayonnement est international. Il a joué dans 45 pays et les plus grandes scènes : Moscou, Singapour, Montréal, Baltimore, Saint Petersbourg, Berlin, Lisbonne, Séoul, Sao Paulo, Buenos Aires, Monte Carlo, Philadelphie. Il ne s’est jamais éloigné de cette morale d’André Gide : « J’admire les gens qui cherchent la vérité. Je redoute ceux qui la trouvent».

Jean-Claude Casadesus est Grand Officier de l'Ordre national du Mérite et de la Légion d’Honneur, Commandeur des Arts et lettres. En 2004, les Victoires de la Musique classique lui décernent une Victoire d'honneur. Déjà, 9 salles de musique portent son nom. « Dieu doit beaucoup à Bach, qui tutoyait l’éternité. Moi, je dois beaucoup à mon grand-père qui tutoyait Bach » dit-il.

Jean-Claude Casadesus et le dr Dubois

Académie de Saintonge : Le prix Xavier de Roux attribué à Yannis Suire, auteur d'un ouvrage sur Claude Masse, ingénieur du roi Louis XIV qui a cartographié la région

La cérémonie de remise des prix de l'Académie de Saintonge a eu lieu dimanche 6 octobre salle Jean Gabin à Royan. Le prix Xavier de Roux, nouvellement créé par la municipalité de Saintes, a été attribué à Yannis Suire pour Oléron, Rochefort, La Charente et la Saintonge vers 1700. Cartes, plans et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi (Ed. CVRH)

Yannis Suire et Pascal Even
Rapport de Pascal Even : L’Académie de Saintonge a sans doute battu un record en primant la publication des mémoires de l’ingénieur militaire Claude Masse, transcrits et présentés par Yannis Suire, record par le nombre de pages, 540 p. format in-4° et par le poids, sachant qu’il s’agit du dernier volume d’une série monumentale.

La récompense décernée à Yannis Suire inaugure le prix Xavier de Roux, avocat et homme politique qui a marqué l’histoire contemporaine de notre département et plus particulièrement de la Saintonge. Or c’est bien la Saintonge qu’évoque Claude Masse dans ce dernier volume puisque Yannis Suire y réunit les cartes, plans et mémoires relatifs à l’Ile d’Oléron, à celle d’Aix et à l’embouchure de la Charente, à la presqu’île d’Arvert jusqu’à l’embouchure de la Gironde, au Val de Saintonge et de Charente, à Saint-Jean-d’Angély et la haute vallée de la Charente. Le lecteur retrouve enfin les marais de Brouage et de la Seudre, la presqu’île d’Arvert et la Saintonge estuarienne. Il fallait ce prix pour saluer la transcription de ces milliers de pages des mémoires, généraux et particuliers, de Claude Masse. Les chercheurs en feront leur profit tant ces documents fourmillent d’informations sur la province au temps du Roi Soleil, sur l’architecture, les routes, la topographie, mais également l’économie ou encore les us et coutumes des régions parcourues par l’infatigable ingénieur. Il aura fallu une quinzaine d’années à Yannis Suire pour venir à bout de ce projet. Qu’il en soit remercié.

Académie de Saintonge : Le prix de la Ville de Saintes décerné à Blandine Merle pour son livre "Naître et mourir"

La cérémonie de remise des prix de l'Académie de Saintonge a eu lieu dimanche 6 octobre salle Jean Gabin à Royan. Le prix de la Ville de Saintes a été décerné à Blandine Merle pour son livre "Naître et mourir, poèmes" (Gallimard)

Rapport de Christophe Lucet : L’enseignante avait publié en 2011 son premier recueil de poésies, « Par oboles », chez un petit éditeur du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire). Blandine Merle a cette fois eu les honneurs de la prestigieuse « Collection blanche » de Gallimard pour ce nouveau recueil au titre un peu intimidant. Mais entre le mystère de la naissance et celui de la mort, cette mère de trois enfants qui fut bénévole en unité de soins palliatifs pendant une grossesse élabore avec une sensibilité aussi humble que pénétrante ses passerelles de mots. Ses vers libres, pesés délicatement en écho à d’autres vies que la sienne, font effraction dans l’intime de celle qui surgit et de celle qui vacille.

Professeur agrégée de lettres dans un collège de Poitiers après avoir exercé son métier à Saintes (à Notre-Dame de Recouvrance) et Cognac (lycée Saint- Joseph), cette native de Montmorillon (Vienne) passée par Paris a autant de goût pour la littérature, qu’elle pratique en passion nécessaire, que pour son enseignement, l’une nourrissant l’autre. Lorsqu’elle ne dévoile pas à ses collégiens les arcanes des contes de Charles Perrault, des comédies de Molière ou du Moby Dick d’Herman Melville, Blandine Merle s’adresse en conteuse à ses lectrices et lecteurs avec la même volonté de faire sentir et de transmettre. Sa pédagogie et son écriture ont en commun de donner à lire et d’ouvrir en liberté le champ de l’interprétation. Il paraît que ses élèves sont fiers de la notoriété de leur professeur. Et l'académie de Saintonge est ravie de leur donner un encore peu plus raison.