jeudi 15 novembre 2007

Michel Édouard Leclerc : "Les OGM vont nous envahir"

On voit également pointer une préoccupation sociétale réelle liée à l’écologie. Les Français sont sensibles, dans leurs achats, à la qualité des produits.
Quelle est votre position par rapport aux OGM ?

Aujourd’hui, je pense que les produits OGM vont nous envahir sans que nous soyons complètement sécurisés, non pas sur les problèmes nutritionnels de santé, mais sur les aspects écologiques. Militant de la première heure pour la biodiversité et la qualité de l’environnement - je suis un ancien militant des Amis de la Terre - je considère qu’il faut faire barrage à cet envahissement prévisible des OGM. De chaque producteur, il faut exiger des garanties qui ne sont pas à la hauteur aujourd’hui. Chez Leclerc, l’ensemble de nos produits alimentaires fait l’objet de contrôles. En France, ils sont exercés par dix-sept laboratoires à qui nous confions la responsabilité de procéder à l’aveugle à des prélèvements dans nos magasins. Nous sommes informés des résultats et ainsi, nous avons un réseau de veille sanitaire. Dès qu’il y a un doute, le produit est retiré de la vente et le fournisseur est interpellé. À titre d’exemple, voici quelques années, les terreaux venant d’Europe de l’Est présentaient un taux de radiation trop élevé...

Certains canards du Sud-Ouest auraient été gavés avec du maïs génétiquement modifié. Risque-t-on de retrouver ces foies gras dans les rayons des supermarchés ?

Normalement, nous n’avons pas le droit de vendre du foie gras de canards nourris aux OGM. Donc, nous allons demander à nos fournisseurs de certifier leurs pratiques et des contrôles seront effectués en complément. Cependant, il ne faut pas que cette affaire porte préjudice aux foies gras de la région du Sud Ouest qui sont excellents !

Puisque nous parlons écologie, il est grandement question des biocarburants, éthanol, diester. Avez-vous l’intention d’en proposer dans les stations services de vos supermarchés ?

Leclerc a été le premier en France à ouvrir des stations services de biocarburants. Je suis d’ailleurs venu à Angoulême, en présence de Dominique Bussereau, pour procéder à une inauguration.
Aujourd’hui, Leclerc et Carrefour ont autant de stations services que le groupe Total en ce qui concerne le bioéthanol. En plus, tous les Centres Leclerc français ont adjoint des biocarburants au carburant normal. Vu le nombre modeste de moteurs “flexfuel“ mis en circulation par les constructeurs, l’affaire ne sera pas rentable pour nous avant quatre ou cinq ans.
Par ailleurs, ces nouveaux carburants sont accusés de faire grimper les cours mondiaux du prix des céréales. Je suis perplexe à ce sujet et je n’arrive pas à comprendre qu’en un an, tous les arguments qui ont amené l’État à subventionner les biocarburants deviennent soudain non recevables. On est en pleine irrationalité ! Il est faux de dire que les biocarburants ont fait grimper le cours des céréales, c’est de la désinformation. Le prix des céréales a flambé parce que les récoltes ont été mauvaises en Europe Centrale, dans les pays méditerranéens et aux USA. On prévoit aussi que la récolte australienne souffrira de la sécheresse. En conséquence, il est tout à fait possible que le prix des céréales redescende en 2009.
Personnellement, je pense que les biocarburants restent un projet d’avenir. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, je travaille avec les Centres Leclerc pour étendre l’équipement des cellules photovoltaïques sur les toits de nos magasins.

Michel Édouard Leclerc, on vous sent très impliqué dans les affaires du pays.
Pourrait-on vous retrouver un jour en politique ?


L’opportunité s’est déjà présentée, mais je n’ai pas sauté dans le train de la politique professionnelle. La question que je me pose est de savoir où je suis le plus utile. Franchement, je crois que c’est dans mon métier avec l’équipe de centres Leclerc. Avec mon père, depuis vingt ans, j’ai fait bouger des réglementations sur la concurrence et nous nous sommes attaqués à bien des monopoles au profit des consommateurs. La distribution a un rôle social, elle peut aider les consommateurs à accéder à l’acquisition de biens qui, jusqu’alors, étaient trop chers.
En matière d’emplois, nous offrons de nombreuses opportunités. Ce sont des métiers méritants, au contact du public. Comment vous pouvez en juger, j’ai encore de nombreuses actions à mener...

1 - marges arrières : sommes que fait payer le distributeur aux producteurs pour avoir leurs produits bien placés dans les rayons des grandes surfaces (tête de gondole).

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Interesting to know.